CHAPITRE VI
LE SIÈCLE DAUGUSTE.
On a souvent comparé le siècle d'Auguste à celui de Périclcs. Ces deux époques célèbres ont, en effet, plusieurs points de ressemblance. Gomme Périclès, Auguste eut le bonheur de voir se grouper autour de sa personne ou de son nom celui des hommes les plus éminents qui se sont produits dans les lettres, dans les sciences et dans les arts, quelque temps avant sa naissance et quelque temps après. La postérité l'a fait, pour ainsi dire , le centre de la gloire partielle de Cicéron, de Lucrèce, de Virgile, d'Horace et de Tite- Live, au milieu de laquelle la sienne se trouve mêlée. Auguste eut aussi le mérite d'aimer les travaux de l'intelligence et d'en favoriser l'essor. S'il imposa silence aux orateurs publics , s'il pacifia l'éloquence , comme le dit Tacite , il donna des encouragements intelligents et libéraux à un grand nombre d'écrivains de tout genre , poètes , historiens , philosophes , érudits. Auteur lui-même de Mémoires, à' Exhortations à ta philosophie , d'un poëme sur la Sicile , à^ Épigrammes et même de Tragédies, il assistait fréquemment aux lectures publiques , écoutant tout avec une courtoisie patiente, vers, narrations, discours, dialogues. Mécène, qui se piquait d'être littérateur comme Auguste, ne désignait jamais un écrivain à la munificence de l'empereur, que celui-ci ne le traitât en familier, en ami. C'est ainsi qu'il s'attira la reconnaissance élogieuse de Virgile, d'Horace, de Varius et d'Ovide. Avec les lettres , l'architecture prit alors un grand développe-
ment. Auguste avait dit qu'il voulait laisser de marbre la ville qu'il avait trouvée de brique : il fit appel à ses amis et à ses ministres pour atteindre ce but. De nombreux monuments s'élevèrent sous ses ordres, entre autres le temple de Mars Vengeur, sur le nouveau Forum , destiné à suppléer à l'insuffisance de l'ancien ; le temple de Jupiter Tonnant, sur le Capitole, et celui d'Apollon Palatin, avec une bibliothèque grecque et latine , dans laquelle on voyait les bustes peints ou sculptés des grands écrivains, couronnés de lierre. A l'extrémité de cette superbe galerie s'élevait une statue colossale en airain représentant Auguste sous les traits d'Apollon. Deux autres bibliothèques, celles d'Octavie et d'Asinius Pollion , furent également construites par les soins d'Auguste. Il engagea de toutes parts les principaux citoyens à orner la ville , chacun suivant sa fortune, soit en élevant de nouveaux monuments, soit en réparant et en embellissant les anciens. Ainsi furent érigés plusieurs édifices dont les architectes, excepté Saura et Batrachus, sont demeurés inconnus, mais qui portent, suivant l'usage, le nom des hommes opulents qui les ont fait construire : le temple d'Hercule guidant les Muses, par Marcius Philippus; le temple de Diane, par L. Cornificius; le vestibule de la Liberté , par Asinius Pollion ; un temple de Saturne , par Munatius Plancus ; un théâtre, par Cornélius I5albus; un amphithéâtre, par Statilius Taurus , et le Panthéon, avec une foule de beaux monuments, par Marcus Agrippa. Du reste, le génie romain n'entrait que pour une faible part dans tous ces édifices. Ils étaient remplis de magnifiques tableaux décoratifs, mais