REGLEMENTS DE POLICE
PIEERB RIOAUT, marquis de VAUDRBUIL»
Grouvemeur de la province de la Louisiane,
HONORÉ MICHEL de k BOCVII.LifcRR,
Conseiller du roi, commissaire général de la marine, ordonnateur en la dite province.
Décrétons au nom du roi, &c., &c.
Article. 1er.
U est défendu, à commencer du jour de la publication du présent règlement, à toutes personnes, de quelque état qu'elles soient, et sous quelque prétexte que ce puisse être, même avec les permissions de nos prédécesseurs, que nous avons toutes annulées, de distribuer aucune boi8S(m enivrante, de quelque nature que ce soit, d'en donner à boire chez eux, ni même d'en emporter à grandes et petites mesures, à peine de confiscation de toutes les boissons qui se trouveront chez eux, d'un mois de prison et de dix écus d'amende envers les pauvres.
Art. 2.
n sera seulement établi dans la ville de la Nouvelle- Orléans six cabaretiers, auxquels on expédiera une commission.
Art. 8.
Ces six cabaretiers donneront à boire avec toute la
42 ^ [OHAP. XVMl.
1761. modération convenable aux voyageurs, aux personnes malades, aux habitants et à tous les gens de mer seulement. Leur défendons de donner à boire à aucun soldat sous les peines les plus sévères, et aux sauvages et aux nègres, à peine, pour la première fois, de carcan, de dix écus d'amende, et de confiscation des boissons qui se trouveront chez eux, et de peine des galères perpétuelles en cas de récidive.
Art. 4.
Défendons également aux ditscabaretiers, à peine de cassation et d'amende, de donner à boire à qui que ce soit, les jours de fêtes et dimanches, pendant le service divin.
Art. 5.
Voulons aussi, sous des peines arbitraires, que les dits cabarets soient tous les jours fermés à neuf heures du soir, et qu'on n'y reçoive plus personne, passé cette heures.
Art. 6.
Seront les dits cabaretiers obligés de payer pour le privilège, chacun, la somme de deux cents livres paiannée à la fabrique de cette paroisse, qui en a grand besoin, et en outre, la somme de cent livres aussi par année, pour Fentretien des pauvres de cette ville, qui sont en grande nécessité.
Art. 7.
U sera égaJement accordé deux cantines, l'une i M. le major de la Nouvelle-Orléans et l'autre à l'officier commandant la compagnie suisse, la première, pour y recevoir les soldats fnmçais, et l'autre, pour les soldats suisses. Chacun boira à l'endroit qui lui est désigné,
CMAP, XVIII.] * 43
de manière que les habitants, voyageurs et marins ne 1761. soient pas plus reçus'dans les cantines que les soldats dans les cabarets, lesquels ne doivent pas en approcher. Les soldats ne doivent pas pour cela être contraints d'aller boire à la cantine, s'ils n'en ont envie, et seront les cantiniers sujets aux mêmes peines des cabaretiers, s'ils donnent à boire aux habitants, voyageurs, marins, sauvages et nègres.
Art. 8.
Et sur ce qu'il nous est revenu que certains habitants, au lieu de faire valoir leurs terres en les cultivant, se sont retirés à la ville, ou répandus dans les campagnes de ce gouvernement, pour y établir crapuleusement des cabarets borgnes, par lesquels ils subornent non-seulement la fidélité de tous les esclaves, mais encore les excitent à voler leurs maîtres, en les faisant soûler du produit de leurs vols, nous reconmiandons expressément à tous les bons habitants de veiller sur la conduite de ces particuliers à la campagne, pour nous instruire du désordre qui s'y passe, afin de les faire châtier dans toute la rigueur des ordonnances.
Art. 9.
Afin que nous puissions connaître d'où vient le désordre, qui est augmenté dans la ville par la multiplicité des cabarets qui s'y sont établis sans permission, nous ordonnons que dans huitaine, à compter du jour de la publication du présent règlement, tous habitants de la paroisse des Allemands et même des autres, qui ont quitté leurs terres pour venir s'établir ici, ayent à y retourner, à peine d'être traités comme vagabonds et perturbateurs du repos public, et, en conséquence, chassés du pays comme infimes.
44 [cRAP. xvm.
Art. 10.
1761 . Tous nègres et négresses ayant obtenu leur liberté et s'étant retirés dans qaelque coin de la ville, ou aux environs, qui seront coupables de recevoir chez eux des esclaves, pour les séduire et les exciter à voler leurs maîtres et mener une vie scandaleuse, au mépris des ordonnances du roi, perdront leur liberté et rentreront en esclavage au domaine du roL Nous supplions Sa Majesté de vouloir les recevoir au prix de 600 livres chacun, dont le fonds sera appliqué au rétablissement de l'église de cette paroisse qui en a un extrême besoin.
Art. 11.
Tout Français qui sera assez infime pour t(»nber dans les cas portés par l'article précédent, t^era fouetté par Fexéenteur de la haute justice et condamné aux galères perpétuelles sans miséricorde.
Art. 17.
Tout particulier, qui achètera d'un nègre, telle denrée ou meuble que ce puisse être, sans une permission par écrit, bien circonstanciée par son maître, sera mis au carcan pour la première fois, et au cas de récidive, condamné aux galères perpétuelles.
Art. 19.
Sa Miqesté ayant toigours entendu que chaque particulier, dans son habitation ou ailleurs, corrigeât en bon père de famille ses nègres sans les mart}rriser, et la plupart des citoyens ayant pris le change sur cet article, et leur passant souvent des fautes trop essentielles, nous
ne potnroiis en conséquenon amez reoonurâ&der à tous n5i . les citoyens d'être moins faibles à leur égard et de les châtier sans passion, dans tontes les occasions* Nous les avertissotts que si nous nous apercevons de leur faiblesse à ce sqjet, nous ferons prendre les nègres qu'ils ménagent trop, pour en faire des exemples sévères.
Art. 20.
Défeidons i tous habitants ou citoyens de souffrir dans leurs habitations, ni ailleurs, aucune assemblée de nègres ni négresses, soit sous prétexte de danses ou autrement, c'est-àrdire, d'autres que ceux et celles qui leur appartiennent; comme aussi de permettre que les leurs aillent dans les habitations étrangères à pareil dessein. Sa Majesté ayant expressément défendu toutes sortes d*assemblées.
Art. 21.
Défendons pareillement aux nègres de la ville et de la campagne de s'assembler dans la ville, aux environs, ni ailleurs, sous quelque prétexte que ce soit, i peine de la prison et du fouet, et en outre, à peine contre les maitres de dix livres d'amende pour chaciyi des nègres ' à qui ils l'auront permis.
Art. 22.
Si aucun des habitans et citoyens est coupable de souffrir chez lui une troupe de nègres étrangers et de leur permettre une assemblée sous quelque prétexte que ce soit, il payera cent écus d'amende à la fabrique de réglise, pour la première fois,' et devra, pour la récidive, être condamné aux galères perpétuelles.
Art. 23.
Tout nègre qui sera rencontré dans les rues et chemins publics, portant une canne, verge ou bâton, sera châtié
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ilJiU par. le premier blanc avec Fmstrumeiit éomt le nègre sera porteoTy et si le nègre était ass<Bz osé pour-ye mettre en défense ou en voie de se sauver, le blanc swa tenu de le dénoncer ponr le châtier suivant l'exigence du cas.
Art. 24.
Tout nègre, ou autre esclave, allant de jour et encore plus àe nuit, dans les rues et chemins, à pied 'et à cheval, sera arrêté par ceux des blancs qui le rencontreront, pour lui demander sa permission, et si le nègre cherche à s^évader, nous exhortons le citoyen de faire en sorte de le t^onnaitre et de le dénoncer pour être puni ainsi qu'il conviendra.
Art. 25.
Et comme les nègres crèvent tous les chevaux de la colonie par leurs courses immodérées, en les enlevant dans les parcs, même jusque dans les écuries, et que cela nuit mfînimeBt aux travaux de^la colonie et aux intérêts d&s particuliers, nous permettons de tirer sur les dits nègres ainsi rencontrés à cheval, et qui ne voudront pas se faire connaître.
Etant informés que les nègres de la ville prennent la licence dé sortir la nuit des maisons de leurs maîtres, qu'ils laissent abandonnées et ouvertes, aux risques de tout événement, pour aller s'assembler avec ceux de la c^pagne qui viennent roder dans la ville, y faire mille brigandages, et boire ensuite ce qu'ils ont volé au public et à leurs maîtres, nous exhortons et même ordonnons à tous les citoyens de veiller exactement à ces sorties nocturnes, sur lesquelles nous allons exercer une stricte police; et si nous pouvons, les uns et les autres,
cuAP. xvni.] 47
faire des découvertes i ce stget, la justice Tigoureute liai. qui en sera faite, intimidera éeux qui seront capables d'un désordre aussi scandaleux. Les habitants de la oampagne peuvent contribuer à détruire ce vice, en contenant leurs nègres dans leurs habitations.
Art. 28.
Tout nègre et autre esclave, soit à la ville, soit à la campagne^ qui n'aura pas les égards et les soumissions qu'il doit aux blancs, c'est-à-dire, qui sera assez insolent pour les coudoyer dans les routes en leur disputant le terrain, et qui enfin, oubliant qu'il est esclave, leur manquera en quelque façon que ce soit, sera puni de cinquante coups de fouet et marqué d'une fleur de lys sur la fesse, afin de faire connaître au besoin la qualité de son crime.
Art. 29,
Tous les nègres et autres esclaves qui vont à Péglftsc, entendront dès le matin ht première messe. Ceux de la campagne y seront conduits par le commandeur de chaque atelier, lequel le ramènera tout de suite chez son maître, et s'il y en a de domestiques qui soient dans Fusage de suivre leurs maîtres aux autres messes, ils se retireront à la porte de l'église pour les y atte.ndre, le tout à peine de châtiment.
Art. 80.
Nous venons d'expliquer toutes les déférences et «bli* gâtions des nègres envers les blancs et particulièrement envers les maîtres, il est bon d'instruire le public que cela ne s'étend pas indifiérenmient pour tout le monde. Un particulier, soldat, ou tout autre, n'a pas le pouvoir de maltraiter un nègre qui ne lui dit rien et qui ne lui
48 [cHAF. xvm.
1*751. maaqae pdnt II peut Tarréter en certains cas et en demander justice, attendu que le nègre n'est sujet qu'à la justice de son maître et à celle de la police. En conséquence» et suivant les ordres de Sa Majesté, nous défendons à qui que ce soit de se donner cette licence de maltraiter les esclaves, et cela, sous des peines arbitraires, telles que les cas l'exigeront"
Ces ordonnances caractérisent, d'une façon énergique, l'esprit qui présidait à la législation de l'époque. On voit qu'elles infligeaient les galères à perpétuité pour des délits qui, de nos jours, entraîneraient i peine quelques heures de prison.
H parait du reste, par une dépêche de M. de Vaudrenil, que la Louisiane servait quelquefois de geôle de police, de prison ou de Bastille au gouvernement français, et que l'on y envoyait par lettre de cachet des gens que Ton voulait punir, ou dont on voulait se débarrasser. Dans cette dépêche, en date du 15 mai, il disait : ^La situation où se trouve la dame Ste.-Hermine, qui est venue en cette colonie par lettre de cachet, il y >a plus de trente ans, m'oblige à vous représenter que cette dame est hors d'état de s^y soutenir plus longtemps, par la misère ou l'a réduite la mort de M. de Loubois, avec lequel elle avait toiyours vécu. Je demande la permission de la faire repasser gratis en France sur les vaisseaux du roL D'ailleurs, la lettre de cachet est prescrite, et la dame est fort âgée."
Jamais la colonie n'avait été mieux protégée depuis sa fondation, car jamais elle n'avait eu autant de troupes pour la défendre que cette année. Cela prouve le crédit du marquis de Yaudreuil i la cour. Il est évident que l'on fit plus pour lui qu'on n'avait jamais fait pour aucun de ses prédécesseurs. En effet, par les envois successifi qui avaient été faits, il se trouvait avoir deux mille hommes de troupes de ligne à ses ordres. Voici comment elles étaient distribuées en avril 1751.
