‹ Histoire De La Litterature RomaineChapitre 47 sur 124 · Ditil&§u$ de* Ofàtiurit chapitre Diii · texte numérisé non relu

Ditil&§u$ de* Ofàtiurit chapitre Diii

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fois on recommença Tépreuve du scrutin, et trois fois ik* sortit le premier. Il ne s'aveuglait pas sur la durée de la faveur populaire, et il sentait vivement le besoin de s'appuyer sur quelque chose de plus solide, pour pouvoir se défendre contre ses ennemis. Il s'attacha donc à Pompée ; et, en re-^ tour des bons offices du général , il mit son éloquence au service d'une ambition qui n'avait d'ailleurs qu'un objet grand et avouable. C'est Cicéron qui fit adopter, en Tan 67, la loi proposée par le tribun Manilius, en vertu de laquelle Pompée , déjà chargé de la guerre maritime , fut investi du commandement de toutes les armées romaines en Orient, pour achever de réduire Mithridate. Nous possédons le discours pour la loi Manilia. Ce discours fut le début de Cicéron aux rostres du Forum.

C'est le panégyrique de Pompée qui forme la partie la plus considérable du discours , et aussi la plus curieuse et la plus brillante. Le chef que Rome mettra à la tête de ses armées doit posséder, selon Cicéron, toutes les grandes qualités qui font le général accompli : la science militaire, la bravoure , l'ascendant sur ceux qu'il commande , enfin le bonheur. Et l'orateur tâche de démontrer que l'homme qui possède ces qualités au degré suprême, que le seul qui les possède, c'est Pompée. Il entonne un hymne enthousiaste à son idole : il nous montre Pompée soumettant, à l'empire de sa volonté, les citoyens, les alliés, les ennemis de la république, et même les vents et les tempêtes. L'imagination embellissait singulièrement la réalité ; mais on ne saurait suspecter la bonne foi du panégyriste. C'est cette bonne foi, c'est rimportance du but que Cicéron se propose, qui donnent à tout ce morceau je ne sais quoi de digne et de majestueux, et qui y font circuler le souffle de la véritable éloquence. Le commencement du discours offre un assez grand intérêt historique. C'est un tableau animé des affaires d'Asie, et l'exposé des motifs qui doivent déterminer les Romains à en finir avec un adversaire souvent vaincu, mais toujours formidable. Ce qui suit l'éloge de Pompée n'est pas non plus sans mérite : l'orateur réfute éloquemment les arguments de ceux qui s'effrayaient de voir réunis, dans la main d'un seul

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'homme, tant de pouvoirs, et de nature si diverse, innovation contraire à toutes les traditions de la politique romaine.

Le discours pour la loi Manilia est le plus travaillé et le plus fleuri des discours politiques de Cicéron; ce qui ne veut pas dire le meilleur. Cicéron y abuse un peu trop des artifices de la rhétorique. Nulle part, chez lui, on ne trouve autant de ces périodes au circuit géométriquement calculé, de ces chutes savamment cadencées, de ces assonances symétriques, que sais-je? de tous ces petits moyens de produire de l'effet, enseignés jadis par Gorgias, et qui ne font que déparer, ou, si Ton veut, que mal parer une argumentation sérieuse. Cicéron n'aurait pas mal fait non plus de se préserver de certaines antithèses que n'avouerait pas un goût sévère. Je remarque en passant , comme un trait de mœurs caractéristique , que l'orateur , qui songeait sans doute encore à Yerrès, fait honneur à Pompée de son indifférence pour les objets d'art.

Deux ans après ce discours, Cicéron briguait le consulat. Ses compétiteurs employaient ouvertement la corruption. Le sénat voulut arrêter leurs menées, en aggravant la pénalité des lois anciennes qui garantissaient la sincérité des élections. Cicéron parla devant ses collègues , et il couvrit d'opprobre ce Catilina qui lui disputait, par d'indignes manœuvres, la suprême magistrature. C'est le discours intitulé dans la Toge blanche y c'est-à-dire discours prononcé par Cicéron candidat. Il n'en reste que fort peu de chose ; mais je l'ai mentionné, parce que ces phrases violentes à l'adresse de Catilina peuvent donner une idée de la liberté avec laquelle on se disait en face, dans le sein même du sénat romain, les choses les plus injurieuses.

On sait comment Cicéron fut nommé consul. Une conspiration se tramait dans l'ombre; on devinait que Catilina en était l'âme; des bruits affreux venaient de temps en temps effrayer les citoyens. Les indiscrétions d'un certain Curius, et les révélations deFulvia, sa maîtresse, portèrent la terreur à son comble. Salluste lui-même reconnaît que tous les regards se tournèrent vers Cicéron , et qu'on fut unanime, en ces redoutables conjonctures , pour remettre

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aux maîDs du grand et honnête orateur le soin du salut commun. « Rien ne contribua plus, dit-il, à échauffer les esprits en faveur de M. Tullius Cicéron, et à lui faire confier le consulat : jusque-là, la plupart des nobles , dévorés de jalousie , croyaient le consulat souillé , pour ainsi dire, s'il devenait le partage d'un homme nouveau , même distingué par son mérite; mais, en présence du danger, la jalousie et l'orgueil cédèrent ^ >»

Le premier discours consulaire de Cicéron fut celui qu'il prononça, dans le sénat, contre la loi agraire de Rullus. Ce n'est pas un chef-d'œuvre. Il n'y a rien de bien saillant ni dans les idées ni dans le style; et la complaisance vaniteuse avec laquelle l'orateur étale ses propres mérites affecte désagréablement le lecteur. Mais, quand Cicéron attaqua la même loi devant le peuple, il se retrouva plus digne de lui-même. Le deuxième discours contre la loi agraire est peut-être le plus parfait des discours politiques de Cicéron. L'exorde, admirable d'habileté et de convenance, n'est pas sans analogie avec celui du fameux discours que Salluste met dans la bouche de Marins. Cicéron, comme Marins, parle de la coutume qu'ont les orateurs de rappeler les services de leurs ancêtres; comme lui, il déclare n'avoir rien à dire de ses aïeux : homme nouveau, il remercie le peuple des faveurs qu'il en a reçues; mais il fait remarquer que les soucis, les soins vigilants, les travaux de tous les jours, sont le prix dont il paye ces faveurs. Il promet de se montrer consul populaire ; mais il se demande quels sont les devoirs d'un homme véritablement dévoué aux intérêts du peuple. 11 dit que les lois agraires, en général, lui semblent chose excellente, et il fait l'éloge des Gracques. Il explique ensuite pourquoi il repousse la loi de Rullus, cette loi à l'idée de laquelle il avait d'abord applaudi. On lui a fait mystère des dispositions arrêtées par le tribun et ses adhérents ; et ce n'est qu'à grand'peine qu'il est parvenu à en avoir connaissance- Or, ces décemvirs qu'institue la loi, qu'est-ce, sinon dix rois qui vont posséder l'Italie? Il signale l'influence

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