‹ Histoire de la littérature sacrée, grecque et romaineChapitre 13 sur 48 · TYRTÉE · texte numérisé non relu

TYRTÉE

L'antiquité ne parle de Tyrtée qu'avec admiration. Platon lui donne le nom de sage, et Horace le place immédiatement après Homère. Né à Milet, il était, dit-on, boiteux, et vivait à Athènes, sa patrie d'adoption , dans un état obscur : son enthousiasme le faisait regarder comme im fou. C'était un fou de génie : il avait la folie des grands sentiments et des beaux vers. Pendant la seconde guerre de Messénie, les Lacédémoniens , battus par leurs ennemis , avaient demandé un général aux Athéniens. Ceux-ci, par dérision, leur envoient le pauvre maître d'école infirme. Mais, semblable à Callinus, le poëte d'Ephèse, qui excitait dans le même temps les Ioniens à sortir de leur inertie et à lutter contre les barbares , Tyrtée par de mâles accents , tout chauds de patriotisme, tout empreints de raison austère, de crainte de la honte et du mépris de la mort, entraîne les Spartiates au combat :

Oui , vous êtes la race de l'invincible Hercule ! Courage : Jupiter n'a pas détourné sa tête de vous. Ne craignez point le nombre des guerriers; ne le redoutez point; mais que chaque soldat ait son bouclier droit contre l'ennemi, le cœur plein de liaine et chérissant le noir destin de la mort à l'égal des rayons du soleil. Vous connaissez les œuvres héroïques de Mars fécond en larmes, et vous savez le choc de la terrible mêlée; vous vous êtes trouvés dans la fuite et dans la poursuite, jeunes gens; vous en avez fait une longue épreuve. Les guerriers hardis qui

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se serrent dans les rangs en marchant au combat et à la mêlée meurent en petit nombre et sauvent la foule qui les suit; mais quand on tremble, il n'est plus de valeur. Allons, ferme! les pieds solides en terre et la lèvre mordue par les dents. Voici l'ennemi : pied contre pied, bouclier contre bouclier, aigrette contre aigrette, casque contre casque, poitrine contre poitrine : la main à la garde de l'épée et la lance en arrêt !

Tyrtée leur dit encore :

Il est beau pour un brave de tomber aux premiers rangs, en combattant pour la patrie ; mais abandonner sa ville natale et ses grasses campagnes pour aller mendier, c'est le plus lamentable destin, errant avec une mère chérie, un vieux père, de petits enfants, une jeune épouse. Car on est un objet de mépris partout où l'on va, poussé par le besoin et la hideuse pauvreté. On flétrit sa race , on dégrade sa beauté , on a pour escorte le vice et le déshonneur — Mais celui qui, marchant au premier rang, n'épargne point sa vie, est la gloire de sa cité, de son peuple et de son père. S'il succombe, tout le monde le pleure, jeunes et vieux, et la ville tout entière n'est plus que larmes. On lui dresse un tombeau, et ses fils sont honorés des hommes, el les fils de ses fds et toute sa postérité.... Combattons donc avec courage, et mourons pour nos enfants!

Les Messéiiiens furent vaincus, et Tyrtée, pour récompense, fut nommé citoyen de la ville de Sparte, qui n'oublia jamais ses vers.

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