District de la Nlle^-Orléans, 900 Fran. 76 Suisses, 975 nfii. Do. de la Mobile . . 400 Fran. 75 Suisses, 475
Do. des Illinois 300
Do. des Arkansas 50
Do. des Natchez 50
Do. des Natchitoches 50
A la Pointe Coupée 50
Aux Allemands 50
Total . 2000
D'après cette augmentation de troupes et Faccroissement de dépenses que le gouv^Tiement français se décidait ainsi à faire, il est clair qu'il voulait reprendre avec plus de vigueur l'œuvre de la colonisation qui, jusqu'à présent, avait été si stérile en résultats avantageux. Mais la suite fera voir que ces nouveaux efforts ne furent pas pli» beureux que les précédents.
MfisnrrBLLIOBNCK BIITRK MESSIEUBS DE TAUDREUIL ET MICHEL DE LA ROUYILUftRB.— ÉTAT MORAL, MIUTAIRE, COMMBROAL ET AGRICOLE DE LA COLONIE^MORT DE M. MICHEL DE LA ROU- VILLlfeRE.— M. D*AUBERVILLE EST NOMMÉ À SA PLACE.— LE M AR aUIS DE VAUDREUIL EST ENVOYÉ AC CANADA.-^M. DE KERLBREC LUI SUCCÈDE.— aUBRELLE ENTRE LES CAPUCINS ET LES JÉSUI- TES—MORT DE IVAUBERYILLE.— IL EST REMPLACÉ PAR ROCHE- MOEB.-aUERBLLB ENTRE KERLBREC ET ROCHBMORE.
1*761. LBinarqnisde Vandreuil et M. Michel de la Rou« villière s'étaient, dans le commencement de leur administration, assez bien entendus. Ils étaient surtout parfaitement tombés d'accord sur la création du papiermonnaie, que le gouvernement français avait ensuite désapprouvé. Mais c'eut été une chose trop rare que de voir un gouverneur et un commissaire-ordonnateur continuer de vivre en bonne intelligence et s'occuper ensemble des intérêts du pays. Depuis plus d'un demi siècle d'existence, la colonie n'avait pas encore vu une pareille merveille ; aussi l'harmonie qui régnait entre M. de Yaudreuil et M. Michel de la Rouvillière ne devait-elle pas être de longue durée, comme on le verra par cette dépêche du 15 mai, écrite par M. Michel.
**Au poste du détour, dit-il, M. de Vaudrcuil a placé le flieur Duplessy, enseigne de nouvelle recrue, sans capacité ni expérience. Cet officier, étant ivre, y a maltraité le garde magasin Carrière. Mais le gouverneur a pris le parti de l'officier, car qui dit officier dit tout. Quand on prononce ce nom d'officier, il faut que tout
CUAF. XIXJ] 51
le monde tremble I Aussi» dès qu'mi de ces Messieurs i76i. a un démêlé avec un particulier, il ne manque pas de lui dire aussitôt: savez-vous bien que votis parlez à un officier?. Et si, par hasard, Tafiaire vient devant moi, le plus grand motif de défense est de me dire : comment^ Monsieur^ il ose parler ainsi ou agir ainsi avec un offi^ cier ! Et quoique Tofficier eût tort, la partie adverse est toiyours condamnée, parceque les militaires dominent au conseil par le gouverneur, le mtgor, et ses flatteurs.
^11 n'y a aucune justice à attendre de M. de Yaudreuil. Il est trop paresseux, trop nonchalcmt Sa femme est trop maligne, trop passionnée, et a de trop forts intérêts dans tous les postes et dans la ville, pour que le gouverneur ne soit pas obligé de ménager servilement le corps des officiers et bien d'autres.
''Il devait détruire les abus du temps de la compagnie, mais il s'en est bien gardé. Us flattent sa vanité, puisqu'il se trouve le maître absolu de tout, et favorisent ses entreprises. Les troupes et les anciens conseillers y trouvent aussi leur avantage, puisqu'ils vexent le public impunément, conmie ils l'ont toiyours fait, au moyen d'une cour servile qu'ils font au gouverneur."
M. de Vaudreuil n'était pas en reste avec M. Michel sous le rapport des récriminations, et, le 20 juillet, il écrivit pour se plaindre de la mauvaise volonté de M* Michel à fournir les postes de ce dont ils avaient besoin. Ce qui produisait, prétendait-il, le plus mauvais eSet et provoquait trop souvent la désertion des soldats.
''Les Chactas, dit-il, s'impatientent de ne pas rece-* voir leurs présents. Ce retard est très f&cheux et peut avoir les plus funestes conséquences. Je sais même qu'il y a déjà eu quelques pourparlers avec l'Anglais, M. Michel ne cherche qu'à contenter son amour propre et son penchant au despotisme."
52 [CHAV. XIX.
1761. Le même jour que M. de Va«dreml écrivait cette dépêche, c'est-à-dfre, le 2<> juillet, M. Michel envoyait, à son tour, l'exposé suivant :
"Les Chactas qu'on veut à tout prix ménager sont une dépense énorme pour le roi. Messieurs de Grrand- Pré, commandant de ce poste, et Desilets, traiteur, sont venus ici comme plénipotentiaires, laissant beaucoup de marchandises au poste de Tombekbé et M. Fopulus de St.-Protais commandant par intérim. Ils cmt séjourné ici dix mois sous divers prétextes, et lorsqu'on les a priés de s'en retourner, sur l'avis que leur présence était nécessaire, ils ont demandé un lot considérable de marchandises, qui sont très chères et qu'ils prennent comme d'usage «u prix de France. J'ai refusé, mais M. de Vaudreuil a donné un ordre pour un lot douMe, malgré mes observations.
*^ n'y a point à douter, Monseigneur, que le gouverneur n'ait un tiers dans ce poste, à son profit, ainsi que dans tous les autres. Personne n'en doute ici. M. Lenormant a dû vous le prouver par ses mémoires et par le cautionnement de M. de Vaudreuil en faveur des précédents commandants de postes et fermiers de traites, n est trop haut pour en avoir servi, si son intérêt ne l'y eut forcé. Oe sont toutes créatures canadiennes et ses parents ou alliés, de lui ou de sa femme, qui occupent tous les postes.
"M. de .Pontalba, le seul qui n'est pas de cette clique, ne possède la Pointe Coupée que parce qu'il est de moitié avec Mme la gouvernante. C'est de lui que je le tiens, et il ne tirera pas sûrement au sort avec les autres pour la distribution des compagnies. On ne manquera pas de trouver des prétextes aussi spécieux pour le poste de Tombekbé, où le commandant, M. de Grand-Pré, ne tirera pas non plus au sort, tandis qu'on a refusé de placer M. de la Houssaye au Détour pour y fixer les nouveaux habitants, pour lesquels il se donne beaucoup
€I1AP. XIX,] 5d
4e 8(»n. On a envoyé des farines suivant Tiisa^e à Tom- n^l . bekbé pour la troope. Mais on l'a vendw aussi suivant Tusage, et l'on a fait manger du mais aux soldats, dont huit ont déserté.
'^A peu près dans le même temps, M. DelifiOy enseigne, parent de M. de Vaudreuil, et commandant aux Arkansas, ayant appris qu'il y avait de nouvelles troupes arrivées et que tous les officiers devaietit tirer les postes au sort, pour s'assurer du sien qui est un des meitteurs de la colonie, est parti, sans «ongé ni permission, de son poste, où il a liiissé um caporal pour commandant. H est arrivé ici au grand étoimement de tout le monde. M. de Vaudreuil, qui en a senti la conséquence, l'a fût repartir sous deux fois vingt quatre heures, mais sans aucun châtiment. A son arrivée à son poste, M« Delino a trouvé maison nette, le caporal et le reste de la gai^ nison ayant déserté. Ils avaient enlevé tout ce qu'ils avaient pu emporter. Voilà ce qui augmente les dé* penses, sans que l'ordonnateur y puisse rien.
^U n'y a point de discipline. On passe tout au soldat, pourvu qu'il boive Bon argent à la caittine, où on lui donne des drogues qui ruinent sa santé. Depuis quelques mois, il n'y a pas moins de cent malades à l'h6pital.
^11 y a ici au menis soixante officiers qui montent à peine une garde tous les cinquante jours. Pas un n'est destiné ^m désigné pour faire la visite des casernes^ où règne la malpropreté la plus dégoàtante. Les soldats y font d'ailleurs ce qu'ils veulent. On leur passe tout, dis-je, pourvu qu'ils aillent boire à la chitine. Malgré les règlements, ils en sortent le vin et ies spiritueux, quHls survendent aux nègres et aux sauvages. Cela a été prouvé dix fois. Tout le monde l'a vu, et on n'y met aucun ordre. J'en ai parlé plusieurs fbis à M. de ^ Vaudreuil; mais au lieu de diminuer, cela ne fait qu'augmenter. C'est M. de Belle Isle, aide-magor, qvi afferme la cantine, la fait régir et donne une somme au major,
64 [CUAP. 3tlX.
1761. d'autres disent aussi à Mme la gouvernante. Ce qui est sûr, c'est que M. de Vaudreuil a tiré sur le tirésor, en fitveur de M. de Belle Isle, un billet de dix mille livres sur ses appointements, ce qui a servi a acheter le vin qui se boit à la cantine.
^D'ailleurs, Mme de Vaudreuil est capable d'un commerce plus bas. Elle a ici affaire à tout le monde et elle force les marchands et les particuliers de ae ehsirger de ses marchandises, pour les vendre au prix qu'elle taxe. EUe a un magasin chez elle de toutes sortes de drogues, que son maitre d'hôtel vend, et, lorsqu'il n'y est pas, elle prend bien Faune et la mesure. Le mari ne l'ignore pas. Il en retire un bon revenu, et c'est le motif de tous ses désirs et de ses occupations.
**Le premier usage qu'on a fait de Tordre donné par vous, monseigneur, de mettre un cadet dans chaque compagnie, a été d'y placer des enfants qui viennent de naître. Il y en a de quinze mois à six ans, qui comp* tent pour la distribution des vivres."
M. Michel continue d'entrer dans les détails des abus d'autorité commis par les officiers, qu'il prétend être tout puissants par Tappui de M. de Vaudreuil, ainsi que par celui du conseil. Il ajoute que beaucoup d'habitants sont obligés d'abandonner la colonie pour éviter des vexations. Il se plaint de la mauvaise conduite de M. Fleuriau, procureur général, qu'il taxe de suffisance, d'ignorance et de passion. On voit que M. Michel de la Rouvillière en voulait à peu prés à tout le monde. Si la moitié de ce qu'il dit est vraie, la colonie devait être dans une situation morale bien déplorable. Car la plus honteuse vénalité y régnait, et l'exemple de la corruption venait d'en haiit C'était un reflet de ce qui se passait alors en France.
Le 80 novembre, il y eut un arrêt du conseil d'état qui prorogeait pour dix ans l'exemption des droits d'entrée et de sortie sur les denrées et marchandises que les né-
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gociants français feraient transporter dans la colonie ]75f . de la Louisiane, ainsi qne rexemption, pendant le même laps de temps, de tons droits d'entrée en France, sur les marchandises et denrées da crû et da commerce de la dite colonie.
On se rappelle qne la première exemption avœt été accordée en 1732 pour dix ans, et prorogée pour dix antres années en 1741. La même prorogation était donc encore, cette année, décrétée pom* dix ans, c'est-idire, jusqu'en 1762. C'était persévérer dans la bonne voie. Mais il ne suffisait pas, pour faire prospérer la colonie, de l'adoption d'une mesure libérale; il aurait fallu savoir coordonner tout un système de colonisatien, et veiller à ce qu'il fut mis en opération d'une manière franche et vigoureuse.
