‹ Histoire De La Litterature RomaineChapitre 37 sur 124 · TRAGEDIE ; PAGOVIDS ET ATTIUS · texte numérisé non relu

TRAGEDIE ; PAGOVIDS ET ATTIUS

sonnage engagé au vif de Taction, c'est bien plutôt quelque chorage, qui s'amusait à cette description 'de la tortue : » Quadrupède au marcher lent, animal agreste, bas de taille, rude au toucher, à la tête courte, au cou de serpent, » etc. C'est encore un chorage qui expliquait aux spectateurs, avec cette vive abondance d'expressions, le mouvement perpétuel des choses : « Vois, autour et au-dessus de nous, ce qui contient la terre dans un embrassement : les nôtres le nomment ciel; les Grecs l'appellent éther.... Eh bien, c'est lui qui anime, forme, nourrit, accroît et crée tout, qui ensevelit et reçoit tout en lui-même ; c'est lui aussi qui est le père de tout : c'est de là que naissent de nouveau les êtres qui avaient déjà vécu, et c'est de là aussi qu'ils s'anéantissent. » £nfin, un fragment attribué par les uns à une Hermione, et par d'autres au Dulorestès, rappelle visiblement les habitudes du chœur antique, dissertant à sa manière sur les grands problèmes de la vie, à propos des infortunes dont le tableau est sous ses yeux. Seulement le ton de Pacuvius a je ne sais quoi de pédantesque , qui ne se ressent pas beaucoup de la grâce des modèles ; ce qui ne veut pas dire que ces vers soient dénués d'autres qualités poétiques : « Des philosophes prétendent que la Fortune est .insensée, aveugle etstupide. Selon eux, elle est mobile, à la façon d'une boule de pierre, parce que la Fortune, comme une pierre, aboutit où la pousse le sort. Ils la représentent aveugle, parce qu'elle ne voit aucunement où elle se dirige. Us disent qu'elle est insensée, parce qu'elle est farouche, incertaine, inconstante; qu'elle est stupide, parce qu'elle est incapable de distinguer le mérite d'avec le démérite. Mais il y a d'autres philosophes qui nient, au contraire, que personne soit malheureux par le fait de la Fortune, et qui tiennent que tout est régi par le hasard : opinion plus vraisemblable, et ^ que Texpérience nous enseigne par des preuves. Ainsi, Oreste, que voilà, était roi tout à l'heure, et tout à l'heure il est devenu mendiant. C'est par un naufrage que l'événement s'est produit; ce n'est donc pas un coup de la Fortune. »

Tout ce que j'entends conclure de ce qui précède, c'est que Pacuvius n'avait pas été simplement un transcripteur

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tragique, et que ses œuvres lui appartenaient autrement encore que par la langue et le style. Il a emprunté tous ses sujets aux Grecs, mais il les a traités librement et à sa manière. Le Dulorestès n'était pas une traduction. Il est permis de conjecturer que ses autres tragédies , Amphion, Antiope, le Jugement des armesy etc., dont les prototypes n'existent plus, étaient pour la plupart, comme le Dulorestès, des tableaux non pas servilement copiés, mais imaginés d'après d'autres tableaux, et ayant leur caractère propre, leur vie, leur sentiment, comme sont notre Phèdre ou notre Iphigénie, Je le dis pour l'analogie du procédé, et non pas dans l'intention défaire de Pacuvius un Racine.

8tyle de Pacuvius.

Ce qui me paraît distinguer le style de Pacuvius, c'est non-seulement cette gravité dont parlent Aulu-Gelle et Quintilien, mais une sorte d'énergie pittoresque qui éclate çà et là dans l'expression. J'ai quelque raison de croire que le poète s'inspirait plus souvent d'Eschyle que d'Euripide ou de Sophocle même. Il y a tel de ses fragments qu'on a pu rapprocher, sans trop de contraste, d'un des plus beaux passages du Prométhée enchaîné. C'est la description de la tempête qui assaillit la flotte au retour d'Uion : « Lorsque, joyeux, ils contemplaient les jeux bondissants des poissons et ne pouvaient se rassasier de ce spectacle, alors, vers l'instant du coucher du soleil, la mer se hérisse, les ténèbres s'épaississent, la noire nuit et de noirs nuages éteignent toute lumière ; la flamme étincelle entre les nuQs ; le ciel tremble au bruit du tonnerre ; soudain la grêle et la pluie se précipitent à larges torrents; de toutes parts les vents s'élancent, d'impitoyables tourbillons s'élèvent; la mer bouillonne, soulevée dans ses profondeurs. » Mais je ne dois pas dissimuler que Pacuvius a ses défauts, et même des défauts notables, sans parler de ce je ne sais quoi de roide et d'empesé dont on a pu déjà se faire une idée. Il n'y a pas d'auteur latin plus souvent cité pour ses archaïsmes ; et les mots composés que les grammairiens ont signalés dans ses ouvrages sont en général un peu forcés et étranges. Quelques critiques soupçon-

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Dent que Pacuvius devait son renom de docte à cet amour des mots antiques , et à ses efforts plus ou moins heureux pour façonner lalangue latine à toutes les allures de la langue grecque. Il est possible que ce soit là l'explication vraie de Fénigmatique épithète ; pourtant, si j'étais forcé de dire quelque chose à ce sujet , j'aimerais mieux chercher le docte vieillard dans le poète qui se complaisait aux grandes contemplations, aux dissertations morales, aux graves sentences.

Attius.

11 me semble que Quintilien fait tort à Attius, en ne le séparant de Pacuvius sur aucun point , sinon peut-être à propos de l'air plus docte du dernier, et en lui attribuant exactement et les mêmes qualités et les mêmes imperfections. Disons tout d'abord qu'il n'y a rien dans les vers d' Attius, ou presque rien, d'archaïque, et que c'est à peine si l'on pourrait citer çà et là quelque mot dont la forme ou la composition soit insolite ou bizarre. Sa langue et son style sont parfaitement conformes aux plus purs modèles de l'époque classique ; et à tel point, que plusieurs , même encore aujourd'hui, s'obstinent à mettre sur le compte de Cicéron telle tirade magnifique qui est bien réellement d' Attius. Attius a toutes les qualités de Pacuvius , et il en a qui lui sont propres : ainsi l'élégance soutenue, la noblesse, an ton vraiment tragique, une versification variée, correcte et savante; en un mot toutes les qualités non-seulement d'un vrai poète, mais d'un écrivain et d'un artiste éminent. Attius a créé la tragédie prétexte^ c'est-à-dire la tragédie où tout était romain, le sujet et les personnages, comme les sentiments et la langue. ^Horace lui-même, qui se moque visiblement des admirateurs d' Attius et de leur vieillard profond, n'a pu s'empêcher d'écrire ailleurs : « Et ils n'ont pas gagné peu de gloire, les poètes qui ont osé abandonner les traces des Grecs, et mettre en scène des faits domestiques, soit dans la tragédie prétexte, soit dans la comédie à toge^ » La louange, en ce qui concerne la tragédie na*

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