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L'ÉLOQUENCE DEPUIS LES GRACQUES JUSQU'A CICËRON

SCAURUS; RDTILIDS, ETC. — GRASSUS ET ANTOINE. — TIE DE CRASSUS. — ÉLOQUENCE DE CRASSUS. —- CRASSUS ORATEUR JUDICIAIRE. — DISCOURS

POLITIQUES DE CRASSUS. — VIE d'ANTOINE. — ÉLOQUENCE D' ANTOINE.

PHILIPPE. ^— COTTA ET SULPICIUS. — AUTRES ORATEURS CONTEMPORAINS DE CRASSUS ET D'ANTOINE. — HORTENSIUS. -«-HORTENSU.

IScaums; Rnttllu*) etc.

Entre les Gracques et Cicéron, trois orateurs ont conquis, à Bome, une réputation de génie : Crassus, Antoine et Hortensius. C*est è ces noms illustres que sera principalement

t. Cicéron, tur VOrateur, livre IIIj paragraphe s«.

l'éloquence depuis les gracques jusqu'à cicéron. 205

consacré ce chapitre; mais il y a quelques hommes de ta* lent qu'il serait injuste de passer sous silence.

M. Ëmilius Scaurus, dont il a été question dans le chapitre sur les historiens , était, suivant Cicéron, un orateur distingué. Il imitait, dans ses discours, la simplicité des anciens orateurs; sa parole avait de la gravité et de l'autorité; son éloquence était toute sénatoriale. Rutilius, dont le nom est presque toujours joint à celui de Scaurus, était un orateur aussi ; mais Cicéron ne fait qu'un médiocre éloge de ses discours. L'auteur du Brutus traite plus favorablement Catulus orateur ; je dis le collègue de Marins, celui-là même qui avait écrit l'histoire de la guerre des Cimbres. « Q. Catulus était savant, non à la manière des anciens, mais à la nôtre, ou, s'il en est une meilleure, à la sienne. Il avait beaucoup de littérature, une grande douceur de langage, aussi bien que de mœurs et de caractère, enfin une diction pure et que ne déparait aucune tache. » Il reste quelques fragments des discours de Q. Métellus Numidicus ; mais ces fragments n'ont rien de bien remarquable. Je n'en excepte pas même celui qu'on a si souvent cité, cette singulière exhortation au mariage, qui commence ainsi : « Romains, si nous pouvions nous passer d'épouses, assurément aucun de nous ne voudrait se charger d'un tel ennui ; mais, puisque la nature a arrangé les choses de telle sorte, qu'on ne peut ni vivre heureusement avec une femme, ni vivre sans femme, assurons la perpétuité de notre nation plutôt que le bonheur de notre courte vie. » Métellus ne manquait pas d'esprit; il parlait assez bien, comme dit Cicéron, pour soutenir un grand nom et la dignité consulaire; il avait écrit quelquesuns de ses discours ; mais c'était à peine un orateur. Si nous nous en rapportions au jugement de Cicéron sur C. Memmius, il nous faudrait laisser ce nom dans l'ombre, avec ceux de Cépion, de Curion, de Fimbria, de tant d'autres. Mais Salluste fait un beau portrait de Memmius, comme homme d'État et comme orateur. Il dit que son éloquence était célèbre, et qu'elle lui donnait un grand empire sur les esprits. Il lui prête un très-beau discours, qui n'a sans doute que peu de chose d'authentique; mais il fait mieux

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que lui attribuer sa propre éloquence : il retrace, dans un autre passage, les effets de celle de Memmius. Voyez la belle scène où Memmius, au nom de la foi publique, garantit la vie et la liberté de Jugurtha, calme Teffervescence populaire, et obtient que tout se passe, même avec un ennemi odieux, dans les formes légales, à tout hasard de voir le criminel échapper à une trop juste vengeance*

Crassus et Antoine.

Cicéron, après avoir nommé Memmius et quelques autres moins connus, s*écrie : « Que d'orateurs j'ai déjà cités! que de temps passé à cette énumération ! et cependant, c'est en nous sauvant à peine à travers la foule , que nous sommes arrivés, chez les Grecs à Démosthène et à Hypéride, et chez nous à Crassus et à Antoine ; car ce sont, à mon avis, nos deux plus grands orateurs, et les premiers Romains qui aient élevé l'éloquence à cette hauteur où l'avait portée le génie de la Grèce ^ >» C'étaient deux hommes nourris, comme presque tous les contemporains, dans toute sorte d'études libérales. Mais ils ne voulaient pas qu'on en crût rien. Us feignaient, en public, de ne devoir rien qu'à eux-mêmes et aux vieilles traditions latines. Cette tactique, renouvelée de Caton , était aussi en ce temps-là un infaillible moyen de plaire à la multitude, qui n'aimait pas les Grecs, qui les estimait encore moins, et qui était enchantée d'apprendre que ses orateurs partageaient ses mépris et ses répugnances. Ignorer les lettres grecques, ou affecter de les ignorer, c'était faire acte de patriotisme romain; c'était protester contre l'insolence de ces vaincus, qui avaient la prétention de régenter éternellement leurs vainqueurs ; c'était revendiquer pour Rome ses titres à cette royauté du génie que lui déniaient les enfants dégénérés de la Grèce. Cicéron lui-même, bien des années après Crassus et Antoine, ne dédaignait pas de co.ndescendre comme eux à ces faiblesses de la vanité nationale. Quand il plaide contre Verres, il se donne l'air d'un homme qui sait à peine ce que c'est que peintures ou objets d'art, et qui a besoin de demander à son secrétaire

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