Au mois d'avril, deux cents hommes de troupes étaient arrivés de France. Les navires, qui les transportaient, ayant touché à Hispaniola, les jésuites de cette île demandèrent et obtinrent la permission d'envoyer aux jésuites de la Louisiane des cannes à sucre et des nègres accoutumés à les cultiver. Les cannes furent plantées sur l'habitation des révérends pères, a l'endroit où est maintenant la Seconde Municipalité, immédiate* ment après la rue du Canal. Mais il parait que l'on ne sut psts en tirer parti, car ce ne fut que long-temps après, en 1796, que l'on s'en servit pour faire du sucre^ d'une manière suivie et lucrative. Ainsi, c'est à l'active industrie des jésuites que la Louisiane doit la naturalisation de ces roseaux qui ont été pour elle, plus tard, une source de richesses immenses.
A bord de ces mêmes navires, il y avait soixante jeunes filles qui étaient transportées à la Louisiane aux frais du roi. Ce fut le dernier envoi de ce genre. Ces filles furent données en mariage à des soldats, de bonne conduite, à qui on accorda leur congé. On leur fit des concessions de terre, et on donna à chaque couple ime
56 [chat, xtx,
1761. raeke etsoii veau» un ooqet cinq poutes» ua fi»]» une bàdie el une bôc]ie. Pendant les trois premières années df leur établissement, on leur distribua des ratims de vivres, une petke quantité de poudre, de pktmb, de grains et graines de toute espèce.
Cest de cette humble origine que smit sorties plusieurs de nos familles les plus riches et les {dus iespeetable& Traversant plusieurs générations d'ancêtres laborieux et honnêtes, elles sont arrivées atyourdliui i la fortune et à une position honorable. D n'y a rien là dont elles ne puissent s^énorgueiUir. Car elles ne doivent riea à la fetveur du sort, mais tout à leur propre indnstrie et à leur mérite, tandis que d'autres femilles, autrefois privilégiées, oubliant que la vraie noblesse du citoyen, la garantie de son bonheur et de sa prospérité gîsaent dans le travail, dans la sévérité des mœurs, dans l'ambition d'être utile, dans les services réels, rendus i la patrie, sont tombées pc^ leur faute bien au-dessous du rang qu'elles auraient toiqours dû garder.
1752 ^^ ^ "^^ ^^^ Chickassas ayant renouvelé leurs déprédations à l'instigation des Anglais, M. de Yaudreuil se mit à la tête de sept oents hommes de troupes et d'un grand nombre d'Indiens, et avec ces Cnroes considérables, il entreprit une campagne qui ne ftit pcus pb» heureuse que les précédentes. Il trouva les Chickassas renfermés dans plusieurs forts que les Anglais les avaient aidés à bâtir. Chaque cabane de leurs villages était même fortifiée et entourée d'un large fossé. N'ayant aucune artillerie de siège, le marquis se contenta de dévaster le pays, et après avoir laissé une forte garnison dans le fort de Tombekbé qu'il agrandit, revint à la Nouvelle-Orléans.
Cette année, un Chactas et un Colapisaas s'étant querellés, le premier dit au second que les Colapksas n'étaient que les humbtes chiens des Français, qui s'en fusaient obéir au moindre signe. Irrité de cet afficont, le
Cplapissastaale Chaotas d'un coup de £sa, et s'enfuit n52. à la Nouvelle-Orléans. Les parents du mort s'adressèrent à M. de Vaudreuil pour qu'il leur livrât le coupfible. Le marquis, ayant fait de vains efforts pour leur inspirer d'autres sentiments que celui de la vengeance, finit par donner l'ordre d'arrêter l'assassin. Mais il échappa à toutes les recherches. Dans cet intervallci le père de celui dont on dc[aaiidait le ^sang, se rendit chez les Çhactas et leur offrit de mourir pour son fils. Sa proposition ayant été acceptée, le vieillard s'étendit sur le tronc d'un 0.rbre et présenta sa tête, qui fut tranchée d'un seul coup. Ce trait, dont le cœur seal d'un père était capable, devint le syjct d^une tragédie composée par un officier de la colonie nommé Leblanc de Villeneuve.
Le 28 septembre, M. Michel de la Rouvillière fit un exposé fayorable de l'état de l'agriculture dans la colonie. ''Les plantations de ciriers, dit-il, ont étonnamment réussi. Le sieur Dubreuil, à lui fieul, a fait au nu>ins six milliers de cette cire. D'autres particuliers en ont fait en proportion, et plusieurs ont été dans les bois, du côté de la mer, en faire sur les arbres sauvages de même espèce. Le public n'use point ici d'autre matière pour s'éclairer, et le commerce en a profité d'^ne partie, tant pour France que pour l'Amérique. Il faudrait envoyer des cultivateurs et des nègres. La colonie augmente rapidement d'elle même. H ne s'agit que.de l'aiguillonner. Depuis trois ans, il s'est fait quarante belles maisons en briques à la Nouvelle Orléans; plusieurs belles habitations se sont formées, &c."
Peu de temps après avoir rédigé cette dépêche. M, Michel de la Rouvillière mourut, et fut remplacé par M. d'Auberville.
Sous l'administration du marquis de Vaudreuil, les dé- 1753, penses de la colonie avaient toujours suivi une marche Inondante et se montèrent cette année à 030 767 liv.
^® [CBAP. XIX.
1753. Issu d'une famille assez haut placée dans la hiérarchie nobiliaire, il était resté dix ans gouverneur de la Louisiane, qu'il avait régie en grand seigneur, qui y était venu pour y faire ses affaires, s'il faut en croire les accusations du. commissaire ordonnateur. Il n'en sortit que pour être promu au gouvernement du Canada, que son père avait déjà eu avant lui, et où il se distingua par l'habile et courageuse résistance qu'il opposa aux Anglais en 1756. M. de Kerlerec, capitaine dans la marine royale, fut appelé à le remplacer et arriva à la Balise, le 24 janvier. Parvenu à la Nouvelle Orléans le 3 février, il prit, le 9, possession du gouvernement.
C'était un officier de mérite qui, dans ses états de service, comptait vingt cinq campagnes sur mer, et quatre actions où il s'était distingué et avait reçu plusieurs blessures.
Le 11 juin, il fut convoqué un conseil de guerre, pour prendre en considération des représentations faites par les Chiactas. Ils demandaient la mise en liberté de trois déserteurs français arrêtés par eux, d'après d'anciennes conventions, et livrés aux Français, qui les tenaient emprisonnés contrairement à ces mêmes conventions, lesquelles portaient : d'un côté, obligation pour les sauvages d'arrêter les déserteurs français, et de l'autre, obligation de la part des Français de leur* faire grâce. Les Chactas menaçaient de ne plus arrêter les déserteurs, si l'on ne tenait pas la promesse donnée à cet égard. Le conseil de guerre fut composé de M. de Kerlerec, gouverneur, de M. de Beauchamp, lieutenant de roi à la Mobile, Bobé Desclozeaux, commissaire ordonnateur de la Mobile, de messieurs de Bonnelle, de Favrot, de Grand-Champ, capitaines français, de Grondel, capitaine * suisse, Aubert, aide-major de la Nouvelle-Orléans, de Livois, lieutenant, TAbbé et Doriocourt, enseignes en pied. Ourlas, enseigne en second, Deville, megor. Ce conseil de guerre fit droit à la réclamation des Chactas
et remit en liberté les trois soldats détenus pour déser- J753. tion. On voit que, dans cette occasion, le beau rôle était pour les sauvages, qui savaient observer euxmêmes la foi des traités, et, en même temps, forcer les Français à les exécuter strictement.
he 90 août, le nouveau gouverneur, M. de Kerlerec, rendit compte au ministre de l'état de la colonie, par la dépéebe suivante:
^Je suis satisfait de la nation des Chactas. 11 m'aparu qu'ils tenaient leurs promesses. Mais il faut aussi que nous tenions les nôtres envers eux.
'^Ce sont des hommes réfléchis, et qui ont plus de justesse et de précision qu'on ne pense dans leur raisonnement Je leur ai fait, des reproches réitérés sur la facilité avec laquelle ils recevaient les .traiteurs anglais. Mais je leur ai parlé avec bonté, en leur faisant comprendre que, tant qu'ils tiendront à eux d'une main et à nous, de l'autre, ils doivent s'attendre tous les jours à de nouvelles divisions, puisqu'ils ne doivent pas avoir oublié que c'est par les traiteurs anglais qu'on leur a porté, en tant de difiérentes occasions, des paroles qui les avaient brouillés avec nous et avec leurs propres frères. Ils en sont convenus avec moi, en ajoutant que, de notre côté, nous avions les premiers torts, puisqu'étaat les premiers Européens qu'ils aient connus et qui les aient assiyettis aux difiérents besoins dont aiyourd'hui ils ne peuvent plus se passer, nous ne sommes pas plus attentifs, ou pour le moins, aussi attentifs que l'Anglais à leur procurer abondamment tout ce qui leur est devenu nécessaire pour la traite; ajoutant encore que si nous avons un article de traite, nous manquons de plusieurs choses qu'ils trouvent chez l'Anglais et conformes à leur goût; (ce que nous n'avons jamais étudié avec la même attention que l'Anglais); mais qu'au surplus, leurs coeurs étaient à nous, quoique leurs nécessités les obligeassent de traiter avec une nation, à laquelle ils renonceraient .
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1753. volontiers' pour toujours, -s'ils pouvaient trouver ckes nous les mêmes ressources qu'elle leur procure.
^Je demande en conséquence qu'il soit envoyé des muv chandises en assez grande quantité pour n'en manquer jamais ; qu'elles soient d'un assortiment convenable et €oïiformes aux échantillons envoyés. Ces d^enses ne sont pas à comparer à celles qu'occasionnent les gœri-es, et ces dépenses de traite préviennent la guerre.
^M^étant aperçu que les Arkansas mollissaient» j'ai fait venir le chef à médaille et dix-sept chefs ou considéréSf et les ai fort caressés, amusés et hébergés. Ils s'bo sont retournés enchantés. Je leur ai recommandé de courir le fleuve^ l'espace de quarante lieues en dessus et en dessouSr contre les Chickassa^ les Chérokis et Chaonannons. J'ai remplacé le sieur de la Houasaye, qni y commandait, par le sieur de Reggio.
"L'hiver dernier, le& Chickassas ont tué les hommes d'un convoi allant aux Illinois, sous la conduite du sieur Bouligny. Une fille de dix ans, la seule qui ait été épargnée, a été emmenée prisontiière et envoyée à la-Caroline.
''Nous avons encore trois prisonniers chez les Chic* kassas, savoir : Bea'uvais, Poirier, et la fille du nommé Androny, âgée de douze ans, qui avait été prise un mois avant cette aventure.. J'ai racheté les deux hommes pour cent livres de peaux de chevreuil chacun, et donné des ordres pour ravoir cette jeune fille, qui est dans le village, et sous la garde du grand chef, avec plus de dééence peujt-étre qu'on n'en observerait en pareil cas dan» notre nation. Je compte la ravoir incessamment.
''Il se passe de temps à autre quelques légers actes d'hostilité, sous prétexte de méprise, entre les Chactas de l'Ouest et ceux de l'Est. Comme ce scmt des actes isolés d'homme rouge à homme rouge, je ferme les yeux, d'autant* qu'il est un peu de notre- intérêt que oes deux fractions de la nation se- v<»ent avec un certain éloigne-
tcHAI\ XIX. Al
meut» parée qôe^ dans ce cas, ncms sommeH gkts »6nm )753; des deux.
