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1768. Bés à faire la même chose à la trésorerie da rdt où ib oomptaient trouver un capital de plus de cent mille piastres, et au paquebot de Sa Majesté, le VoknUf où ils s'imaginaient aussi qu'il y avait de l'argent, et eoSn qu'ils avaient intention de s'emparer des pi^en du gouvernement, et principalement de ceux de ma coorespondance avec votre excellence, je me suis rendu à bord du paquebot, où j'ai porté avec moi tous ces papiers, afin de les mettre en sûreté et à l'abri de tout danger*
'^Dès le 37, voyant l'état où se trouvaient les affaires, j'avais pris les mesures que les circonstances m'avaient permises pour mettre ce paquebot en état de défense, et pour empêcher que le pavillon du roi ne fût insulté^ et il n'avait été fait aucune tentative de cette nature, le 1er. nov^iibre, jour auquel je me suis embiurqué avec tettte ma maison sur un vaisseau français pour me rendre à la Havane, conformément à la sommation qui m'avait été faite.
^Je suis sorti, le 16 novembre, de la barre de la rivière» et je suis arrivé hier à la Havane, a{N^s une navigatîoB très pénible, occasionnée par un départ si précipité et <pû ne m'a point laissé le temps de pourvoir à la moindre chose.
^J'ai communiqué succinctement au gouverneur de cette place ce qui venait d'arriver» et, dès le même soir, il s'est tenu un conseil sur ce qu'il y avait à faire pour secourir les troupes espagnoles et françaises restées à la Iiouisiane. Mais il a été impossible de prendre au* cune détermination à cause de beaucoup de difficultés qui se sont présentées. On tiendra après demain i|n autre conseil pour voir quel tempérament on pourrait prendre, et pour choisir le plus conforme axoL vues de Sa Mt^es^. Ce conseil était composé du gouverneur, du marquis de Rubi, maréchaMe-camp, et de Michel de Altariva, intendant de l'armée»
""Mon avis était que je devais continuer ma route pour
cil A p. XX Y.] 341
l'Espagne, par le premier vaisseau qui ferait voile de ee iTii. port, non-seulement pour rendre à votre excellence un compte détaillé de tout ce qui «'est passé et pour satisfaire en même temps aux doutes ou aux difficultés qui pourraient s'élever, mais aussi pour fournir à votre excellence les connaissances nécessaires au suoqàs dts vues que Sa Majesté pourrait avoir, soit relativement aux principaux chefs de la rébellion, soit sur d'autres points, car je sais que, dans des cas semblables, il est très important de bien connaître la nature des moyens que Ton peut se résoudre i employer, ainsi que le temps et les circonstances où ils doivent être mis en • œuvre; mais ces Mc^ssieurs ont été d'un sentiment contraire, et il leur a paru qu'il était plus prudent que j'attendisse ici les ordres de Sa Miy^^^» <^^ d'exécuter ce qu'il loi plairait de décider dans cette affaire, sgoutatat que l'intervalle de qpatre à cinq mois, qui est nécessaire pour recevoir les ordres de Sa Migesté, ne ferait rien perdre au bien du service."
**Je me suis donc conformé à leur avis, quoiqu'avec répugnance, considérant que j'aurais gagné beaucoup de temps, si j'eusse suivi mon premier mouvement, puisqu'il m'aurait été aussi aisé de me rendre en Espa^^ que d'y envoyer une lettre. "
Peu après, Ulloa envoyait au ministre la relaticm suivante de ce qui s'était passé à la Louisiane :
^Rappelez-vous, disait-il, ce que je vous ai écrit en mars 1766, peu de temps après inon arrivée à la Nouvelle-Orléans, relativement au caractère des habitants. Ce que je vous écrivis à ce siget était fondé sur les premières informations que m'avait données le gouverneur Aubry, et sur une lettre que je reçus de M. de Kerlereç, où il me fiEtisait en abrégé le tableau de la colonie, et me plaignait beaucoup d'être venu dans un semblable paya^ et enfin sur ce que j'avais éprouvé moi-même depuis Le peu de jours que j'étais arrivé, et sur la liberté qu'a-
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nés. voient prise les marchands, tant de la viHe qu'étrangers, de me présenter une espèce de manifeste contenant différents articles, sur chacun des quels ils me demandaient mie décision, pour qu'ils eussent à prendre des lùesures en conséquence. J'envoyai à votre excellence copie du Mémoire, pour qu'elle conhût la hardiesse des gens avec* les quels elTé avait à traiter, qui ne prétendaient riéh moins que capituler avec leur propre souverain, et dont les expressfionj^loin d'être respectueuses et suppliantes, avaient le ton impérieux et insolent de la menace.
'environ trois mois avant Pévènément, on sât qticf M. de fiilsnville, itère de Noyan, et M. Masan, le fils, étaient passés secrètement à Pensacola^ par un canal de l'habitaHon de ce dernier, qui va se rendre au lac Bbrgne, sans savoir d'ailleurs quel était l'objet de ce vc^age.
''A peu près dans le même temps, un Français^ étnm*' ger dans la colonie, qui était venu prendre possession à6 certains biens, appartenant à des mineurs ses neveuif, alors en France, outré d'une sentence que le conseil avait rendue contre lui, et que Lafrénière avait dictée, et de ce que je ne pouvais lui faire rendre la justice qu^ croyait mériter, me dit d'un ton assuré qu'il savait qu^il y avait des traîtres dans la ville, et que ces traîtres étaient des personnes chargées de la condoite des affaires les plus importantes, me donnant à entendre que c'étaient les individus qui, aujourd'hui, figurent en tête dn soulèvement-
"Lorsque le soulèvement a commencé à se manifester, les personnes qui n'y trempaient point, et dont le nombre est assez considérable, ont haafement publié quel avait été le motif du voj^age de Bienville et de Masan, à Pensacola, et les conjurés eux-mêmes n'ont point fait de difficultés de dire qu'on rivait été implorer le secours du gouverneur-général anglais, et le prier d'envo^^er des troupes pour soutenir les rebelles, ce qui devait s'exê-
aiAT XXV. j 343
cuter après que le sonlevement projeté aurait Mftté. 17^. U parait (pie la réponse du gouverneur «pglais n^ leur lut pc^nt .favorable, car le dit gouverneur, après, avoir réfléchi mûrement sur cette affairet lei^ renvojra, ainsi qiji'il cojavenpit, sans vouloir se prêter à leurs intentl<His.
^11 est à propos que votre excellence sache que ce prcget a éprouvé plusieurs changements» et qu'une ,de leurs idées, suiyant ce qu'on a rajpporté, était d'ériger la colonie en république, sous la protection de l'Angleterre ; mais voyant qu'ils ne trouvaient point en elle l'appui qu'ils espéraient, ils ont pris le parti de se ^ulevei^ et de fouler aux pieds les oidre^ de lei^ souverain. • « .
''De là, J'origine de la conspiration. U est à propos que je vous fasse oonnaitre les liaisons et les intérêts des habitan)ts entr^eux, pour faire la piurt de chacun plus facilement
^Le commissaire Foucault a toqjours entretenu une liaison sti^andaleuse avec une certaine vepve, nomoi^ée Madame Pradel, vivant avec elle, même quand il loy;e^t dans une maison différente, et logeant aussi av.M elle dans son habitation qui avoi^ine la ville du côté de la partie hai^e. A peu près dans le même temps «que Bienville et Masan passèrent en secret à Pensacola» ji'oucaalt et JVfadame Pradel se rendirent à l'habitation, %ui est précisément la dernière maison de la ville de fe côté là, et ils y passaient toutes les nuits, ne venant que de jour à la ville. Dès que le soulèvement fut déolarét on dit publiquement qu'il y avait fréquemment deç soupers dans cette habitation, auxquels se trouvaient Laficénidre, ses parents et les autres personnes qui fin*ipaient le complot, et qu'après les soupers on passait Iç ^ste de la nuit dans le jardin, en conférence, en sorte ^'il n'est pas douteux que le coup ne soit parti de cet androit
''Le capitaine des milices allemandes, nommé Villeré, est beau-frère de Lafrénière^ et il est marûê à la nièce
244 [chai*, XXV.
1768. <}e n* Arensbourg, •ommandant des Allemands. Le cêlt pitaine des miliees des Tchoupitoulas est un notnmé Léry, cousin-germain de Lafrénière, de sorte qae les intérêts de Lafrénière sont soutenus par les trois compagnies de milice que conmiandent son cousin et son beau- A^re, et par les parents de ceux-ci, de sorte qu^avec de simples prétextes pour engager les milices de la ville à se réyolter, toute la colonie se trouve soulevée à la voix d'un seul homme.
**Uonù\e de Noyau et de Bienville était venu du Canada pour gouverner i la Louisiane, et dans le nombre des gens du commun qu'il emmena avec lui, il se trouva quatre frères appelés Leroy, qui prirent ensuite différents noms à la Louisiane, Tun se faisant appeler Lafirénière, l'autre, Léry, le troisième, Beaulieu, et enfin le quatrième Chauvin. Ces quatre Canadiens étaient d'une si basse extraction, et avaient reçu si peu d'éducation, qu'ils ne savaient pas même écrire, étant venus avec la hache sur l'épaule pour vivre du travail de leurs mains. Ce sont aujourd'hui leurs enfants qui sont les che& et les auteurs de la rébellion.
•*Dans une lettre que j'ai eu l'honneur (Pécrire à votre excellence, avant l'événement de la rébellion, je l'ai informée de la précaution que j'avais prise d'envoyer M. Maxent, avec quinze cents piastres, pour remphicer aux Allemands les vivres qui leur avaiei^ été pris cette aniiée, pour fournir à la subsistance des Acadiens, parce qu'on s'était servi de ce prétexte pour engager les Allemands à entrer dans la conspiration.
^Le lendemain du départ de M. Maxent, Laflénièt^ et un autre, nommé Marquis, envoyèrent de grand matin à sa poursuite, Villeré et Verret, pour l'arrêter et l'empêcher de remettre l'argent aux Allemands, craignant que s'il les satisfaisait, le motif qui les avait déterminés à s*unir à leur rébellion n'existant phis, ils ne voulussent plus concourir a soutenir la conspiration, et
CHAF. XXV.] 245
que poar lors, leur projet ne restât sans effet. Maatent 17<S8. arriva à l'habitation de d'Arensbourg, pour lequel je Pavais chargé d'une lettre, et lorsqu'il la lui remit, il le trouva si différent de ce qu'il le croyait, que, mal^ son grand flge, et les preuves non équivoques (qu'il avait données de sa fidélité et de son attachement pour la nation, il vit en lui un homme entièrement livré aux persuasions de ses parents, Villeré et Léry, déterminé à défendre la liberté, et à ne vouloir ni être siget dti roi, ni que le pays appartint à Sa Majesté.
^Maxent ftit arrêté par Verret, ainsi qu'il le dit dans sa déclaration, chez un nommé Cantrelle, beau-pèfe d'un autre Verret, conmiandant des Acadienhs, et chez lequel il fut beaucoup maltraité. Le même Verret, appelé André, a confirmé la ^déclaration de Maxent à M. de Sale, lieutenant d'infanterie, qui commandait le détachement donné par le gouverneur français pour la sftreté de ma personne et de mes papiers, le 2 novembre, le vaisseau étant amarré vis-à-vis de l'habitation de Madame d'Aunoy. t^ar conséquent, il est prouvé, par la détention de la personne de Maxent, qu'on avait formé le complot de se soustraire à l'obéissance de l'Espagne, en empêchant les mesures que la prudence pouvait sug^ gérer, pour écarter les prétextes dont on voulait Et servir.
**Le même André Verret a déclaré à M. de Sale qu'à l'égard de l'ordre d'arrêter Maxent, il l'avait reçu de Villeré, de Lafrénière et de Marquis.
"'•On a exploité (Lafrénière et Foucault) le mécontentement causé parmi les négociants, par le décret du conmierce. Quant aux Acadiens et aux Allemands^ on leur a persuadé de venir en ville pour se faire payer die ce qui leur était dû pour remboursement de leurs billets du Canada. Ils vinrent en efiet désarmés avec leurs capitaines, Judice et Verret. A la ville, on leur distribua des armes.
S4G [cuiir. XKY*
ViSd, . Apeès la févolte» les Acadiens, xnécanleots d'avoir (té trompés» firent des jreproches auxcheisyet se plaignirent de n'être pas indemnisés de leur perte de temps et du dommage résultant de l'abandon de leurs travaux..
''Les Allenmnds ont été égai:és par des menaces de tyuannie et par de fausses raisom^ ainsi que par des calomnies envers les Çspagnol^*
Quant à la masse des habitants, elle a été violentée jar les che& des factieux.
"Les Acadiei^s et les Allemands n'en sont pas moins coupables d'ingratitude, parce i^u'ils n'avaient reçu que des bienfaits des Espagnols. Ils auront été ^^trainéa*
^S'ily a eu disette en 176(;, la faute en est à M' Foucault seu^ qui a négligé de demander des grains.
''On a fait signer en blanc le naémoire des habitanti, .qwe j'attribue à Lafrénière.
"On y reconnaît aisément son style. On y retroi»ve ces expressions arrogantes, cette hauteur et cetti» Uberté insolente avec lesquelles il a coutume de dé^ clamer contre notre nation et cherche à persuader wm habitants de rester toi^yonrsicançais.
*' J'avais bien vu, dès le commencement, que cet J|omme ne serait jamais bon si\jet du roi, et qu'il em^ jlloiezait toute laibrce de son éloquence à inspirer tes mêmes sentiments au reste de ses concitoyens, et vptre (nccellenoe peut fie souvenir que je l'en prévins dès l'année 1766.
