‹ Histoire de la littérature sacrée, grecque et romaineChapitre 18 sur 48 · I,ES TROIS GRANDS TRAGIQL'KS GRECS : ESCHVLE, SOPHOCLE ET EURU'IDE · texte numérisé non relu

I,ES TROIS GRANDS TRAGIQL'KS GRECS : ESCHVLE, SOPHOCLE ET EURU'IDE

Eschyle, dit-on, voulut qu'on gravât sur son tombeau une inscription qui rappelait le soldat de Marathon , de Salamine et de Platées : c'était, en effet, un beau titre de gloire aux yeux de ses concitoyens; mais la postérité salue plutôt en lui le père de la tragédie grecque que l'un des vainqueurs de Xerxès. Les détails de sa vie sont peu connus : on sait cependant qu'il remporta de nombreuses couronnes dans les concours tragiques et qu'il mourut en Sicile à Tàge de soixante-neuf ans. L'anecdote de l'aigle qui laisse tomber une tortue sur la tète chauve du poëte, et qui le tue endormi en pleine campagne, est une fable sans valeur historique. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'Eschyle, inventeur, dit Horace , d'un masque et d'un manteau convenables , plaça la tragédie sur un théâtre digne d'elle, fit chanter à ses chœurs des vers pleins de grandeur et de noblesse, et donna un juste développement au dialogue. Dans les sept pièces qui restent des soixante-dix ou quatre-vingtdix qu'il avait composées sur des sujets tirés de la mythologie nationale, les plans sont d'une extrême simplicité, et les caractères dessinés par un petit nombre

de traits hardis et vigoureux. Ce ne sont pas les émotions douces, c'est la terreur qui domine chez lui, et la manière dont il présente le destin, cette divinité inflexible , ce ressort accoutume des péripéties de la tragédie grecque, est vraiment effrayante. « La tragédie d'Eschyle, dit W. Schlcgel, semble marcher sur un cothurne d'airain. » Comme le Dante, comme Shakspeare, auxquels on aime à le comparer, il a des idées gigantesques , des images parfois bizarres et pour ainsi dire sauvages, qu'il produit dans un style obscur et ténébreux, mais cette hardiesse le conduit à d'admirables effets , à des peintures d'une couleur saisissante , à des beautés qui ne sont qu à lui et qui révèlent toute l'élévation, toute la profondeur de son âme.

Voici , dans l'ordre fixé par les critiques , les pièces qui composent le théâtre actuel d'Eschyle; elles sont presque toutes nommées du chœur qui y chantait ou qui s'y mêlait à l'action :

1° Prométhée enchaîné. Le sujet est le châtiment de Prométhée , cloué sur le Caucase par Jupiter, pour avoir été le bienfaiteur des hommes, en leur donnant le feu du ciel. Il est visité sur son rocher par les Nymphes océanides, qui viennent, portées sur l'aile des vents, s'informer de son sort et gémir avec lui de l'injustice de Jupiter. L'Océan arrive, à son tour, prendre part aux malheurs de son neveu. Il lui conseille d'essayer de fléchir Jupiter, et lui offre sa médiation auprès du souverain des dieux; mais Prométhée refuse, et l'on voit arriver lo poursuivie par l'ombre d'Argus. Elle raconte à Prométhée tous les maux qu'elle a soufferts. Enfin Mercure, qui a entendu Prométhée prédire à îo

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