^ Je pense, eomme M. de Y audrenil, qu'il est ccmvena* ble de conserver le poste de Tombekbé, malgré les or* dres de la cour. C'est un dépôt à portée des villages de FEst et un point df* surveillance sur TAnglals-
**J'ai relevé» le sieur de Pontalba, qui cominaTidait à la Pointe-Coupée, quoiqu'il dut y rester pour le bien de cette localité, mais J'ai cédé aux calomnies d'ntie cabaie qui fait courir le bruit que le sieur de Pontalba ne serait pas* relevé, parce quM avait jusqu'il présrnt, pensionné le gouverneur d'une somme de Is^^OOt) livrc^ et que sans doute fôtais dans le même cas^ puisque j« le maintenais. Due pétition, signée de plus de quarante habitants des plus notables, m'avait été présentée pour maintenir le sieur d*^ Pontalba, lorsqu'il fut question de la mutation, avant Iç départ de M. de Vaudreuii, et» sur cela, je votilais le conserver. Mais j*ai dû cédef à de perfides insinuations, et j^avQue, Monseigneur, qu'un t)areil trait me pénétre et m'iiumilie; autant qu'il medouBe du mépris et du dégoût pour ce pa^^s cj>
**Membrède (1) et les Capucuis sont déjà contre moL
^I/établissement des Allemands ne s^est point re* fait depuis le malheureux «coup que lesChactas y coek fait en 1748 ou environ.' Les habitants s'en retireBt insensiblement, au point qu'ils diminuent Umsr tes jours. C'était cependant une ressource décidée ponr.ies douceurs de la vie de chef lieu et pour tes* voyÉlIg^rs, et en même temps, c'était qne àug.mentation de paj's cultivé et de cDlons pour l'Etat. Ihen ne rassure iâ partie qui y reste; et le dégoût est au point qn^l s'en est déjà présenté plusieurs, pour me demander des terrains ail^ leurs» si je ne leur accorde pasjine apgmentatioii «de troupes. Hs désirent même que ce soit des« Soisaes^
(1) C'éuitiMiiif»oAdi«n ietplnBini«cm»<lii.{|a)r&
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I^d4 diâes pour U t^tç et surtout pour l08 piréseuts aux saUTaf^ chaçtaâ» a\Qeo lesquels je suis eu arrière de ifeuxy et même» tout à rheure, trois présents. Ce qu'ils me reproelieiit avec véhémence, on peut même dire, avec iosdteuce, et ils viennent pour cela à la Nouvelle* .Orléamk Ce qiliest un mal,.puisqu'il8 acquièrent aiusi une couna^ssauce des localités, qu'ils pourraient un joui? tourner centre nous». Ils me menacent d'appeler les •ABglaiji. Je supplié Votre Grrandeur de ue pas me 4aîsser plus longtemps dans une situation si critique."
Le 4 de juillet» M. de Kerlerec écrivait: ^j'ai reçu les familles Lorraines envoyées par la Concorde^ et je ks ai établies aux Allemands. Elles travaillent bien. U en ûradratt comme cela beaucoup pour faire avancer la cc^Bie. . Il nous faut des familles habituées aux tra^ v^ux de kk culture et qui redoublerakut d'ardeur dans un pnya» oà les revenus leur appartiendraient sans être è^éiîrés d'impôts."
Dahs iftie autre dépêche du 9 -du même mois, il se plaint- beaucoup des machinations des Anglais» ^£ii cas de guerre, dit-il, la sûreté de cette colonie serait gra;remeiU compromise, car la colonie manque.de tout^, Ce qni est fort inquiétant pour un gouverneur capable, de peser les conséquences de Tabandon dans lequel elle se trouve. J'ai eu l'honneur de vous représenter <|ue les dessous de la Nouvelle-Orléans sont ouverts de toutes parts,' l'entrée du Heuve, on ne peut plus libre, point de «canons on beaucoup trop peu, dont la plupart •ont défectueux, point de canooniers, un vide de cinq cent soixante hommes dans les troupes, des ordres réitéréa d^économie, et des réductions de fonds de plus de moitié sur toutes les parties les plus essentielles et les {dus urgentes des réparations, et en même temps les plus iatésessantes pour la sûreté de la colonie; enfin des or- <|re8 de ne ri|sn prendre sur nou^ en fait de fortificatii»s nouvelles, sans l'agrément de la cour. De pareilles po-
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sitionSy dans on éloignement sr considérable, demandent 1764. de sérieuses réflexions, surtout si on veut -se rappeler la demande que firent Messieurs de Yaudrepil et LenormaDt d'établir un fort à quinze lieues dans le OuacbitaSf ^t à laquelle la cour ne répondit que deux ans après, en le permettant s'il était indispensable. Mais il n'était plus temps, puisque les Cbaouannons qui s'y étaient rendus pour s'y établir et couvrir le fort, s'ennuyèrent d'attendre et décampèrent pour n*y plu3 revenir. Si cependant le fort avait été construit alors, les Anglais, l^s Chérokts, les Chickassas, nos ennemis, ne fieraient pas dans le cas de pouvoir entreprendre aucune communication par eau avec le fleuve par la belle rivière, (Obio), par la rivière Blancbe, et encore moins par celle de Ouabache, où est maintenant le fort Vincenties, Notez qu'alors on aurait fait l'ouvrage à prés de cent pour cent meilleur marcb^, et qu'à l'avenir on ne pourra y procéder qu^ayec des forces considérables, qui augmenteront encore les frais. Cependant, à la manière dont le$ Anglais se remue nt, cm ne peut guère se dispenser d'en venir la, sans quoi ils finiront par interrompre nos communications avec les Illinois."
Il y avait à cette époque, à Tile aux Chats, une petite garnison commandée par un officier nommé Roux ou Duroux. Cet homme était dWe extrême avarice et d'une cruauté égale à son avance. Il employait ses soldats à faire du charbon de bois, dont il trafiquait, et, pour les plus petites fautes, il les faisait attacher nu» à des arbres, au milieu des marécages, où il les laissait exposés des nuits entières aux piqûres dpsraoustics. Ces malheureux, exaspérés par les tounneats que leur infligeait ce monstre, le massacrèrent, s'enfuirent à la Mobile, et, se joignant à quelque^ traiteurs anglais, cherchèrent à gagner la Géorgie en traversant le territoire ,des nations indiennes. On envoya un parti de Cbactas courir après les fugitifs. Ils furent atteints et aurétés.
1754. L'un (Peux se donna la mort, les autres fiurent ramenés a la Nouvelle-Orléans, où on leur fit leur procès. Deux d'entre eux subirent le supplice de la roue, et un troisième, qui appartenait aux troupes suisses, fut, en vertu des règlements de discipline et de pénalité qu'observent les Suisses au service de la France, placé dans une espèce de cercueil, où son corps fut exactement emboité, et deux sergents le scièrent en deux. On ne peut Hre sans frémir le récit de pareilles horreurs. Si Ton jugea prudent de décider que les soldats n'avaient pas éprouvé une provocation ^suffisante pour justifier le meurtre de leur chef, il fallait au moins commuer la peine horrible que la loi leur infligeait. Les Indiens^ qui ne laissaient jamais échapper Toccasion de faire quelques réclamations en présents ou indemnités^ pré* tendirent que leur territoire avait été souillé par le suicide du soldat, qui avait cherché ainsi à échapper au Sort qui l'attendait En conséquence, ils demandaient un présent qu'ils recevraient comme une expiation de cet acte. C'étaient les Alibamons qui faisaient cette demande, et, comme M. de Kerîerec tenait à conserver leur bon vouloir, il leur fit réparation pour ce suicide* Lorsque les soldats qui étaient en garnison à Itle aux Chats, s'étant révoltés, massacrèrent leur commandant, il s'y trouvait en état d'arrestation, par ordre de ce éommandant, et pour n'avoir pas voulu participer à ses méfaits, un habitant nommé Baudrot. Cet homme avait été employé plasieurs fois avec succès par les dififérents gouverneurs, dans des négociations importantes auprès des sauvages, qui avaient pour lui beaucoup de considération. Il parlait parfaitement leur langue, et connaissait leur pays dans toute son étendue, aussi bien qu'eux lïiêmes. Il avait de plus une force de corps extraordinaire. Toutes ces qualités lui avaient si bien concilié l'estime et l'amitié des^ Chactas, dit Bossu dans jBon ouvrage sur la Louisiane, qu'ils l'avaient adopté et
lai avaient accordé tons les privilèges d'un homme de 1754. leur nation. Les soldats révoltés avaient forcé ce malheureux de leur servir de guide jusqu'à une certaine difïtance chez ies ludiens, et l'avaient renvoyé en lui dotitiant un certificat qui témoignait de la violence dont on avait fait usage à son égard. Cela n'empêcha pas de lui faire sun procès comme complice des fugitif. Il fut rompu vif, et son corps jeté dans le fleuve- Cet acte de barbarie étonna même les sauvages et leur inspira une vive indij^nation, qu'ils ne craignirent pas de manifester hautement, surtout les Chactas.
Le 20 septembre, M* de Kerlerec et le commissaire ordonnateur^ d'Auberville, envoyaient coiyoïnÇement cette dépèche : "Les terres de feutrée du fleuve qui ne ,sont formées que par les dépôts des eaux du fleuve, ont si peu de consistance qu'il n'est pas possible, sans des dépenses considérables, d'y former d'établissement ni de fortifications solides*
"Ceux que la compagnie des Indes y avait fait faire, et qui étaient considérables, sont détruits, U n'en reste aujourd'hui que quelques vestiges, que les vases achèvent d'cnsevelirj malgré les réparations qu'on y a faites en 1741 et 11^2, lesquelles se trouvent présentement sous Te au à toutes les marées.
^'11 est cependant de conséquence d'y avoir un asile pour y placer une garnison, les pilotes d'entrée et leur équipage, ainsi que pour les secours dont les vaisseaux, qui entrent et qui sortent, ont besoin.
"Un vaisseau de cinquante canons, dont les fonds seraient bons, le haut bord bien calfeutré, les rablures d'é* trave et detambot, tribord et bâbord, du haut en bas, garnies d^une bande de plomb, de quatre pouces de large, doublé de bois de eypre rouge et mailleté, pour les garantir des vers, durerait au inoins trente années dans le fleuve. Cela tiendrait lieu d*un fort que la ua* Jure du terrain rend impossible." j^
08 [ciiAP. XIX.
1754. Dans cette même dépêche, ils disaient : •'L'île de la Balise qui était, il y a vingt ans, à une demi lieue au lai^e, est maintenant à une lieue et demie en arrière sur le côté, et se joint à cette langue de terre que projette le fleuve en se déversant dans le golfe, et elle est par conséquent éloignée des vaisseaux qui viennent du lai^e. €e qui rend d'autant plus nécessaire rétablissement d'un poste flottanlt.''
Cette dépêche; qui parait peut-être exagérée dans l'assertion du fait qu'elle avance, n'en constate pas moins une chose importante : c'est la rapidité presque incroyable avec laquelle le fleuve gagne sur la mer en prolongeant dans le golfe, par son limon, cette langue de terre dont elle fkit son lit et ses bords.
Au mois de décembre, il y eut & la Mobile une grande cérémonie, i l'occasion de la distribution des présents à faire aux 'nations indiennes. Les Chactas, contents de ceux que leur fit M. de Kerlerec, lui décernèrent le titre de : Père des Chactas,
''J'ai dû, dit M. de Kerlerec, dans une dépêche du 19 décembre, montrer beaucoup de confiance dans leurs promesses, mais au demeurant, je les connais assez pour les juger fourbes^ menteurs et très intéressés. Aussi, suis-je sur mes gardes, sans qu'il y paraisse. '
**Les Chickassas se recrutent journellement des Chérokis et dés Chaouannons, qui vont chez eux prendre fenmie. Sans cela, ils seraient réduits maintenant à presque rien, par la quantité de chevelures que font sur eux les Chactas. Cette guerre, d'ailleurs, a le mérite d'occuper les Chactas,"
Quoique le gouvernement français eut recommandé la plus stricte écononde et eut rétréci de beaucoup le cadre des troupes, le budget des dépenses ne s'en éleva pas moins cette année, à la somme de 963,124 livres.
1755. On Crut, en 1755, que les Anglais méditaient une attaque eontre la Louisiane, et M. de Kerlerec fit tous les
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préparatifs nécessaires pour la repousser, si elle avait 1766. lien. Le 26 juin, il annonçait an ministre qu'il énver* rait à l'tle aux Chats douze hommes pour obserrer le» mouvements des Anglais, qui, en cas d^attaque, ne manq aéraient pas, disait -il, de venir atterrer à Tilc aux Vaisseaux. Ce détachement devait lui renvoyer six liomnieH à Tarrivée de la flotte anglaise, et les six autres devaient venir le trouver, lorsque les Anglais auraient pris un parti.
