C£8AR
DHIYERSALITÉ DES TALENTS LITTJSrAIRES DE CÉSAR, — CÉSAR ORATEUR. — JUGEMENTS DES ANCIENS. — l'aNTI-CATON. — TRAITlS DE l'ANALOGIE. — LETTRES DE GÉSAR« -* LES COMMENTAIRES.
Universalité de* talents littéraires de César.
César écrivain, c'est, avant tout, l'auteur des Commen-^ taires; mais c'est autre chose encore. Nous lui ferions tort, si nous ne voyions en lui que Téminent historien. Les lettres ont tenu une part considérable dans sa vie; ou, si Ton veut, il n'a pas dédaigné d'appliquer son esprit aux objets les plus divers, depuis son jeune âge jusqu'à sa mort. Nous n'avons que des renseignements fort incomplets sur la plupart de ses travaux littéraires; nous en avons assez néanmoins pour sa* voir à quel point César avait excellé comme orateur, comme polémiste, comme grammairien, comme épistolographe, comme poète même. Je ne parle pas du législateur ni du savant. Ses lois ne sont point de notre compétence : c'est à d'autres qu'il appartient de dire ce que ces illustres monuments attestent de prévoyance politique et de profonde raison; tout ce que je r^piarquerai ici, c'est que le langage en est fort et simple, digne cle Rome et digne de César. D'autres diront aussi combien mérite de louanges celui qui conçut l'idée de réformer un calendrier vicieux , et qui vint à bout de cette grande œuvre. Quant aux vers de César, nous avons cité ail* leurs ceux qu'a conservés le biographe de Térence. C'est peu de chose, sans doute; mais c'est de la poésie de bon aloi: ce sont des vers bien frappés et bien tournés, d'une facture sévère et élégante ; des hexamètres que n'eussent désavoués ni Lucrèce ni Catulle ; qui valent mieux que ceux de Cicéron sur le même sujet, et qui montrent que César n'avait qu'à vouloir, pour être compté parmi les favoris de la muse. Il est même probable que, si nous avions le Voyage^ ce poëme qu'il composa en se rendant de Rome au fond de l'Espagne, nous y trouverions un peu plus à admirer que ne veut bien le dire
le malin interlocuteur qui persifle , dans le Dialogue des Orateurs, les discours de César et ses poésies.
Cé«ar orateur*
César n'avait que vingt et un ans quand il débuta dans la carrière oratoire, en se portant pour accusateur contre un des deux hommes qui portaient les noms de Cnéius Dolabella. Dolabella échappa à la poursuite. Mais Timpression produitepar les discours de César avait été profonde*. « Depuis ce jour, dit Suétone, César fut placé, sans conteste, au premier rang des patrons, ou des orateurs judiciaires. » Dolabella, homme consulaire, et qui avait été honoré du triomphe, était assez puissant pour faire repentir le jeune audacieux qui lui avait reproché publiquement ses concussions : César sentit que le séjour de Rome, à côté d'un tel ennemi, pourrait avoir ses désagréments, et que cet échec légal ajournait ses espérances. Il se retira pour quelque temps à Rhodes; mais il laissa le poignard dans le sein de Dolabella. Il avait écrit ses discours. L'opinion publique était mise en demeure de se prononcer à son tour; et plus d'un lecteur, j'imagine, réforma dans sa conscience Tarrét des juges. Ce qui est certain, c'est que César, à son retour, l'année suivante, put braver impunément la colère de Dolabella. Nous le voyons reparaître aussitôt devant le tribunal de Lucullus, pour soutenir la cause des Grecs, dans leur procès contre Antonius. Il écrivit aussi son plaidoyer; mais il n'en reste, non plus que de l'accusation , que quelques mots insignifiants. Nous possédons un passage remarquable de l'oraison funèbre que César avait prononcée en l'honneur de sa tante Julie, la veuve de Marins. C'est là qu'on voit tout ce que cet homme si populaire osait affecter d'orgueil aristocratique : « La race de ma tante Julie, du côté maternel, sort des rois ; du côté paternel , elle a les dieux immortels pour alliés. Car c'est d'Ancus Marcius que descendent les Marcius Rex, dont la jnère de Julie portait le nom ; et c'est de Vénus que descendent les Jules, famille dont la nôtre
1. Il y avait au moins trois discours dans TaccusatioD, telle que César l'avait pa« bliée. Aulu-Gelle cite quelqueâ-mots de celui qui portait le chiffre III.
