‹ Histoire De La Litterature RomaineChapitre 78 sur 124 · Catalte^ ChcMt nuptial, yen 49 et suivante · texte numérisé non relu

Catalte^ ChcMt nuptial, yen 49 et suivante

372 CHÀFITRS XXIV.

sifflement de ses bruyants panaches. Âmastris du Pont, et toi* Cytore chargé de buis , le navire assure que rien ne vous est plus connu; que votre mont, sur sa cime, porta ses ancêtres dès Torigine la plus reculée; qu'il trempa ses rames pour la première fois dans vos eaux. C'est de là qu'à travers tant de mers irritées , il a porté son maître , tantôt ayant le vent à gauche, tantôt Tayant à droite, tantôt poussé en poupo par un souffle favorable. Jamais on n'eut besoin de faire pour lui des vœux aux dieux des rivages , depuis son départ des mers les plus reculées jusqu'à son arrivée dans ce lac limpide. Hais tout cela était jadis : maintenant il vieillit dans un calme repos, et il se consacre à toi Castor, et à toi frère jumeau de Castor. »

Quant aux épigrammes, je ne tenterai pas d'en rien transcrire. Je remarquerai seulement que, s'il y en a de médiocres, ou même de mauvaises, il y en a aussi de bonnes, et même d'excellentes. Martial , avec tout son esprit , est bien loin d'avoir fait oublier les grâces plus naïves de son devancier. On compare quelquefois Martial à Catulle, c'està-dire à une portion de Catulle. Jules César Scaliger et Juste Lipse n'hésitaient pas à préférer le poète de Domitien. Ceux qui aiment surtout l'esprit pour l'esprit partagent cette préférence. Mais il m'est impossible de m'y associer. Pourtant je n'irai pas jusqu'à dire, avec Muret, que Martial est à Catulle ce qu'un vil bouffon est à un homme de bon ton et de bonne compagnie. Bien moins encore approuverai-je le fanatisme d'André Navagero , ce sénateur vénitien , ami de Bembo et de Fracastor, et poète latin distingué comme eux, qui brûlait solennellement, chaque année, en l'honneur de Catulle, un exemplaire de Martial, et qui nommait le jour de cet holocauste la fête des Muses.

Revenons à Lucrèce. Si nous voulions transcrire ici tout ce qu'il y a d'admirable dans le poème de la Nature des choses, le reste de notre volume n'y suffirait pas. Il nous faudrait citer tous les préambules, presque toutes les digressions, le cinquième livre presque en entier, une partie considérable du troisième et du sixième, et une foule innombrable de passages remarquables, de vers bien frappés, de

mots heureux, épars dans tous les autres livres. Nous nous bornerons à deux citations, dont Tune même est assez courte. On verra du moins combien le poète valait mieux que son système*

Voici, par exemple, une de ces oasis qu'on trouve à travers les déserts les plus arides de la philosophie de Lucrèce. 11 s'agit des diverses figures des atomes, et, par suite, de la diversité des êtres mêmes qui se ressemblent le plus : k Car souvent, au pied des images splendides des dieux, près des autels où brûle l'encens, un veau est tombé en sacrifice, versant de sa poitrine une chaude source de sang ; mais la mère à qui on Fa ravi parcourt à grands pas les vertes campagnes , et laisse sur la terre la profonde empreinte de ses pieds fourchus. Elle porte ses regards inquiets dans tous les lieux d'alentour, tâchant d'apercevoir quelque part le nourrisson qu'elle a perdu. Elle s'arrête au bord de la forêt ombreuse, qu'elle remplit de ses plaintes. À chaque instant elle retourne examiner dans l'étable , uniquement occupée de ses regrets. Ni les tendres saules, ni les herbes ranimées par la rosée , ni les ruisseaux coulant à pleines rives , ne peuvent charmer son cœur, ni détourner le souci qui J'a tout à coup saisie. Les figures des autres veaux qu'elle aperçoit dans les gras pâturages ne peuvent faire illusion à ses yeux et calmer sa douleur : tant ce qu'elle cherche est chose à elle propre et qu'elle connaît bien ^ ! »

Lucrèce parle de l'amour en physiologiste plus qu'en philosophe, mais toujours en poète. Plus d'une fois il échappe, là aussi, des chaînes de son matérialisme. C'est au IV» livre de Lucrèce que Molière a emprunté les vers charmants d'Éliante sur les illusions de l'amour ; c'est dans ce même livre que Lucrèce dépeint comme il suit les tourments de l'amour, non pas seulement de l'amour malheureux, mais de l'amour qui semble le plus fortuné : « Vous passez votre vie sous le commandement d'autruî. Ce-

{)endant le patrimoine s'en va, et les dettes se contractent ; es devoirs sont délaissés, et la réputation vacille et périt.

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