Le 18 i>ctobre, continuant ses préparatifs, il écrivait ; Le rétablissement de la plate-forme des quatre batteries an détour à TAnglais est bien avancé, et Ton pourra bientôt y monter les vingt neuf pièces de canons, de dix^huit de calibre, qui y sont déjà. Je vais faire finir les parties qui étaient restées à faire, depuis le premier projet approuvé, pour établir les quatre petites batteries de quatre canons, de dix-huit chacun, que j'ai proposé de faire dans le détour audessus des premières, afin qu'elles soient toutes en état de recevoir les qnarante-trois pièces de canons du même calibre, que j'ai demandées et que je vous demande encore avec instance, pour pouvoir réunir les unes et les autres dès leur arrivée, 11 faudrait cinq cents hommes de recrues "
A cette époque, les Anglais faisaient aux Françaifi une guerre très vive dans le Canada, dont ils devaient bientôt s'emparer, et M. de Kerlerec craignait avec raison pour la Louisiane, qui avait toujours été pour les Anglais un objet de convoitise. C'est pour cela qu'il demandait des secours avec tant d'instanccp Mais c'était au faible Louis XV qu'il s'adressait, et la France, BOUS ce règne corrompu et pusillanime, était déjà loin de Tépoque, où sous Louis XIV, elle avait été accusée d'aspirer aune domination universelle. Elle se débattait avec peine contre les rivaux puissants qui l'entouraient et n'avait guère assez d'énergie et de puissance de reste, pour défendre ses possessions lointaines.
1*756. M. de Kerlerec et M. d'Atiberville farent, ran, le premier gouvemeor, et l'autre, le premier commissaireordonnateur qui vécurent en parfaite intelligence. Mais, GOtmme si la colonie ne devait jamai9 être sans un siget de. discorde intestine, il s'éleva une espèce de petite guerre entre les Capucins et les Jésuites, et, conune il n'y a rien de plus envenimé que les dissentions religieusesi il en résulta une assez grande perturbation pour la province. Il y avait le parti des Capucins et le parti des Jéçuites. Les femmes surtout prenaient à cette lutte une part très active. Voici quelle était l'origine de cette querelle.
La compagnie des Indes, en vertu des lettres patentes du roi, du mois d'août 1717, avait déclaré et statué que toutes .les cures et missions qui étaient et qui seweat .ci-après établies à la Louisiane, dans toute l'étttidiie de :pays, comprise depuis l'embouchure du fleuve Mis^issîi^i en le remontant, jusques et y compris la rivière Quai^ache et toutes les autres rivières qui affluent à la mer, seraient remplies, &ous Tautorité de Tévèqufi de Québec ou de celle de son coadjuteur^ par les pères capucins de la province de Champagne, &ans qu'il pût y être établi aucun autre religieux et prctre eéculier, si ce n était de leur consentement, et cela, à condition de fournir par an tous les prêtres qui leur fieraient deuiau^ dés, soit pour les cures, soit pour les missions que Ton jugerait à propos d'établir dan,"* la dite étendue de paya- La compagnie avait donc décrété en conséquence que les dits pères capucins seraient mis e a possession des églises, presbytères et chapelles, pour missions établies et à établir dans la dite étendue de pa^^ aËii d'en jouir sans aucun trouble ni empêchement, .^ ^ ^ -
Mais les Capucins avaient compté sans les Jéeniîtes qui» en 1726, avaient obtenu aussi la permission de s'éta* blic dnn^ la colonie. Cependant^ afin d'éviter tout conflit» on leur avait assigné une juridiction différente de celle
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des Capucins, dans la partie haute et la plus reculée de 1765. la colonie. Mais par Farticle 24 du traité conclu entre la compagnie des Indes et lés Jésuites, il était dit : Le supérieur de la dite mission pcurra résider à la Nouvelle^ Orléanir à condition qu'il i^\j Ttmplira aucune fonction ecdésiastique^ sans le consentement du supérieur des Capucins, Il n'en fallait pas davantage pour des hommes aussi fins et aussi entreprenants que Jeajésaites- Ainbi, ils obtinrent de l'évéque de Québec une commission de grand vicaire» dont l'exercice devait avoir lieu dans les limites de la mission des Capucins, où ils n'avaient aucun droit de s'immiscer, d'après les traités conclus. C'est pourquoi le conseil supérieur de la province avait refusé avec raison d'enregistrer les provisions de grand vicaire, obtenues par les Jésuites* Malgré cela, les Jésuites avaient peu à peu usuqié toutes les fonctions curiales en dépit des Capucins, et avaient poussé Taudace jusqu'à menacer d'interdire ces derniers. Les pauvres Capucins, qui n'étaient pas de force à lutter avec des adversaires aosaî habiles, se plaignaient hautement et demandaient pro* tection au gouvernement, mais ils avaient eu le tort d'agir avec trop de bonhommie envers leurs rivaux. Ainsi, le 9 mars 1752, le révérend père Dagobert, sapérieur des Capucins, avait eu T imprudente courtoisie d'inviter le père Beaudoin, supérieur des Jésuites, à bénir la chapelle de l'Hôpital des pauvres de la paroisse. Ce que le père Beaudoin s'était empressé de taire d'autant pi as volontiers, que le père Dagobert eut la politesse d'agir dans cette cérémonie comme assistant. Le père Beaudoin se servit de cette circonstance comme d'une arme contre les Capucins. Il disait qu'il avait publié ses lettres de grand- vicaire aussitôt après les avoir re* çuea ; que bien qu'il se fût annoncé comme tel, on n'a» vait fait aucune objection à ce qu'il fît publier, en cette capacité, le jubilé, à ta paroisse de la Nouvelle-Orlé^ ans, le 26 février 1753 ; qu'ensuite, il avait béni, en H
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17M. même capacité, au mois de mars, la chi^lle de FHftpitaiy et qu*ayant été de cette manière recomiu par les Gc^ucins comme vicaire-général du bas de la province, il était trop tard pour qu'ils pussent être fondés à lui contester ce titre et les prérogatives qui y étaient attachées»
Telle était la question qui agitait la colonie et qui restait indécise.
1766. Il ne se passa rien d'intéressant dans la colonie en 175d. A part quelques tiraillements intérieurs, tout était tranquille. Cependant, le 1er d'avril, M. de Kerlerec écrivait au ministre : ^J'ai déjà dit que les Anglais des provinces de New- York, de Pennsylvanie, de la Virginie et de la Caroline ne négligent rien pour s'attirer les nations sauvages qui nous sont alliées. Leurs démarches à cet égard sont devenues sans bornes et sont toujours soutenues par des présents qui« indépendamment qu'ils sont fort considérables, sont encore étudiés de manière à satisfaire leur goût Ces mêmes présents sont d'ailleurs accompagnés de différentes menées secrètes, soutenues par des harangues toigours dirigées contre nous.
*'Le9 gouverneurs de la Virginie et de la Caroline ont mis nos têtes à prix* Je crois que le gouvernement anglais l'ignore, car s^il le savait et Tautorisait, ce serait abominable* Nos sauvages m^ont souvent offert de m'apporter leurs chevelures, mais j*ai toujoare repoussé ces offres avec indignation."
Le 12 décembre, il renouvelait ses observations sur le dénûment de la colonie, au moment où il était le plus nécessaire qu'il en fût autrement, pour neutraliser les efforts des Anglais, "Les sauvages^ disait-il, mur^ murent, et, si nous ne leur faisons pas les présents ac^ coutumes, si nous ne fournissons pas à leurs besoins^ ils aocepteront les propositions avantageuses des Anglais."
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Le budget des dépenses fut encore très élevé cette iî^6. année, et se monta à 829^8 livres.
Le commissaire ordonnateur, d'Auberville, mourut le 14 mars, et M. Bobé Desclozeaux le remplaça par in- 1757. térimp
M. de Kerlerec se trouva tellement dépourvu de mu* nitioQSr qu'il envoya à la Vera-Cruz demander de la poudre, du sa,lpétre et du ^ulTret mai» il n'en obtint que vingt-et-uu mille six-cenl^vingt<troia livre3, de trca mauvaiBe qualité.
Une dépêche de M* de Kerlerec, du 21 octobre, fait voir jusqu'à quel point cette bt^Ue colonie de la Loui* siane était alors délaissée par la France, qui £K>uteaait une guerre difficile contre TAngleterre.
Kerï^e^rec au uiNiaTfiE:.
** Monseigneur, je n'ai aucune nouvelle de la Cour, depuis vos dépêches du 17 février et 15 juillet 1755. Aucun des secours que je vous ai demandés par les miennes, dont voici la quinzième en chiffres, ne nous est parvenu, et par surcroît de malheurs^ les moyens que M* Desclozeaux et moi avons mis en usage, pour nous procurer de quoi satisfaire nos plus pressants besoins, n'ont encore eu aucun bon succès.
"Les magasins du roi sont épuises. Ceux des particuliers le sont aussi depuis longtemps. Nous sommes Journellement harcelés par les Chactas, qui sont dans la disette de tout Us nous menacent plus que jamais d'avoir recours aux Anglais et d'introduire leurs traiteurs chez euK. Les nations Alibamons parlent sur le même ton ; toutes les autres sont également mécontentes- La partie des Illinois n'est pas mieux pourvue. Nous n'avons pu y envoyer par le dernier convoi que les plus faibles objets de ses besoins. Les Anglais travaillent fortement à traverser et rompre mes négociations pour la paix projetée avec les Chérokis. Ils pren-
1757. nent des mesures fort justes pour s'emparer de tous les bâtiments qui peuvent nous venir. Ils ont établi une croisière iSxe au Cap St Antoine de Cuba, où ils ont actuellement une frégate, avec un bateau de dix canons; et leurs corsaires, qui désolent nos caboteurs, viennent les chercher jusqu'aux approches de la Balise. Enfin, nous manquons de tout, et le mécontentement des ^uvages laisse tout à craindre.
•* Jusqu'à présent, j'ai su les apaiser ; mais je n'y suis parvenu qu'avec bien des dépenses, e^ sans quelques dernières ressources en marchandises, que nous ont procurées quelques petits bâtiments échappés à la vigilance de nos ennemis, nous aurions déjà éprouvé quelque fâcheuse révolution de leur part
"Cet exposé, Monseigneur, qui vous remettra sous les yeux notre situation, nos dangers et nos besoins, vous fera juger en même temps combien il est essentiel, pour maintenir ces nations dans notre parti, que les secours, que je n'ai cessé de vous demander, nous parviennent promptement.
^ette colonie est d'ailleurs ouverte de toutes parts. Jl serait impossible de résister longtemps en cas d'attaque. Nous serions perdus, si les sauvages alliés venaient et nous tourner casaque."
M. de Kerlerec, pendant toute l'emnée, écrivit lettres sur lettres sur le même ton, ou plutôt elles enchérissaient les unes sur les autres et démontraient quelle était son anxiété relativement aux dangers qui menaçaient la colonie. Mais il n'obtint aucune réponse. 1758. Le 23 janvier 1758, M. de Kerlerec informait le ministre, que le chevalier de Villiers, capitaine aux IHinois, était allé, il y avait deux ans, avec la permission de M. de Macarty, guerroyer contre les Anglais, pour venger la mort de son frère M. de Jumonville, et s'était emparé du fort Grandville, qu'il avait brûlé. On sait que cet officier avait alors eu l'honneur de faire capi-
CUAP. XIX.] 75
toler Washington, au fort Nécessité. U est à remarquer 1758. que cet événement eut lieu un 4 de juillet, date qui devait par la suite devenir si célèbre, et auquel le nom de Washington est si glorieusement attaché.
Le 23 d'août. M- de Kerlerec annonça au gouvernement français, qu'il venait de recevoir des secours, avec un nouveau commissaire ordonnateuîr M, de Rochemore. " Il était temps, dit- il ; les Chactas commençaient déjà à se livrer à des actes d'hostilité, et auraient tué, il y a quelques jours, deux français, si ceux* ci ne s'étaient réfugiés dans la cabane d'un chef."