**Par les mêmes lettres j'ai informé votre excellence que Lafréiïière était coasidérablement endetté, au point que ses bien^ n'équivalaient point aux dett&ii ^u'U avait en France,
"De Noyan, son gendre, Yilieré, Milhet et les autres principaux chefs du parti se trouvent dans la même position,
H\ serait à leur bienséance à tous que la colonie ttisr
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tftt à la France, qao' ce fût Lafréniâre qui dirigeAt le 17G8. conseil à son gré^ au moyen de .quoi il saurait faire perdre ses créanciers et empocher qu'ils ne ruinent ceux qui doivent, comme il arriverait si on les obligeait à payer. Lafrénière s'était promis qu'après la cbûte des Espagnols, il ferait avec sa famille de gros fonds, avec ksquels il ae retirerait en France. Foucault avait pour objet qae le commerce de France pût toujours se soutenir, afin qu'il pût rester dans la colonie avec la charge de conseiller et de commissaire, ainsi que j*én ai informé votre excellence- Ne pouvant réussir dans leurs vues, ils ont tout soulevé,
"Ce n'est pas la première fois que les maximes séditieuses de Lafrénière ont causé des troubles, Sî M, de Kérlerec, du temps de son gouvernement, a dissimulé les intrigues et les menées dont cet esprit turbulent agitait alors le pays^ c'est qu'il était obligé de soutenir en même temps et cette guerre intestine et une guerre ouverte contre les Anglais, de façon qu'il n'était pas en état de prendre des mesures efficaces contre ces désordres.
"M. d'Abbadîe, successeur de ce dernier^ a eu tant de désagréments, qu'il en a porté plusieurs fois ses plainte» à la cour de France, lui représentant les risques que la colonie courait par la folle ambition iVan sujet, qui prétendait réunir dans sa personne tout le pouvoir du gou* venieraent,et il fit de fortes instances pour qu'on lui retirât la charge de procureur général, qui ne lui avait été donnée que pour un temps limité. Si la cour de France n'y a pas eu égard, c'est que la cession étant faite, on laissait à TEspagne le soin de faire les réformes^&c. &c,'*
L'expulsion d'UUoa, n'avait pa^î satisfait les colons^ et, le 14 décembre, ils présentèrent une autre requête au conseil pour l'expulsion de lairégate Espagnole, Elle était conçue en ces termes ;
Requête au Conseil Supérieur sur TexpuUion de la fré* gale Espagnole^
^M. Marquis, ancien eommandant de la quatrième compagnie suisse, le chevalier de la Ronde, lieutenant réformé d'infanterie, le Breton, ancien mousquetaire de la garde du roi, syndics des habitants et colons de cette colonie. Messieurs Caresse et Braquier, syndics du commerce en cette ville, exposent que cette frégate qui servit de charte aux citoyens vexés par M. UUoa, de refuge aux esclaves révoltés contre leurs maîtres et â*écueil évident à la liberté expirante de leur navigation, que cette frégate, disent les demandeurs, fait encore voltiger sa flamme dans ce port et semble conmiander à la rade ; que les postes de Manchac, des Natchez et des Illinois sont encore occupés par de!^ garnisons et des commandants Espagnols, que les otHcieni de Sa Majesté Catholique ne se disposent pas plus à partir que si le pays était de son obédience, et qu'il n'y a jusqu'à présent aucun changement apparent dans la perspective eflrayante de cette domination étrangère, qui a fait naître chez les citoyens de si vives inquiétudes ; que, (quant à la frégate espagnole, il n'est pas étonnant que sa demeure en cette rade cause un mécontentement général, attendu que le souvenir des vexations exercées par elle, conformément aux ordres de M, UUoa^ tant sur la liberté de la navigation que sur celle des citoyens, ne peut produire que ^indignation
*K?ontinuent les dits demandeurs à représenter que l'arrêt rendu par la cour, le 20 octobre dernier, en eiyoignant à M. Ulloa de s'embarquer sous trois jours, soit dans la frégate, soit dans tel autre bâtiment qu'il jugerait à propos, enjoignait aussi implicitement aux officiers de la dite frégate de s'expédier sous peu de jours, et que s'il a été accordé à M. Ulloa le choix du bàtiràent pour
CUAP. xxv.] 249
^en aller, ce n'est que parce que la cour avait présumé il qae la frégate avait besoin de quelques réparaticms pour tenir la mer avec sécurité ; que même un bruit confus s'est répandu que M. UUoa lui-même, avant son départ, avait ordonné aux officiers de cette frégate de la réparer promptement, et de faire incessamment voile pour la Haviuie; qu'en effet, ils ont pris des ouvriers presque aussitôt, mais que leur travail a été conduit avec une excessive lenteur; que la carène de cette frégate est l'ouvrage de Pénélope, et que si l'on n'excitait leur diligence, on n'en verrait jamais la fin ; qu'au rapport de tous les marins de cette rade, elle devrait être. prête depuis long-temps, et qu'ils se feraient fort de l'expédier sous quinze jours
^Observent encore les dits demandeurs que cette lenteur ne produit rien qui tende à la tranquillité et à la satisfaction générale ; que, soumis et dévoués aux ordres qui émanent de Sa Majesté Très-Chrétienne, ils chérissent et révèrent tout ce qui porte ce caractère, mais qu'ils ont horreur de tout ce qui peut perpétuer i leurs yeux l'image de l'autorité et les traces de l'administration espagnole que M. UUoa leur a présentée sous un appareil si menaçant, bien secondé d'ailleurs, en ses vexations, par tous ceux auxquels il avait départi la moindre parcelle de l'autorité qu'il aâectait ; qu'ib viennent encore de recevoir de tristes nouvelles touchant ceux qui ont participé à cette autorité illégale ; que les sieurs Rivard et Bérard, négociants, allant aux Illinois, se sont vus contraints de débarquer aux Arkansas, et de se rendre par terre, pour n'être plus témoins des propos iiy'urieux qu'un certain Catalan, nommé Chouri^c, en- . voyé par les Espagnols aux dits lieux des Illinois, conmie garde-magasin et commissaire, tenait contre la nation française; que le sieur Piemas, capitaine des troupes espagnoles, allant aux Illinois pour en prendre le com-
260 [ciiAP. xxy.
lies, mandement aveo le Ht Chouriac, ont rencontré, aux éoores à Margot, mie voîtm« qui descendait de ce lieu, qu'ils l'ont arrêtée, et en ont enlevé deux rameurs pour augmenter leur équipage, avec menace de faire jouer leur périer sur la voiture, et de faire amarrer les neuf hommes qui la conduisaient; que, malgré le besoin qu'ik se faisaient les uns aux autres, ils ont tiré au sort pour décider ceux qui embarqueraient dans le bateau espagnol, sans autre expectative que la crainte de^^ mauvais traitements; qu'ayant voulu convenir de leur salaire, le dit Cbouriac leur a dit qu'il fallait marcher pour le fier^ vice du roi, sans autre iuformation-
**Les demandeurs ajoutent que ce trait eu rappelle un autre qui ne sert pas moins à démontrer Té^denco de la tyrannie que les oJHeicrs, sous les ordres de M. UU loa, exerçait déjà ; qu'ils les rapportent tels qtfils se sont passés, sans la moindre passion et sans fiel, et qu'ils désirent ardenmient que la vérité toute nue, qui guide leur plume, puisse dessiller les yeux de quelqties mauvais citoyens, si par malheur il en existe parmi eux» dont l'ame basse et vénale flotterait encore incertaine dans le choix de la liberté ou de Tesclavage ; que le sieur Ghamard partit l'année dernière dans son bateau pour les Illinois ; qu^ayant touché aux Natchez, le sieur Piernas, commandant espagnol, n'adressant à un passager^ lui deinanda des vivres, dont il craignait de manquer; que ce passager lui répondit qu'il était à même de s'en procurer, soit à la Pointe-Coupée, soit ailleurs, lui ajoutant que les bateaux qui s'expédiaient de la Nouvelle^ Orléans pour les Illinois^ loin d'être en état de pouvoir vendre leurs vivres, étaient eux-mêmes obligés d'en acheter dans tous les postes établis le l(»ig du fleuve ; que le sieur Piemas i/étant retiré, l'équipage du bateau crut en être quitte, et qu'on embarquait pour pousser an large, lorsque, tout i coup, le sieur Pierims fit charger le canon pour tirer sur-le bateau, s'il osait partir, et fit
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soQAer la elochey (signal ordinaire dont il se servi^t poar I7f8« faire prendre les armes)» rassembla sa troupe, et ordonna à M. de Layillebettvre de se mettre à kfur tête ; qne oet ofieier» malgré sa répugnance, fut obligé d'obéir, et qu'il fallut lirrer les vivres ; qa'il n'y a point de vexation pins comfdète m de violence mieia circonstanciée ^ qu'il fant donc qu'on les prenne pour des forçats;, qu'en* fin cette homenr altière et l'affectation tyranniqiie de ce soi-disant officier de Sa Mi^esté Catholique doit kor oanser toute indignation.
^Continuent les dits dnnandeurs, en leurs dites qua^
lités, de représenter que c'est à la cour à appliquer la remède au mal qu'ils foi^t connaître, mais ils ne balancent
point i dire que la contiiraation de ces vcxationa ferait
de la colonie un désert '^En conséquence, ils prient le conseil de soUieiter de
la justice de M. Aubry, cpill engage le capitaine de la
frégate espagnole, le Volant^ i accélérer son départ dan»
Fintérét de la tranquillité publique." Le conseil supérieur, sur les condusions confiDrmea
du procuremr-général, rendit un arrêt dans le sens de la
requête.
Le 29 décembre, Aubry, dont YewpnZ était assez
éclairé et le jugement assez calme pour prévoir le»
suites funestes de ce qui s'était passé à la Louisianey
et dont par conséquent les inquiétudes ne £EÛsaient que
croître, communiquait au ministre ses réâ^riona sur la
révolution dont il avait été témoin.
^Je me trouver disait^it, dans la triste nécessité de
parier, et de tout dire, naalgré ma répugnance. Le
conseil s'est nml comporta. Le procureur-général, La-
fiémère, est un des principaux meneurs.
M. de Ulloa a commis plusieurs fautes, mais jamais
de crimes, et, abstraction faite de son rat^ et de son
caractère, ne méritait pas le traitement qu'on hd a fitit
subit.
253 fciiAP. XXT.
1708. «*I1 faut envoyer ici un bataillon et un mnivean conseil. L'un, pour renvoyer du pays dix à douze boute-, feux qui y font la loi, et ont fait tout le mal ; l'autre, pour administrer la justice, qui est presque méconnue.
^Si cette révolution n'occasionne aucun changement dans les arrangements qui ont été pris entre la France et l'Espagne, par rapport a cette colonif, ne serait-îl pas convenable que les or<lrf-s de Sa Majeirté arrivassent le plus tôt possible, annonçant ia tïeniière et irrévocable volonté de Sa Majesté sur la cession à TEspaçne, promettant pardon et oubli, sauf pour on petit nombre de coiqMtbles qu'il faut ïibsolujTient punir.
**I1 est probable que les plus coupables se retireront chez les Anglais, en apprenant l'arrivée des troupes,
"Il serait bien à désirer que celui que Sa Majesté Catholique enverra pour prendre possession ait les qualités convenables. Si M. Uiloa eut eu plus de douceur et de complaisance, il y a long-temps que le paya serait espagnol. Tout y serait tranquille, et nous n'en serions pas où nous en sommes. Je vous assure, monseigneur, que, sans moi, il y a plus de deux ans qu'on l'aurait renvoyé.
"Il serait à désirer que Ton laissât venir, pendant quelque temps, dans la colonie les vaisseaux de France et des iles. Ce serait le plus grand bieniait que Sa Majesté Catholique pourrait accorder aux habitants de la Louisiane.
"Si le pays reste à la France, les habitants en seraient comblés de joie 1 Ils ont généralement le cœur français, et ce serait la plus agréable nouvelle qu'ils pour^ raient recevoir. Mais je suis certain présentement qu'ils aimeraient mieux presque tous passer sous la domination anglaise que d'être Espagnols, à moins que Sa Majesté Catholique ne voulût bien leur accorder quelques privilèges et avantages pour les engager à rester. La trop grande sévérité de M. UUoa les a effrayés et ils
craignent d'être gouvernés despotiqaemeitt oonme âans 170. le Mexique.
*^ Avec un million par an, on pourrait entretenir ici po» la France une troupe suffisante pour faire marober l'administration et pour faire les présents aux sauvages» et Ton conserverait une colonie qui nous est attachée et dont le commerce peut être fort avantageux.**
On voit par cette dépêche que lé gouverneur français pensait qu'il y avait une douzaine de boute feux à punh dans la colonie^ et que, par conséquent, il anticipait ainsi sur le jugement qui fut rendu plus tard par Oreilly.
En même temps que la dépêche d'Aubry, il en partît une autre de Foucault qui expliquait le rôle qu'il avait joué au conseil, lorsqu'il délibéra sur l'expuMon de la frégate Espagnole :
'*Le 9 du courant, dit-il, les syndics des habitants-, eo^ Ions et commerçants de cette colonie me remirent une requête adressée par eux en cette qualité au conseil su^ périeur, tendante à ce que la frégate du roi d'Espagne, qui est amarrée au quai de cette ville, ensemble les officiers et autres personnes ayant titres et brevets de tSa Majesté Catholique, ou commissions de M. de Ulloa, venus ici avec lui ou sur d'autres bâtiments espagnols, fussent contraints de s'éloigner de cette colonie dans le plus court délai. J'étais instruit des vexations qui ont donné lieu à cette demande, et elles étaient trop iniques pour que je pusse me dispenser de blftmer intérieurement les sieurs Piemas, capitaine dcms les troupes espagnoles, commandant aux Natchez, (1) et Ghouriao, envoyé par M. de Ulloa, comme garde magasin et commissaire aux Illinois. Mais je fus d'atxnrd tenté de n'y
(1) Le Bom de Natchex ne s^ppliqnait pu seulement à la rife ganebe du fleave sur laquelle la ville de Natchez est située^ mais s'étendait aussi à la rive opposée. A Tépoque dont il est ici question, on sait que cette partie de la riye gaoolM était en pcfsessioD dea Anfi^is. .
S64 [coâP. XXV.
vm. a^MT ««MU égard, attendu que le conseil ne peavait y faire droit, sans a'écarter des bornes qu'il s'était près- Cfttes par son arrêt du 39 octobre dernier» de no piottMieer que contre M. UUoa ; que renvoyer bc^s de la oelsnio las vaisoeaux et les officiers que Sa Mi^esté Cft* Iholiqne y avait fait passer, ce serait se d^acher de l'obéissance due aux volontés de notre souverain, con« . mieux, selon moi, d'interdire l'autorité à ceux de
i offieiersqui en feraient un usage abusif et d'en renflbe compte* &c. dtc.
'^Pour bien des raisons, j'ai été obligé de convoquer le conseil pour le lendemain. II a rendu un arrêt Hiterlo* wtoire portant qu'il serait informé juridiquement des fittts imputés aus: sieurs Piemas et'Ckeuriac, pour sur le tout rapporté être ordonné ce que de droit.
