‹ Histoire De La Litterature RomaineChapitre 84 sur 124 · ÉpUrei, livre I, xx, vers lO et suivants · texte numérisé non relu

ÉpUrei, livre I, xx, vers lO et suivants

logues qu'il a négligés sont précisément les plus beaux. Y a-t-il rien, dans La Fontaine lui-même , qui l'emporte sur le long et admirable récit où figurent Torateur Philippe et le crieur public Vultéius Mena? Au fond, c'est l'histoire du savetier et du financier ; mais l'apologue latin est plus intéressant, selon moi , et d'un ordre plus élevé que celui de La Fontaine. Un récit plus court, mais non moins parfait, c'est celui où Horace nous montre un soldat de Lucullus qui se comporte en héros , parce qu'il est furieux d'avoir perdu son argent, et qui ne songe plus qu'à vivre quand il sent sa bourse bien garnie. Yoici un autre apologue, aussi court que celui-là, et qui ne déparerait pas, je pense, l'ample et riche comédie du bonhomme : « Il y avaità Argos un homme d'assez bonne^ maison , qui se figurait entendre de merveilleux acteurs tragiques, assis joyeusement et applaudissant dans un théâtre imaginaire. Du reste, capable d'observer avec exactitude tous les devoirs de la vie ; bon voisin, sans contredit, hôte aimable, époux attentif, maître indulgent pour ses esclaves, et qui ne se serait pas mis en fureur pour une bouteille décachetée ; capable enfin d'éviter une pierre sur sa route, ou un puits ouvert sous ses pas. A force de dépenses, à force de soins, ses proches le guérirent. Après que la maladie et la bile eurent cédé à quelques doses de pur ellébore : « Par Pollux, dit-il en revenant à lui-même, « vous m'avez tué , mes amis, vous ne m'avez pas rendu la « vie, en m'arrachant ainsi mon plaisir, et en m'ôtant par « force la délicieuse erreur de mon âme*. » J'ai insisté sur le mérité singulier de ces petites pièces, parce qu'on les aperçoit à peine dans l'admirable tissu dont elles font partie. Les critiques eux-mêmes, qui sont tout pleins des louanges d'Horace moraliste , ont oublié qu'Horace a fait des fables, et les plus belles fables qu'on ait jamais écrites en latin. Les plus savants et les mieux informés vous diront, par exemple, que l'apologue grec était un genre auquel l'imitation, avant Phèdre, n'avait pas encore touché, et que c'est là ce qui détermina la vocation de Phèdre. Non-seulement Phèdre n'est

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