‹ Histoire De La Litterature RomaineChapitre 48 sur 124 · I. Salluste, Caftitfui; chapitre xnii · texte numérisé non relu

I. Salluste, Caftitfui; chapitre xnii

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scandaleuse que RuUus exercera dans les comices» puisque c'est lui qui tirera les tribus au sort. Vous remarquez ici combien peu les Romains hésitaient à s'accuser les uns les autres des fraudes les plus abominables. Par un article particulier, Pompée était exclu du nombre des futurs décenavirs : Cicéron profite de cette circonstance, pour faire voir dans la loi une machine de guerre dirigée contre Pompée. Cette loi, funeste à mille égards, ne servira guère qu'à enrichir des hommes comme Valgius, le beau-père de Rullus. L'orateur insiste sur le danger d'envoyer une colonie à Capoue, danger qu'il avait déjà vivement dépeint dans son discours au sénat. La péroraison est belle et fière. Cicéron n'y descend jamais jusqu'à la vanité : il ne montre que le juste orgueil d'un homme nouveau qui a été fait consul, c'est son expression même, non pas dans les langes , mais dans le champ de Mars ; c'est-à-dire d'un homme qui doit tout à son mérite, à la confiance de ses concitoyens, et rien à sa naissance. L'avocat ne parait que rarement dans ce discours : on voudrait pourtant quelquefois une argumentation plus grave. N'est-ce pas une petitesse indigne de Cicéron, et du lieu où il parlait, que cette chicane misérable sur la noblesse de Rullus? Cicéron conteste au tribun ses titres; et Cicéron savait, aussi bien que tout le monde, que Rullus était de la famille Servilia. Dans un'autre écrit, il reconnaît l'origine patricienne de Rullus. Il faut laisser au barreau ces malices et ces roueries. Mais, je le répète, Cicéron ne fut jamais plus heureusement inspiré que ce jour-là; et le style du discours est animé des tours les plus vifs et les plus pittoresques. Je ne puis m'empôcher de citer le passage où Cicéron montre le rôle qu'aura joué Rullus, si tout se passe comme Rullus le désire, et comme la loi le fait craindre : « Qui a porté la loi? Rullus, Qui a empêché la plus grande partie du peuple de donner ses suffrages? Rullus. Qui a présidé aux comices? Rullus. Qui a convoqué les tribus qu'il voulait, les ayant tirées au sort sans surveillance? Rullus. Qui a nommé les décemvirs qu'il a voulu? le même Rullus. Qui a-t-il nommé le premier? Rullus. Certes, il aurait peine à faire approuver tout oeci à um pro-

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près esclaves, bien loin de vous le faire approuver k VoUs, les maîtres de toutes les nations ^ »

Ruilus n'osa pas lutter contre Cicéron. Hais, quelque temps après, il accusa le consul, devant le peuple, d'avoir combattu la loi agraire uniquement en vue de favoriser les partisans de Sylia, qui possédaient de vastes propriétés en Italie. Cicéron repoussa vivement cette attaque. Son troisième discours sur la loi agraire est peu étendu ; mais c'est un des plus énergiques qu'il ait jamais prononcés. Peutêtre les murmures par lesquels l'orateur fut accueilli à son apparition dans la tribune furent-ils pour lui un salutaire excitant. Il n'eut pas de peine à se disculper de l'accusation, surtout venant d'un homme qui n'était guère partisan de Marius. Il renvoya à Ruilus le reproche de fauteur des syllaniens, en lui montrant un article de sa loi, qui donnait toute sécurité aux acquéreurs des biens des proscrits, et qui leur faisait une position plus avantageuse qu'aux propriétaires de biens patrimoniaux. Il stigmatisa la déloyauté de ses adversaires, et il finit en les défiant de paraître à la tribune, et d'y soutenir publiquement leurs calomnies. Si ce discours avait plus d'importance par son étendue et par son objet, il mériterait d'occuper une place très-distinguée parmi les œuvres oratoires de Cicéron.

Quatre ans avant le consulat de Cicéron, L. Roscius Otho, tribun du peuple, avait assigné à l'ordre équestre les quatorze premiers bancs du théâtre, après les sénateurs. Un jour, pendant que Cicéron était consul , l'ancien tribun , en entrant au théâtre, fut accueilli par des huées et des sifflets. Les chevaliers prirent son parti ; le peuple continua le vacarme : une collision était imminente. Cicéron paraît, et il ordonne aux mutins de se rendre au temple de Bellone. Là, il les harangue; toute cette agitation s'apaise: la foule, calme et silencieuse , va ensuite se rasseoir au théâtre , résignée désormais à ne plus protester contre le privilège des chevaliers. Il reste quelques mots seulement du discours de Cicéron. On croit que c'est à cette victoire remportée sur les

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