‹ Histoire de la littérature sacrée, grecque et romaineChapitre 11 sur 48 · BIBLIOTHECA · texte numérisé non relu

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instructif et original de la philosophie religieuse des temps antiques.

Archiloque de Paros, qui florissait vers Tan 680 avant Jésus-Christ, se distingue par la vivacité emportée de ses iambes, pleins de fortes pensées, de traits vifs et perçants, mais si enfîellés d'amertume satirique, qu'ils réduisent au suicide Néobulé, dont il avait demandé la main, et Lycambès, qui lui avait refusé sa fille.

Dans la poésie lyrique on remarque Alcée de Mitylène, auquel Horace accorde un archet d'or, pour exprimer la supériorité de son talent; et il le mérite, suivant Quintilien, dans la partie de son ouvrage où il poursuit impitoyablement les tyrans : il est aussi fort utile aux mœurs. Concis, riche, exact, il ressemble souvent à Homère: il descend parfois à la description des jeux et des amours, mais il excelle surtout dans les sujets élevés.

Un groupe brillant de poètes lyriques se range autour d'Alcée : ce sont Alcman, Bacchyhde, Ibycus, Terpandre, Lasus et la célèbre Sappho.

Hipponax d'Ephèse rivalise avec Archiloque pour la verve mordante et la violence de l'invective, pendant que Callinus et Tyrlée, mieux inspirés et plus utiles à leurs concitoyens , chantent des hymnes de combat qui enflamment le courage des guerriers.

Troisième époque. C'est l'âge d'or de la littérature grecque, le siècle de Périclès et d'Alexandre. La liberté politique, l'indépendance individuelle de tous les petits États dont la Grèce était composée, les grands exploits où les diverses républiques se sont illustrées en luttant contre les invasions des Perses et même en combattant entre elles , le développement de l'éloquence , de l'his-

toire et de la philosophie, parallèle aux progrès continus de la poésie, font de ce moment unique un point lumineux auquel Athènes sert de foyer et dont la splendeur ne s'est jamais éteinte.

Solon, Théognis et Phocylide, dégageant et isolant les préceptes moraux que les aèdes du premier âge et les poètes du second mêlaient au tissu de leurs chants , créent le genre gnomique ou sentencieux et composent des recueils de maximes, de règles de conduite, qu'on lit encore avec fruit.

Simonide, Stésichore, Anacréon, écrivent des élégies ou des chants lyriques , mêlés d'allégories et de souvenirs nationaux. Pindare sera le roi de ce genre, qu'il n'a point créé, mais où il n'a pas de rivaux.

Xénophane, Parménide et principalement Empédocle, un des plus grands génies de l'antiquité, appliquent leur poésie à l'exposition de leurs doctrines philosophiques et mettent en vers les hypothèses par lesquelles ils expliquent le système de la nature.

Le genre dramatique jette alors un si grand lustre qu'il éclipse tous les autres : Eschyle, Sophocle, Euripide, Aristophane, Ménandre, étalent aux yeux d'une foule émue ou railleuse les merveilles tragiques ou comiques, dont notre analyse essayera d'esquisser le tableau.

La prose, qui naît alors sous l'influence de l'histoire, de la tribune, de la philosophie et des beaux-arts, offre à notre admiration les œuvres d'Hérodote, de Thucydide, de Xénophon, d'Isocrate, de Lysias, d'Eschine, de Démosthène, de Platon et d'Aristote : indiquons-les, nous les verrons plus tard ; mais constatons que, presque aussitôt après sa naissance, la prose grecque arrive à

une perfection que jamais peuple n a surpassée : cette perfection, du reste, est le caractère propre à toute cette période qui, au milieu de la barbarie du monde alors connu, « sert d'époque, dit Voltaire, à la grandeur de l'esprit humain et d'exemple à la postérité. »

Quatrième époque. Après la mort d'Alexandre, la Grèce est incorporée au royaume de Macédoine ou déchirée par des luttes intestines. La littérature trouve alors un refuge en Egypte, à la cour des Ptolémécs, Alexandrie devient le principal siège des lettres et des sciences grecques. Mais l'érudition remplace désormais le génie. A peine si Théocrite, né d'ailleurs en Sicile et de race dorienne, se place, par l'originalité de son talent, à côté des grands poètes de l'époque précédente. On ne peut nier qu'il n'ait un sentiment réel de la nature, qu'il n'excelle à peindre fidèlement un paysage, une scène pastorale ou maritime, un caractère même , une passion, qu'il n'y ait de la vie dans ses bergers, ses chevriers et ses pécheurs , une verve piquante dans la peinture du bavardage évaporé de ses Sijracusaines, mais la langue qu'il manie avec tant de dextérité et de finesse n'a plus la grâce spontanée des poètes de la grande époque : il y a trop d'art et d'industrie dans ses œuvres pour qu'on y rencontre de la naïveté.

