LES CORRESPONDANTS DE CICÊRON
que GicéroQ lui attribue s'y trouvent en effet, et à un degré assez remarquable. Le dernier paragraphe ne manque même pas d'une certaine force. Quintus dit ce que sont les élections de Rome ; et quelques coups de pinceau brillants et hardis lui suffisent, selon le mot d'un critique, pour tracer une peinture vivante.
Quintus était poëte , ou plutôt versificateur, comme son frère. Il s'essaya dans presque tous les genres, sans en prendre un seul au sérieux. Il était homme à faire une tragédie en huit jours; avec un modèle grec, bien entendu. Il reste quelques vers d'un poëme sur le zodiaque , qui sont assez bien tournés : nul doute que ce ne soit une imitation de quelque original grec. On peut contester aussi à Quintus l'invention de deux épigrammes assez jolies , et qui sentent aussi leur malice grecque. Voici la première : « Confie ton navire aux vents, ne confie pas ton cœur aux jeunes filles ; car l'onde est plus sûre que la foi d'une femme. » Voici la seconde : « Il n'y a pas de femme bonne ; ou , s'il en existe une seule , je ne sais par quel sort une chose mauvaise est devenue bonne. »
Hlrtlu« ( Aulvs )•
Hirtius est célèbre par sa n^ort à la bataille de Modène. Après le meurtre de César, il exprima vivement son opinion sur les 'fautes politiques de Brutus et de Cassius, sur leur départ d'Italie, sur leur appel aux armes. Nous avons une lettre écrite d'un style singulier, où il ne leur épargne pas le blâme. Mais, nommé consul avec Pansa, il se dévoua sans réserve* à une cause qu'il avait ^'abord condamnée. Hirtius avait été un des meilleurs lieutenants de César. C'est à lui que quelques-uns attribuent le huitième livre des Commentaires, et les deux livres sur la guerre d'Alexandrie et sur la guerre d'Espagne, qu'on joint comme complément à l'ouvrage. On se souvient que c'est pour plaire à Hirtius que Cicéron écrivit le traité du Destin.
liUceéluM (I.aclu0).
Luccéius a reçu de Cicéron les plus grands éloges, comme
homme, comme orateur et comme écrivain. C'était, à ce qu'il parait, un historien de mérite. Cicéron essaya de lui faire écrire l'histoire de son consulat. Luccéius ne déféra point à ce vœu ; mais il écrivit un ouvrage sur la guerre italique et sur la guerre civile. Il n'en reste rien, non plus que de ses discours. Nous n'avons de Luccéius qu'une lettre à Cicéron , pour l'arracher à sa solitude , après la mort de Tullie, lettre qui n'a rien de bien consolant ni de bien persuasif.
Matins le poète, l'auteur des mimïambes, le traducteur, dit-on , de V Iliade d'Homère, fut un des plus nobles caractères de ces temps de troubles. Cicéron lui rend cette justice, malgré la haine de Matins pour le parti de Cicéron. C'est lui qui fut chargé, avec Postumius, de rendre les honneurs funèbres à César. Depuis lors il vivait dans la retraite, tout entier à la douleur que lui causait la perte du dictateur. On lui fit un crime de pleurer. De là une explication entre Cicéron et lui. Cicéron s'embarrasse quelque peu dans sa justification, à propos des bruits qui courent sur Matius; Matins , avec une franchise admirable , met à nu toute son âme. La lettre de Matius à Cicéron, dont je vais transcrire quelques lignes, est d'une rare éloquence, de cette éloquence du cœur, qui ne peut naître que d'une émotion véritable. Voyez s'il est possible d'exprimer de plus beaux sentiments, et dans un plus beau langage : « Je connais les accusations qu'où a portées contre moi depuis la mort de César. On me reproche de ne point me consoler de la mort de mon ami, de m'indigner d'avoir perdu celui que je chérissais. La patrie, disent-ils, doit être préférée à Tamitié : comme s'ils avaient démontré jusqu'à présent que son trépas a été l^tiie à la république. Mais je veux parler sans détour. J'avoue que je ne suis point encore parvenu à ce degré de sagesse. £n effet, ce que j'ai suivi, dans la dissension civile, ce n'est pas César, c'est mon ami; quoique son entreprise me fit peine , je ne l'ai point abandonné. Jamais je n'ai approuvé la guerre civile> ou même la cause du