^Le 14, le conseil s'étant assemblé de nouveau sur le n^pp^rt du cahier d'informations contenant les dépositisns de quatre témoins, j'y ai donné mon avis par éerit, oà sont déduites les autres raisons que j'ai eues de m'opposer fortement à ce qu'il fût rien prononcé ni contre la frégate ni contre aucim officier espagnol. Le conseil a ordonné que Farrêt du 29 octobre sortirait son plein, et entier effet, et prie M. Aubry de solliciter le capitaine de la frégate d'accélérer son départ dans ce bâtiment, sous le plus court délai possible. U m'a prié ausâ d^aSùrit et fournir à ce capitaine toutes les augmentations nécessaires à cet effet, en matelots^ ouvriers et effets. Je m'y suis conformé malgré ma répugnance, et seulement quant aux ouvriers et matdiots, n'y ayant point d'e&ts i ma disposition dans les maga» nns du roi. J'ai l'honneur de vous adresser ^-jointe. Monseigneur, copie du cahier d'infermaliona, de mon avis et de l'arrêt.
^Les postes établis par M., de UHoa sereirt relevés, en conformité de la prière qu'il en a fkite à M. Aubry, et occupés par des Français, jusqu'à ce que les enbes que
ClIAP. xxv.] Mt
nous avons demandée nous soient ^rvenos. Oehd de lêt i''^* Balise Test depuis on mois. Noos avons, M. Aabry et moi, envoyé le sieur Andry, sous ingénieur, à eeux de la rivière d'Iberville et des Natchez, pour y dreaser et sî^ gner, conjointement avec Messieurs les cosmandacÉi de Sa M^esté Catholique, des devis et plaas de tous las bâtiments qui s'y trouveront, en &îre et signer iuTien» taire ainsi que de Fartillerie et des vivres, Biuflitiea% marchandises et effets, de concert aussi avee les oom^ mandants et gardes magasins, recevoir le tout, et placer dans chacun de ces postes huit ou dix Acadiens, an lieu de soldats qu'il n'a pas été possible d'y envoyer, à cause de leur petit nombre ici.''
Foucault termine en disant que tous les Espagnols se retirent des autres postes et qu'il est convenu avec eux» qu'après l'événement du 29 octobre, les dépenses de la colonie seraient réputées pour le roi d'Espagne JQSfo'Mi 31 décembre inclusivement, et que les conqptes seraiairt rendus en conséquence*
Lorsque UUoa était arrivé à la Havane, il y aMt trouvé huit cents hommes de troupes destinées pour la Xiouisiane, et qui s'y rendaient avec Urissa, ancien oe^ sul d'Espagne à Bordeaux, et récemment promu à yen»* ploi d'intendant de la Louisiane. Urissa s'était anété i la Havane pour y prendre un million de pastres, qm le roi d'Espegne ocmsacrait aux dépenseSNi faire dam le nouveau domaine qu'il venait d'acquérir. Si ces huit cents hommes de troupes et surtout le million de pias* tres,somme que les colons n'avaient encore jamais vue e^ valeur métallique à la Louisiane, étalent arrivés à ten^Si il est plus que probable que la révolution n'aurait pas eu lieu. Mais en apprenant le traitement fait i UUoa, Urissa se détermina à retourner en Europe.
Ulloa a joué un rôle si important à la Lomsiane, qu'un précis historique de toute sa vie réclame ici sa place.
M6 [CHAP. XXVj
ffres. Voiei œ qu'oH trouve sur son compte dans la biogra{dde universelle de Miohand:
'^Antonio de UUoa fut un des hommes qui honorèrent le plus l'Espagne au dix-huitième siècle, par ses longs M utiles services ccMnme voyageur, marin, administrateur, *et par ses travaux scientifiques. Il naquit a Sevilie, le 1^ janvier 1716. Sa famille, déjà distinguée «koM la marine, le prépara de bonne heure à suivre cette «arrière par les études les plus soignées ; il entra au service comme garde marine, en 1733; et ses progrès surpassèrent bientôt les espérances que ses heu- Muies dispositions avaient fait concevoir. La première commission dont il fut chargé fut la savante expédition concertée entre les ministères de France et d'Espagne pour prendre la mesure d'un arc du méridien i Féquateur, opération sollicitée peur Tacadémie des ■iîeaoco de Paris, afin de déterminer la figure de la tOTte, et dont la conduite fut confiée à plusieurs membres de cette compagnie : Bouguer, La Condamine et CMin.
'^La province de Quito, au Pérou, ayant paru ofinr la station équatcmale la plus favorable à cette entreprise, qid devait être longue et pénible, il avait fallu eiaeneT le ministère de Philippe Y, et le conseil des Indes espagaolee, a permettre que des savants étrangers allassent iMre une curieuse investigation de ces riches contrées. L'amitié qui unissait alors les deux cours, et une généreuse émulation en faveur de la science remportèrent Mr tonte autre considération; il fut décidé que deux effeiers de la marine royale, capables de seconder les aeadémiciens français dans leurs travaux, seraient envoyés avec eux pour les protéger auprès des autorités du pays, et pour partager, au nom de leur patrie, Thonneur de cette importante opération. Le choix des deux officiers fut remis au chef du corps et académie des ea* valicrs royaux gardes marinex^ et le jeune Antonio de
CJiAP XXV. 257
Ulloa, à peine âgé de dix-neuf ans, fat proposé, avec un 1768. autre officier, du même corps, Greorg^ Juan, déjà renommé pour ses talents comme mathémacien. L'un et Tautre s'acquittèrent dignement de leur commission : ils surent concerter leurs efforts pour le plus grand succès de l'entreprise, et toigours exempts des f&cheuses mésintelligences qui survinrent^ parmi Iqs savants français, ils publièrent à leur retour, treize ans après leur départ, et un an avant les académiciens de Paris, les résultats de ce grand voyage. George Juan, s'étant réservé plus spécialement la rédaction des observations géométriques, physiques et astronomiques faîtes smt en c<Hnmun, soit par chacun d'eux séparément, publia en 1748, aux frais du gouvernement espagnol, son volume ^Observaciones, &c., Madrid, in-4 ^ ; et peu de nwrfs après, Ulloa publia également aux frais du roi d'Espa^ gae^ la, Relation Hist&rique du voyage faite l'Amérique Méridionale, par ordre du roi, pour mesurer quelques degrés du méridien et connaitre la véritable Af^xxre et grandeur de la terre, avec diverses observations astronomiques et physiques, &^. Madrid, 1748.
'^Partis en 1785, avec le grade de lieutenants de vusseau, sur deux bâtiments de guerre, qtd transportaient A Garthagène le nouveau vice-roi du Pérou, ils attendirent dans cette ville pendant cinq mois l'arrivée de la corvette française, qui amena enfin Bouguer, La Gondamine et Godin. Ce long séjour leur permit de se livrer à de nombreuses observations d'histoire naturelle, de mœurs et de statistique, dont s'enrichit la relation d'Antonio de Ulloa, où l'on remarque partout un eq)rit attentif, exact et judicieux. La compagnie, enfin rassemblée, partit avec un riche équipage d'instruments géométriques, et se rendit à Quito, par la route de Portobello. Panama et Guayaquil. Depuis le commencement des travaux trigonom^riques, en juin 1786, Ulloa
ne cessa d'y contribuer avec un zèle dont ses collègues
258 [CUAF. XXY.
nea. eureni beaucoup à se louer ; il participa à toutes les opératioDS de Bouguer et de La Condamine, tandis que George Juan et Godin formaient de leur côté une autre série de triangles et de calculs. Les mesures géométriques ne furent terminées qu'après plus de quatre années* pendant lesquelles on fut exposé à des fiitigoes, à des dangers saps nombre» soit par un séjour presque continuel sur des montagnes couvertes de neige, et aa miliett des précipipes» soit par le passage subit de ces régions glacées à la température brâlantede la plaine, soit enfin par l'effet de Tignoranoe et des préventions des balntants, qui faillirent être funestes à l'expéditkm en août 1789» à Cuença. UUoa déwit avec beauconp d'inté^ rét et de simplicité toutes les souffrances qu'il e^ à endurer ainsi que ses compagnons ; d'ailleurs, peu oocupé de lui-même, il omet presque une grave maladie dont il se guérit heureusement dans un chalet de ces montagnes : mais on ne pouvait attendre ni d'un écrivain eq>agnol, ni d'un narrateur officiel, des détails qui eussent compromis plusieurs des autorités du Pérou, et en général l'amour propre de ses compatriotes. H ne laisse pas de faire e<mnattre les préjugés des naturels du pays, par diverses anecdotes, entre mitres celle de cet Indien qui vint à genoux supplier les savants européens, qu'il prenait pour des magiciens, de lui révéler quel était le voleur d'un àue qu'on avait pris. Vers la fin de septembre 1740, comme on travaillait aux observations astronomiques à l'une des extrémités de Tare du méridien qui avait été mesuré, un ordre du vice^n» obligea subitement les deux officiers espagnds de se rendre à Lima. La guerre entre l'Angleterre et FE^agne venait d'éclater. L'expédition du vice-amiral Anson menaçait les côtes des possessions espagpoles ; Ulloa et Juan furent chargés de mettre en état de .déiense les parages voisins de Lima et de Gallao. Dès ^e ces dispositions forent terminées, ils obtinrent de retommer
cifAP. XXV.] 2d9
i Quito reprendre leurs travaux scientiiSques» Maïs à 17€8. peine arrivés» ou les appelle à Goayaquil : Le sac de Payta» par l'escadre anglaise, avait répandu au loin la terreur. Pour se faire une idée des fatigues de ees allées et venues, il faut scmger à la difficulté des villages à travers les montagnes du Pérou. Quand tontes les mesures furent prises pour la-sûreté de Guayaquil, on ne consentit à laisser repartir que Tun des deux officien ; oe fiit Ulloa qui s^empressa de reprendre, dans la saison la plus défavorable, la route de Quito* En entrant dbas cette ville, op lui apprit qvlil était rappelé en toute hâte à Lima, et il s'y rendit de nouveau avec Geoif^e Juan. La, ils prirent le commandement de deux ù^ gâtes avec ordre de croiser devant les -c6te8 du Chili et les lies de Juan Femandez. L'arrivée de quelques renforts espagnols i Lima leur permit d'aller encore une ûàs reprendre l'objet de leur mission scientifique, i Quito, où ils ne trouvèrent plus les académiciens français, à l'exceptidi de Godin, avec lequel ils observèrent, la «omète de 1744. Enfin, impatients de rapporter en Eu-* rope le fruit de leurs travaux, ils allèrent s'embarquer à Callao, sur deux navires français qui devaient doubler le cap de Hom, et se rendre à Brest : mais des tempêtes les séparèrent ; celui où se trouvait Ulloa ayant rejoint deux autres bâtiments français, échappa difficilement à on combat très vif contre des corsaires anglais^ sfopérieurs en force, qui s'emparèrent de ces deux bàtimento chargés de trois millions de piastres fortes. Il ÙLÙ^t ohanger de route pour éviter de nouveaux dangers t on se dirigpea vers le Nord de l'Amérique. En entmnt daas le port de Louisbourg, au cap Breton, l'équipage se iélicitait d*avoir éohappé à tant de périls, lorsqu'il fiit obligé de se rendre aux Anglais qui, venant de prendre celte ville, y avaient i dessein laissé flotter lee bannières ifan#aîse8. UUoa, fait prisonûer, fiit trajvqporté en Angleterre, et traité avec égards. li ne tarda pas i
260 [CHAV. XXV.
^'^' re6Mivrer sa liberté et ses papiers, par le crédit de plusieurs personnages distingués qui s'intéress^-ent vive* ment en sa faveur auprès de l'amirauté, entre autres le célèbre président de la société royale de Londres, Martin Folkes. Ce savant s'empressa de le présenter à ses coUègues, et le fit nommer membre de la société.
"Bientôt Ulloa s'embarqua pour Lisbonne, et arriva à Madrid,en 1746, au commencement du règne de Ferdi* nand VL II reçut à la cour l'accueil le plus flatteur, fut Deauné capitaine de frégate, et commandeur de l'ordre de Sc-Jacques. A la relation de son voyage, dont il s'occupa pendant les deux années suivantes, et qui eut im grand succès, il joignit un résumé historique sur les souverains du Pérou depuis M anco Capac, le premier Inoa, jusqu'aux derniers rois d'Espagne. Il y fait beaucoup d'emprunts à l'historien Garcilasso: ce travail, peu remarquable en lui-même, a peut-être aussi le^dé* fiskut de figurer comme un étalage fastueux de la puissance espagnole, plutôt que comme le complément d'un ouvrage écrit avec candeur, et rempli d'observations utiles ou savantes. UUoa parcourut ensuite une partie de l'Europe, par ordre du roi, et les connaissances qu'il recueillit dans ce voyage furent heureusement appliquées au service de l'état et à l'utilité de la nation. *
'Pendant la suite d'une carrière très active, UUoa s'efibrça de concilier son goût pour l'étude des sciencea avec les nombreuses commissions dont il fut chargé par son gouvernement pour le service maritime, et plus tard pour l'amélioration de l'industrie intérieure. La «arintendance de la mine de mercure de GuaacaveUoa, au Pérou, fut la récompense de son zèle ; mais les inx>doits de cette mine diminuèrent par l'avarice et* la mauvaise administration des entrepreneurs, et Ulloa ne put les rétablir, parce qu'il osa dénoncer les malversa^ tiens de quelques honmes 'alors en pouvoir. Sous le règne de Charles III, un ministère qui savait appréeier
ciiAp. XXV.] 261
les talents nécessaires à l'Espagne Féleva an grade de 1768. chef d'escadre, et lui confia le commandement de la flotte des Indes. Lorsque la paix de 1762 eut fait passer la Louisiane sous la domination de l'Espagne, UUoa fixt envoyé pour en prendre possession, la gouverner, et pour y organiser les difi*érentes branches de Fadminis» tration espagnole. Il y arriva en 1766 ; mais la résistance qu'il éprouva de la part des colons qui avaient encore le cœur et l'esprit français, le força de se remr barquer.
