‹ Histoire De La Litterature RomaineChapitre 28 sur 124 · POETES COMIQUES CONTEMPORAINS DE TÉRENCE · texte numérisé non relu

POETES COMIQUES CONTEMPORAINS DE TÉRENCE

un homme de talent celui que Térence a si fort vilipeffdé dans ses prologues. Cependant Yolcatius dit lui-même qu'il D*y a aucune raison de refuser un rang à Luscius, parmi les comiques les plus distingués, et il lui donne la préférence sur Ennius. Dans le prologue de YAndrienne, Térence se borne à se défendre contre les accusations passionnées de son rival ; mais, dans le prologue de Y Eunuque^ il prend à son tour roffensive : « C'est cet homme qui, traducteur exact et mauvais écrivain, a fait de méchantes pièces latines avec de bonnes comédies grecques; c'est lui encore qui nous a gâté naguère le Fantôme de Ménandre ; c'est lui qui, dans le Trésor^ a fait plaider le défendeur dont on conteste les droits sur la somme, avant que le demandeur expose comment cet or lui appartient à lui-même, et comment il est arrivé dans le tombeau de son père. » Dans le prologue de YHéautontimoruménos, Térence n'est guère moins agressif ; dans celui des Adelphes^ il ne désigne pas Luscius, et, dans celui de YHécyre, Une songe qu'aux spectateurs dont il redoute leshuées ; mais le prologue du Phormione^i presque tout entier à l'adresse du vieux poète, et contient encore la critique d'une de ses comédies : « Depuis que le vieux poëte désespère de faire renoncer notre poëte à ses travaux, et de le réduire à se croiser les bras, il a pris le parti de le dégoûter d'écrire, à force de le décrier. Il va répétant que tout ce (Jue Térence a donné jusqu'ici au théâtre est pauvre de style et faible de diction. C'est qu'aussi jamais Térence n'a fait scène dans le goût de celle où un petit bonhomme, perdant le sens commun, se figure voir une biche lancée et une meute à ses trousses, et la bête pleurant, priant qu'on vienne à son aide. Que si notre ennemi se mettait dans la tête que sa pièce a réussi à la représentation, bien moins par son fait que grâce au talent des acteurs, il rabattrait quelque peu de son intrépidité à attaquer, comme il fait aujourd'hui. »

Je ne doute pas qu'il y n'eût infiniment à reprendre dans les œuvres de Luscius ; mais la haine est plus qu'ingénieuse, et l'on peut tenir hardiment que Luscius n'a pas été jugé par Térence.

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La liste de Yolcatius est loin d'être complète, et plusieurs des poètes qu'il ne nomme pas sont bien autrement fameux que Lusciusou ïrabéa. MaisVolcatius écrivait vers le temps où florissait Térence, et c'est probablement quelques années plus tard que ces poètes ont conquis leur renommée.

J'ai dit ailleurs à peu près tout ce qu'on sait des atellanes et des exodes. Les fragments qui restent de ces pièces ne peuvent donner aucune idée de leur caractère, et n'offrent même aucun intérêt, sinon aux yeux des grammairiens et des archéologues. Nous rappellerons, seulement pour mémoire, les noms des poètes qui s'étaient surtout distingués comme auteurs d'atellanes ou d'exodes : Quintus Navius, Lucius Pomponius, Fabius Dossénus. Je dois dire toutefois qu'Horace juge très-sévèrement ce dernier : « Voyez Dossénus. Comme il abuse de ses dévorants parasites ! comme il arpente lourdement la scène, avec son brodequin mal lacé ! C'est qu'il ne voit que des écus à embourser ; peu lui importe que sa pièce tombe ou se tienne ferme sur les talons ^ »

Afrantns.

On se rappelle que Névius avait essayé de créer une co* médie vraiment romaine. Ses successeurs n'imitèrent pas les exemples qu'il avait donnés. Il était plus facile de traduire ou d'arranger des comédies grecques, que d'en composer d'originales. D'ailleurs, Plante nous apprend que le public préférait à tout le reste les tableaux empruntés à la Grèce, les mœurs grecques, les costumes grecs. Pour plaire au souverain juge, il fallait mettre la scène, non pas seulement en Grèce, mais en Attique, mais à Athènes; et Plante va jusqu'à s'excuser quelque part de ce que son sujet, grec pourtant, n*atHcise pas, mais seulement sicilise. Plus tard, quelques-uns purent reprendre avec succès l'entreprise de Névius ; Lucius Afranius passa même, durant des siècles, pour le Ménandre de Rome. Il est probable que les comédies à toge écrites par Afranius n'avaient de réellement cri-

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