‹ Histoire De La Litterature RomaineChapitre 67 sur 124 · I. Cicéron, ^r«/w#, cliapitreLXXXiî · texte numérisé non relu

I. Cicéron, ^r«/w#, cliapitreLXXXiî

phe. Un barbarisme ie faisait frissonner d'horreur : a Fuyez, disait-il, fuyez conune un écueil tout mot inouï et inaccoutumé. >» L'ouvrage, autant qu*on en peut juger par les cita* lions des anciens, était tout pratique, et destiné aux jeunes gens non moins qu'aux hommes faits. César ne dissertait pas à perte de vue sur des lois abstraites : il prenait des exemples dans l'usage courant ou dans des auteurs connus, et il montrait comment telle ou telle forme lui semblait pécher contre l'analogie, c'est-à-dire contre la loi qui règle ou doit régler les dérivations des mots et la structure des phrases. Il proposait d'innombrables corrections, mais presque toujours pour revenir à des types autrefois en honneur, et pour restituer la langue dans sa pureté primitive. Beaucoup de ses observations, je n'en doute pas, eurent tout l'effet qu'il s'en promettait ; mais il y en eut qu'on ne trouva que singulières, parce que les formes qu'il préconisait étaient trop vieilles et trop complètement oblitérées. On continua d'écrire, malgré César, et surtout de dire, turbinem et non point turbonem^ diei et non point die^ momordi et non point me-mordiy spondondi et non point spedondi, etc. ; mais c'est César qui fit prévaloir, suivant Varron, Yi sur Vu dans le mot maximus et dans les mots analogues. Quoi qu'il en soit, cette étude sur la langue latine, surtout faite par un tel homme, ne put manquer d'exercer une considérable et salutaire influence. Qui sait tout ce que dut peut-être aux enseignements de César Tadmirable perfection des écrivains du siècle d'Auguste?

lettres de César.

Les autres ouvrages de César, sauf les Commentaires^ ont à peine laissé l'ombre d'un souvenir : ainsi les livres sur le Droit augurai et sur les Auspices, Mais nous avons quelquesunes des lettres que César avait écrites. Celles qu'il adressa à Cicéron, lorsque celui-ci se disposait à quitter l'Italie et à rejoindre Pompée en Grèce, sont remarquables à plus d'un, titre. César proteste de son amour pour la paix , de son désir de s'entendre avec Pompée, du désespoir où il serait de trouver dans Cicéron un ennemi déclaré. Il a pitié

3t0 CHAPITRE XIX.

des tourments auxquels Cicéron était en proie avant d'avoii pris sa résolution : on voit qu'il ne peut se résoudre à le re* garder sérieusement comme un des chefs du parti contraire] Je transcris au hasard un de ces billets. C'est quelque chosi tout à la fois d'aimable, d'adroit et de vif, et qui n'était p{ fait pour diminuer les perplexités d'un homme qui se sacril fiait sans enthousiasme à la fortune de Pompée : « Tu te trompes point sur mon compte, car tu me connais à' fond : non, rien n'est plus loin de mon caractère que la ! cruauté. Je me complais délicieusement dans ces disposi- 1 tions, et je suis heureux et fier de ton sufirage sur ce point, i Je ne m'émeus pas même de ce que j'entends dire, que des | prisonniers à qui j'avais rendu la liberté n'en veulent pro- 1 fiter que pour reprendre les armes contre moi ; car, s'il y a une chose à quoi je tienne, c'est de rester semblable à moi, tandis qu'ils le sont à eux-mêmes. Mais toi, fais en sorte, je ' te prie, que je te trouve bientôt à Rome : je veux, selon ma I vieille habitude , recourir en toute chose à tes lumières et à tes conseils. Je n'aime rien tant que ton cher Dolabella \ sois-en convaincu. Je lui devrai de t'avoir près de moi; oui, je le lui devrai : j'en ai pour garant sa bonté, ses sentiments, la tendre afiection qu'il me porte. » Il est difficile de flatter avec plus de délicatesse, de mieux prendre par le cœur, et de se faire valoir soi-même plus habilement , c'est-à-dire plus naturellement et avec aussi peu de jactance. César est tout entier dans ces lignes rapidement tracées, mais non sans réflexion ni sans calcul. J'y vois cette âme maîtresse d'elle-même , ce cœur bon et affectueux , cet esprit délicat et charmant, toutes ces qualités enfin par quoi César fut un si grand écrivain et un si grand homme.

làC» Commeiitalrefltt

Je n'ai pas besoin d'expliquer ce que c'est que les Commentaires de César. Les petits enfants eux-mêmes savent que ce sont des mémoires militaires. Il y a les mémoires sur la guerre des Gaules, en sept livres, et les mémoires sur la guerre civile, en trois livres. Le huitième livre, qui com-

Page 1