'^Le voyage de UUoa ne fut cependant pas inutile i sa réputation et à sa patrie : il parcourut les deux Amériques, et y recueillit des matériaux précieux, qui lui servirent à composer un nouvel ouvrage. Dans l'intervalle de ses campagnes, il correspondait avec les savants étrangers, et il fut nonuné associé des académies de Stockholm et de Berlin. Dès 1748, il était devenu correqKmdant de l'académie des sciences de Pcuis. En 1772, il publia à Madrid, en 1 vol. in-4o., un recueil d'observations sous ce titre : Noticias Americanas^ Entt^enimientos physico-tnsioricos -wbre la America Meri^ dùmalj y la septentrimml-wiental ; dans cet ouvrage il se livre à des dissertations d'une lecture facile (c'est oe que signifie ici le mot ErUretenimierUos) sur le soi, le cKmat, les productions végétales, animales et minérales de ces vastes contrées ; sur les pétrifications marines; sur les Indiens, leurs mœurs, lem-s usages, leurs antiqm^ leurs langues, et enfin sur l'origine probable de la population de l'Amérique. A l'égard de cette dernière question, l'auteur, admettant sur des autorités fort suspectes^ qu'à la suite du déluge les hcMumes construisirent de petites arches à l'imitation de celle de Noé, suppose qu'une de ces arches dut être entraînée par les venti jusqu'en Amérique. Ce n'est point sur des hypothèses aussi hasardées qu'il faut juger cet esprit sage et sin? cère. Son livre fut bientôt suivi d'un autre : La Marine
[chat. xxy.
1768. OU Rn^eeè navaUè de T Europe et de P Afrique ^ présenté an ministère espagnol en 1773. UUoa fit paraître à Ca<^ dix, en 1778, une Observation^ faite en mer^ de Péckpie de soleilf qui avait eu lieu cette année. Ce petit ouvrage fut traduit en français par Darquier» Toulouse, 1780, in*^ ® .t et se retrouve ànxis le Journal de Physique, d'à* vril 1780. On y remarque un fait singulier qui occupa quelque temps les astronomes. L'auteur assure avoir va pendant plus d'une minute, durant Féclipse, et fait voir à plusieurs personnes un point brillant sur la lune, et il le regarde comme un véritable trou au travers de cette pl^te. '^Suivant mon ciJcul, dit Lalande ( Bibliogra- ' **phie astronomique^ page 573)., ce trou serait à quinae '^lieues de distance de sa surface, et il aurait cent neuf '^lieues de longueur ; mais on ne peut le regarder que NMNume un volcan." Suivant le même Lakuide (ifrû^, page 778 ), Ant. de Ulloa, l'un des plus grands promoteurs de Tastronomie en Espagne, contribua beaucoup à la construction de l'Observatoire de Cudis; et c'est surtout comme savant, qu'il a laissé un nom honorable. Quoiqu'il possédât, au degré le plus éminent, toutes ks oonaaissances th^riques de la navigation, on est forcé de convenir que dans la pratique de la marine militaire U ne s'éleva pas au-dessus de la médiocrité II com^ mtfhda diverses escadres, mais sans éclat. Il était cependant parvenu au grade de lieutenant-général des armées navales, lorsqu'il fut chargé, en 1770, d'une croisière aux îles Âçores, afin de s'y emparer de huit v^isaeaux de la compagnie anglaise, qui revenaient de riade, et de se rendre ensuite à la Havane, où il devait trouver des forces plus considérables, pour attaquei les Florides. Ulloa, l'esprit trop préoccupé d'expériences et d'observations, oublia de décacheter la lettre qui contenait les instructions ministérielles ; et il revint au bout de deux mois après une croisière inutile. On FaQMsa d'avoir laissé passer les huit navires anglais sans les
OHAP. XXV.] £63
poursuivre, d'avoir laissé prendre, à sa vue, tine frégate 1768. espagnole et un vaisseau de Manille. H ftat arrêté et traduit, en décembre 1780, d'après sa demande, devant un conseil de guerre. Soit que raccusation ne fàt pas prouvée, soit que le mérite supérieur de UUoa, et les services qu'il avait rendus eussent disposé ses juges i rindulgence pour tme faute occasionnée par sa seule distraction, il fut acquitté honorablement, et conserva son grade et ses titres ; mais il cessa de figurer dans l'armée active, il commanda des départements mari* times, et sur la fin de sa vie, il fut directeur-général par intérim des armées navales, et comme tel chargé d'examiner les élèves de l'école d'artillerie de marine à Cadix. Ulloa était aussi ministre de la junte générale du commerce et des monnaies. Il mourut dans l'île de Léon, le 8 juillet 1795, dans la quatre-vingtième année de son âge. Un voyageur anglais (Townsend), qui Pavait visité à Cadix huit ans auparavant, a fait ainsi son portrait : '^L'Espagnol dont la conversation m'intéressait le plus
^était don Antonio de Ulloa ; je trouvai en lui un vé-
^ritable philosophe, spirituel et instruit, vif dans sa con-
**versation, libre et aisé dans ses manières Il est cTune
^petite stature, extrêmement maigre et voûté par les années : il était habillé comme un paysan, et entouré ^de ses nombreux enfants, dont le plus jeune, ftgé de *'deux ans, jouait sur ses genoux. Dans la chambre où il *^cevait ses visites, on voyait confusément dispersés <*des chaises, des tables, des malles, des caisses, des K- **vres, des papiers, un lit, une presse, des parasols, des ^habits, des outils de charpentier, des instruments de ^mathématiques, un baromètre, une pendule, des annes, ''des tableaux, des miroirs, des fossiles, des minéraux, Mes coquilles, une chaudière, des bassins, des cruches ''cassées, des antiquités américaines, de l'argent et une
"curieuse momie des lies Canaries " Ce n'est point
seulement par ses services rendus à l'état et par ses con<>
3G4 [ciiAP. xrv*
^'^^* naissances supérieures dans les hautes seiences que don Ant. de UUoa a laissé de justes regrets dans sa patrie» L'Espagne lui doit le premier cabinet d'histoire natarelie, et le premier laboratoire de métallurgie qu'elle ait possédés $ la première idée du canal de navigation et .d'arrosement de la Vieille -Castille, commencé sous Charles m» et abandonné sous ses successeurs; la oon-* naissance du platine et de ses propriétés ; de Télectricité et du magnétisme artificieL C'est lui qui perfectionna l'art de la gravure et celui de l'imprimericv en Espagne; qui dirigea la géographie espagnole dans la rédaction des cartes de la Péninsule, et qui fit connaître l'utilité des laines churlasy très semblables à eelles de Ganterbury, en Angleterre, et le secret de fabriquer des dr^>s fins par le mélange de ces laines avec celle des mérinos. Afin de démontrer l'avantage de sa découverte, il établit i Ségovie, pour le compte et avec l'autorisation du roi, une fabrique d'où sortirent des draps comparables, pour la finesse, à ceux qui provenaient des manufactures étrangères. Enfin, c'est d'après les sollicitations d'Ulloa, que des jeunes gens furent envoyés dans divers états de l'Europfé pour s'instruire dans les arts mécaniques et libéraux, et propager ces connaissances dans leur patrie. Son principal ouvrage a été traduit en firaoçais, sous ce titre : Voyage historique de V Amérique méridionate^ etc., par de Mauvillon, 2 vol. in-4 ^ ., 1752.
Ainsi la cour d'Espagne avait fait à la Louisiane le compliment de lui envoyer, pour en prendre posses»<nif un savant illustre, dont la haute réputation était appréciée dans le monde entier. On n'en sait pas moins que les qualités de cet homme distingué n'avaient pas suffi pour le faire aimer de ceux qu'il était venu gouverner et pour contre-balancer chez lui quelques défauts de caractère. II en arriva que la mission, dont il avait été chargé, lui devint odieuse, au sein d'une populati<H» pour laquelle il ne cachait pas son mépris, et qui y
répondait par la haine. On a vu ce qui en est résulté. 1769.
La nouvelle de la révolution opérée à la Louisiane parvint en £spagne en quarante jours, et il se tint aussitôt un conseil de ministres composé du duc d'Albe» du marquis de Grimaldi, du comte d'Aranda, du bailli d'Arriaga, &c., &c. Il y fut arrêté qu'il était convenable de garder la Louisiane, et qu'il fallait par conséquent prendre les mesures nécessaires pour Fassi\jettir et en assurer la possession à l'Espctgne. Le marquis de Grimaldi en donna avis au comte de Faentes, ambassadeur d'Espagne près de la cour de France, par la dépêche suivante :
^Le marquis de Grimaldi au comte de Fuentes.
^Je ne vous ai plus parlé des affaires de la Louisiane depuis le 23 février dernier, mais je vais vous informer à présent de tout ce qui s'est passé depuis ce temps là. Aussitôt qu'on reçut ici toutes les lettres où M. Ulloa rendait compte de la rébellion de cette colonie, le roi ordonna qu'examinant tous les documents et pièces qui y étaient relatifs, depuis l'acte de cession de Sa Majesté Très-Chrétienne jusqu'au moment où les habitants de la colonie en chassèrent M. Ulloa, on discutât, dans une assemblée de ministres, s'il était convenable pour l'Esp€igne qu'elle gardât la dite colonie. Car, en cas qu'il le fût, Sa Majesté prendrait les mesures nécessaires pour l'assiyettir et pour s'en assurer la possession.
^Cette assemblée a été composée de &c. Pour que
tous ces ministres pussent être bien au fait de la matière sur laquelle on devait délibérer, on commença par former ce précis ci-joint de toute l'affaire, lequel fut lu d'avance, par chacun de ces ministres, avec les pièces qui y sont citées. Cela fait, on convoqua la première assemblée, et tous, à l'exception d'un de ceux qui la composaient, ont été unanimement d'avis que la possession de Ia dite colonie, dont les limites étaient formées
2«0 [dJAP. XXV
1769. par le âeave Mississippi, assuraient les avantages snivants :
1 ® . "Qu'elle établissait entre le nouveau Mexique et les possessions anglaises une ligne de séparation inva* riable, telle que Fêtait le grand fleuve qui conserve son nom depuis sa source Jusqu'à son embouchure dans le golfe du Mexique.
2 ® . ^u'en établissant daa<3 la dite colonie un mode de gouvernement pareil à celui des autres possessions de rAmérique, on éviterait noti-seulement la contre^ bande que les habitants auraient continué de fbire, mais aussi une grande partie de celle des colonies anglaises^
3 ® . **Qu'en encourageant la culture du blé et d'autres grains, la colonie pourrait en faire un commerce très utile avec la Havane, Porto-Rico et les autres îles.
4®. '"Que l'entretien de cette colonie ne serait ni plus onéreux ni plus à charge que ne l'avait été celui de St.- Augustin, de Pensacola et des Apalaches dans la Floride, et que ne l'étaient les postes qui existent dans le Nouveau - Mexique , lesquels pourraient être supprimés.
5 ® . "Que si l'on rendait à la France cette colonie, ses négociants pourraient établir un commerce frauduleux et illicite, encore pitis considérable que celui qti'ils avaient fait par le passé.
"Je vous dirai en passant que, pendant qu'on était occupé de cette affaire, M. de Ulloa arriva à Madrid, et rendit compte de tout ce qui s'était passé pendant sa résidence à la Louisiane.
"Le roi approuva l'avis de l'assemblée, non-seulement par les raisons qu'on y avait exposées, mais aussi par la réflexion des suites que le mauvais exemple de la Louisiane pouvait entraîner à l'égard de toutes les autres possessions de l'Amérique, même de celles des autres puissances, où l'esprit de sédition et d'indépendance commençait à se répandre, comme il paraiss£(i( par ce
CUAP. XXV. 1 267
qui venait d^arriver aux Français mêmes dans Tile de 17G9. St-Domingae. Sa Miy®^^ ^^ aussi la réflexion qu'étant essentiellenient en possession de la Louisiane par un titre très légitime, quoiqu'il lui manquât la cérémonie de la prise de possession, cette colonie devait être respectée et comptée comme une province de la couronne, et ses habitants comme ses sigets. D'où il résultait qu'il n'appartenait qu'à Sa Migesté de la recouvrer, et de punir la témérité de ses habitants et l'offense qu'ils avaient faite à son gouvernement et à la nation* Sa MiÔ^sté pensa aussi qu'il était nécessaire qu'on vit dans le monde qu'elle savait et pouvait, sans aucun pouvoir étranger,.réprimer l'audace des séditieux, et les desseins formés contre le respect dû à sa dignité et à sa couronne. D'après ces principes, Sa Msgesté se détermina à soumettre les rebelles par la force, et voulut que, sans délai, l'on prît des mesures à cet effet.
''Don Alexandre Oreilly,. inspecteur et lieutenantgénéral des armées, était alors nommé par le roi pour passer à la Havane, et aux autres villes de la Nouvelle- Espagne,, pour faire la revue des troupes et des milices, et il parut à Sa Majesté que cet officier pourrait se charger en même temps de l'expédition de la Louisiane. En conséquence, on lui ordonna de hâter son voyage* Il partit sur-le-champ pour Cadix, où il trouva une frégate qu'on lui avait préparée. Il s'embarqua, et il doit être, à l'heure qu'il est, pyès de l'ile de Cuba. II n'a .tiré de Cadix aucun préparatif, car on crut convenable de cacher l'objet de sa commission. A, cet effet, on lui donna un ordre ostensible dans lequel il n'était question que de l'inspection et de la revue générale, mais il savait bien qa^il trouverait à la Havane tout ce dont il aurait besoin. L'instruction qu'on lui donna fut, qu'en prenant dans ce port les bataillons d'infanterie, les munitions .et les autres apprêts qu'il jugerait nécessaires, il se transportât à Ja colonie, rt, qu'après en avoir pris
2((d |CIIAP. XXV.
