EURIPIDE
Ménélas découvre la retraite de l'enfant, et amène, par des promesses trompeuses, la mère à quitter son asile. Tous deux sont près d'être tués, lorsque survient Pelée, aïeul de Pyrrhus, qui prend la défense des malheureux et les arrache à la moi't. Hermione, qui craint le ressentiment de son époux, s'échappe de la demeure conjugale et s'enfuit avec Oreste, à qui sa main avait été promise autrefois. Alors un messager vient annoncer à Pelée que Pyrrhus a été massacré à Delphes par suite d'un complot dont Oreste est l'auteur. La douleur d'Andromaque, qui craint de voir égorger son fils, le trouble de son àme dans ce cruel moment, les efforts désespérés de l'innocence opprimée, le cri de détresse et le dévouement passionné de l'amour maternel, sont autant de traits rendus avec ce pathétique déchirant qui n'a jamais manqué au génie d'Euripide.
5° Iphigénie à Aulis. Voltaire regardait Vlphigénie de Racine comme le chef-d'œuvre de la tragédie moderne. La pièce d'Euripide n'est pas inférieure à celle du poëte français. Presque tous les défauts qui déparent les autres drames du poëte grec ont disparu de celui-ci : unité et variété de l'action, intérêt soutenu, constance dans les caractères, convenance dans les pensées, éclat et pathétique dans l'expression, tout s'unit pour recommander cette œuvre à une admiration sans réserve. Le sujet est bien connu. Agamemnon attend à Aulis que les vents lui soient favorables pour naviguer vers Troie : les dieux qu'il interroge lui ordonnent d'immoler sa fille. Il s'y résigne et la fait venir dans son camp, avec Clytemnestre. En vain Achille s'engage auprès de cette reine de protéger Iphigénie et de la dérober à la mort.
164 IIISTOIHE LITTERAIRE.
Agamemnon est inflexible. Iphigénie elle-même, résignée, résolue, veut marcher librement à Tautel. Elle s'y rend, mais Diane la sauve en lui substituant une biche qui est immolée par Calchas.
On admire beaucoup dans Racine la scène où Agamemnon annonce à Iphigénie qu il prépare un sacrilice, et l'on est attendri par les réticences douloureuses du père en présence de son enfant vouée par lui à la mort. C'est à Euripide que Racine est redevable des accents vrais avec lesquels s'expriment d'une part la tendresse d'Iphigénie et de l'autre la préoccupation cruelle qui donne un double sens si terrible aux réponses d'Agamemnon.
Iphigkme. 0 mon père ! quelle joie pour moi de te revoir après un si long temps !
Ar.AAiEMNOx. Et pour moi, ton père ! Ce que tu dis nous convient à tous deux.
Iphigémik. Quel bonheur! Que tu as bien fait, mon père, de m'appelcr auprès de loi!
A(;amkai\o.v. Je ne sais, mon enfant, si je dois le dire ou ne le pas dire.
If»higp]ME. Hélas! quels regards inquiets, après tant de joie à me revoir !
AfiAAiEMXON. Il est bien des soucis pour un roi, pour un chef d'armée.
Iphigénie. Sois à moi en ce moment, et laisse là les soucis.
Agameiino.v. Mais je suis à toi tout entier, et non pas autre part.
Iphigénie. Abaisse ce sourcil, regarde-moi d'un œil plus doux.
Agameuixon. Vois, mon enfant, je suis gai, je suis heureux de ta présence.
Iphigénie. Et cependant des larmes s'échappent de tes yeux.
Agameainon. C'est qu'une longue absence va nous séparer encore,