Virgile, Géorgiquês, livre lï, vers 490 et suivants
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rent en lui. Il y a pourtant une épithète qu'ils donnent au poëte, sur laquelle nous devons dire un mojt. Us disent le docte Catulle, Jules Scaliger, qui prétend d'abord ne pas savoir pourquoi, en a donné néanmoins une raison assez péremptoire : ce sont, suivant lui, les emprunts faits par Catulle a la littérature grecque, qui lui ont valu cet honorable surnom ; ce sont des conquêtes savantes, dans le genre du Chant nuptial, de YAtys, du poëme sur Thétis et Pelée, ce prélude brillant qui annonçait Virgile et VÉnéide.
Pline le Jeune, louant un poëte et énumérant toutes les qualités de ses vers, la grâce, la douceur, Tamertume, Tamour, dit que ce poëte fait les vers comme Catulle; et le mot meus, dont il accompagne le nom de Catulle, montre assez que Catulle était pour lui un auteur favori. Quintilien, dans sa revue critique, mentionne à^einele nom de Catulle, à propos de l'ïambe. Ailleurs, il ne le cité que pour certaines particularités de langage. Il n'y a rien, dans les autres passages anciens relatifs à Catulle, qui mérite d'être noté : c'est toujours ou mon cher Catulle^ ou le docte Catulle, ou Catulle le plus élégant des poètes^
ç^énle de l^uerèce.
Lucrèce, à Rome, n'avait pas eu de prédécesseurs. Il était le premier qui eût fait entendre, dans les villes romaines, pour parler comme Virgile , un chant ascréen ; il était le premier qui eût fait connaître aux Romains la muse d'Hésiode, de Xénophane, d'Empédocle, de Parménide. Je ne compte pas les traductions de Cicéron. Il est vrai qu'à peu près dans le même temps, Varron d'Atace avait écrit, dit-on, un poëme sur les marées, intitulé Pontiques. Mais ce poëme fut à peu près, pour les Romains, comme s'il n'avait jamais été : on ne le lut pas, ou on ne le lut guère. Varron avait manqué de génie dans la poésie didactique, comme il en avait manqué dans la satire. Ici encore nous pourrions dire, avec Horace : u Varron d'Atace avait essayé cela en vain. » Aussi Lucrèce est-il fier de son droit de primauté. A deux reprises difiérentes, il a chanté lui-même, à ce sujet, im
hymn^ en son honneur : « Je parcours la région des Piérides où nul chemin n'est ouvert , que nul avant moi n'a foulée de son pied; j'aime à aller puiser à des sources vierges; j'aime à cueillir des fleurs nouvelles, et à aller chercher pour ma tête une brillante couronne, là où les Muses n'en ont jamais tressé encore pour parer les tempes d'un poète ^ » Et c'était non-seulement chose nouvelle, de forcer la poésie latine à parler noblement sur de graves et savantes matières , c'était aussi une difficile entreprise, dans l'état surtout où se trouvait la langue, mal façonnée à l'expression des subtilités de la pensée. Cicéron n'avait encore écrit que la République et les Lois, et il n'avait pas encore touché à la philosophie pure, alors que la dépouille de Lucrèce était déjà rendue à ce néant, et son âme à cette immortalité qu'il avait si intrépidement et si vainement niée. Le poëte se fait gloire aussi de ses puissants efforts et de son heureuse persévérance : « Je n'ignore pas, dit-il à Memmius, qu'il est difficile d'éclairer en vers latins les obscures découvertes des Grecs, surtout quand une foule de sujets ne se peuvent traiter que par des mots nouveaux, à cause de la disette de notre langue et de la nouveauté des choses. Mais ton mérite pourtant, et le plaisir que me promet une douce amitié, tout m'anime à endurer les plus pénibles travaux. Je me résigne à veiller durant les nuits sereines ; à chercher par quels termes, par quels chants enfin il m'est possible de déployer devant ton âme une vive lumière, et de te dévoiler, dans ses profondeurs, le système du monde '. » Les poètes sont souvent menteurs. L'antique proverbe n'est point de mise avec Lucrèce. Nul n'eut jamais plus que lui le droit de se vanter de ses conquêtes. Là où rien n'était, il a fait : il a doté Rome d'une poésie nouvelle ; il a créé jusqu'à sa langue, ou, si l'on veut, il a frappé à son empreinte la langue de tous, et il lui a donné une beauté et une valeur auparavant inconnues.
Je fais assez bon marché de Lucrèce philosophe. Rien dq plus absurde, selon moi, que le fond de ses doctrines.
1. Livrai, vers 9^s et suivants; livre IV, vers t et suivants .