1769. possession au nom de Sa Majesté, il fit des procédures et punit, suivant les lois, les chefs du soulèvement, en faisant sortir de la colonie toutes les personnes et familles qui pourraient en troubler la tranquillité. On lui a aussi ordonné d'établir, à Tégard du militaire et de la police, une administration convenable de justice, et les règles nécessaires pour l'administration des finances, pour la dépendance et la subordination des habitants, et enfin pour la forme du gouvernement; le tout, conformément aux instructions de vive voix qu'on lui avait données ou à celles qu'on pourrait lui donner ensuite. U emmène aussi des personnes de loi pour ce qui concerne les procédures judiciaires, et il a été autorisé de se servir dé la voie des armes, en cas que les habitants de la colonie l'y obligent par leur résistance. U parut convenable de donner à M. Oreilly des instructions de cette étendue, à cause de la distance et de l'éldgnement du pays. Mais comme le roi, dont le caractère est bien connu, est toiyours porté à la douceur et à la clémence, il ordonna de prévenir M. Oreilly qu'il serait conforme à la volonté de Sa Majesté d'agir avec la plus grande douceur, et de se contenter d*expulser de la colonie ceux qui mériteraient un plus grand châtiment
'^J'aurais pu vous informer auparavant de tout ceci, mais n'ayant de votre part aucune démarche i faire, attendu que le roi a pris sur lui la satisfaction de l'attentat commis par les habitants de la colonie, nous jugeâmes qu'il était inutile de vous envoyer par le courrier ordinaire, le grand nombre de papiers nécessaires pour vous mettre au fait de tout ce qui s'est passé. J'avais aussi pensé de vous envoyer avec ces pièces le dit mémoire ou manifeste publié par les habitants de la Louisiane. Mais je suis persuadé qu'il vous en sera parvenu quelque exemplaire, attendu qu'il a été réimprimé en France, avec l'arrêt du conseil supérieur de la colonie. Je ne crois pas, Monsieur, devoir vous cacher
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que, quand le roi apprit les tennes insolents de cet 1769. écrit, il en fut fort indigné, et qu'il ne le ftit pas mmns d'apprendre que les auteurs de cet écrit, non^eulement avaient réussi à le rendre public, mais aussi à faire mettre dans différentes gazettes un article de Paris, où notre gouvernement et notre nation étaient dépeints avec les plus noires couleurs. La liberté entière avec laquelle les députés de la colonie demeurent à Paris n'aura pas peu contribué à la publicité de ces déclamations insolentes, et, comme on n'y a point fait contre eux la moindre démonstration, nos ennemis auront peut-*étre lieu d'imaginer que le ministre de Sa Majesté Très- Chrétienne ne les désapprouve pas. Mais je dois vous certifier pleinement à cet égard que le roi n'en a pas eu le moindre soupçon, et que d'ailleurs il est persuadé que l'honneur de son gouvernement et le crédit d'une nation ne dépendentjamais des invectives des gazetiers et des particuliers qui les font répandre. Je dois cepen* dant vous dire franchement que la délicatesse de Sa Majesté ne se serait jamais contentée de ne pas prêter l'oreille à ceux qui se disent députés de la colonie, et que Sa Miy'esté aurait certainement fait punir la hardiesse de réimprimer et de publier en Espagne des écrits injurieux au gouvernement de Sa Majesté Très- ' Chrétienne et à la nation française. Sa Majesté pense que nous ne ^l^vons pas nous contenter de l'intimité d'union qui subsiste entre les deux monarques et entre les deux ministres, mais que nous devons l'étendre d'une nation à l'autre, et il est certain que de pareils écrits ne contribuent pas à cet effet. Votre excellence sait bien qu'on regarde en Espagne avec indifférence la perte des grands intérêts, mais point les injures.
^Dès que nous reçûmes le dit manifeste, on détermina que M. de UUoa répondrait aux fables et aux accusations exagérées qui y sont exposées. Mais avant que de le lui ordonner, il avait prévenu nos intentions, et il nous
8''C( [ghaf, w>v.
1769. envoya de Cadix la stttitfitotioa et té)[Mm8é ci-joiote. La copie que je vous en envde et le précis qui racoompfl^ gne rendent pour ainsi dire inutiles tous les autres pv piers que j'avais eu le dessein de vous envoyer. Ces deux pièces tous feront recoimaitre que le véritable objet des hirbitants de la colonie, et particulièrement des chefs de la sédition, est de vivre dans Tindépendanoe la plus absolue, sans lois, sans police et sans ordre, et que le roi les a traités et voulait les traiter à l'avenir avec une prédilection et une liberté bien difiérentes de , celles dont toutes les autres colonies américaines jouissent, quel que soit leur mérite et quels que soient les services qu'elles aient pu rendre à la métropole.
^Vous rendrez compte de tout à M. le duc de Choiseul, et vous lui demanderez une lettre ou déclaration de Sa Majesté Très-Chrétienne, en improbation de la conduite des habitants de la Louisiane. Vous prierez ce ministre d'engager Sa Mi^estéTrès Chrétienne à déclarer que les dits halntants de la colonie, comme si\}ets qu'ils sont du roi son cousin, doivent s'en remettre à s^ clémence et vivre sous ses lois. L'acte de cession de la colonie, comme vous le reconnaîtrez par la cc^e, fut absolu et sans aucune obligation de la part du roi. Seulement, dans la lettre écrite postérieurement à M. d'Abbadie, pour la remise de la colonie. Sa Migc^é Très-Chrétienne insinuait au roi son f»usin qu'elle atteur dait 'qu'il conserverait les mêmes habitants dans leurs privilèges. Cest à quoi le roi était déterminé, et il l'avait même ordonné, mais les dits habitants s'en sont rendus indignes par leur rébellion.
**Voilà, Monsieur, Tunique chose dont je dois, vous charger pour le présent, car, quoiqu'il fût très naturel que la gazette de France désapprouvât l'article qu'on a mis comme nouvelle de Paris dans quelques galettes des Pays Bas, il serait déjà un peu trop tard, et d'ail^ leurs il ne nous appartient pas de la solliciter. Nous
GHAr« XXV.1 271
nous contentons d'avoir écrit à Vienne et en Hollande 1769; pour qu*on y apporte le remède convenable."
Au commencement de Tannée 1769, la province de la Louisiane était presque rentrée dans le calme» mais ce cal" me n'était pas exempt d'un certain sentiment de terreur. Car si la révolution était accomplie, il s'agissait de sa« voir quels en seraient les résultats. Maintenant que le moment de l'action était passé, on réfléchissait» On avait tout le loisir d'examiner l'étendue et la nature des dan^ gers que l'on avait appelés sur le pays et que ohaculi voyait poindre comme de gros nuages à l'horizon. Que ferait la France 7 que ferait l'Espagne ? Voila les questions que l'on s'adressait avec inqtiiétude. Beaucoup de gens commençaient à se repentir de ce qu'ils avaient fait, et c'étarît i qui avait pris le moins de part à la révolu* tion. Comme cela s'est vu dans plus d'un événement de ce genre, les chefs commençaient à se trouver isolés et seuls désignés à la vindicte que l'on redoutait On s'éoartait d'eux) conune à l'approche de l'orage , on évite ces grands arbres sur lesquels on croit que la foudre va tomber.
Le 15 février, le gouverneur Aubry écrivait à Buccarelly, capitaine-général de l'île de Cuba :
** J'espère que M. d'Ulloa me rend justice et qu'il aura donné bon témoignage de ma conduite, car nul plus que moi ne vénère .et n'aime la nation espagnole. Cette révolution déshonore les Français de la Louisiane.
^Malgré que la fureur et la frénésie continuent, il me parait cependant que quelques-uns des plus opiniâtres commencent à envisager l'avenir avec quelque inquiet tude et efiroi, et si, dans cette circonstance, il pouvait arriver un bataillon et de l'argent, avec promesse d'oubli et de pardon pour tout ce qui s'est passé, on aurait bientôt rétabli la tranquillité, en faisant subir à un petit nombre de séditieux, qui donnent la loi dans ce pays
273 (ghat. XXV.
1769. et y ont fait tout le mal» les justes ch&timeiits qu'ils méritent.'*
Néanmoins» ces che& auxquels Aubry fait allusiout et qui avaient perdu une grande partie de leur influence, ne sentaient pas faillir leur courage. Us voulurent encourager leurs partisans en leur montrant qu'ils perse* véraientdans leur premier dessein, et qu'ils avaient foi dans l'avenir. La frégate espagnole, contre laquelle il avait été lancé un arrêt d'expuledon par le conseil, en date du 14 décembre 1768 était restée inunobile dans le fleuve. En conséquence, les conjurés provoquèrent une autre réunion du conseil qui eut lieu le 20 février. Le conseil fit demander à Aubry des explications sur la non-exécution de l'arrêt qu'il avait rendu. Aubry répondit que le capitaine espagnol ne partirait qu'à l'époque qui lui avait été prescrite par UUoa, et que si on voulait le forcer de hâter son départ, lui, Aubry, s'y opposerait par la force.
En efiet, Aubry fit armer quatre cents hommes, tant françcds qu'espagnols, pour s'opposer à tout acte de violence. Cette démonstration de sa part fut provoquée par un arrêt du conseil supérieur qui confirmait celui rendu précédemment, le 14 décembre, relativement au renvoi de la frégate.
On observera qu'au 26 octobre, au début de la révolution, Aubry n'avait qu'une centaine d'hommes à (^poser aux conjurés, et que maintenant il en avait quatre fois autant. Evidemment, il y avait réaction.
Cependant, ceux des colons qui restaient fidèles à la cause de la révolution, adressèrent, le 20 mars, au duc de Praslin, une supplique ainsi conçue :
**M0NSEIGNEUR,
**Votre grandeur aura appris par M. de St.-Lette, député de notre colonie, le départ de M. UUoa, officier du roi d'Espagne, et nous avons l'honneur d'informer
oiiAi». XXV.] 213
aiûoard'hui votre grandeur que toas les individus de VM» cette nation sont embarqués à bord de la frégate de Sa Majesté Catholique, qui doit faire voile, le 30 de ce mois» pour la Havane. Le retour de la paix intérieure dans cette province et le rétablissement de Tharmonie in^ terrompue ne pouvaient s'qpérer que par l'élittgnement de tout ce qui portait le caractère d'une domination, dont le simulacre efirayant avait porté Talarme et la dévastation dans tous les cœurs.
^'Les citoyens de la Louisiane, Monseigneur, ne cessent d'implorer votre protection et votre appui auprès de leur bien aimé monarque. Epuisée par les prêts considérables qu'elle a faits à Sa Majesté depuis 1759, la colonie vient d^étre mise à deux doigts de sa perte par trente et un mois de séjour d'un officier soi-disant gouverneur de Sa Majesté Catholique ; et malgré ces violentes secousses, elle a fait encore usage de toutes les forces qui lui restent pour fournir à Messieurs Aubry et Foucault les moyens d'entretenir les postes et de faire subsister la troupe.
''Au milieu de tous ces malheurs, nous sommes dans i^e résolution inébranlable de réclamer constamment nptre souverain naturel, de conserver le doux et invio* ^able titre de citoyen français, au plus grand hasard de nos vies et de nos biens, et nous sommes dans une en* tière et raisonnable confiance que jamais aucun dessein formé par les ennemis de notre liberté ne réussirait.
^Cette province, Mcmseigneur, ne demande, peur devenir florissante, qu'un regard favorable de votre grandeur. La salubrité de l'air qu'on y res{Hre présente à l'état la perspective d'une population immense. Le eourage et la fidélité des habitants lui ofirent un rempart coutre les tentatives et les vues ambitieuses des Anglais. Sa positicm favorable pour le commerce, la culture de l'indigo, du coton, du sucre, du tabac, la traita des pelleteries, tous ces olgets, disons noni^ assoreat à
274 [cuAP. xxt.
1969. nos manQ&ctnres un débouché considérable. Le transport et le débit de nos bois à St-Domingne ravissent anx Anglais Tespoir d'en faire la foorDitore et d'enlever par ce moyen au commerce de France le sucre, l'indigo^ et le café de nos colonies.
^Daignez, Monseigneur, faire jouir les citoyens de ce vaste continent des fruits de l'amour paternel de Sa Ma^ jesté. Jouissez vous-miéme du plaisir si doux et si flatteur d'être vaincu par les larmes d'un peuple qui vient d'être aussi cruellement opprimé par une domination étrangère, qui n'a jamais été ni établie ni reconnue authentiquement, et à laquelle notre attachement pour Sa Majesté Très-Chrétienne ne nous permettra jamais de nous soumettre.
^Dans notre abattement, nous ne demandons à notre auguste souverain, pour prix de notre fidélité, que de vouloir être notre divinité tutélaire, en nous conservant le précieux et incontestable titre de citoyen français, avec lequel nous espérons vivre et mourir. "
Presque en même temps que le ministre recevait cette adresse des colons, il lui parvenait une lettre d'Aubry, en date du 1er. avril, dans laquelle ce gouverneur lui annonçait que le peuple^ accablé par la misère, mur* murait contre les chefs de la révolte, et que le parti des rebelles diminuait
Les députés que les colons avaient envoyés en France ne réussirent pas mieux que leurs prédécesseurs. Bienville, sur l'appui duquel ils avaient compté, n'existait plus; et le ministre qui avait conseillé la cession était toiyours en place. St-Lette avait contracté dès l'enfance, dit-on, une liaison intime avec ce seigneur. Aussi, le due de Ghoiseul reçut-il i bras ouverts l'ancien compagnon de sa jeunesse, à qui il donna un emploi lucratif dans les Indes Orientales, mais il repoussa durement ses coUègueSi comme des imp<Nrtuns. Il leur dit qu'il était trop tard pour que le roi de France pAt revenir sur ce qu'il avait
fait» et que le roi d'Espagne avait donné les ordres né- 17^, cessaires pour prendre possession de la province» U ne resta plus rien à faire pour les députés que de revenir rendre compte de leur mission.
Ces députés avaient eu aussi pour instruction de solliciter du gouvernement français un règlement définitif co^cemant les billets qu'il avait émis et qui formaient, en papier, la circulation monétaire du pays* Le roi de France eut égard à cette représentaticm, et ordonna que tous ces billets seraient rapportés au trésor, à la Louisiane, avant le 1er. septembre, et seraient convertis en bons portant un intérêt de cinq pour cent jusqu'au paiement finaL On se rappelle qu'Ulloa avait ofiert, en 1766, d'échanger ces billets pour des piastres, en Iqs prenant au taux où leur dépréciation les avait réduits, c'est-à-dire à soixante-quinze pour cent, et que l'on avait reftisé, en alléguant que le roi de France les retirerait au pair.
Le 21 mars, Foucault, qui jouait un double jeu, celui de con^irateur et de dénonciatetir, avait écrit au ministre ppur s'excuser d'avoir convoqué le conseil qui aiipait expulsé UUoa :
*'Je n'ai fjàit que céder i la force, disait-il, vu que je n'avais pa^ cent cinquante hommes à opposer aux mille hommes révoltés qui menaçaient tous les Espagnoks. Le même motif m'a fait soufinr, sans beaucoup d'oppositioa, l'élection de sept à huit syndics pour représenter la masse de la colonie.
