‹ Histoire De La Litterature RomaineChapitre 41 sur 124 · AUTOBIOGRAPHES. — HISTORIENS CONTEMPORAINS DE SYLLA · texte numérisé non relu

AUTOBIOGRAPHES. — HISTORIENS CONTEMPORAINS DE SYLLA

Caractère des historiens de cette époque.

Caton avait élevé l'histoire à une hauteur où elle ne se soutint pas après lui . Le livre des Origines fut, dans la vieille littérature latine, une éclatante et unique exception. Quelquesuns des nombreux historiens qui ont écrit en latin, durant la longue période qui s'étend depuis Caton jusqu'à César, semblent n'avoir pas été dénués de tout mérite ; il y en a même qu'on prisait pour leur style, ou pour l'étendue et l'exactitude

de leurs recherches; mais pas un d'eux n'avait laissé un de ces monuments à toujours, comme parle Thucydide, qui sont seuls dignes du beau nom d'histoire. C'est ainsi qu'en ont jugé les anciens eux-mêmes. La plupart n'ont été que des annalistes plus ou moins fidèles , des collecteurs de maté« riaux historiques, peu soucieux de l'art et du style. La littérature ne saurait avoir un bien vif regret à la perte de tous ces ouvrages. Il est douteux que les plus estimés fussent beaucoup au-dessus du médiocre ; et peut-être ne trouverions-nous pas infiniment à admirer, même dans les livres où quelques hommes célèbres avaient consigné les événements de leur propre vie. Un chapitre sur les historiens qui ont suivi Caton et précédé César, si nous possédions leurs œuvres, aurait chance d'être instructif, sinon attrayant : ce n'est pas à moi de dire ce qu'il va être, quand j'en suis réduit à une liste de noms propres , à quelques maigres renseignements épars çà et là dans les auteurs , et à quelques lambeaux misérables. *

If Calpurnlufl Piso Fmg^l.

Je ne mentionne que pour mémoire les noms de L. Scribonius Libo et d'Aulus Postumius : on ne connaît pas même les titres des ouvrages de ces deux historiens. L. Calpurnius Piso Frugi est un peu moins inconnu. On rapporte qu'il avait écrit des Annales, c'est-à-dire une histoire romaine, en sept livres. Son style était d'une sécheresse extrême. Cependant Aulu-Gelle cite un passage de cet auteur» qui n'est que simple , et qui est même , selon la remarque ' du transcripteur, d'une simplicité assez aimable. Il est vrai que ce n'est guère de l'histoire, encore qu'on trouve, dans Hérodote , plus d'un trait analogue , et que ce soit de ces choses dont Plutarque aime à égayer ses récits : « Le même Romulus, dit-on, ayant été invité à un repas, n'y but pas beaucoup, parce que le lendemain il avait une affaire à traiter. On lui dit : Romulus, si tout le monde faisait comme toi, le vin serait à vil prix. — Non, répondit Romulus : il serait cher , si chacun buvait autant qu'il veut ; car J'ai bu autant que je voulais. »

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ۥ Vannlns % ۥ Sempronlas TadltAnas^ ete.

C. Fannius et C. Sempronius Tuditanus avaient écrit Tun et l'autre des Annales^ ou histoires romaines , comme Piso Frugi. Ces deux ouvrages conservèrent quelque réputation jusqu'au temps de César même ; et Marcus Brutus ne crut pas perdre son temps en occupant ses loisirs à faire un abrégé des récits de Fannius. Il ne reste absolument rien des deux annalistes : on sait seulement qu'ils n'avaient pas plus songé que leur devancier Pison à porter l'éloquence dans rhistoîre.*L. Célius Antipater l'essaya, dit-on, et avec assez de succès ; mais on estimait ses Annales bien moins pour les qualités littéraires qu'il y avait déployées, que pour l'abondance des documents qu'il y avait rassemblés, et pour l'esprit judicieux avec lequel il avait choisi parmi les traditions courantes. Célius Antipater est un des vieux historiens auxquels Tite Live fut le plus redevable.

p. Sempronius Asellio.

Un tribun militaire, qui avait servi sous Scipion Ëmilien dans la guerre de Numance, P. Sempronius Asellio, rédigea une relation de cette guerre fameuse; et Aulu-Gelle nous a conservé quelques lignes de son écrit. Elles sont assez caractéristiques. Elles prouvent qu'Asellio avait voulu faire autre chose que ceux qui se bornaient à imiter la manière et le style des pontifes, et qu'il savait en quoi doit consister l'histoire. On ne dit pas qu'il eût fait im chef-d'œuvre ; mais l'historien qu'on va entendre n'a pas pu laisser un livre absolument dépourvu de mérites : « Voici la difTérence qu'il y a entre ceux qui se sont proposé de donner des annales, et ceux qui ont fait effort pour écrire l'histoire du peuple romain. C'est que les annales se bornent à rapporter les faits dans l'ordre des années, de même qu'on les consigne dans un journal, ou, pour me servir du mot des Grecs, dans une éphéméride. Quant à moi, je ne pense pas que ce soit assez d'énumérer les événements : il faut aussi en faire connaître les causes, en expliquer l'esprit. — Des annales n'ont aucune efficacité, ni pour animer les citoyens à mieux défendre

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la république, ni pour leur inspirer plus d^horreur pour les mauvaises actions. Or, noter simplement sous quel consul telle guerre a commencé, et comment elle a abouti, et qui est entré en triomphe à Rome, et quels événements ont signalé cette guerre ; mais passer sous silence les décrets rendus dans le sénat pendant ce temps, les lois ou les plébiscites qui ont été portés, la politique qui a tout dirigé : c'est faire des contes pour les enfants, ce n*est pas écrire des histoires. »

