‹ Histoire de la littérature sacrée, grecque et romaineChapitre 7 sur 48 · I-ES PllOPIlKTKS · texte numérisé non relu

I-ES PllOPIlKTKS

L'Ecriture sainte exprime par un mot (Vune grande énergie la force divine et la vue merveilleuse des prophètes : " Dieu prit de Tesprit de Moïse et le posa sur eux. >. En effet, leur génie, comme celui du Législateur des Hébreux , n'a pas seulement éclairé leur peuple , il a servi de fanal aux générations à venir : ils entrevoient dans le lointain des âges le monde entier régénéré par le christianisme. Écoutons Isaïe :

Lève-toi, illumine-toi, Jérusalem! car ta lumière arrive et la gloire de Dieu a brillé sur toi.

Voici que les ténèbres couvriront la terre, et les peuples seront dans l'obscurité : mais sur toi se lèvera le Seigneur, et son éclat rayonnera sur ta fête.

Et les nations marcheront dans ta lumière, et les rois dans la splendeur de ton lever.

Ainsi les promesses que Dieu a faites à Moïse et à son peuple d'élection , les prophètes les approfondissent et les développent; l'esprit de Dieu les guide, alors même que sa volonté toute-puissante, poursuivant sa route immuable, fait naître de leurs visions et de leurs paroles des faits dont ils ne peuvent eux-mêmes pénétrer le sens ni déterminer la réalité. Car quel est le spectacle qui frappe la vue de David lorsque, célébrant la gloire de Salomon, son fils, il se sent ravi hors de lui-même et transporté bien loiu au delà? C'est le Messie, qui lui paraît assis sur un trône plus durable que le soleil et que la lune. 11 voit, comme le remarque Bossuet avec les grands docteurs de l'Eglise , il voit Celui que Dieu avait oint pour le faire régner sur toute la terre par sa douceur, par sa vérité et par sa justice, et dont l'empire perpétuel, étendu sur tous les Gentils, n'aura point

d'autres bornes que celles du monde. Les peuples frémissent en vain; les rois et les princes font des complots inutiles. Le Seigneur se rit, du haut des cieux, de leurs projets insensés, et établit, malgré eux, l'empire de son Christ. Mais c'est peu de montrer aux hommes la gloire et le triomphe du Messie, les prophètes le font voir également dans la douleur. La croix leur paraît comme le trône de ce nouveau roi. Ils voient ses mains et ses pieds percés, tous ses os marqués sur la peau par tout le poids de son corps suspendu, ses habits partagés, sa robe jetée au sort, sa langue abreuvée de fiel et de vinaigre, ses ennemis frémissant autour de lui et s'assouvissant de son sang : ils le voient vendu , méprisé, méconnaissable entre les hommes, défiguré par ses plaies et livré à la mort comme un agneau ; mais le sang qui coule de ses blessures est une sainte aspersion pour laver les Gentils. Les prophètes l'aperçoivent alors entrant dans sa gloire. C'est le témoin donné aux peuples; c'est le chef et le précepteur des nations. Les rois, saisis de respect en sa présence, n'osent ouvrir la bouche devant lui. C'est le Juste de Sion qui s'élève comme une lumière : c'est son Sauveur qui sera allumé comme un flambeau. De nouvelles idées de vertu paraissent au monde dans ses exemples et dans sa doctrine; la grâce qu'il répand les imprime dans les cœurs : tout change par sa venue, et Dieu jure par lui-même que tout genou fléchira devant lui et que toute langue reconnaîtra sa souveraine puissance.

Telles sont les merveilles que Dieu montre aux prophètes; exprimées dans leurs écrits, elles donnent à leurs prédictions, suggérées par l'esprit même de Dieu,

cette valeur positive, ce sens défini sur lequel se fondent les vérités de notre religion, et elles sanctifient d'une autorité incontestée la divine mission du Christ.

Envisagées par leur côté littéraire, les œuvres des prophètes participent à la fois de Tode et de la poésie sentencieuse : elles ont la grandeur, l'élévation, l'enthousiasme de l'une, avec la forme arrêtée, la disposition didactique de l'autre : le parallélisme des distiques, c'est-à-dire la distribution des idées en périodes de deux et quelquefois de trois membres parallèles , contribue à leur donner ce tour particulier aux poésies qui sont faites pour être chantées et gravées dans la mémoire. Cependant, malgré cette apparence méthodique, les prophéties ayant pour but de corriger et d'instruire par la terreur et par l'espérance les générations qui précèdent la réalisation des événements prédits, le style des prophètes garde toujours , au milieu des descriptions abondantes et variées, je ne sais quoi de vague et d'obscur : t( semblables, dit l'apôtre saint Pierre, à une lampe qui brille dans un lieu sombre, jusqu'au lever de l'aurore et de l'étoile du matin. » Ainsi le demi-jour du style prophétique se répand rarement sur des idées précises et nettement dessinées ; il s'arrête plutôt aux images communes, universelles, qui embrassent dans leur étendue les desseins lointains de la Providence et les diverses progressions des faits. Voilà pourquoi les prophètes emploient, de préférence à tout autre, le langage parabolique, qui offre on grand nombre ces tours descriptifs et pittoresques, que l'on nomme comparaisons , métaphores , allégories : images tirées des objets naturels ou de l'histoire du peuple de

70 HISTOIRE LlTTEIlAmr:.

Dieu, tableaux et scènes empruntés à la vie domestique ou religieuse des Hébreux, peinture énergique des passions non pas à Taide de réflexions abstraites, mais au moyen de formes concrètes et pour ainsi dire vivantes, qui saisissent Timagination en donnant du corps à la poésie et en la faisant palpiter.

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