^n est à présumer que si la frégate ne s'en va pas avec tous les Espagnols, il y aura encore des troubles. U n'y a point à douter que la mcgeure partie des habitants souhaitait» avec tout le feu qui a paru, le départ 4e M. UUoa.
''Mais, si on doit croire quelques bruits sourds, les syndics mésusent de leur pouvoir. Il s'en faut de beaucoup
276 ciiAP. xxv."|
1769. que le même nombre d'habitants aient signé les requêtes qui ont donné lieu aux deux derniers arrêts. Cela se tronve eh quelque sorte confirmé par la crainte que quelques-uns d'entr'eux m'ont témoigné avoir, d'attendre long-temps le paiement des acquits dont ils sont porteurs, si tous les Espagnols étaient renvoyés. S^l m'était possible de pressentir toue les esprits là dessus, je vérifierais peut-être que ces bruits sont fondés. Cela étant, je prendrais avec M. Aubry un parti capable d'en imposer à quelques particuliers qui se croient des êtres fort importants. Ge sont d'ailleurs d'assez mauvais sujets, fort endettés, qui, à l'envî, semblent avoir en me de profiter du bouleversement de la colonie pour jouir-împunément des avances qui leur ont été faites, et à quelques-uns desquels tout pays est bon, n^ayant aucun bien fond qui les attache à celui-ci ; je pense que sans eux je ne serais phis témoin de la conduite la phts indécente et la plus audacieuse. Il n'y aurait plus à craindre l'exécution du détestable projet, qu'on assure être formé, d'incendier la Nouvelle-Orléans au prettiiet avis de l'arrivée des troupes espagnoles, si la Louisiane doit toujours appartenir à Sa Majesté Catholique. M. d'Acotta, le capitaine de la frégate, aurait la liberté de se préparer tranquillement à suivre la destination que M. Ulloa hii a donnée avant son départ, ainsi que les autres Espagnols qui voudraient s'embarquer avec lui; Les officiers d'administration de Sa Majesté Catholique ne seraient plus exposés à la contrainte de partir sans avoir le temps de naettre leur comptabiKté en règle, et l'on verrait disparaître Fanarchie et la confusion, qui ont pris la place du peu de bon ordre qui réglait dans cette colonie. Mais dans rappréhension de causer un grand mal pour en éviter un autre, je prends le part! du silence, en attendant les ordres des deux cours de France et d'Espagne.
CIIAP. XXT.l 27T
«■Cependant, sans me sMcier dn mécontentement qne 1769. mes oppositions à toutes les entreprises contre les Espa* gnols ont donné à ces esprits remuants, je ferai usage de tons les moyens les plus^ praticables pour que ces officiers d'administration restent ici jusqu'à Tarrivée de ces ordres. Il convient qu'ils ne partent pas plus tfrt, ne serait^e que parce que la garnison espagnole des niinois n'a point encore évacaé ce poste, ainsi qu'à cause de ma comptabilité et de la leur, depuis l'arrivée de M. de Ulloa, lesquelles ont rapport l'une avec l'autre, et pour tranquilliser d'honnêtes gens sur le sort de leurs acquits. C'est d'ailleurs conforme à l'arrêt du 29 octobre.
^Vous jugerez. Monseigneur, partons ces détails, que notre position est bien cruelle. Absolument sans argent, ni vivres, munitions, marchandises d'aucune espèce, pour payer la troupe et pour les autres objets indispensables au service, sans moyen de nous en procurer, en butte aux mauvais sujets qui s'y trouvent, craignant toujours des événements, et sans autorité pour les prévenir ou les contrôler, que deviendrons-nous, si vous ne changez promptement cette position, en nous envoyant des secours et des ordres ?"
Cette pièce témoigne de la lâche fourberie du com* missaire-ordonnateur Foucault. Il avait été, mais le plus secrètement possible, sous le prétexte des devoirs de sa place qui lui imposaient certains ménagements, l'un des chefs les plus actifs de la révolution. Maintenant, il dénonçait ses complices comme de mauvais sujets^ fort endettés, qui^ à Venvi les uns des autres, semblaient avoir en vue de profiler du bouleversement de la colonie pour jouir impunément des avances qui leur avaient été f ai" tes; gens pour lesquels tout pays était bon, n^ ayant aucun bien fond qui les attachât à la Louisiane. Puis il ajoutait aussi que, sans eux, il ne serait plus témoin de
37S [CQAF. XXV»
^*^^' la condwte la plus amâacieuse et la ftu» indécemte. Foueanlt eqpérait sans doate coiyurer par cette trahison le coup qui le menaçait Du reste, il est à remarquer que, daiis cette dénondaticmy il confirmait iH'esqne littéralement ce que UUoa et Aubry avaient dit sur les cheft des coiyurés.
DEPART DB LA FBÂQATK E8PAONOLB.-^PROJBT DtJinB RiPUBUCMOS FORMÉS PAR LES COLONB^ARRIVÉE D*OREILLT.— LAFRÈNlfeRB, M ARaUIB ST MILHÉT VONT X SA RENCONTRE FAIRE ACTE DR
SOUMISSION.— DISCOURS I» lafr&nièrb^rIefonsb d*oreillt.
-PRISE DB possession. -iCORRESI%)NDANCE ENTRE OREILLT BT AUBRT^ARRECTATION DES PRINCIPAUX CHEFd DE LA RÉVO- LUnON.-FOUOAULT EST RENVOYÉ BN FRANCE.
On ne peut s'empêcher d'admirer le courage et la 1*769. persévérance de ceux qui s'étaient mis à la tête du mour vement du 28 octobre. Car, malgré de nombreuses dé* fections, et quoique Aubry eût maintenant 400 hommes à sa disposition et tdt décidé à employer la force contre ceux qu'il appelait des rebelles, ils ne sentaient pas mollir leur audace et voulaient que la révolution suivit soti cours. Ainsi, il y eut une autre tentative de faite par eux, pour forcer la frégate à s'éloigner. Aubry écrivait à ce si\jet le 28 maL
^H y a eu une nouvelle alerte pour faire partir la fré» gâte. Les Allemands devaient venir en ville. J'ai en*> voyé Messieurs les officiers réformés pour les contenir. Tout est apaisé. M. de Lafréniàre y a beaucoup contribué. On doit lui rendre cette justice, quels que torts qu'il ait eus précédemment
**he capitaine de la frégate, craignant enfin que sa présence n'occasionnât des. troubles, a mis i la voile le 20 d^avril, après avoir salué la viUe de toute son ar* tiiierie*
260 [CHAF. XXVI.
176U. "Lafirégate est restée ici six mois après le départ de 1^f . UUoa. Sans moi elle amuit été forcée de partir, il y a long-temps. Les officiers sont venus me remercier/ Tout n'était pas apaisé, comme le disait Âubry. Car les copjurés avaient formé le projet de constituer la colonie en république et de la placer sous l'égide de l'Angleterre. Ils avaient même envoyé des émissaires au gouverneur anglais à Pensacola pour le sonder sur ce projet Cet officier n'hésita pas à faire une réponse défaiPnrable^^aiiiBi qpie UUoa en avait informé la eour d'E»* pàgne ; mais ce refus ne les avait pas découragés. Cette république devait éti^ gouvernée par un contteil de quarante membres» élus par le peuple. Le pouvoir exécutif devait être confié à un fonctionnaire, élu aussi par le peuple, sous le titre de protecteur. On ne sait pas quel était celui que les conjurés avaient déisigoé comme le futur CromWell de cette république de cinq mille Âmes. Il est permis de présumer que c'était t^afrénière. Du reste, il est à remarquer que tous les S;oi^verneurs de la Louisiane, depuis les premiers temps de la colonie, se sont toi\jours plainte de l'esprit répu^ bttcaiu qui, y régnait. On eut dit cg^ ceux qui y d^barr Qji^aienty rçspiraient un air qui leur faisait supporter imp^iemment le joug imposé par une puicsance éloignée» Quoiqu'il faille i;4mettre qjie 1q prqjet, conçu par une population qui pouvait à peine mettre quinze oeiits hoiqmes sous les armes, de je^er un défi a la France et 4 l'Espagne, et de proclamer son indépendance à la fieuie de ,ces deux puissantes nations, était une coooeptîon non .e;ipçn^^. deDou Quiqhotisme, cependant 1^. Louisifl^ l^'en a jpas tpoins aoquis le droit gloHeux de qans* tater ce fait : c'est qu'elle fut la première coloni6 américaine q|i|jL sofige&t, à secouer le joug européen. Ce pla^ ixxnp république qui, vu les forces du pays, était le ]]^oJQ|; le..|dus ^u^açieux. qa'aucuq^ agglomérMioB d'hommes ait jamais imaginé, prit une telle consislnwDe»
CDAF. XXVI.] 281
que ceux qui y étaient opposés, crurent nécessaire de 1769: le combattre par un mémoire qu'ils firent distribuer, et qui est assez curieux pour être transcrit ici tout en^ tier :
Mémoire contre les Républicains.
^L'on assure dans le public qu'un nombre de particuliers forment le projet, en renvoyant M. Aubry, de changer la formé du gouvernement de cette colonie pour en former une république gouvernée par quarante membres, sous la protection d'un particulier. D'après ce ouï-dire, je prends la liberté, quoique petit particulier moi-même, de proposer mes réflexions et mes coigectures sur les aflfaires de la colonie, sans parler des raisons qui ont engagé la France à céder par indemnité cette colonie à l'Eqmgne, ni de l'acceptation qui en a été faite sous la promesse de conserver à ses habitants leurs prêtres et leurs magistrats. Les vrais colons ont vu cette cession avec assez de tranquillité, sur les promesses de Sa Majesté Cathc^que, réitérées pv M. de Ulloa, de favoriser ses nouveaux si\jets de sa protection et de sa bienveillance. Je ne parlerai pas non plus des raisons qui ont engagé prudemment le conseil supérieur de cette colonie d'enjoindre à M. de UUoa de sortir de la colonie, pour éviter plus grand désordre et conserver le gouvernem^it firançais, tel qu'il a toigours existé, jusqu'aux nouveaux ordres de Sa Majesté Très-Chrétienne. Après une pareille décision, ayant envoyé des députés en France, pour déposer aux pieds du trône les plaintes et sigets de craintes des habitants, qui ont paru attendre fort tranquillement, jusqu'à ce moment, la décision et réponse de la cour, il parait fort étrange que quelques particuliers veuillent anéantir l'autorité royale, pour se soumettre à un gouvernement républicain. Ce qui ne s'exécuterait, dit-on, qu'c^rès avoir chassé M. Aubry et
ses tioupes.
3M {chatm xxru»
1*790» ^Eatrouf) dans le détail, et pescm» le6 hu^bs d'eié*' oatkm et les suites d'on pareil projet, s'il eet posnble qu'il ait été enfanté.
^Le caractère distinctif des républiques est Féqnilé et l'autorité des mœurs en tous genres. Si tôt qu'elles se sont relâchées sur cet article, la tyrannie s'en est emparée, et elles sont tombées soos un afflreme despotisme.
^Pour former une république, il faut que l'état qui s'y disposo ait des re/Boorees en lui«méme et des alliés in^ téresaés à ee cliangement, pour pouvoir m soustraire à la domination tyrannique dont il veut se délivrer* Ces prqjets, d'ailleurs, ne viennent jamais qu'après d'injustes violences, qui semblent justifier l'envie de seooujer un joug insupportable^ Quels si^ets de plaintes peut^n former conlve le gouvernement actuel? Peut-on s'y seas» traire avant la réponse de la cour, sans se r^idjre cri» minel de lèse majesté au premier chef 7
Comment peut^on se persuader que le roi laisserait impuni un pareil attentat, d'atitant plus criminel qu'il paitittridt que l'on se serait joué de la miyesté du ttàm et du roi, à qui on a recours comme de fidèles sigets, et qae Ton réclame par l'arrêt du U9 octobre dernier. Cette aetY>Q seule déshonorerait cette ooknie dans l'esqprit de toutes les nations.
^'Quels sont les moyens pour l'exécuter ? Cette ookmie n'a aucune monnaie ni aucun métal. Quelques-ons di-' sent que l'on fora du papier. Mais peut-on dire série»sèment une pareille absurdité 7 Le papier peut valoir, ou pour circuler dans l'intérieur de la colonie, ou pour payer les denrées des étrangers, mais s'il n'y a pas en queues endroits des fonds numéraires ou du métal pour répondre de la valeur du papier, personne ne l'acceptera*
*'La colonie peut^elle se passer de l'étranger 7 JNen certainement, à moins que nous ne voulions suivre les sauvages dans les bois, vivre comme eux et nous vêtir de. kl peau des bétes. Car ni Français ni Anglais ne
cuuf jcxvi. Mt*
BOUS appovteimieBt aBetin é&s bemiui ^nm/^àè iiew i^m*. tommes aoooatnmés, lorsqu'ils sanroDt qufil n'y a plm d'argent ici.
«^iies pfoductîoDS de la celome, diaent fmiyaos tms, attiperent les étrangers. Mais considéioi» impat^afo* ment les productions de œtte colonie.
^<!e6 productions sont le tttbact le bois, le socoe et le c«ton. Mais la Franoe ne Moevrait plus nos dentées. Les Anglais ont plus que nous et peuvent domiepr à meik. leur compte le tabac, le bms et le coton. Quant ait saère, il est si nonyeauet en si petite quat^ité, qu'on «e peut le tegnàer comme «ne bnmcfae de eommeroe»
^L'indigo estdonc le seul obfet sur lequel on poisse eompter. Mais que l'on consulte tous les marcliMids de hk cohuiie, et l'on verra quel fond l'on pont fake làidessfos a^jcttffd'btti. D'ailleurs, quand il seimit de la pre- DÛàre quatilé, et lors môme que l'on en fermt quatre fois pkis que l'on n'en fait, il ne subvlencbrait jamais aax be-* soins de toute la colonie qui ne peut se passer de pmn, vin, huile, savon, poudre, armes, fer, acier et vétemente en tons genres.