Au mois d'octobre, M. de Kerlerec envoya au gouvernement des renseignements détaillés sur les forces que possédaient encore les nations indiennes, malgré leurs fréquentes guerres entre elles et contre les Français. Il disait que les Chactas avaient cinquante-deux villages, et pouvaient mettre quatre mille hommes siu^ pied, et que les Alibamona comptaient trois mille guerriers, 11 ajoutait que ces deu^ nations étaient les boulevaxds de la colonie, et qu'il fallait à tout prbc les concilier.
"Les présents, dit-il, sont une coutume diîjpendieuse, et que peut-être on aurait pu éviter dès le principe, mais qu'il est maintenant impossible de supprimer. D'ailleurs, ces dépenses ne sont pas la dixième partie de la dépense que coûteraient les guerres, que ces présents ont évitées. Les marchandises envoyées après un SI long retard sont insuffisantes, surtout à cause des avaries. Cela est fâcheux, car j*aurais pu frapper sur les établissements anglais dans tout le Sud, pendant que M. de Vaudreuil les dévastait au Nord, Tel était mon projet, et mes arrangements étaient pris en conséquence, mais j'ai attendu inutilement pendant plus de deux ans les moyens de le mettre à exécution.
"L'empereur des Koouitas m'avait répondu des nations Kachissas, Tcliiapas, Abékas, Talapouches et Ali* bornons, qui on dépendent. Les Chérokis, les Chaouan-
76 [OHAP. XJX.
1758. nons, voisins de cette partie, se seraient liés avec ees'premiers, et peut-être, dans une telle circonstance, aurais^Je pu accorder la paix aux Chickassas et Abékouchis, qui la désirent depuis longtemps, et qui enfin, alors liés du même intérêt que nos alliés, auraient formé une chaîne suivie depuis cinquante lieues dans le Nord-Est du poste des Alibamons, côtoyant les établissements anglais, jusqu'à la source de la rivière des Chérokis, qui se décharge dans le Ouabache. J'y aurais ajouté un fort détachement Arkansas, et j'aurais aussi donné des ordres à M. de Macarty pour détacher également les nations de son territoire. Le tout ensemble aurait formé quatre feis plus de sauvages que M. de Vaudreuil n'en a, et je me serais flatté que ces expéditions, bien conduites, auraient ruiné sans ressource cette partie immense de la Nouvelle-Angleterre, en une seule campagne. Par ce mc^en, M. de Vaudreuil aurait pu i^occuper utilement ailleurs. ''Voilà, Monseigneur, quel était mon projet depuis trois ans, et qu'on ne m'a pas mis en état d'effectuer* Ce n'est cependant pas faute d'avoir exposé mon projet à découvert et l'avoir bien motivé, sous les yeux de» ministres vos prédécesseurs."
Le 20 décembre, M. de Kerleree demanda la creix de St-Louis pour M. Aubry, capitaine d'infanterier qu'il avait envoyé aux Illinois, et qui venait de faire une action d'éclat au fort Duquesne. ^Toutes les lettres, dit-il, qui nous parlent de cette affaire, s'accordent exactement sur la bravoure, la fermeté et le sang-froid avec lequel cet officier a toujours continué, pendant l'action, de donner des ordres, qui ont été d'autant pfa» fidèlement exécutés qu'il est aimé par le soldat. Je vous demande, Monseigneur, avec toute l'instance possible, la croix de St.-Louis pour cet officier d'une valeur peu commune, rempli de mérite, et généralement estimé de tous ceux qui le connaissent Aubry a été bien secondé par Villiers, Adamville, Devergès,&c., &c.
CHAP. wx."! 77
Une dépéehe de M. de Macarty, qui commandait aux 1758. minois et qui avait marché au secours des Français du Canada, rend aussi compte de ce brillant fait d'armes de M. Aubry. En voici quelques extraits :
^Le 8 juin, les Anglais tentèrent, une descente à 111e Royale pour en faire le siège. La défense vigoureuse des Français les a obligés de se retirer avec perte, &c«
"Da fui Carilkm, 11 jnîDet.
^Le général Deane,à la tête de dix-huit mille Anglais, vint attaquer M. de Montcalm dans ses retranchements, où il n'avait que trois mille cinq cents hommes. Le général anglais, se croyant assuré de la victoire, dit aax sauvages : Mes enfants^ je ne veux point vous exposer. Soyez seulement spectateurs^ et vous allez voir comment je vais donner le fouet à ce chef français. Le combat se livre, M. de Montcalm défait les ennemis, dont il reste cinq mille hommes sur la place. Le général Deane et son état migor sont tués, et le reste a pris la fuite, 6u^
"Fort Daqiieme,98 septembre.
^Le fort Duqnesne a été menacé, une partie de la campagne, par une armée d'environ dix mille hommes, edmmandée par le général Forbes. La maladie du général Forbes avait, dit-on, retardé l'exécution du projet d'attaque, mais neuf cents bomme«r de bonne volonté, détachés d'un corps de six mille Anglais retranchés non loin du fort, et commandés par le colonel Greene, se sont présentés, le 14, à six heures du matin, dans les déseits du fort Duquesne. On ne fiit averti de leur arrivée que par le bruit des caisses et le son des instruments. Aussitôt, M. Aubry, capitaine des troupes de la Louisiane, détaché au printemps dernier par les ordres de M. de Kerlerec pour commander le convoi d'approvisionnement destiné au fort Duquesne, court aux armes, sort du fort, suivi de ses ojBiciers et de la plus grande partie de ses troupes. Il vole dans les dé-
78 [ouAP. XIX.
1758. serts» essaie trois violentes décharges, et enfin écrase les ennemisy dont il reste trois cents snr la place, deux cents prisonniers, sans compter beaacoiq> de noyés, et revient victorieux dans le fort, où commandait M. de Lignerie, capitaine dn Canada, qui en était sorti avec une partie de ses troupes pour soutenir M. Aubry. Tous les officiers se sont distingués à cette affaire, et ceux des minois et ceux de la Louisiane. Ils ont parfaitement secondé la valeur de M. Aubry. Les plus distingués sont M. de Villiers, capitaine, le même qui, en 1756, prit un fort sur les Anglais à Dambelle, et le sieur Devergès, enseigne. Ce dernier i^est débarrassé de trois Anglais qui le serraient de près. Il en a, tué deux et fait le troisième prisonnier.''
Le fort Duquesne n'en ftit pas moins pris plus tard par les Anglais. Le général Forbes ayant marché avec toutes ses forces contre ce fort, l'officier qui y commandait, voyant qu'il ne pouvait s'y défendre, embarqua toute son artillerie et' ses munitions, mit le feu aux édifices, et opéra fièrement sa retraite en face de l'ennemi, et le drapeau au vent.[Cette brave gamiscm se laissa flotter sur rOhio et le Mississippi. Le courant l'amena à la Nouvelle-Orléans, où elle fut reçue avec les^^honneuirs qu'elle méritait.
1769. A peine le nouveau commissaire-ordonnateur, M. de Rochemore, était-il arrivé à la Louisiane, qu'une mésintelligence s'élevait entre lui et M. de Kerlerec, et qu'il se permettait des actes qui attiraient sur lui le blâme du gouvernement français, comme on le verra pari-extrait suivant d'une lettre du ministre Berryer à M. de Kerlerec et à M. de Rochemore, en date du 19 janvier :
^M. de Rochemore à jugé à propos, à son arrivée dans la colonie, de se faire rapporter tous les billets de caisse qui se sont trouvés répandus dans la colonie, montant à un million huit cent mille livres, de les annuler, et
d'en faire fabriquer de nouveaux» visés de lui, après 1759. avoir converti les premiers en lettres de change sur les trésoriers en France. C'était cependant une opération contraire i ses instructions, qui portaient qu'il fallait examiner soigneusement la situation des finances, et surtout éloigner le plus possible les échéances des lettres de change. Loin de là, son premier soin a été de charger les exercices de 1758 et 1759 d'un million huit cent mille livres, au-4elà des dépenses ordinaires.
^Encore s'il s'était contenté de retirer les anciens billets et de les convertir en lettres de change, je ne serais pas dans le cas de lui reprocher sa précipitation, qui jettera la caisse de France dans le plus grand embarras ; mais il a ajouté la fabrication nouvelle de la même quantité de billets, sous prétexte, dit-il, de séparer son administration de celle de ;son prédécesseur. C'est une faute énorme qu'il n'avait même pas le droit de commettre.
^n aurait dû réfléchir que ses prédécesseurs avaient été blâmés en 1750, pour une émission de cette nature, et qu'ils avaient dû faire rentrer immédiatement ce papier.
^ Ainsi, il faudra immédiatement faire retirer tous les billets qui se trouveront répandus dans le public, contre des lettres de change tirées au plus long terme possible, et que tous ces billets soient brûlés, ainsi que ceux qui seront encore dans les mains des trésoriers."
Le 6 mai, M. de Kerlerec, qui avait fait un voyage à la Mobile, afin de déjouer les manœuvres des Anglais pour gagner les nations sauvages, écrivait au ministre:
^'Monseigneur, le voyage que je viens de faire ne fut jamais plus nécessaire. Le projet des Anglais était de s'emparer de la nation des Chactas» en la comblant de présents, de faire égorger le poste de Tombekbé et les Français qui se seraient trouvés dans la nation,
1759. officiers» missioimaires et antres. Après quoi, ils devaient venir prendre la Mobile» soutenus par les Chactas» et ensuite attaquer la Nouvelle-Orléans par mer» tandis que les Chactas l'attaqueraient par terre» en venant par les derrières des lacs. Tout cela a été au numient d'éclôre ; mais j'ose me flatter» par les deux mois de séjour que j'ai fait à la Mobile avec cette nation» et par la distribution des présents» d'avoir ramené les choses dans l'état de tranquillité que nous pouvons désirer dans la circonstance présente. Il s'agit seulement de ne pas manquer de marchandises pour la traite et pour les présents. Elle est de toute conséquence. Au reste» Monseigneur» voilà tout ce qu'on peut se promettre de la part des sauvages» sur lesquels on ne peut compter sagement que du jour au lendemain» si on les laisse manquer de leurs besoins."
M. de Rochemore qui» aussitôt après son arrivée» s'était en quelque sorte brouillé avec M. de Kerlerec» et qui ne paraissait guère avoir été intimidé par la lettre de blâme que le ministre lui avait adressée sur son administration» en date du 19 janvier» n'en agissait pas avec plus de circonspection. U ne donnait pas de répit à M. de Kerlerec et l'attaquait avec une infatigable , activité. Ainsi» dans une dépêche du 13 octobre» il exposait que M. de Kerlerec l'avait empêché de faire exécuter les ordonnances sur les bâtiments étrangers» venant dans la colonie. ^Quant à un autre bâtiment» dit-il» nommé les Trois Frères du Rhode-Island» il l'a fait saisir et condamner» puis il l'a fait mettre en liberté» conune pour prouver que tout» même la justice, devait s'effacer d«vant sa volonté. J'apprends que le capitaine de ce bâtiment a été forcé de laisser dix mille livres en dépôt» pour garantir qu'il reviendrait apporter ce dont on a besoin dans la colonie» et qu'à son retour, on refusa au bas du fleuve de le laisser monter." Deux jours après, le 15, il ajoutait : **Si les dépenses
[cifAP. XiX. 81
sont cd fortes dans la colonie, c'est que, dans tons les i759. postes, la personne chargée des devis et des travaux est aussi Fentrepreneur, soit directement, soit indirectement, et qu'étant le premier, ou pour ainsi dire le seul marchand, le seul cabaretier de Tendroit, elle i^efibrce de grossir les dépenses, dont elle profite plus que personne.'*
Puis, il affirme que M. de Kerlerec est intéressé dans la traite avec les sauvages, et que son secrétaire Titon de Sibèque, est son associé et son prête nom.
n ne i^était pas écoulé deux jours depuis cette der* nière dépêche, que son acharnement contre M. de Kerlerec le faisait revenir à la charge contre lui, et il recommençait avec une nouvelle énergie ses récriminations contre l'administration dispendieuse du gouverneur. Il informait le ministre que les dépenses des premiers huit mois de l'année se montaient à 582,455 livres, et que, suivant toute probabilité, le budget total de l'année irait à un million.
