‹ Histoire De La Litterature RomaineChapitre 87 sur 124 · AUTRES POÈTES DU SIÈCLE D' AUGUSTE · texte numérisé non relu

AUTRES POÈTES DU SIÈCLE D' AUGUSTE

Gratius par ce que je vais transcrire : c'est le début même des Cynégétiques,

« Sous tes auspices, ô Diane, je chante un art, présent des dieux et passe-temps des chasseurs. La force fut d'abord Tunique ressource de l'homme. Dénué de prudence, sans armes que son courage, il parcourait les bois, et rien n'était réglé dans sa vie. Bientôt il prit une route plus facile et plus sûre : il t'associa, ô raison, à ses entreprises. De là mille se^ cours pour soutenir son existence ; de là l'ordre et la mé-thode brillant partout : un art connu devient le germe d'un art nouveau; la science grandit de proche en proche; et, par là, recule et tombe la violence insensée. Nous devons au ciel la naissance des premiers arts, leurs premiers et solides accroissements. Puis chacun, selon son talent, put remplir sa carrière, et le triomphe de l'activité humaine fut assuré. Quand notre vie s'épuisait à lutter contre les bétes sauvages, c'est toi, ô Diane, qui daignas nous fournir les moyens né* cessaires à notre défense, nous protéger en nous découvrant tes secrets, et délivrer l'univers de ce danger. Sous ton autorité vinrent se ranger la foule innombrable des divinités des bois, de celles des fontaines, toutes les naïades, et Faunus, le cultivateur du fertile Latium, et le jeune dieu du Ménale, et la grande déesse qui dompte les lions de l'Ida, et Sylvain, que charme un inculte rameau. Avec l'aide de ces protecteurs , et par l'entremise de la poésie , je veux défendre notre existence contre mille bétes sauvages : je donnerai, dans mes vers, de^ armes au chasseur; je dirai l'art de s'en servir; et je vais commencer en chantant les filets, et tous les pièges que tend la ruse. »

Rfanlllus.

Marcus Manilius passe pour avoir écrit vers la fin du règne d'Auguste. Son style prouve, en effet, qu'il n'a pas dû vivre dans les siècles de décadence. Mais on ignore réellement et son pays, et l'époque où il florissait, et les événements de sa vie. Il nous a laissé un poëme intitulé Astronomiques, Ce poëme, bien que nous l'ayons incomplet, ou que l'auteur ne j'ait point achevé, est asses considérable : il n'a pas moins de

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cinq livres, d'une étendue analogue à ceux des Géorgiques. On n*estime que médiocrement les connaissances astronomiques de Hanilius, et on le blâme avec raison d'avoir trop souvent mêlé aux leçons de la science les billevesées de l'astrologie. Hais ces défauts n'ont pas nui à son talent poétique. Le plan de l'ouvrage est simple et clair; des épisodes assez intéressants animent de temps en temps les préceptes : le premier livre surtout et le cinquième sont remarquables par des morceaux d'un ordre assez élevé. Ce n'est ni l'heureuse chaleur ni l'art exquis de Virgile; mais c'est encore de la vraie poésie. La versification est correcte et élégante ; le style ne manque ni de verve ni d'énergie. On souhaiterait parfois un peu plus de sobriété; non pas que Manilius soit précisément verbeux , mais il n'avait point assez appris de Virgile qu'il n'est pas bon de tout dire. La diction même, quoique en général pure et franche, a aussi ses taches. On rencontre çà et là des tournures un peu singulières, des expressions que n'aurait probablement point avouées le poète des Géorgiques, Je n'en rejetterai pas complètement la faute sur le sujet. Le sujet, depuis les deux Cicéron, n'était plus nouveau pour les Muses latines; et la nouveauté des choses n'excuse pas toujours l'étrangeté des termes, ni surtout celle des phrases. Quoi qu'il en soit, les Astronomiques méritent d'être comptées parmi les ouvrages qui font honneur à la poésie latine. Voici un morceau sur l'immortalité de l'âme, qui n'est peut-être pas parfaitement concluant pour le fond, mais qui prouve du moins que Manilius s'inquiétait des grands problèmes, et que, s'il était impuissant à les résoudre, il demandait à un spiritualisme élevé des aperçus, des pressentiments, et qu'il avait foi à Platon plus qu'à Ëpicure :

« Peut-on douter qu'un dieu n'habite dans notre cœur? que les âmes ne retournent au ciel et ne viennent du ciel? Comme le monde est construit de toute sorte de corps, de l'air, du feu supérieur, de la terre, de la mer, et qu'un esprit gouverne ce qui est entraîné dans le tourbillon de l'univers ; de même peut-on douter qu'il n'y ait en nous des corps d'une nature terrestre, et un souffle céleste de cette âme qui

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