^U fioMit d'atlleufs dans une république, coimne danaune monarchie, une infinité de dépenses obliques. Cardans l'une comme dans l'antre, il faut que chacun vive de sou état et métier. L'on n'y £ait rien pour rien. Quel im* pôt mettra^HM, n'ayant ^int de numéraire ? Cmt il faut abandonner l'idée du papier, s'il n'est appuyé par des fonds proportionnés à ce qu'on mettra sqr la placer Cette colonie vient d'en éprouver vaa, triste exemple*
^Quelle alliance protectrice pourrait contraeter cette ookmte ? U n'y ausaît absolument que l'Angletenre sur qeà on pourrait jeter les yeux. ObservoE q«e l'on ne £urme d'alliance que par quelques vues d'intérêt Les Anglais ne sont conquérants que pour défendre leur oommeroe. Nous venons de dire qu'ils ne tronireitaient iai qu'on peu d'indigo, dont, jusqu'à présent, ils n'ont
364 (ciiAP. xxvi.
1769. pas para fort Jaloaxrayant toatesnos p]iodi2cti<»is clws eux à meilleur marché et préférant les denrées des iles d'Amérique.
^Le commerçant anglais n'est venu ici, jusqu'à présenti^que sur l'appftt de l'argent L'on dit que les interlopes espagnols apporteraient des piastres. U fSemi peu connaître cette nation, pour ajouter foi à ce propos ; et de plus, d'où tirerait-on les marchandises qui leur sont propres, le commerce de France étant interrompu ? Outre que les Anglais seraient nos premiers ennemis si nous pouvions leur enlever cette branche. Leur alliance et protection ne pourraient av<Mr lieu, qu'autant que cette nation y verrait un avantage. D'ailleurs, quel cas feraient-ils de nous et quel fond pourraient-Ils faire sur une colonie nai88ante,qui, sans raison, aurait si cruellement et si légèrement outragé son roi ? Considérez encore les affaires présentes et l'alliance ou trêve qui vient de s'ac* complir entre la France, l'Espagne et l'Angleterre. Voudrait-elle se brouiller avec la France, pour soutenir votre système, elle qui n'acquiesce à cette paix, que pour maintenir plus sûrement les peuples de ses colonies, qui paraissent vouloir remuer aussL Ces trois puissances ne se sont assurées les unes des autres, que pour pouvoir tranquillement réduire leurs colonies à l'obéissance. L'on parle du rétablissement du traité dIJtrecht ; par conséquent, la France et l'Espagne reprendraient lett {possessions qu'elles avaient avant cette d^nière guerre, et c'est ce que nous devons désirer.
'*Si on voulait réfléchir sérieusement sur un pareil projet, (la formation d'une république), l'on verrait clairement qu'il serait suivi des plus afireuses disgrftees, pour les chefs mêmes d'une pareille entreprise. Il est bien certain que la cour de France ne souffrirait pas tranquillement que son pavillon fat insulté à ce pmnt, et qu'elle mettrait tout en œuvre pour en tirer une sanglante satisfaction. Non-seulement toute la ocdonîe se
CHA?. XXVI.J 2ë6
Terrait plongée dans on abime de malheurs» mais Bdâme nao^ il est impossible qa'ancun particulier puisse y trouver le moindre avantage» supposant que la révolution puisse s'exécuter. Elle ne durerait que peu de mois, et cha* que chef sacrifierait son innocente famille à un projet enfanté par un inconcevable aveuglement» sans aucune apparence de le pouvoir soutenir.
'^ue si quelques particuliers craignent que la cour ne prenne en mauvaise part l'expulsion d'UUoa et ne les rende responsables» qui les empêche de mettre leurs personnes à couvert» en attendant que M. Aubry puisse obtenir un pardon» qui s'accorderait d'autant plus aisément» que le mal jusqu'à présent n'est pas fort' grand» qu'aucun pavillon n'a été insulté» et que tout s'est passé avec tranquillité.
''Je suis persuadé que les personnes même les plus prévenues» si elles veulent faire de sérieuses réflexi<ms sur ce projet» qui ne pourrait se commencer sans verser des Uurrents de sang» conviendraient» si elles sont de vrais citoyens» que le parti le plus sage est d'attendre tranquillement la réponse de la cour» de laquelle on sera tocûoi^u^ ^ portée» par des représentations respectueuses» d'obtenir pour cette colonie le sort le plus avantageux."
On a vu plus haut que la cour de France avait fait un accueil défavorable aux réclamations des colons» mais on l'ignorait encore dans la colonie» lorsque ce Mémoire fut publié. i
Sur ces entrefaites» on apprit» le 24 juillet au matin» que le général Oreilly était arrivé à la Balise avec des forces tellement considérables» qu'il eût été ridicule d'y vouloir faire la moindre opposition. A cette nouvelle» le» officiers espagnols» Loyola» Gayarré et Navarre» que Farrét du conseil avait rendus personnellement responsables des bons émis au nom du roi d'Espagne» et qui» en conséquence de cet arrêt» avaient déclaré qu'ils se
068 (oBifi zxn.
I70d; ooDsidéîafeiit oomme prûwnnicm Am Mbellro, le legu» dant maintieiiaiit comme redeveftus les mattueede la eo« kmie, reprirent leurs épées qofils avaient ceisé 4e per^ ter. La terreur était devemw ai grande» et on opojmit tellement à mie porosoription générale, que e^était à qui ee grouperait amtoar de ees officien et réclamerait lemt bons offices auprès du générai eiq^agnoL
Oe même jour, à onze heures du soir, don Franeisco Bouligny, officier e^Mignol, arriva avec nne dqiéche dY>reill7 à Aubry. Voici en qvels termes «et offioier rend eompte de sa mission à OreiHy :
^Je débai^qnai au milieu d'une grande firale qù gav* dait te plus profond silence. Je ftis reçu par don Joee Lojraila» den Antonio Eetevan Gayarré et don Martin Navarre, qui me conduisirent à la maison éa gouver* nenr. Il était couché, mais il avait donné Tordre qn*on fémllàt à mon arrivée. Le gouverneur me reçut avec affabilité et me ^ les {dus grandes p<riîtefiae& Je lai remis la lettre de votre excellence, qu'il lut denx fm. Mais ne pouvant pas bien en comprendre le sens, il {nia Loyola d'en ftwre la traduction* J'ofine de la fain neimtoie $ ce qif il accepta. Après qu'il eut pria eonnaô»* sanee du contenu de cette lettre, il me dit qo^il était prêt • à livrer possession de la province à votre excellence, et que si les colons y faisaient la moindre oppœifien, il était prêt i joindre ses troupes aux^otres pour ebâtier leur ajodace. Le lendemain, il convoqua le peuple, cft^ en ma présence, lui tint le môme langage qu'il m'avait tenu la veille. La masse des habitants, qui ne paraissait pas être retenue de son premier efSiPoi, l'écNNH ta en silence, mais Marquis, capitaine «éformé àm Suisses, et Lafrénière, prooureur-géBéral, tWaneàneat VOIS Ini et le prièrent de leor aoeonler me andionca pivrticuliére. Quelque temps après, le gocnFeneur vint me trouver ^hez L^ola, et me dit avec joie ^e test était arrangé, que le peuple était disposé à se i
«nxoidireBdd&RinsoiiTerau, et que Marquis» La^ Htt^
et Milliet daflcendraient la rivière avec moi, afin d'im^ plorer la elémenee de votre eiceeUenoe pour eninnéme» et pour les autres coi^bles^
K}e màme jour» je dnai ckes le geavemeur avec Lojrofa^ Gayarré et Navarra La oouverfiadon ftit tràs gaie» roula sur plusieurs sc^ete» et le gouverneur me t^ moigna sa satisfactioii de ce que le peuple avait enfin écouté les conseils de la prudence, el avait pris la seule résolution qui pût prévenir la ruine entière du pays*
^Le soir, j'allai me promener avec Loyola. Les habi* tatnts BOUS saluèrent avec une bieaveillaAte eourtoisîe et témoignèrent nous voir avec plaisir.
^Je ne repartis pas le même jour, parce que mes ramsiurs étaient rendus de fatigue, et parce que je m'étais nûs à la diqM»itiou de Mwpquis et de Lafrénîère, que je tenais beaucoup à emmener avec moi, pensant que par là j'assurevais la tranquillité publique.
^Le lendemain, je dînai de nouveau chez le gouver^ neur avec les mêmes officiers espagnols pour convives. Le gouverneur me dit qu'il désirait envoyer avec moi le plus ancien eapîtarne de la garnison pour compli* monter votre excellence, ainsi que le capitaine du port pour servir de pilote à vos vaisseaux et eu faciliter l'en^ tvée dans la rivière»^
Don Francisco Bouligny arriva à la Balise, apiè9 quarante heures de navigation, et présenta au général Oreilly les députés qui l'avaient accompagné. Ces messieurs furent tellement troublés, qu'ils restèrent court en présence du général, mais Lafrénière, s'étant un peu remis, ât la harangue suivante, dont^ (dit DouUgny, qui relate ces faits ),^e pris naie^par ordre du général :
"ExCELLBNCJSj
^Monsieur Marquis, ancien commandant de la com- ''pagnie suisse, M. Milhet,. lieutenant de milice et né-
2SS [cuAP. xxvu
l*t69. ''gociant» et moi, Lafrénièi^» procnrear-général da roi et ^habitant, avons été choisis comme délégués, et priés de ''venir assurer votre excellence de la soumission de la ''colonie aux ordres de Leurs Majestés Catholique et "Très Chrétienne) et de sa vénération pour les vertus et "les talents militaires qui vous ont élevé aux dignités "éminentes dont vous êtes revêtu» Nous sommes char» "gés de vous caractériser le respect profond de la co* "lonie pour Sa Majesté Catholique, son amour pour Sa ^Majesté Très Chrétienne et pour toute l'auguste mai* "son de Bourbon. La colonie n'a jamais eu l'intention "de déroger en rien au profond respect qu'elle p<Mrte au "grand monarque que vous représentez. La dureté du "caractère de M. UUoa, et la subversion des privilèges "garantis par l'acte de cession, ont été la seule cause "des révolutions arrivées dans cette colonie. Votre "excellence est suppliée de ne point la regarder comme "un pays à conquérir. Les ordres dont vous êtes porteur "suffisent pour vous en mettre en possession, et font plus '^'impression sur les cœurs que les armes que vous "avez à la main. Le Français est docile et accoutumé "à être gouverné avec douceur. Vous trouverez à votre "arrivée tout le monde soumis aux ordres des deux Mi^ "jestés. La colonie réclame de votre Uenveillance des "privilèges, et, de votre équité, des délais suffisants poor "ceux qui désireront émigrer." Le général Oreilly répondit :
"Messieurs,
"Il n'est pas possible aux hommes de bien juger des "ohoses, sans être suffisamment instruits de leurs anté- "cèdents. Dès que je serai arrivé dans votre ville, je "donnerai tous mes soins à savoir à fond la vérité, à i^ "précier les faits et à examiner vos raisons. Vous pou- "vez être persuadés que personne n'aimera tant à faire "le Uen que moi et que je serai au désespdr de faire le
OMAT, XXVK] Mt
**m6iiidie mal i qid qae ce soit Je serai le premier à VM9. **YOUB procurer toutes les facilités possibles pour voM justifier. Soyez donc tranquiUes, et a88^rez tout le peu- ^plé des bonnes dispositions où je suis à son égard. J*j **ms porté par mon caractère, et je vois avec plaisir le ^*parti que vous avez pris. Car soyez persuadés que j'au^ ^*rais fait respecter le pavillon de mon roi> et que rioa ^n'aurait été capable de m'arréter. Telle était ma réso- «'lution, et j'aurais remonté le fleuve jusqu'aux minois^ ^il Peut fallu. Des moments de vertige éblouissent ^souvent les hommes. Gomment vous, qui n'êtes qu'une *^ignée d'hommes, vous êtes vous crus capables de '^nir tête à un des plus puissants rois de l'Europe.! Comment avez* vous pu penser que votre roi, uni par ''les Hens du sang et par la plus étroite amitié au roi ''mon maître, ait jamais pu vous appuyer ni prêter Fo> ''reille aux cris d'un peuple séditieux 1" * ''A ce mot de séditieux , Marquis l'interrompit et donna quelques raisons pour expliquer la conduite des colons. '
**Le général lui répondit avec douceur : *HSoyez tran*- ''quilles, Messieurs; je vous écouterai avec plaisir quand ^1 en sera temps. Je suis persuadé d'avance que sou» ''vent les choses qui paraissent noires au loin, paraissent "'blanches lorsqu'on les voit de près."
Le général les retint à dtner avec lui, les traita avec toute la politesse possible^ et les renvoya pleins ^admira" tien pour ses talents^ et avec de bonnes^jBspérances pour t oubli de leurs fautes passées. Telles sont les propres expressions de BouHgny, qui assista à l'entrevue.
Oreilly, afin de faire préparer des logements convenables pour ses troupes, i la Nouvelle-Orléans, y^renvoya Bouligny, qui partit accompagné de deux autres ofliciers nommés Karbonary et Bordenave.
La prise de possession eut Heu, le 18 août Voici la
190 [cHAf . XXTI*
1161k yetatioa <ia'ein lait Aubry, 4aa8 une dépêche adressée à ma genT eroement :
^J'ai eu rhoQnev â'infiiraier votre grandeur de to» les événements qui ee sont passés à la NouveUe-Orléans, depuis ia révolte du 29 octobre 1768, jusqu'au 29 aud i769. Depuis oe temps là, la ftireur et la frénésie oon* tve la nation espa^^le et sou gouvememeut ont tou*jours été en augmentant J'ai eu la douleur de yoît, penctaiit neuf mois, oette cohnie à deux doigts de sa perte. Les séditions continuelles, les mouvemenis les plus dangereux et les plus inquiétants» les écrits les phrs séditieux, les discours les* plus rebeUes, tout a été nîs en usage par les cheâ de la révolte, pour tromper le peuple, et loi donner horreur de la nation espagnole ei d« son gouvernemient* Vingt Ibis le parti des rebeUes et celui des Espagnols, qui n'était pas t^ertainemeni le plus fort, ont été sur le point de s'égorger. Des lettres^ écrites par les députés, qui donnaient i entendre que leurs démarcbcB étaient approuvées à la cour, et que le pays resterait à la France, ont achevé de tout perdre et d'ébranler le reste de la colonie.
