‹ Histoire de la littérature sacrée, grecque et romaineChapitre 39 sur 48 · CESAR · texte numérisé non relu

CESAR

qui les coraplèle, est d'Oppiiis, suivant les uns, et, suivant les autres, d'Hirtius, lieutenant de César, auquel on attribue rachèvenient du dernier livre de la Guerre des Gaules, laissé à Tétat d'ébauche par César.

Il ne faut pas s'attendre à trouver dans ces immortels récits le ton élevé, le tour épique d'une histoire travaillée dans le cabinet : ce sont des notes , rédigées à la bàfe et sans art, au milieu du tumulte des camps et dans les rares loisirs d'une vie infatigablement active. ]\Iais ce journal d'un homme, qui fut à la fois le plus grand capitaine et le plus grand politique de son temps, nous apprend à connaître pleinement le génie de César, le calme, la lucidité et l'immense étendue de vue avec laquelle il embrasse, sans les confondre, la multiplicité des faits qui se succèdent dans ses campagnes : il semble que dans chaque tour, dans chaque mot, dans chaque réticence même il y ait toute une révélation, tout un dessein , et c'est avec un art infini qu'il met un incident en lumière et qu'il en laisse un autre dans l'ombre : on sent partout l'ongle du lion.

Salluste est un écrivain d'un genre différent : il est loin de la spontanéité, du génie naturel de César, mais on ne saurait trop admirer la pureté , la correction de son style, l'art avec lequel il dispose les parties de son ouvrage en forme de drame et dans un habile mouvement de gradation : et puis quelle énergie dans son éloquence, quelle richesse dans ses tableaux, quel talent à peindre les hommes qu'il introduit sur la scène! Nous ne lisons pas seulement chez lui le récit de la Conjuration de Calilina, nous voyons Catilina lui-même : le voilà qui passe « avec son teint hâve, ses yeux hagards, sa dé-

marclie tantôt lente, tantôt précipitée, avec ses traits qui respirent Tégarement. Voici maintenant Caton et César.

Ils étaient à peu près égaux pour la naissance, l'àgc et l'éloquence : même élévation d'âme, même gloire, mais dans des genres différents. César était devenu grand par sa munificence et ses bienfaits, Caton par la pureté de sa vie. Le premier se fit un nom par sa douceur et par sa clémence; la sévérité du second lui avait, en outre, valu le respect. César dut sa gloire ù sa libéralité, à sa prévenance, à sa bonté; Caton à une rigueur étrangère à toute concession. L'un était le refuge des malheureux, l'autre le fléau des méchants. On vantait la facilité de l'un, la fermeté de l'autre. Enfin, César était, par système, laborieux, vigilant, dévoué aux affaires de ses amis, au préjudice même des siennes, ne refusant rien de ce qui méritait d'être accordé. Pour lui-même l'objet de son ambition était un grand commandement, une armée, une guerre nouvelle, où son mérite put briller de tout son éclat. Caton, au contraire, était, par goût, modéré, ami de la décence, mais surtout de l'austérité : il no rivalisait ni d'opulence avec les riches, ni d'intrigue avec les intrigants, mais d'activité avec l'homme énergique, de retenue avec le modeste, de désintéressement avec les plus intègres; il aimait mieux être homme de bien que de le paraître : aussi moins il cherchait la gloire, plus il en obtenait.

Dans sa Guerre contre Jugurlha, le roi numide n est pas représenté avec moins de vigueur de touche et de vérité dans les traits ; et de même la mâle éducation de Marins, ses manières brusques jusqu'à la rudesse, son dédain des lettres et des arîs, son mépris des nobles, sa fierté plébéienne voisine de l'insolence, sont exprimés avec un rare bonheur dans le discours que Salluste lui fait tenir après qu'il a été élevé au consulat.

La biographie de Salluste n'est pas longue à raconter. Né l'an 86 avant Jésus-Christ, à Amiterne, ville de la Sabine, d'une famille plébéienne, mais honorablement

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connue, il parvint, grâce à son talent, à la questure et au rang de sénateur; mais il fut exclus de Tordre sénatorial, moins peut-être à cause de Tinfamie de ses mœurs, (jue par la haine de ses adversaires politiques. Ayant une seconde fois obtenu la questure, il rentra au sénat, devint préteur, lieutenant de César en Afrique, et enfin proconsul de cette province. Dans cette magistrature, il se livra à deux tâches bien différentes . il pilla , rançonna le pays qu'il était chargé d'administrer, mais il y recueillit en même temps les documents les plus précieux pour composer l'histoire de la guerre contre Jugurtha. C'est en vain que les citoyens spoliés par Salluste l'accusèrent auprès de César de ses concussions et de ses rapines , Salluste jouit en paix de ses richesses mal acquises , et se construisit sur le mont Quirinal une habitation tellement magnifique, qu'elle devint, après lui, la maison de plaisance des empereurs. Il y mourut, l'an 35 avant Jésus-Christ, âgé de cinquante et un ans : mauvais homme, mais l'un des premiers parmi les grands historiens et les écrivains éminents de tous les temps et de tous les pays.

Pline le Jeune raconte, dans une lettre à son ami Xépos , qu'un Espagnol , frappé de la réputation et de la gloire de Tite-Live, accourut de Gadès pour le voir, et s'en retourna après l'avoir vu. « C'était, sans doute, un fait bien extraordinaire, dit saint Jérôme à ce sujet, qu'un étranger venant à Rome pour y chercher autre chose que Rome elle-même. » On s'en étonne moins quand on lit l'admirable monument historique et oratoire que Tite-Live a élevé à sa patrie, et dans lequel il a égalé, par la noblesse de son génie, la noblesse du

peuple dont il écrit Thistoire. Né sous Auguste, à Padoue, d'une famille consulaire, Tite-Live ne laisse aucune trace dans les annales militaires ou civiles de Rome : on ignore les particularités de sa vie, passée dans la retraite , au milieu de travaux qui absorbèrent tout son temps, toutes ses pensées; mais ses immortelles Décades, composées de récits et de harangues, oii se déploient Tétendue et la hauteur de son génie, lui assurent une part de renommée aussi glorieuse que celle des grands capitaines et des grands orateurs qu'il met en scène dans son ouvrage.

Ce qui frappe, en effet, dans la lecture de Tite-Live, à travers la majesté, quelquefois un peu solennelle, de son style, c'est la vigueur d'une imagination qui crée des tableaux vivants et dramatiques et qui redonne la vie aux hommes et aux faits du passé. Tous ses acteurs se meuvent et parlent avec une inGnic variété de caractères, mais avec une parfaite unité d'intérêt. Triomphant, quand il raconte les victoires des Romains , impétueux et bouillant, lorsqu'il nous fait assister aux luttes tumultueuses du Forum, Tite-Live trouve des accents pathétiques, des couleurs tragiques et attendrissantes , quand il retrace les grandes infortunes et les événements déplorables de la vie humaine. Cependant l'émotion ne nuit point, dans cette vaste intelligence, à l'observation du réel et aux vues positives de la raison. Imitateur d'Hérodote, de Thucydide et de Polybe, il sait mêler aux descriptions vraies et frappantes des objets les réflexions morales et les enseignements politiques. Aussi habile que Sallusle à graver des portraits, il ne les condamne point non plus à une iimnobilité

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