‹ Histoire de la littérature sacrée, grecque et romaineChapitre 9 sur 48 · III · texte numérisé non relu

III

Rï'lSUMÉ DE LA LITTÉRATURE SACRÉE.

Nous venons d'esquisser, dans ses lignes générales, et avec quelques détails destinés à en accuser plus profondément les contours, le tableau de la littérature sacrée. Si notre plume n'a point trahi notre intention , le lecteur aura vu nettement quelle importance on doit attacher à cette manifestation de la pensée humaine, vraiment unique dans le monde de l'antiquité. Fénelon fait observer que, pour bien sentir l'Ecriture, il faut être versé dans la lecture des anciens et surtout des Grecs. Selon lui , il faut connaître Homère , Platon , Xénophon

et les autres écrivains de la Grèce ; après quoi , l'Écriture ne surprendra plus. « Ce sont, dit-il, presque les mêmes coutumes, les mêmes narrations, les mêmes images des grandes choses, les mêmes mouvements. » Mais il ajoute : « La différence qui est entre eux est tout entière à l'honneur de rÉcriture; elle les surpasse tous inCniment en naïveté, en vivacité, en grandeur. » Il est naturel que par ordre de suprématie , aussi bien que par disposition chronologique, la littérature sacrée se présente au début des histoires littéraires : c'est le fronton de l'édifice. Trop souvent négligée , mal connue, elle a des titres, tout au moins aussi respectables que la littérature grecque et romaine, à l'étude et à l'admiration des grands génies et des grands monuments qu elle a produits. Comme toutes les littératures orientales , dont on a raison de l'appeler la fleur, elle ne se présente pas seulement à l'imagination sous des couleurs aimables, enchanteresses, quoique toujours graves, sérieuses, parfois même solennelles; elle ouvre à l'esprit des perspectives séduisantes , elle le ravit en l'instruisant. Voltaire, dont le témoignage n'est point suspect en pareille matière, s'écrie dans une de ses Lettres : « Heureux qui a assez faim pour dévorer V Ancien Testament! Xe vous en moquez point : ce livre fait cent fois mieux connaître qu'Homère les mœurs de l'ancienne Asie; c'est de tous les monuments antiques le plus précieux. ^> En entendant une déclaration si impartiale, qui voudrait se détourner de cette sorte de banquet littéraire? qui refuserait de s'y asseoir? Certes, les écrivains immortels de la Grèce, de l'Italie et de la France ont droit, nous le verrons, aux hommages et

aux commentaires dont les honorent le goût et la science; mais les livres sacrés n ont-ils pas droit aux mêmes honneurs , quand on considère le fond toujours solide, le but toujours utile, les formes toujours saisissantes, et, sous ce qu'ils ont d'individuel et de national, cet esprit universel qui les anime et qui leur assure une éternelle durée? Ne pas reconnaître en eux ce caractère unique, c'est fermer les yeux à la clarté du jour : c'est ne pas comprendre la parole judicieuse, éloquente de l'un de nos grands poètes modernes , lorsqu'il dit des poètes hébreux : « Jamais la poésie n'a joué un si grand rôle dans le drame politique , dans les destinées de la civilisation : c'est un beau chant de l'histoire du monde ! »

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