‹ Histoire de la littérature sacrée, grecque et romaineChapitre 4 sur 48 · DIVISIOX DE LA POÉSIE HEBRAÏQUE SUIVAXT LES SUJETS · texte numérisé non relu

DIVISIOX DE LA POÉSIE HEBRAÏQUE SUIVAXT LES SUJETS

Langue, style, versification.

Moins abondante en productions variées que les littératures de TOccident, la littérature hébraïque offre cependant une assez ample moisson de poésies, dont les divers genres se rapprochent étroitement de ceux que les théories littéraires distinguent chez les Grecs, les Romains et les Français.

La poésie, quel qu'en soit l'objet, est désignée, dans la langue hébraïque, par le mot maschal, qui s'applique à toute espèce de poëme, lyrique, épique, sentencieux. Le maschal, c'est le sUjle figuré par excellence, celui du poëte qui chante la gloire du Créateur, peint les faits éclatants, consacre la mémoire du passé ou les prédictions de l'avenir, embellit les préceptes de la religion et de la vertu. On en trouve déjà des traces dans les écrits de Moïse : l'apostrophe de Lamech à ses femmes Ada et Sella, la malédiction prononcée par Noé contre Cliam et les bénédictions qu'il répand sur Sem et sur Japhet, les chants qui célèbrent les victoires remportées sur les Moabites, le récit de la première incursion des Israélites dans le pays des Amorrhécns , enfin les prophéties de Balaam , sont empruntées à des monuments poétiques de la plus haute antiquité.

Le maschal se divise en trois genres de poëmes distincts : le schir ou cantique, le mi zmor on psaume j les maschalim ou poésies sentencieuses. Le fond de tous ces poëmes, c'est l'inspiration, l'enthousiasme; leur style,

c'est le sublime dans toute sa simplicité ; les procédés littéraires dont les poètes font usage sont les images, les allégories, les figures. Ils sont servis, à cet égard, par une langue qui semble faite pour eux. En effet, la langue du peuple hébreu est simple, courte, précise, restreinte à des limites qui vont même jusqu'à Tindigence et à la pénurie : peu de racines, aucune composition, pas de cas ni de désinences dans les noms ; une grande richesse de verbes, mais ces verbes nont que deux modes et que deux temps. Ainsi le bagage de l'hébreu est très-humble, son vocabulaire très-borné, sa syntaxe presque nulle. Il manque de ces termes abstraits, de ces expressions métaphysiques, qui sont la richesse des langues où domine l'analyse. Seulement, cette pauvreté même lui donne un tour métaphorique, un air pittoresque et une énergie toute particulière. Son génie est de procéder par des phrases brèves, coupées, qui impriment à la production de la pensée ou du sentiment un mouvement rapide, heurté, saccadé : on dirait que Thébreu bondit sur l'idée. De là un style dont la physionomie singulière , l'air inculte et inachevé semble bizarre aux lecteurs accoutumés à la marche calculée, aux allures artificielles des langues plus complètes et plus savantes : ce ne sont que transpositions rapides de temps , de genres , de personnes, ellipses singulières, tours laconiques, concis, brisés, négligence abandonnée, vivacité fougueuse, qui dissimulent à peine les constructions décousues et les incohérences, mais qui se prêtent merveilleusement aux élans impétueux de l'inspiration poétique ou divine. Quant à la versification, il est assez difficile, sinon

impossible, de déterminer la nature du mètre employé par les poètes hébreux. Cependant, bien que la prononciation et la prosodie de la langue hébraïque se soient presque totalement perdues à travers les âges, on est certain que leur style est cadencé et mesuré. On sait que leurs vers et leurs stances sont parfois rangés par ordre alphabétique : disposition que les Romains connaissaient aussi, et que l'on retrouve dans les vers des oracles sibyllins , oii les lettres du premier vers de chaque prédiction font les lettres initiales de chaque vers de la même prédiction dans tout l'ouvrage : c'est ce qu'on nomme acrostiche. On s'est encore assuré que les poètes hébreux, usant d'une licence accordée aux poètes des autres nations , non-seulement emploient les mots de leur langue dans un sens éloigné de l'acception vulgaire, mais qu'ils ont le privilège de raccourcir les mots en diminuant le nombre des syllabes ou de les allonger par l'addition de quelques lettres, suivant qu'ils en ont besoin. Ils introduisent enfin dans leur idiome des mots empruntés aux langues étrangères, telles que le phénicien, le chaldéen, l'arabe, et ils ajoutent à la leur certaines particules, propres à la composition métrique , qui introduisent une telle variété dans les désinences et dans le style, qu'il en résulte un dialecte poétique, trop distinct pour être confondu avec le langage ordinaire.

En général, les vers des poëmes hébreux sont d'une longueur très-inégale. Les plus courts se composent de six ou de sept syllabes, et les plus longs d'environ douze ou quatorze. Chaque poëme est composé ordinairement de vers à peu près égaux , et chaque membre

de phrase s'y termine avec le vers. Il résulte de ce système que les poëmes se divisent naturellement en périodes d'une étendue à peu près égale, lors même que celles-ci sont en vers d'une mesure différente. Cette particularité se rencontre surtout dans les poëmes où les écrivains hébreux traitent un sujet de plusieurs manières, et reproduisent leur pensée sous plusieurs formes.

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