PINDARE
« Vouloir égaler Pindare , dit Horace , s'est s'élever avec Dédale sur des ailes de cire pour aller donner son nom à une mer azurée. Tel qu'un torrent qui se précipite de la montagne, grossi par les pluies qui le font déborder sur ses rives, tel Pindare jaillit immense d'une source profonde : il a droit au laurier d'Apollon , lors-
que, dans ses audacieux dithyrambes, il déroule des expressions nouvelles et qu'il s'emporte en rliythmes indépendants, eoit qu'il chante les dieux, les rois, les enfants des innnortels, dont la main a frappé les Centaures d'uu tréj)as léjjilime ou étoufté les llammes de la redoutable Chimère, soit qu'il célèbre l'athlète ou le coursier, ramenés innnortels des combats éléens , et qu'il leur consacre un monument plus glorieux que cent statues, soit qu'il pleure le jeune époux ravi à son épouse éplorée, et que, élevant jusqu'au ciel sa force, son courage et ses précieuses vertus, il les dérobe aux noirs enfers : toujours un souffle puissant soutient le cygne de Dircé, quand il s'élance dans les hautes régions des nuages. »
On ne saurait mieux caractériser et apprécier le génie de Pindare, le plus illustre, sans contredit, des lyriques grecs, ni indi([uer avec plus de précision les différents genres de poëmes qu'il a traités : hymnes et péa/is en l'honneur des dieux et des héros, odes triomphales pour les rois et les athlètes, thrènes ou chants funèbres , pleins de mélancoliques regrets.
Pindare naquit à Thèbes ou dans le village des Cynoscéphales, voisin de cette ville, vers l'an 522 avant Jésus-Christ. La tradition s'est plu à embellir son berceau de légendes fabuleuses. Issu d'une famille de musiciens, on dit que sa naissance eut lieu le jour même de la solennité des jeux Pylhiques, que les Xymphes et les Sylvains dansèrent de joie autour de l'enfant, et que des abeilles vinrent se poser sur ses lèvres et le nourrir de leur miel. Jeune homme, poëte à moins de vingt ans, il eut pour guides et pour maîtres Lasus, Simo-