On voit que c'était toujours la même répétition, et que l'histoire de la colonie pouvait, depuis sa fondation, se résumer en quelques mots: mésintelligence continuelle entre les chefi^ dépenses énormes du gouvernement sans obtenir des résultats proportionnels, système abusif de privilèges et de monopoles, manque de suite dans les idées et dans les efforts de ceux qui dirigeaient ces établissements nouveaux, esprit d'agiotage, de péculat et de dilapidation chez plusieurs des habitants les plus notables du pays, qui n'y étaient venus que pour s^y enrichir et s'en retourner en France au plus vite, n en résultait une absence presque totale de progrès dans la colonisation de la Louisiane.
aUBRELLB VIOLENTS ENTRE ME88IEUE8 DE KERLEREC ET DE RO- 0H8WMLB.M»ftANDS f BETOEBA'nON DANS LA 0(».ONTB.p-PLU- BIB0R8 QFFICIERfl SONT ARRÊTÉS ET ENVOYÉS EN FRANCE.- FORTIFICATIONS DE LA NOUVELLE ORLÉANS.— EMPLACEMENT BBS ÉDtnOBS Pl7BLIOS.-«RO0HSMOttE EST mBTfl'UÉ.-FOUOAUL^ LUI SUCCÈDE, COMME COMMISSAIRE OROONN ATKUR^ACTE J)S CESSION DE LA LOIHSIANE k L*ESPA6NE.
1759. Pendant foe M. de Roohemore, à la LonkiaBet alte» qoait si viTemeat M. de Kerlerec, son adversaire» il ne se doatait pas qn^il était parti de France «ne dépéohe, par laqneUe ie mmistre le destituait Cette dépédie, en date da 27 aeùti n'était pas encore arrivée, i l'époque oà if • de Rodiemore écrivait sa dernière lettre 4« 15 octobre» «dont il a été fait nwntsen dam le eàapitre préoédent Le mmistre écrivait donc à M. de RcKdiemore:
^Yens^sava eomUsn le roi est mécontent de votte «dninistration. Votre éloignement pour M. de Kerleree» votue piéciptotioD à rassembler les billets de caisse et à tirer cette année sur la caisse de France, peur jdas d'un million hnâtoent mille livres de lettres de change» Fesprit d'indépendanee qui voqb a perlé à faire du trésorier» M. Destréhan» devenu votre conseil» un contrôleur» et de votre beau-frère un garde magasin» sans faire attention qu'un trésorier» devenu contrôleur» peut arranger ses comptes comme bon lui semble, l'indiscrétion avec laquelle vous avez conseillé de casser d'an-
ciiAP. XX.] M
cieos conoessioimaire^ p<mr «n faite jmmtIm titiM n59. à votre fainUte, le pouvoir absolu i^veo leçifl vous i^vez disposé des effets du magasin du roi# les «aoiétés suspectes que vous av^z formées pow ks travaux pwr blics et auxquelles vons avez fait donner une avanoe considérable, sans égard aux circonstances du temps et anx besoins plus urgents de la colonie» vous rendent indigne d'oecuper plus longtemps la place qufc TOUS avait été confiée. Done, vous êtes éwtitué> IL Bobé Desclozeaux rmnpUra vos fimctmMi.'^
Relativement à cette affaire, une note ainsi oooçse^ de la main du miniatre, se retrouve dans les oartonsr éa aunistère de la marine :
'On a trouvé par un inventaire fkit îOM^pimémenll^ au domicile do sieur Bellot, secrétaire de M. d< Bosia more, lequel a été embarqué de fbroe, qaaraaie mille livres qu'il n'a pu amasser, ea moinadfua an qetû est dans la edonîe, que par les manœuvres et à l'aide de M. de RochenKMre. Ce secrétaire sera arrêté i so» ar^ rivée en France."
Le 1er novembre, le roi^ pour diminuer les dépenses qu'il faisait à la Louisiane, lança ua osdre portant suppression de trente six compagnies françaises entretenues dans la province. Ce qui réduisait à rien les ftr> ces de la colonie.
' Ce qu'il y a de certain, c^est qne les pi^ogrès du pays n'avaient jamais été ea rapport aveo les d^ penses considérables que le gou>(efaeaieBt iwnçais y avait faitea IL est bois de doute ^pie, depnin la Ibndatkm de la colonie, il y avait eu de gsandes malvensalions dsos son adhninistratioa» Par etxeaiple, il nésutte d'une lettre du ministre que deux batimeats du rsi étaient arrivés a la Louisiane, le 17 août 1766, et m%^ taient repaitis que le 2 janvier 17IHK Leurs ié|iiiniiiiit de séjour s'étaient montées à 194,000 kwes^ ce que Is
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l'M. ministie trourait loti extraordinaire. Il soupçonnait qmelque fraude, et il avait probablement raison.
Le 30 décemt^e, le ministre présenta au roi le mé* moire suivant» qui ftat approuvé .par Sa Migesté.
Mémoire du Ministre au RoL
^Sa Majesté a été informée de la manière dont le sieur de . Rochemore a entamé et suivi son administhitioo dSerdonnateur à la Louisiane. On vient d'être instruit d'une nouvelle aventure qui suffirait pour le fiure rappder» si Sa Mi^esté n'avait déjà jugé nécessaire de lui dfiSÈmet un, successeur ; et comme plusieurs autres personnes, tant officiers qu'employés dans la colonie, ont eu paft à ce qui s'est passé, on va en mettre le détail sous ks yeux de Sa Majesté.
**Le sîeur de Kerlerec ayant été obligé de se rendre à la Mobile, sur les avis qu'il en avait eus d'une entre, piise de la part des Anglais sur cette partie de la colonie, il a laissé au sieur Simarre de Belle Isle, major de la Nouvelle-Orléans, le commandement pendant son absence, avec des instructions sur la conduite (^'11 devait tenir, principalement au cas qu'il se présenterait des navires neutres avec des cai^^aisons de comestibles.
^A peine le sieur de Kerlerec fut arrivé à la Mobile, qu'il se présenta à la Nouvelle-Orléans deux parlementaires, l'un français, avec un chargement de peu d'importance, l'autre, anglais, avec des comestibles et d'autres marchandiaes. Le français a fait sa vente saMS diffieulté. Les sieurs de Rochemore et de Belle Isle, après avoir fait un bon accueil au capitaine anglais, lui ont fait ftapoeer de v^idre sa cargaison en gKMi et i un prix fort bas. Sur le refus du capitaine, ils lui fkent proposer de céder à chacun pour quinze mllk livres de marchandises au prix de facture. Le
CttAF. XX.1 86
capitaine y consentit à condition qi^ils en donneraient I7d9. reçu.
"KJÎette condition leur ayant déplu, ils n'ont plus pensé qu*à faire cotUisquer ce parlementaire en vertu des
lettres patentes de 1727^ qui défendent aux navires étrangers Tentrée des colonies françaises.
"Les habitants, alarmés des suites de cette coniîscar tion qui les aurait privés des secours dont ils avaient un extrême besoin, et qu'ils ne pouvaient avoir que par la voie des étrangers, en ont écrit au sleor de Kerlercc, qui, tout de suite, a donné les ordres les plus précis de laisser une liberté entière au capitaine pour vendre sa cargaison,
"Dans l'intervalle de ces ordres, les sieurs de Rochemore et de Belle-lsle se sont hâtés de faire lever les scellés apposés sur le bâtiment, et, malgré les cris du public» ils ont lait transporter la plus grande partie des marchandises dans les magasins de Sa Majesté.
"Le sieur de Kerlerec, étant arrivé le surlendemain^ a trouvé une si gmnde fermentation parmi le peuple contre le sieur de Rochemore et le sieur Destréhan, son conseil^ trésorier de la colonie, et commis des trésorier» généraux, qu'il leur a donné des sentinelles pour leur sûreté-
"Enfin, après bien des difficultés, le sieur de Kcrle rec a été forcé de prendre sur lui d'ordonner, au bas d'une rtîqaête du capitaine parlementaire, la vente publique de ses etfets, avec les précautions usitées, après avoir ordonné au capitaine de faire auparavant sa soumission à l'ordonnateur, pour les efiets dont il avait besoin» pour les magasins de Sa Majesté.
"Cette affaire a été terminée de cette manière et à la satisfaction de tous les colons^ après avoir presque occasionné une révolte générale. EUc exige que ceux qui y ont donné lieu soient punif*
su IcflAP. XX.
I7fi9. ^Le Êkm de Ro^emore ayant été réroqué, il n'etft plus question de lui.
**ls MorBeUot, son secrétaire, nourri dms la dûewe, aété arrêté à la Louisiane et enbarquô pour paa- «ereuFranee.
^Le sieur Simanra de Belle-Isle» major, ayant femalr lement manqué aux ordres du gouverneur, qui lui avait nurtout recoraïaattdé d'admettre les navires étrangevst M qui s'était associé au sieur de Roehemove pour la oonfispatioQ du parlem^^taife, a été interdit pav k sieut de Kerierec. U est nécessaire, pour l'exemplct de la oassef et de le faiire repasser en Fraaoe.
^Le sieur Destréhan, commis des trésoriors générauzt conseil du sieur de Rochemore, et très dangereux, (riçb& à six cent mille livres,) ne peut rester san» risque dans la odonie. On expédiera un ordre pour le faire leyeair en France, et on en préviendra les trésoriers généraux, pour qu'ils y envoient un nouveau siûet"
^Le sieur Fontenette, médecin et ccmaeiller du consuit sopérieiuv ^ été noauné par le sieur de Rodiemore MVUHÎssaire pour la coniiscajtîoB, et s'est teim caché à Failftvée du siew de K^lerec, pour ne pa&exécruter lea ei^vea qu'il M savait expédiés pour faire rendre les effets du parlementaire. Il convient de le renvoyer.
^La sieur d'HevneuviUe, capitaine des troiqpes, mérite d^étre destitué *et d'être rappelé en F^ancew C'est un cW de cabale» Très mauvais si^et.
''La sieur Dorvittstaide^iBajor et gendredeM.de Belle- Ue^le sîew Marigny de Mand)eviUe,.sont aussi. enkréa dan&le a«iq>l0t du sieur de Rodiemore; et le sieuv de Kerlerec marqne qu'il soupçotme les sieivs de Reggia^ et de Franz, eapîÉaiMeSr de s'être ligués contre lui, à Fmstigaéion du sieur de Rocfaemo«e;mais eemnn îlan^onteu anenne part aux manœuvres qui ont été pratiquées, it suffira d'une forte réprimande."
Ce Marigny de Mandeville dont il est ici question.
CMA?. XX.] 87
venait de fiûie itn travail d'une grande atilité. Voici 1759. oomment BoBsn, capitaine dans les troupes de la marine, qui était dans la colonie à cette époque, et qui a écrit sur la Louisiane^ s'exprime à ce sujet ;
**En 1759, dit-i], M. Marigny de Mandeville, officier de distinctiont forma le dessein, avec T agrément du gouverneur de Ja Louisiane, de faire de nouvelles dé cou* vertes vers l* île de Baratario, dont tiousj ne connaissons que très impari'aitement le gisement dea cotes; ce fut dans cette vue qu'il travailla à une carte générale de la colonie. Cet officier a fait, à ses frais, la découverte de ce pays inconnu, avec un zèle infatigable, qui ca^ raclérise un digne citoyen, toujours occupé de Ja gloire de son Prince et de Tagrandissement de ses états."
Quoique tes cannes Introduites par kâ Jésuites eussent parfaitement réussi, on n'avait pas encore songé à en tirerparti pour faire du sucre. Mais cette annéft, M, Dubrenil, dont Thabitation occupait une partie de remplacement où est maintenant située la troisième municipalité de la ville de la Nouvelle-Orléans, ixt cons^ truire un moulin et établit une sucrerie. Cependautr cette entreprise n'eut pas de suite et fut bientôt abandotmée.