Deux Romains distingués, M. Émilius Scaurus et P. Rutîlius Rufus, avaient écrit l'histoire de leur propre vie ; et leurs livres avaient encore des lecteurs au siècle des Antonins. Tacite, dans le préambule de la Vie d'Agricola^ rappelle Texemple qu'ils ont donné ; il dit aussi qu'on ne les taxa point de vanité, pour avoir parlé d'eux-mêmes, et qu'on ne mit jamais leur sincérité en doute. Mais il ne dit pas que Rutilius et Scaurus fussent ni l'un ni l'autre de grands écrivains. Je ne crois pas que Sylla efn fût un non plus ; ou plutôt je suis persuadé qu'fl se piquait assez peu de passer pour tel, et que ses Mémoires n'étaient pas précisément des chefs-d'œuvre littéraires. Mais le caractère étrange du sanglant dictateur, les grands événements qui ont rempli cette vie de soldat et de politique, les préjugés de l'homme, ses mœurs bizarres , tout ce qui a fait de Sylla un des problèmes historiques les plus complexes et les plus obscurs; il n'en fallait pas tant pour faire d'une telle autobiographie un ouvrage très-curieux, très-original, très-instructif même. Sans les révélations de Sylla, nous ne connaîtrions pas Sylla. Plutarque en savait quelque chose : aussi a-t-il largement puisé à la bonne source. Sa Vie de Sylla peut nous consoler , jusqu'à un certain point, de la perte du livre d'où il l'a principalement tirée : elle est bien intéressante et bien habilement composée ; mais j'aimerais mieux encore lire les Mémoires de Sylla, même arrangés ou gâtés par l'affranchi Cornélius Épicadius.

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Historiens contemporains de Sylia.

Les Mémoires de Sylla devaient avoir au plus haut degré cet intérêt humain qu'on cherche avant tout dans les mémoires des hommes fameux. Ceux de Q. Lutatius Catulus, le vainqueur des Cimbres, n'étaient pas précisément une autobiographie. Cicéron dit que l'ouvrage de Catulus était écrit avec une grâce digne de Xénophon. C'était le récit des opérations stratégiques de la guerre dans laquelle Catulus avait conquis sa renommée. L. Cornélius Sisenna écrivît l'histoire des guerres civiles de Marins et de Sylla, et son ouvrage eut assez de succès pour que Salluste ne crût point déroger à sa dignité d'en écrire la continuation : Salluste, dans sa grande histoire, avait pris les événements au point même où les avait laissés Sisenna. Q. Claudius Quadrigarius et Q. Valérius Antias ne se bornèrent pas, comme Sisenna, à traiter un point particulier de l'histoire romaine. Leurs livres, intitulés Annales^ étaient des histoires plus ou çioins complètes. II reste d'assez longs fragments de celui de Quadrigarius, entre autres le récit du combat où T. Manlius Torquatus gagna son surnom. Autant qu'il est permis de juger d'un auteur d'après quelques pages, Quadrigarius, sans être un narrateur bien habile ni un écrivain consommé, ne manquait ni de goût ni d'une certaine élégance : son style avait, comme le dit Aulu-Gelle, cette pureté, ce naturel, ce je ne sais quoi d'agréable qui tient à la simphcité d'une langue un peu rude et naïve. La lettre des consuls romains au roi Pyrrhus, telle que Quadrigarius l'a rédigée, mérite le même éloge que les récits de l'historien; On y sent déjà quelque chose de cet art de faire parler les hommes, où devaient plus tard exceller les Salluste et les Tite Live : « Les consuls romains au roi Pyrrhus, salut. Toujours animés du même courage pour tirer vengeance de tes injures, nous ne songeons qu'à te traiter en ennemi, et nous mettons tout ce que nous avons de zèle à te faire la guerre. Mais, pour donner au monde l'exemple de la loyauté, nous sommes résolus à préserver ta vie : nous voulons pouvoir te vaincre les armes à la main. Nicias, un homme de ta maison, est

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venu vers nous, nous proposer de te faire périr en secret, moyennant un salaire. Nous avons refusé de l'entendre ; nous lui avons ôté l'espoir de rien tirer de nous; en même temps, nous avons cru à propos de t'avertir, afin que, si on attentait à ta vie, les peuples ne pussent croire que nous avons préparé le crime, et que nous combattons nos ennemis dans l'ombre, par la trahison soldée et par l'assassinat, moyens qui ne sont point à notre usage. Tiens-toi sur tes gardes, ou crains de périr. » Ce qu'on cite d'Ântias est infiniment peu de chose; et encore les transcripteurs n'ont-îls pas reproduit les paroles textuelles de l'historien. Nous nous disp'enserons donc de chercher, dans de pareilles reliques, ce qui pouvait caractériser son style et sa manière. Je remarquerai seulement qu'on ne sépare guère le nom d'Antias de celui de Quadrigarius, et que les qualités et les défauts de l'un semblent avoir été, à peu de chose près, les défauts et les qualités de l'autre.

Il Ile nous reste plus qu'à rappeler quelques noms, plus ou moins obscurs : C. Licinius Macer, dont les Annales ont été plus d'une fois mises à profit par Tite Live ; L. Otacilius Pilitus, qui avait raconté les exploits de Pompée; Q. £lius Tubéro, auteur de plusieurs ouvrages historiques; Vennonius, Munatius Rufus, Q. Dellius. Ces derniers, et tous ceux que je pourrais énumérer encore , ne sont pour nous que des noms.

On voit si j'avais raison de craindre que ce chapitre ne fût qu'ennuyeux. Nous allons trouver, je l'espère, une matière un peu moins ingrate : l'éloquence, après Caton, ne déchut pas comme l'histoire ; et plus d'un Romain, avant Cicéron, se montra digne du titre d'orateur.

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