Martial, Épigrammet, livre III, épigramme
thète de malin (improbi) ne s'applique bien à ce peéte. Mais on ne saurait nier qu'Àvianus ne parle de Phèdre le fabuliste, quand, énumérant à un certain Théodose les auteurs latins qui se sont exercés dans l'apologue , il dit que Phèdre a aussi traité, en cinq livres, quelque portion de la matière. Hors ces deux témoignages , il n'y a rien ; mais Phèdre supplée passablement à ce que les autres n'ont pas jugé à propos de nous dire. Ainsi il nous apprend que sa mère l'a mis au monde sur le mont Piérus; ce qui signifie, en simple prose, qu'il est né dans la Macédoine. Le titre du recueil est ainsi conçu : Fables de Phèdre, affranchi dC Auguste. Phèdre, dans son enfance, ou dans sa première jeunesse , avait donc été esclave, et esclave d'Auguste. Cet Auguste n'est point Tibère, comme quelques-uns le veulent; car Phèdre, racontant quelque part un trait où le premier, le vrai Auguste, fut acteur , déclare que la chose s'est passée dans un temps dbnt il a la mémoire. Sous Tibère, Phèdre est homme mûr, et déjà écrivain. Séjan lé persécute, parce qu'il a cru se reconnaître dans quelqu'un des portraits peu flattés que le poète traçait des ambitieux et des ^scélérats. D'autres que Séjan, blessés aussi, à ce qu'il paraît, d'allusions plus ou moins piquantes, lui font sentir, comme il le dit, qu'il en coûte cher à un plébéien pour murmurer tout haut. Malgré la condamnation peut-être sévère que Séjan fit porter , ou môme porta contre lui ; malgré l'inimitié de tous ceux qu'il accuse de lui en vouloir , il parvint à un grand âge , car nous le voyons, jusque sous Claude, dédier des fables à Particulon et à Philétus , deux des affranchis qui gouvernaient ce prince imbécile.
Orlslnalité de Phèdre*
J'ai remarqué, à propos d'Horace, que Phèdre n'était pas le premier des Latins qui eût excellé dans l'apologue. Ce qui le distingue d'Horace et de ceux qui, peut-être avant Horace, avaient écrit des fables, c'est qu'il cultive la fable pour ellemême, c'est qu'il est purement et simplement fabuliste, qu'il ne veut élre que fabuliste. D'ailleurs, il applique à la fable un mètre analogue à celui dont se servaient les fabulistes grecs :
ceuxKïi , comme on sait, écrivaient en vers scazons, c'est-àdire en vers ïambiques terminés par un trochée : Phèdre écrit en vers ïambiques proprement dits, en vers senaires, comme parlaient les Latins.. Seulement il se permet toutes les libertés que se donnaient de tout temps les poètes de Rome : bien souvent il manque à la règle des trois ïambes aux pieds pairs ; il lui arrive même de n'avoir quelquefois d'ïambe qu'au dernier pied. Aussi sa poésie, toutes les fois qu'elle n'est pas soutenue par les images, se rapproche-t-elle singulièrement de la prose.
Quoi qu'il en soit, les quatre-vingt-dix apologues de Phèdre n'en sont pas moins pour nous un des plus précieux monuments de la littérature latine. Parmi ces apologues, le plus grand nombre ne sont sans doute que des traductions; mais plusieurs sont manifestement de l'invention du poëte. Il serait bien difficile, pour ne pas dire impossible, de déterminer avec quelque précision tout ce que Phèdre a inventé, tout ce qu'il doit à d'autres. 11 se donne lui-môme, en plus d'un passage, pour un simple arrangeur. «Ësope, dit-il dans son premier prologue , a trouvé la matière , et moi je l'ai polie en vers ïambiques. » Non-seulement Ësope, mais Callimaque , mais d'autres encore , eussent été en droit de re-* vendiquer leur part dans le fonds exploité par le talent de Phèdre. Cependant Phèdre, même après restitution, serait riche encore, et aurait même pour lui la meilleure part. Les fables qu'il ne doit à personne, ou, ce qui revient au même, celles qu'il a ramassées çà et là dans les rues de Rome ou dans les boutiques de tondeurs, celles en un mot qui sont le plus romaines, sont presque toutes de petits chefs-d'œuvre. En voici une, par exemple, qui dut être composée le lendemain de la chute de Séjan ou de quelque autre puissant personnage : « On homme, ayant immolé un porc au divin Hercule^ pour s'acquitter d'un vœu qu'il avait fait étant malade, fit donner à son âne les restes de l'orge du porc. L'âne repoussa cette nourriture, et parla ainsi : « Je mange* « rais volontiers ton grain, si celui qui «'en est nourri n'avait « été égorgé. » — Ett'rayé, en réfléchissant à cette fable, j'ai toujours regardé le lucre comme chose dangereuse. Mais tu
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dis : Ceux qui se sont enrichis par là rapine possèdent la richesse. Comptons donc combien ont péri surpris dans leur fortune. Tu trouveras une plus grande foule de ceux qui ont été punis. La témérité réussit à bien peu de gens ; elle est la perte de beaucoup ^ » M. Nisard, après avoir cité cette fable, ajoute : « Tacite n'a rien écrit d'aussi simple , ni de plus énergique. La fable est ici à la hauteur de rhistoire. Quant à Tailusion, elle est frappante. Les réflexions de la fin montrent que Phèdre entendait bien qu'elle n'échappât à personne. Certes , une telle fable , répandue dans la Rome de Tibère et de Néron , pouvait bien refroidir ceux qui étaient tentés de manger l'orge du porc immolé.» Le même critique en signale d'autres, qui sont comme les corollaires de celle-là, et qui ne sont ni moins sensées, ni écrites d'un style moins vigoureux : ainsi les Mulets et les Voleurs ; ainsi l'Ane et le Vieillard. La jolie fable intitulée Combat des Rats et des Belettes appartient aussi à Phèdre , au moins dans fout ce qu'elle a de piquant et de philosophique. Il avait vu ce combat peint sur le mur d'un cabaret ; mais, en mettant la peinture en récit, il y avait ajouté ce que le pinceau ne pouvait dire, ce qui fait que le récit est un apologue. Ce n'est pas en contemplant la lutte sur la muraille qu'on eût pu arriver à cette affabulation, qui sort si bien du récit de Phèdre : « Toutes les fois qu'il arrive malheur à une nation, les grands, à cause de leur dignité, sont exposés au péril; le menu peup]e a bientôt fait de se mettre en lieu de sûreté*. >» On voit, par ce qui précède, que Phèdre ne manquait pas d'imagination , ni d'une certaine force inventive. Mais son principal titre à la gloire c'est d'avoir été un bon écrivain.
style de Phèdre.
Ce n'est pas que le style de Phèdre soit sans défauts; mais les défauts que quelques-uns y signalent n'ont rien de particulièrement grave. Il y a, de temps en temps, une certaine recherche dans l'expression , et une certaine affecta-