Tel est aussi Apollonius de Rhodes, auteur d'un poëme sur l'expédition des Argonautes, œuvre magnifique, grande, imposante, où Virgile est allé puiser des inspirations en même temps qu'il faisait appel au génie d'Homère, mais écrite avec une correction si parfaite, qu'on a peine à croire au naturel du sentiment, à ce cri de l'âme émue, auquel on reconnaît le vrai poëte.

Callimaque, de Cyrène, savant universel, véritable encyclopédiste, grammairien, géographe et biographe, est surtout connu par des poésies ingénieuses et brilhintes, d'un tour délicat et léger, mais gâtées par Térudition et par la recherche qu'affecte toute la poésie alexandrine.

La poésie didactique se trouve plus à l'aise : elle peut se donner carrière au milieu des sciences perfectionnées. Les Phénomènes d'Aratus, de Soli, sont en ce genre la production la plus remarquable de cette période : disposition nette et régulière, épisodes bien choisis, vers heureux; il n'y manque rien que du sentiment et de la passion.

Cinquième époque. L'Italie est souveraine de la Grèce, Rome victorieuse d'Athènes : l'Achaie n'est plus qu'une petite province de l'empire romain : à leur génie conquérant et dominateur les maîtres du monde ont la gloire d'ajouter le talent littéraire, et, s'ils n'effacent point les modèles que la Grèce leur a légués, quelquesuns d'entre eux les égalent. Cependant, malgré la décadence manifeste dont est frappée la littérature grecque durant la période qui s'étend depuis la prise de Gorinthe jusqu'à la translation de la capitale de l'empire à Constantinople, on trouve encore des noms qui sont loin de mériter l'oubli : ce sont des ruines, mais imposantes et majestueuses, où fleurit, en dépit des années, la jeunesse vivace de l'esprit grec. La tragédie et la comédie ont disparu : le poëmc didactique a remplacé l'épopée : la poésie lyrique dégénère en épigrammes, aiguisées avec Cnesse par Agathias, Antiphile, Straton, Lucilius, Paul le Silentiaire, mais aussi souvent subtiles

et maniérées que spirituelles et délicates ; la prose , au contraire, a peu perdu de sa beauté primitive, et, par un phénomène remarquable dans ce déclin, l'éloquence, Thistoire, la pbilosopbie, la critique littéraire et la satire philosophique trouvent plusieurs représentants et produisent quelques œuvres qui rappellent les heureux temps de la splendeur athénienne.

Bannie des assemblées populaires et des discussions politiques , l'éloquence se réfugie dans les écoles des rhéteurs et des sophistes, où elle cherche à plaire plutôt qu'à convaincre, à polir des phrases au lieu d'exposer des idées, à récréer des oisifs plutôt qu'à instruire ou à persuader des hommes de cœur et d'action. Cependant quelques rhéteurs conservent le goût, l'intelligence, le sentiment et l'accent ému du siècle de Platon et de Démosthène. Parmi eux se distingue Dion Chrysostome, c'est-à-dire Bouche d'or, qui vécut sous Vespasicn, Titus et Domitien. On raconte que, proscrit par cet empereur ennemi des lettres et des philosophes , il errait déguisé dans les contrées voisines du Danube, lorsque la nouvelle de la mort de Domitien arrive au camp de l'armée romaine : Dion s'avance au milieu des soldats, les décide, par son éloquence et par son courage, à proclamer un empereur, et prépare ainsi le règne de Xcrva et de Trajan. Les ouvrages de Dion sont des discours, des dissertations, des entretiens philosophiques, marqués tous au coin d'une belle àme. C'est un cours complet de morale stoïcienne, écrit avec élégance, avec grâce, avec énergie, et auquel on ne peut reprocher parfois qu'un peu d'obscurité.

Maxime de Tyr, philosophe et orateur platonicien.

moins mêlé que Dion à la vie active de l'hisloire, se fait remarquer, sous le règne de Marc-Aurèle et de Commode, par son amour pour la vérité, la tendance toute pratique de ses écrits, le tour ingénieux et habile de ses dissertations.

La science historique, développée par Polybe, est appliquée avec bonheur par Denys d'Halicarnasse , qui vécut du temps de César et qui vint à Rome après la bataille d'Actium. Ses Antiquités romaines, composées de matériaux rassemblés avec soin pendant près de trente années , manquent quelquefois d'impartialité et de profondeur politique, mais elles sont indispensables à qui veut connaître à fond Tancienne constitution romaine ; et l'auteur a le mérite d'avoir compris , avant Plutarque, que l'histoire est l'école des hommes d'État, des gouvernants et des législateurs.