tait partie. Il y a donc, dans notre race, et la sainteté des rois, qui ont la souveraine autorité parmi les hommes, et la majesté religieuse des dieux, dont le pouvoir s'étend sur les rois eux-mêmes. » Nous avons aussi Texorde du discours pour les Bithyniens : « L'hospitalité que j*ai reçue du roi -Nicomède, l'amitié qui m'attache à ceux dont on va juger la cause, ne me permettaient pas, M. Vinicius,.de laisser à un autre le soin de les défendre. La mémoire des morts doit être soigneusement conservée dans le cœur de leurs proches; et l'on ne peut abandonner les devoirs envers un client, sans se couvrir d'infamie : nos obligations à l'égard d'un client sont si sacrées, qu'elles viennent immédiatement après nos devoirs envers des proches. « César était déjà grand pontife , quartd il défendit les Bithyniens contre Vinicius.
Les autres discours de César, mentionnés par les auteurs anciens, le discours pour la loi Plotia, les discours contre C. Memmius et L. Domitius, la défense du Samnite Décius, l'oraison funèbre de Cornélie, etc., ne sont connus que par leurs titres. Mais, s'il ne nous est pas permis de juger César orateur par quelque morceau d'un peu longue haleine, nous avons d'abondantes ressources pour suppléer à ce défaut ; car, depuis Cicéron jusqu'aux scoliastes des bas siècles, plus d'un écrivain ancien a parlé de l'éloquence de César.
jragemeitto des anelens.
Cicéron y revient avec une sorte de complaisance, en plusieurs endroits du Brutus : « César a perfectionné chaque jour son talent par de continuels exercices : aussi son style est plein d'expressions choisies; l'éclat de sa voix, la dignité de son geste, donnent de la grâce et du lustre à ses paroles; et tout concourt si heureusement en lui, que je ne crois pas qu'il lui manque une seule des qualités de l'orateur.... César est peut-être celui de tous nos orateurs qui parle la langue latine avec le plus de pureté.... César, prenant la raison pour guide, corrige les vices et la corruption de Tusage, par un usage plus pur et un goût plus sévère. Aussi, lorsqu'à cette élégante latinité , nécessaire à tout Ro-
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main bien né, ne fût-il pas orateur, il ajoute les ornements de réloquence, ses pensées sont comme autant de tableaux peints avec art, qu'il place dans un jour favorable. Doué d*un si beau privilège, qu'il unit d'ailleurs aux autres parties de l'art, je ne vois pas à quel rival il pourrait le céder. Sa déclamation est brillante et pleine de franchise ; sa voix, son geste, tout son extérieur a quelque chose de noble et de majestueux ^ » Quintilien, dans son catalogue littéraire, s'exprime comme il suit : « Si César s'était donné uniquement aux travaux du Forum, ce serait lui qu'on citerait, entre tous nos orateurs, comme le rival de Cicéron. 11 y a en lui tant de force, tant d'esprit, tant de mouvement, qu'on voit bien qu'il mettait le même cœur à parler qu'à faiie la guerre. Et pourtant ses discours ont ce poli, cette merveilleuse élégance de style, dont César était particulièremeit jaloux. » Suétone dit que César, dans sa jeunesse, s'appliqua à suivre les exemples oratoires de César Strabon.Ildit aussi que César ou égala ou surpassa, dans l'éloquence comme dans l'art militaire, la gloire des hommes les plus éminents. Les rhéteurs et les scoliastes reproduisent ou commentent tous ces éloges. Fronton appelle l'éloquence de César une éloquence impériale ; il fait lire à ses élèves les discours de César. Cette lecture avait, ce semble, de bien vifs attraits ; car Marc Aurèle dit quelque part à son maître : « Le discours de César me tient avec des ongles crochus. » Dans le concert des voix antiques, il n'y a guère qu'une discordance, c'est la voix de l'auteur quel qu'il soit du Dialogue des Orateurs. Encore le critique n'ose-t-il pas braver trop ouvertement l'opinion générale ; mais il se rabat nominativement sur le moins connu des discours de César, et il se moque, en passant, des poésies du dictateur: »« Pardonnons à César si, détourné par la grandeur de ses pensées et les mille embarras des affaires, il n'a point fait pour l'éloquence tout ce qu'on pouvait attendre de son divin génie. Car ses admirateurs eux-mêmes conviennent que, dans ses discours, il est inférieur à sa réputation. Nal