CÉSAR, SALLUSTE, TITE-LIVE, TACITE
Les Romains se vantaient de ne point le céder aux Grecs pour Thisloire. Cependant Salluste accorde que les Athéniens ont eu des historiens, dont le génie a répandu le bruit de leurs exploits par tout Funivers, tandis que Rome n'eut point cet avantage, parce que les plus habiles de ses citoyens étaient surtout des hommes d'action : parmi eux l'exercice de l'esprit n'excluait jamais celui du corps; les plus inteUigents préféraient les actes aux paroles et aimaient mieux laisser des exploits à raconter que de raconter eux-mêmes ceux d'autrui. Il ne faut pas croire toutefois que le peuple romain se soit passé d'annalistes dès les premiers temps mêmes de son établissement. Le souvenir des événements importants de cette période était conservé nonseulement par des colonnes, des statues, des images, des arbres généalogiques ; mais les Annales des Pontifes, la liste des consuls, le texte des traités, celui de la loi des Douze Tables, constituaient des archives nationales et des dépôts de documents historiques qui n'étaient point sans intérêt. Ce n'est pourtant que vers l'an 225 avant Jésus-Christ que l'on trouve à Rome des essais d'histoire proprement dite, rédigés par Fabius Pictor, Lucius Cincius Alimentus, contemporains des guerres puniques, et l'on ne peut donner en réalité le nom d'historien qu'à Marcus Porcins Caton. Ce type des Romains du vieil âge ne fut pas seulement un des orateurs distingués de son époque, il écrivit des Origines ou Annales^ dans lesquelles il exposait, d'après la
tradition, l'histoire primitive de Rome et Tancienne histoire politique de l'Italie. Tout porte à croire que CCS premières tentatives , dont il reste à peine quelques fragments, ne produisirent pas d'œuvres dont la perte soit fort regrettable, à l'exception pourtant des ouvrages de Caton , où l'on devait retrouver les mâles qualités de ce caractère, devenu proverbial par sa rigidité et par son attachement aux coutumes antiques.
Quoi qu'il en soit, il reste à Rome des historiens d'un talent assez élevé pour compenser une partie des désastres que le temps a fait subir de ce côté à ses richesses littéraires. A leur tète se place Jules César, aussi bien par la date que par la valeur de ses écrits. Ses Co?nmeniaires, dont Cicéron, Bossuet, Henri IV et Napoléon faisaient leur lecture favorite, sont une des œuvres les plus admirables qui soient sorties de la plume d'un homme. Celui qui a fait de si grandes choses n'a pas été moins grand à les raconter. « Il a écrit, dit Cicéron, des mémoires dignes de la plus haute estime : ils sont simples, clairs, élégants, mais dépouillés de toute parure, comme d'un vêtement inutile. Il a voulu laisser des matériaux aux historiens futurs. Peut-être a-t-il rendu service aux sots qui parent l'histoire de colifichets, mais certainement il a oté aux hommes de bon sens le courage d'écrire après lui. » La postérité tout entière a souscrit à ce jugement, et l'on ne peut douter que les Commentaires de César ne soient regardés sans cesse comme le plus parfait modèle de composition historique. Ils contiennent dans leur ensemble la Guerre des Gaules et le récit de la Guerre civile : l'histoire de la Guerre d'Alexandre et de celles d'Afrique et d'Espagne,