C'est ainsi que l'envisage également Diodore de Sicile, qui florissait sous César et sous Auguste. Sa Bibliothèque historique ou histoire universelle est une œuvre précieuse à cause de la richesse et de la variété des matières quelle renferme. Diodore avait voyagé dans tout le monde connu des anciens, et il avait ainsi recueilli une ample moisson de documents. Aussi a-t-il rendu à la chronologie et à la géographie des services réels , qui sont comme une conséquence naturelle des théories élevées qu'il avait sur la manière d'écrire l'histoire et sur l'utilité qui doit en résulter.

Cependant ni Denys d'Halicarnasse ni Diodore de Sicile n'effacent la renommée de Plutarque , l'immortel biographe. Né à Chéronée, en Béotie, dans les dernières années du règne de Claude, Plutarque a laissé, dans

ses nombreux écrits moraux, le plus vaste et le plus intéressant répertoire de la sagesse antique. Mais c'est surtout par ses Biographies 'parallèles des grands hommes de la Grèce et de Rome qu'il s'est acquis une gloire impérissable. Avec plus de force et de précision que ses devanciers, Plutarque comprend et démontre que l'histoire est une école de mœurs, un apprentissage de la vie. Peut-on l'envisager sous un point de vue plus noble et plus utile? De là vient l'attention qu'il apporte à recueillir tous les traits qui peignent non -seulement l'homme dont il raconte la vie, mais l'humanité ellemême. Il ne rassemble, il ne groupe les divers incidents biographiques que pour donner des leçons. L'histoire, sous sa plume, devient animée et vivante ; c'est un tableau , c'est un drame, et non plus un récit. « Plutarque, dit Jean-Jacques Rousseau, a une grâce inimitable à peindre les grands hommes dans les petites choses, et il est si heureux dans le choix de ses traits, que souvent un mot, un sourire, un geste lui sufGt pour caractériser son héros. Avec un mot plaisant, Annibal rassure son armée effrayée et la fait marcher en riant à la bataille qui leur liv/ra l'Italie; Agésilas, à cheval sur un bâton, me fait aimer le vainqueur du grand roi ; César, traversant un pauvre village et causant avec ses amis, décèle, sans y penser, le fourbe qui disait ne vouloir qu'être l'égal de Pompée; Alexandre avale une médecine, et ne dit pas un mot ; c'est le plus beau moment de sa vie ; Aristide écrit son propre nom sur une coquille, et justifie ainsi son surnom ; Philopœmen, le manteau bas, coupe du bois dans la cuisine de son hôte. Voilà le véritable art de peindre : la physionomie ne se montre pas

dans les grands traits, ni le caractère dans les grandes actions; c'est dans les bagatelles que le naturel se découvre. " Tel est, en effet, l'admirable talent de Plutarque , tel est l'attrait particulier, le charme puissant qui lui vaudra sans cesse des lecteurs.

Appien d'Alexandrie, qui vécut à Rome sous Trajan, Adrien et les Antonins, est bien loin de Plutarque. Son Histoire romaine n'est pourtant pas à dédaigner, et la partie qui traite des Guerres civiles sous Marins et Sylla, jusqu'à la bataille d'Actium et la conquête de l'Egypte , offre cette suite de tragiques tableaux que Montesquieu appelle une épouvantable histoire.

Flavius Josèphe, né à Jérusalem l'an 37 de l'ère chrétienne et gouverneur de Galilée, expose avec talent les Antiquités judaïques ou retrace d'un pinceau dramatique la terrible catastrophe du siège de Jérusalem, prise et saccagée par Titus.

Arrien de Nicomédie, élève d'Épictète, à la fois guerrier, philosophe et historien , a écrit une Expédition d'Alexandre, qui est un des meilleurs ouvrages composés sur le vainqueur de l'Asie.

A côté des historiens il convient de mentionner deux géographes de talent, Strabon et Pausanias, qui, à des titres différents, se recommandent par la variété de leurs observations et par le nombre infini des détails qu'ils offrent aux lecteurs érudits.

La philosophie n'a plus ce caractère d'originalité, d'investigation personnelle que lui avaient donné Thaïes, Pythagore, Socrate et les écoles sorties de son enseignement. Cependant le stoïcisme, en aspirant à la per-^ fection morale et à une égalité parfaite devant la vertu,

trouve dans Epictète et dans Marc-Aurèle, l'un esclave, l'autre empereur, une réalisation singulière et frappante de ses nobles hardiesses et de ses vigoureuses doctrines.

