‹ Histoire de la littérature sacrée, grecque et romaineChapitre 34 sur 48 · PLAUTE. Î · texte numérisé non relu

PLAUTE. Î

peuple romain. Mais Térudition n'a recueilli que des fragments de ce théâtre disparu, et Thistoire de la littérature ne peut juger de la comédie latine que par les œuvres survivantes de Plante et de Térenco : voyons donc, d'après leurs œuvres, quel fut le talent de ces deux poètes.

Plante naquit à Sarsina, village de TOmbrie, l'an 227 avant Jésus-Christ. On ne sait rien de bien précis sur sa vie. On prétend qu'il vint à Rome vers l'âge de dixsept ans et qu'il y fit représenter les MénecJimes , une de ses plus jolies comédies. Le succès de cette pièce et de celles qui la suivirent fit, dit-on, gagner à Plante une fortune considérable, mais il la dissipa en prodigalités et en spéculations de commerce qui ne réussirent point. Réduit au déniiment le plus absolu. Plante fut obligé , pour vivre , de tourner la meule chez un boulanger, jusqu'à ce que l'argent que lui rapportaient ses pièces, composées dans les intervalles de son travail, lui eût permis de sortir de cette condition servile. On fixe à l'an 184 la date de la mort de Plante, que plusieurs auteurs reculent de quelques années. Le nombre des pièces que Plante a écrites n'est pas moins incertain que les détails de sa biographie. 11 en reste sous son nom vingt qui paraissent authentiques : en voici la liste alphabétique : Amphitnjon ; Asincnia ou le Père indulgent; Aulidaria ou la Cassette; Captivi ou les Captifs; Curculio ou le Parasite; Casina ou le Sort; CisteUaria, la Corbeille; Epidicus, le Querelleur; les Bacchides; Mostellaria , le Revenant; les Ménechmes ou les Frères jumeaux; Miles gloriosus ou le Soldat fanfaron ;'il/ercalor, le Marchand; Pseudolus, l'Imposteur; Pœnulus,

le jeune Carihaginois; Persa , le Persan; Rudens, le Câble ou le Xaufrage; Stichiis ou les Deux sœurs; Trinvmmns ou le Trésor caché; TrucuJentus ou le Grossier. Toutes les pièces de Plante sont imitées du grec et ne représentent , à vrai dire , que les mœurs grecques : Aristophane, Diphile, Philémon , Ménandre et surtout Epicharme lui fournissent le canevas , Tintrigue et les personnages, en sorte qu'il n'a d'autre originalité que la combinaison des incidents et la propriété du style. Mais à défaut des auteurs qui lui ont servi de modèle, c'est beaucoup pour la gloire de Plante que ce travail d'agencement, où Ton reconnaît la main d'un maître vraiment comique, sachant manier, avec une verve, un entrain inépuisable, la plaisanterie et le ridicule, sans compter que l'on sent percer, à travers l'imitation du théâtre grec, des traits qui sont essentiellement romains, et que Plante tire de son propre génie, pour les approprier au goût particulier du peuple qui se portait en foule à ses représentations. Ce serait peine perdue de chercher dans Plante la suite raisonnable et l'entraînement nalurel des faits qui composent, avec la vraisemblance et la conséquence des caractères, le fond de toute bonne comédie : l'intrigue roule presque toujours sur une méprise, un enlèvement, des ruses d'esclave, le tout parsemé de lazzis, de quolibets, d'équivoques obscènes, de mots graveleux, faits pour charmer le bas peuple et pour provoquer, à tout prix , les éclats du gros rire : les personnages sont, en général, des courtisanes, des valets fourbes, des jeunes gens débauchés, des vieillards imbéciles et dupés, des parasites, des capitans, des marchands d'esclaves de la pire espèce;

Page 1