‹ Histoire de la littérature sacrée, grecque et romaineChapitre 26 sur 48 · DEMOSTHENE · texte numérisé non relu

DEMOSTHENE

(le la patrie. Toutefois, pour se présenter, que fallait-il? Vouloir le salut d'Athènes? Et vous et les autres citoyens, levés aussitôt, vous seriez accourus à la tribune : tous, en effet, vous désiriez, je le sais, voir Athènes sauvée. Compter parmi les riches? Les Trois-Cents auraient parlé. Réunir zèle et richesse? Ceux-là se seraient levés qui, plus tard, ont fait à l'ICtat des dons considérables, résultat du patriotisme opulent. Ah! c'est qu'un tel jour, une telle crise, appelaient un citoyen non-seulement riche et dévoué, mais qui eût encore suivi les affaires dès le principe et raisonné avec justesse sur la politique et les projets de Philippe. Quiconque ne les eiit point connus par une longue et attentive exploration, fùt-il zélé, fùt-il opulent, ne devait ni discerner le parti à prendre ni avoir un conseil à donner. Eh bien! l'homme de cette journée, ce fut moi : je montai à la tribune; ce que je vous dis alors, écoutez-le attentivement pour deux raisons : d'abord, afin de vous convaincre que, seul entre les orateurs et les gouvernants, je n'ai point déserté pendant l'orage le parti du patriotisme, mais que, au milieu de cette crise terrible , le but reconnu de mes discours fut de vous sauver, et puis, parce que l'emploi de ce court instant vous éclairera sur toute la suite de ma conduite.

Après avoir arrêté Philippe durant près de quinze années, soit en déjouant ses intrigues, soit en lui opposant les armes de la Grèce , Démosthène vit toutes ses espérances s'évanouir à la bataille de Chéronée, 338 avant Jésus-Christ, où s'anéantit la liberté hellénique. Il n'y déploya point en face de l'ennemi ce courage dont il avait donné de grandes preuves à la tribune : il abandonna son poste, jeta ses armes et s'enfuit avec ses concitoyens vaincus. Cependant il couroima par une mort courageuse une vie si glorieusement remplie. Lorsque les Grecs apprirent qu'Alexandre venait de mourir à Babylone, un soulèvement général les fit courir aux armes et former une ligue pour recouvrer leur

liberté; mais la défaite de Léostlièiic, lue en voulant sauver sa patrie, laisse Athènes et le reste de la Grèce à la merci d'Antipater, qui condamne à mort tous ceux qui avaient fomente la révolte. Démosthène, compris dans cette proscription, se réfugie dans l'ile de Calauric et s'enferme dans le temple de Neptune. Aichias, agent d'Antipater, l'y poursuit et essaye par de fausses promesses de le faire sorlir de son asile. Démosthène, portant alors à ses lèvres un anneau empoisonné : « Va, dit-il à Archias , faire jeter ce corps où tu voudras î » Ces mots achevés, il tremble, chancelle, demande qu'on le soutienne, et, comme il passait devant l'autel du dieu, il tombe et meurt en poussant un profond soupir. L'admiration des hommes pour Démosthène ne s'est jamais lassée depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours. A quoi cela tient-il'** A deux causes principales. C'est, d'une part, la noblesse de la cause qu'il a défendue. Lu homme ne lutte pas, avec la seule force de son génie, contre celui qui veut asservir son pays, sans exciter les sympa ihies les plus vives de quiconque sent vibrer en soi la fibre généreuse du patriotisme. D'autre part, c'est l'élévation de l'idée même que Démosthène s'est faite de son art. Toutes ces pensées profondes, généreuses, toutes ces expressions coulantes, rapides, animées, ces tournures vives, saisissantes, ce style serré, nerveux, cette clarté vive, limpide, pénétrante, sont subordonnés à ce principe absolu que le beau et l'honnête méritent seuls notre préférence. De sorte que, loin de mener ses concitoyens à ce qui leur eût été plus facile, plus doux ou plus utile, partout il leur enseigne que ce qui intéresse la sûreté et le salut

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