Quoique le commissaire ordonnateur, M. de R6che- 1760. more, eut été destitué par une dépêche dtt 27 d'août de Tannée précédente, il paraît qu'il en remplissait encore les fonctions, le 3 janvier 1760. Car on trouve son nom attaché ii une résolution de cette date, prise par nn conseil de guerre tenu a l'hôtel du gouvernement, ûonceT* nant les fortifications de la Nouvelle-Orléans, It fut convenu, d'une voix unanime, de procéder sans délai à ciw ocindre cette ville d'un fossé et d'unepalissade," conformé'ment au devis qui en serait dressé par M» Devergès, ingénieur,et conibrmément à un ancien projet, le tout pour le compte du roi, les habitants n'étant pas en état de contribuer à la dépense et ne pouvant se charger que de
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1760. Tentretien des fortifications. Cette résolution était si* gnée par KerlereCt gouvemear, Rochemore, commissaire-ordonnateur, Devergès, d'HemeuviUe, Grand-Pré, Grand-Champ, Maret de la Tour, Bellehot,Favrot, Pontalba, Dorville et Trudeau.
Il y avait plusieura années que le gouvernement français n'avait expédié de secours à la Louisiane, de sente qu'on s'y trouvait aux abois. M. de Kerlerec fht réduit à envoyer au conunandant du port au Prince un homme de confiahce, pour lui exposer verbalement sa positimi critique et lui demander de la poudre. Mais il n'en put obtenir que six milliers.
Le 21 décembre, M. de Kerlerec écrivait au ministre:
'^Monseigneur, l'enceinte fortifiée de cette ville vient d'être finie, mais il nous manque pour la bien défendre des canons, des hommes et des munitions de guerre. Ayant eu vent que les Anglais devaient faire des incursions i la Louisiane, je prends la liberté de garder la fiâte du roi, la Bic&e, à la grande satisfaction de tons les colons. Je la ferai couler bas avec un chargement de briques à l'entrée du fieuve, dans la passe, en cas d'extrémité. Il ne nous reste que dix mille livres de poudré pour défendre le bas de la colonie, et encore, sois-je obligé d'en envoyer quatre milliers aux Illinois, qui en manquent et qui, comme nous, sont dépourvus de tout
''Les Chérokis sont dans les meilleures dispositions pour nous et donnent bien de la tablature aux Anglais, mais Os réclament de moi des secours de munitions de guerre que je n'ai pu leur fournir jusqu'à présent <]^'en très'petite quantité pour se défendre. Ils sont, au total, dépourvus de marchandises, que je leur promets depuis quatre ans, de sorte que nous serions dans l'état le plus critique, si, de temps à autre, nous ne recevions quelcpies marchandises par les parlementaires
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anglais. Mais ces marchandises oo&tent cher au roi 1760. par la manière dont M. de Rochemore les fait acheter.
^Sor ce qu'a mandé M. d'Ossun, que le roi d'Espagne avait fait donner ordre à tous les gouverneurs de la Havane, du nouveau et du vieux Mexique, de nous fournir tous nos besoins, j'ai envoyé demander des secours à la Havane. En attendant, j'en ai reçu par on parlementaire."
On voit par cette lettre que la destituticm prooooeée contre M. de Rochemore, le 26 août 1759, devait avoir été révoquée ou suqpendue, puisqu'il continuait d'être en place, le 31 décembre 1760. En effet, les officiers qui s^étaient ligués avec M. de Rochemore, et que M. de Kerlerec avait fini par faire arrêter et envoyer en France, firent par la suite tant de bruit à la Cour, qn'ils réussirent a blanchir M. de Rochemore et à faire réprimander M. de Kerlerec à qui, d'abord, on avait donné gain de cause. M. de Rochemore fut donc laissé en place, provisoirement.
Voici quel était à oette époque l'emplacement des édifices publics.
L'emplacement des vieilles casernes était entre Royale et Bourbon, Toulouse et St Louis. L'ancien hôtel du gouvernement occupait le terram couvris maintenant entre les rues Douane, (qui n'existait pas alors) Bîenville, Levée et Royale. La me de Chartres p'arrétait à la rue BienviUe et aboutissait à l'hôtel du gouvernement
Le nouvel hôtel du gouvernement, en 1760, était au coin de St Louis et Levée, du côté de la rue Toulouse, et prenait environ le tiers de VUeL (1) Mais safoçade sur la rue St Louis prenait la moitié de l'ilet Au coin opposé, était l'intendance.
(1) On appelle ilet an espace^ compris entre quatre raes qui, en général, ae coupent à angles droits. Toute la Noiivelle-Orléaiii est divisée en Uets.
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1760. La me actuelle de l'Hôpital ou du Bayou ne venait vers le fleuve que jusqu'à la rae Royale, où elle aboutissait à l'hôpital des troupes» qui s'étendait jusqu'aux rues du Quartier, Ursulines, Levée et Royale.
1761. Le 1er mars 1761, M. de Kerlerec écrivait au mi- nistre : ^Plus que jamais nous devons aider les Chérokis qui, sur mes instigations, se sont rendus maîtres du fort Loudoun, placé au haut de la rivière des Chérokis et terminant les établissements de ces Indiens. Ce fort des Anglais n'était à d'autres fins que de communiquer aussi librement dans le Ouabache que dans notre fleuve, pour y faire telles incursions qu'ils auraient voulu.
^Les Chérokis ont donc pris et rasé ce fort, fait cent cinquante prisonniers, tué et massacré cinquante autres, inclus le commandant et quatre officiers. Après quoi, ils ont emporté dans leur village douze pièces de canons, deux mortiers et deux pierriers. Us m'ont demandé des cànonniers pour les servir, mais ignorant à quels termes d'accommodement nous en sommes avec l'Angleterre, j'ai éludé de répondre. J'en manque d'ailleurs pour moi-même."
Cette année, il y eut encore de nouvelles plaintes portées contre M. de Rochemore. Il parait qu'il avait défendu à l'huissier du conseil de ùàre aucune signification aux parties intéressées, sans la lui avoir communiquée au préalable, et qu'il en avait gardé plusieurs en sa possession,^e voulant pas qu'elles fussent remises à qui de droit. Cette étrange conduite fit murmurer le public, non sans raison, et, sur plainte portée au conseil, il fut ordonné que l'huissier ferait les significations sans [les communiquev à M. de Rochemore, lequel pourrait en connaître en venant au conseil. Ce qu'il avait cessé de faire depuis dix^huit mois.
M. Foucault, qui avait été nommé pour remplacer M. de Rochemore, arriva au mois de juin. Dans la dépêche où il rend compte de son arrivée, il dit : "J'ai
trouvé tes magasins entièrement démunis» las marchan- 1761. dises à des prix excessifs, les papiers et registres dispersés et confiés i des employés, dont quelques uns ont quitté le service de la colonie. Il y a sur place pour plus de sept millions de billets, formant papier monncde. Les traites sont escomptées à 400 et 500 pour cent'*
On voit qu'il est difficile d'imaginer une situation plus pénible que celle où se trouvait alors la colonie. Pour compléter le tableau présenté par le commissaire ordonnateur, M. de Kerlerec écrivait, de son côté, en date du 12 juillet : ''Les Chactas et les Alibamons me harcellent journellement pour avoir des secours et des marchandises de traite. Ils menacent de passer à l'emnemi, si cela continue, et noua dévorent, en attendant» par leurs visites, le peu de vivres et de marchandises qui nous restent Nous pouvons craindre de les avoir pour ennemis. Aussi, la situation n'est-elle pas tenabte. Toute la population est dans l'inquiétude."
Pendant que M. de Kerlerec exposait ainsi le triste état de la colonie, l'ambassctdeur de France, près de la Cour de Madrid, présentait, le 31 octobre, au gouvernement Espagnol, un mémoire dans lequel il faisait l'humiliant aveu de la faiblesse de son gouvernement et implorait l'appui et la protection de l'Espagne, pour aider la France a conserver la XK>uisiane, en lui représentant qu'elle servait de barrière entre les colonies anglaises et les colonies eqpagnoles. Ce mémoire est assez im* portant pour être transcrit tout au long.
Mémoire de F Ambassadeur de France^ à la Cour ^ de Madrid.
''Il y a près de quatre ans que la colonie française ^e la Louisiane n'a reçu aucun secours.
"Le ministère, rebuté par le mauvais succès des premières mesures qu'il avait pxises à cet é^trd, et voyant
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1761. que tontes les expéditkms que r<m fSûsait d'Europe, étaient enlevées par les Anglais, crût devoir les discontinuer.
^n est néanmoins de la plus grande importance de mettre présentement la Louisiane en état de se soutenir et de se défendre en cas d'attaque. On ne parlera point de l'intérêt particulier qu'a l'Espagne d'empêcher que les Anglais ne s'en rendent les maîtres, surtout depuis qu'ils ont conquis tout ce que la FVance possédait dans FAmérique septentrionale, et qu'ils sont i portée de disposer, sans aucune contradiction, des nations indiennes, dénonmiées los indios hravos. On dira simplement que cette seule circonstance mériterait l'attention de l'Espagne, si Sa Majesté Catholique n^était pas inclinée, comme elle l'est, à donner i la France tous les secours praticables.
^M. le duc de Choiseul se propose de faire passer, le ptustAt possible, à la Lomsiane, ce qui est le plus nécessaire à cette colonie, mais comme, indépendamment des risques auxquels de pareils envois seront exposés, et de ce qu'il est indispensable de les renouveler souvent, ce ministre ne saurait, dans le moment présent, y expédier des troupes, des munitions de guerre et de bouche, et comme il convient également de multiplier les mesures relatives à un objet aussi pressé et aussi important, M. le duc de Choiseul demande que, (outre les ordres qui ont déjà été donnés par M. le bailli d'Arriaga aux gouverneurs et commandants dé la Havane, de fournir tous les secours qui dépendront d'eux, soit en munitions de guerre, soit en munitions de bouche, aux bâtiments qui seront envoyés à cette fin par le gouverneur de la Louisiane,) il plaise à Sa Majesté Catholique de faire passer sans aucun délai i M. le gouverneur de la Havane, ainsi qu'aux officiers des douanes et autres qui peuvent concourir à l'objet dont il fl^agit, les ordres les phis pressés et les plus dé«
taillés de rassemMer une certaine quantité de muni- 1761. tions de guerre et de bouche, de première qualité, comme fusils, poudre à canon, pierres à fusils, mèches, pelles et pioches, balles de fusil, fer, &c. &c., farines, viandes salées, huiles, &c. &c., afin que les bâtiments qu'expédiera le commandant de la Louisiane trouvent plus promptement à leur arrivée ce dont ils auront be^ soin.
^e sera le moyen d'abréger les risques de la mer, à cause de la proximité dé la Havane. Ils seraient aug-> mentes, si ces bâtiments étaient obligé^ d'aller chercher les mêmes secours dans les colonies espagnoles les plus reculées.
^Au reste, conune il est certain que la fVance ne peut conserver la Louisiane, vA le mauvais état où se trouve cette colonie, qu'en tirant les secours les plus prompts dé la Havane, indépendamment de ceux qui seront en* veyés de France, aussitôt qu'il sera possible, il parait qu'il y aurait des moyens plus simples et plus sûrs que celui dont on a parlé ci-dessus, pour secourir cette co« lonie.
**Ce serait, par exemple, que M. le bailli (f Arriaga vouhit bien joindre aux envois qu'il fait en ce moment aux Indes Espagnoles, un assortiment de munitions de guerre et de munitions de bouche destiné pour la Louidime, et ordbnner à M. le gouverneur de la Havane de le faire passer sur le champ à cette colonie française, par un bâtiment espagnol. L'assortiment le plus étendu serait le meilleur. Cependant on ne croit pas que la colonie contienne plus de quatre à cinq mille habitants.
'^M. le bailli d^ Arriaga poprrait aussi ordonner i M* le gouverneur de la Havane de faire passer à la Louisiane les secours dont il s'agit, sans attendre l'arrivée des bâtiments que devra expédier le conunissaire de cette colonie, parceque ceux-ci, dont la navigation sera nécessairement retiurdéepar les vents contraires qui rè-