LES CORRESPONDANTS DB CICÉRON. Î
céron, les derniers degrés du malheur ; et, pourvu qu'il ait à qui demander ce qu'il désire , et qui le choie et le loue , il ne repousse pas Tidée d'une servitude honorable, si toute* fois il peut y avoir rien d'honorable dans une honteuse et profonde humiliation. Octave, je le veux bien, appelle Cicéron son père; il le consulte en tout, il Taccable àe louanges et de remercîments. Mais on verra bientôt les actions démentir les paroles. Qu'y a-t-il, en effet, de plus contraire au sçns commun, que de traiter de père celui à qui on ne laisse pas même la dignité d'homme libre? etc *. » Ce sont bien là les pensées, c'est bien là le style de Brutus. Je n'affirme pas que personne au monde n'eût su le faire parler ainsi : je répète seulement que celui qui l'eût su aurait employé autrement son génie.
firutus était un orateur distingué. Il y avait pourtant, dans ses discours, quelque chose d'un peu sec et froid, qui provenait de ses scrupules de philosophe stoïcien, bien plus que d'aucune indigence naturelle. Il se contenait lui-même; il s'interdisait tout élan passionné ; il réduisait le discours à une simple argumentation; il lui ôtait le sang et la chair: il ne lui laissait que les nerfs et les os. Cicéron dit quelque part, à propos.de la harangue prononcée au Capitole, et que Brutus lui avait envoyée à examiner avant qu'elle fût publiée, qu'il n'y a rien à changer ni dans les pensées ni dans les paroles, vu le genre d'éloquence qui plaît particulièrement à Brutus ; que c'est, peu s'en faut, la perfection en ce genre : « Quant à moi, ajoute-t-il, si j'avais traité ce sujet, j'aurais écrit avec plus de chaleur*. » Il reste à peine quelque souvenir des autres discours prononcés et écrits par Brutus.
Dans les lettres écrites par Cassius, on trouve, outre des détails précieux d'histoire politique, une vive peinture d§ l'esprit et du caractère de ce fameux tueur de tyrans. Cas-? sius n'est pas un stoïcien comme Brutus : c'est un épicurien