La critique littéraire, ce fruit tardif du goût développé par Texpérience, et qui par conséquent ne peut naitre qu'aux périodes de maturité, sinon de déclin, est exercée, avec une heureuse intelligence des lois esthétiques et des beautés durables, par Denys d'Halicarnasse et surtout par Longin. Denys, dans sa Rhétorique et dans son Jugement sur les anciens, est plein de détails intéressants, d'aperçus profonds, d'appréciations solides et justes ; Longin, par la justesse des vues, la délicatesse des analyses , l'élégance , la simplicité et la force du style que l'on remarque dans son Traité du sublime, se place au-dessus de tous les critiques de l'antiquité et au niveau de tous les critiques modernes.

Enfin l'on voit paraître un genre nouveau , produit curieux et bizarre de cette époque, la satire philosophique, personnifiée dans Lucien. Fondant en une sorte de drame plaisant et satirique la comédie d'Eupolis et d'Aristophane et les conversations familières de Platon et de Xénophon, Lucien crée le dialogue, et il en fait un genre littéraire à part, oii nul de ses imitateurs, y compris Fénelon, Fontenelle et Voltaire, n'a pu devenir son égal. C'est qu'il y déploie une sagacité, un coup d'œil pénétrant, une vivacité de dialectique, une verve de moquerie, une finesse enjouée, un bon sens, un amour du bien et une haine du mal, portés à un tel degré et exprimés dans un style si parfait, qu'il est difficile d'être plus vrai, plus vivant, plus universel. Sous ce rapport, on peut dire que tous les âges appartiennent

à Lucien par ce droit de conquête que la raison, ayant à son service tous les dons de l'esprit, s'arroge avec justice sur l'orgueil et sur la sottise : apanage éternel , empire sans bornes et sans fin. Mais, en se bornant à l'époque où il a vécu, tous les hommes se sont trouvés égaux devant l'inflexible rigueur de la loi morale, au nom de laquelle il a flagellé les vices, frondé les abus et combattu les préjugés de son temps. IMorgue des parvenus, vanité des souverains, calculs misérables et hypocrites des besoigneux et des flatteurs, passion sordide des avares, turpitudes des débauchés, prétentions pédantesques des faux érudits, il a tout fouetté de sa lanière sanglante, et il a laissé dans l'histoire comme une jonchée de victimes, qu'on ne regrette pas de voir immolées à la morale ou au bon goût.

Sixième époque. La sixième période n'est déjà plus l'antiquité, et ce n'est pas encore l'ère moderne. Aussi présente-t-elle un caractère tout spécial : elle semble flotter entre le passé et l'avenir. La poésie est morte , ou bien elle n'est qu'un jeu d'esprit, un procédé mnémonique. Les historiens ne s'élèvent pas au-dessus du rang d'annalistes ou de chroniqueurs. L'éloquence trouve encore quelques accents élevés, quelques traits de passion sincère, dans Libanius et dans Thémistius, mais ce ne sont que des éclairs : le reste du ciel est obscur. L'empereur Julien offre, à cette époque, le phénomène étonnant d'un homme de goût et de style dans une époque sans style et sans goût. La philosophie, régénérée par les idées chrétiennes qui circulent dans le monde païen transformé, offre à l'admiration de l'avenir les noms de Proclus, de Plotin, de Jamblique; mais leur

renommée dépasse-t-clle les bornes étroites du monde érudit? Seule la religion chrétienne, désormais triomphante, crée des talents nouveaux, inspire à des âmes ferventes, dévouées, convaincues, de véritables mouvements d'éloquence et suscite des hommes de génie, dont les œuvres survivent à cette période et la rattachent à celles qui suivront. Les Pères de TEglise grecque, saint Grégoire de Nazianze, saint Grégoire de Xysse, saint Basile et saint Jean Chrysostome ne sont pas seulement d'illustres soldats de la milice chrétienne, de grandes âmes pleines de sentiments héroïques ; ce sont de bons orateurs, de bons écrivains. Au berceau de TÉglise primitive, leur éloquence se retrempe, comme on Ta dit avec raison, à la source même de la nature, au sein de la libre rêverie, dans les contrées boisées et montagneuses de l'Asie Mineure, et leur style, où l'imagination , l'enthousiasme et la sensibilité se joignent à la raison et à la dialectique, émeut, passionne et attendrit les âmes qu'ils amènent ou qu'ils conservent à la foi. Nous venons de tracer à grands traits , et en n'accusant avec plus de force que quelques lignes importantes, l'esquisse chronologique de la littérature grecque : nous allons maintenant faire une étude particulière de plusieurs figures qui font saillie et se détachent en vive lumière sur le fond immense, dont notre cadre ne peut offrir qu'un simple raccourci.

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