^Dans une circonstance aussi dépioraUct sans troupes, sans argent, sans secours, sans ressources, ayant contre moi \e conseil et la plus grailde partie des iiabi«' tants, j'ai cru que, pour ne pas perdre «elte oolonie, il était de mon devoir d'agir avec la plus grande réserve. J'ai cru*xiue je devais faire tous mes effiorts pour empé^ ch^r l'effusion du sang ârançaîs ot espagnol, et tâcher de conserver <ce pxialheKireux pays en son entier, jusque ce qu'on fût à mômp de pouvoir y faire respecter les ordres sacrés de Leurs Ma^stés Catholique et TrèsChrétieime, déterminé cependant à périr avec le peu d'effieieis et de soldai qui sont sous mes ordres, lorsque la ftureor et la violence des rebellée me pousseraient à bout, et me mfet» traient dans l'indispensable nécesaté de les combattre. '*Dans le moment que tout paraissait perdn, la Pro-
cuAr« XXVI. I' 2OT
videnee a en pitiÀ de nos malheurs, et, knsque ^ow 1789. étions sur le point d*étre submergés par la tempête, eUe noQs a envoyé un libérateur qui, par sa présence et sa sagesse, a rétabK en un instant le calme et la tranqiûllité dans un pays, qui était depuis long-temps dan» un désordre et une eoDfiuripn inexprimable.
^Le 24 de juilkt, à sept heures du matin, j'ai reçu oae lettre du commandant de la Balise, qui m'a annoncé que M. d'Oreilly, lievtenant-général et inspecteur^géfté*rai des armées de Sa Msyesté Catholique, était à Centrée du fleuve avec un grand nombre de vaisseacix et de troupes, et qu'il m'avait détaché un officier pour me faire purt dé son arrivée. Cette nouvelle, qui a été répandue en un instant dans la ville et la campagne, n/a causé la plus grande joie, et aux séditieux les pkis vives alarmes. Des hommes qui, un instant aopararvuit, se flattaient que la colonie resterait à la France, et que kars crimes seraient impunis, ont été grsuideraent oons^ temés d'apprendre l'arrivée d'un général d'une ausisi grande distinction et réputation, à la Balise. Le désespoir en avait engagé une centaine à mettre des cocarde» blaoehes. Les chefs de la conjuration sont veni» ohM moi, efirayéa J'ai fait usage de ce que j'ai pu, dans oer moment, peur les rassurer et les tranquilliser. Je leur ai dit que M. le général Oreilly ne venait peint potir perdre ce pays, et que, conmie il n'y avait point eu de sang répanchi, j'espérais, qu'en se soumettant promptement, ils avaient tout lieu d'avoir confiance dans la bonté et la clémence de Sa Majesté Catholique. Je leur dis qu'aussitôt que j'aurais reçu des nouvelles de son excellence, je leur ferais part de ses intentions, et je leur ai ordonné en mène temps d'être tranquilles; ce qu^ls m'ont pro« mis. J'ai détaché aussitôt un ofiicier pour aller jus^ qu^aux Allemands, afin de tranquilliser les habitants, et de4e«r osdenner, au âom du lei, de ne peint remuer, et de ne point prendre les anoes, sans un ordre exprés de
9M fcMAF xxvr.
17^9. oMi part, Mm peine d'être traités oomme lebelles aux ordres de Sa Migesté.
.^Le 25, à minuit, M. Fofficier espagmd est anivé ckei UKMi avec une lettre de son exoellencef qui me marque. qu'elle est envoyée par Sa Miyesté Cath<diq«e pour prendre en son royal nom pomession de la Louisiane, et qu'elle me remettra, à notre première entrevue, les op^dres.relatifs à cette commission. Le général me marque en même temps qu'il continue sa navigation pour la ville, et me prie d*employer les moyens que je jugerai les plus .convenables pour l'objet de sa comnôasioa et le service de Leurs Mi^^estés.
^Le 26 juillet, i neuf heures du matin, j'ai assemblé les habitants et le peuple dans la paroisse de la Non* velle-Orléans. Je leur ai annoncé que M. d'Oreilly était dans le ieuve, à la tête de plusieurs régiments venus d'Espagne avec lui, qu'il était envoyé pour pseotbo possession de la Louisiane, au nom du roi d'Espagne, en vertu des ordres sacrés de Leurs Migestés Très Ghié^* tienne et Catholique, qu'il devait me remettre à sa première entrevue* Je leur ai dit qu'ils devaient voir combien le roi d'Espagne était irrité,, puisqu'il envoyait dans le pays un général d'une si grande distinction, avee autant de troupes; qu'il était prudent pour eux d'oumr les yeux sur leur conduite passée, et de prévenir leur perte et celle de leur patrie; qu'une prompte et entière soumission pouvait seule présentement les garantir de tous les malheurs dont ils étaient menacés. J'ai cru qiie# dans une circonstance aussi délicate, je pouvais prendre sur nu de les assurer que, s'ils se soumettaieiU, M. le général les traiterait avec bonté, et qu'ils devaient avoir pleine confiance dans la clémence et la miséricorde de Sa Migesté Catholique. Je leur ordonnai en même temps, au nom du roi, de ne point s'assembler ni de prendre les armes, sans un ordre exprès de ma part, sous peine d'être traités comme rebelles aux ordres de Sa Migesté.
onAP. XXTI.1 Mt
^M. de Lafténiére est venu chez moi peu de temps 1769. après^ et m'a dit qu'ayant toute confiance dans la générosité et la grandeur d'ame de M. le général OreiHji pourvu que je voulusse lui donner une lettre pour sou exeellence» il était dans l'intention d'aller lui rendre ses hommages avec les sieurs Marquis et Milhet, afin de l'assurer de la part des habitants et négociants de leur entière soumission, et le supplier d'intercéder pour eux auprès de Sa Majesté Catholique» dont ils imploraient la clémence. Je lui ai répondu que cette démarche me paraissait la seule convenable dans ce moment ; que je leur donnais avec plaisir une lettre pour sou excellence et que j'espérais qu'elle les recevrait avec bmité. La crainte qu'ils ne fussent arrêtés avait causé beaucoup d'inquiétude et une grande fermentation. La fermeté avec laquelle M. le général leur a parlé» jointe i la vue des forces qui étaient sous ses ordres, leur a inspiré la crainte qu'il fallait dans une circonstance pareille, et la bonté qu'il leur a témoignée «uBuite les a déterminés à se soumettre.
''Le retour de ces députés a tout calmé. Ds ont fait tous leurs efibrts pour gagner par leurs discours M. le général espagnol et effacer en quelque façon leur faute passée, en ne cessant d'applaudir au digne choix de Sa Migesté Catholique et en publiant les vertus et les rares qualités de ce digne général, qui ne les a cependant point trompés, car il a répondu à leur harangue qu'il ne connaissait point la province ni les personnes; qu'il prendrait connaissance de tous les évèneïbbuXm dont on parlait ; qu'il ferait avec grand plaisir tout le bien qui dépendrait de lui et ne ferait aucun mal qui ne fiât très justifiable et même très nécessaire. Enfin i^^rès neuf mois de troubles et de discordes, qui ont mis cette colonie en feu et à deux doigts de sa perte, j'ai eu la consolation d'y voir régner la paix et la tranquillité la plus parfaite.
SM [oBAB. xxru
n69« uj^ 15 d'août, j'ai M rendre mes respectf à M. le général et prendre ses ordres par rapport à la prise de possession, qui s'est faite le 18, avec toot l'éclat, la pont? pe et la grandeur digne du monarque qui l'a envoyé.
^J'avais rendu, le 16, une ordonnance pour ei^jetadre à tous les habitants de la YÎUé et aox principiuo: de la canq>agne d'assister à cette auguste cérémonie et d'être tous prêts à se présenter à aon excellenee, afin de l'aa* snrer de leur entière souniissi<m et fidélité inviolable à Sa Majesté Catholique.
^Dans la nuit du 17, la frégate où était M. k général a amarré au quai de la ville aveo vingt^trois autres vaisseaux. Le 18, i midi, j'ai fait battre la générale. La. troupe firançaise et la milice se sont formées sur un des côtés de la place en face des vaisseaux. A cinq henres et demie, la frégate a tiré. M. le général OreiUy a descendu aussitôt à terre, et en même temps trois mille hommes (de troupes d'élite ont débouché en eo* knaes par tous les p<mts des vaisseaux, et se sont fiM> mes sur les trois antres faces de la place, aveo touslesha» bitants et le peuple, pour recevoir M. le général, qui est venu à moi et m'a dit : M(m$i&tr,jt votu m oommmnifiêé hs ordres et les pleins pouvoirs dont je sims mumpam' prendre possession de cette colonie au nmn do Sa Ma^ jêsté CatàdiquCf aussi bien que les ordres de 8a Majesté Trés^Ckrétienne pour la remettre* Je vous prie dfen faire la lecture. Aussitôt que je les ai eu hns, j'ai dit aux habitants :
^MessieurSy vous venez éPentendre les ordres sacrés de Leurs Majestés-Três-Chrétienne et Catholique^ par wap^ port à la prùéince de la Louisiane^ qui est cédée irrêvo^ ctMement à la couronné d^Espagne. Dès ce moment^ vàiu» êtes les sujets de 8a Majesté Cathoiiqxm^ et en vertu des ordres du rot, mon maître, je vous relèvo du serment dejiiélité et d^obéissaSH» que vous deviez à Sa Majesté
OHkf. xxvl] 805
•Trêi CJirétienwi. Alors, j*ai remis les clés des portes 1769. de la ville à M. le généraL
'^Aussitôt, les décharges des vaisseatix» ceUes de la place» et le bruit général de la mousqueterie de toutes les troopesy aecompagnés des cris de vire le roi» se soat fâhs entendre de toutes parts, tous les postes ont été relevés» et on a aorboré dans chacun d'eux le drapeau de Sa Majesté Catholique. Nous avons été ensuite à Téglise, et, après avoir assnté au Te Oeuah cette mémorable journée et auguste cérémonie ont été tei^ minées par la marche de toutes les troupes qui ont dé* fllé devant nous avec tm ordre et un appareil redim« tables.
^Ap^s avoir éprouvé les alarmes et les disgrâces les plus terribles dans le gouvernement d'une colonie que j'ai plusieurs fois vue au moment de sa ruine et de sa destruction, Dieu m'a ùAt la grAee de la iwietCre en sou epitier à un général, qui, par sa {Hréseftce, sa fermeté et sa sagesse y a rétabli en «n instant le bon ordre et la tranquillité. Ecoutast avec ime grande bonté tous ceux qui ont affaire à lui, il remplit d'espéranoe et de 8aÉis£BK![tion tous les habitants qui, après tant de trou' Mes et de désordres, voient enfin parmi eux régner la justice et la paix.
^L'approbation et le remewtmeat que le général s bien veuki me rendre devant tout le peuple et à la tète de ma troupe, pwr rapport à la condidte que j'ai tenue dans ces temps malheureux, m'est un sûr garant que j'aurai celui de votre grandeur."
La prise de possession avait eu lieu, ainsi qu'on Vd vu par la dépêche d'Aubiy. Le lendemain, le général reçut les compliments des différents corps de la colonie, et ensuite alla avec un brillant état major, faire une visite ofiicieUe au gouverneur français. Le même jour, Oreilly écrivit à Aubry:
''Monsieur, ayant été présent à ce qui arriva dans
9116 [CHAP. xxvu
I*na cette colonie, quand don Antcmio Ulloa, gouverneor nommé par Sa Mcgesté Catholique» en fut expulsé, je Vonis supplie de m'instruire et de me mettre au fait de cet événement et de ses véritables causes, avec les noms des personnes qui ont séduit le peuple à commettre l'attentat de se présenter les armes à la main en cette ^ace, pour soutenir la violente expulsion de don Antonio de Ulloa, excès qu'on a ensuite renouvelé contie tins les officiers et troupes espagnols qu'il y avait dans la colonie.
^Oomme gouverneur de cette colonie pour Sa Majesté Très-Chrétienne, et commandant de la troupe française, vous avec reconnu en don Antonio UUoa la per> sonne destinée par Sa M^gesté Catholique pour prendre en son royal ûom possession et commandement de cette eolonie* En conséquence, vous avez donné à don Antonio UUoa, pissession de la Balise et d'autres postes, et ne différâtes la reddition totale, à la sollicitation de àxaa Antonio UUoa lui-même, que jusqu'à l'arrivée de la troupe espagnole qu'il attendait, confiance que commandait l'étroite union des deux couronnes.
''Il serait nécessaire et utile que vous eussiez la bonté de m'infonner, avec la plus grande promptitude possible, de tout ce que vous savez de la dite coDunotion, sans omettre la citation Uttérale de tous les ordres, protestations et documents pubUcs et secrets que vous avez mis en usage, pour contenir et réduire à leur devoir les chefs et agents de la cpnspiration.
Il est très essentiel que je sache la personne qui écrivit, imprima, et avec queUe autorité furent imprimés et répandus dans le pubUc, le document ayant pour titre : arrêt du conseil sous la date du 29 octobre 1768, et l'autre ayant pour titre : Mémoire des habitants de la Louù siane sur F événement du 29 octobre 1768, attendu que toutes les clauses des deux documents exigent mes sdns. J'ai entière confiance en vos informations et je vous prie
de reohef de n'omettre aucune circonstance sur les 1769* hommes et les choses touchant cette conspiration.'*
Le 20 d'août, Aubry adressa la lettre suivante à Oreilly, en répooi^ à celle qu'il lui avait fait remettre la veille.
ÂtAry à OreiUy.
'^Monsieur, pour répondre à la lettre dont votre excellence m'a honoré, en date du 19 août 1709, je vais lui exposer, avec tout l'honneur et la vérité dont je suis capable,* le détail de la révolte qui a éclaté à la Nouvelle-Orléans, le 29 octobre 1768, contre M. Antonio de UUoa et la nation espagnole. Attendu que votre excellence me le demande pour demain matin, je ne peux lui donner dans ce moment qu'un extrait fidèle et exact des principaux événements qui ont accompagné la fatale révolution, aussi bien que de la conduite que j'ai cru être obligé de tenir dans une circonstance aussi déplorable. Je supplie votre excellence d'être persuadée que je me serais sacrifié avec zèle pour m'opposer à un pareil attentat, si je n'eusse été presque certain qu'une pareille démarche de ma part aurait entraîné la perte de M. UUoa, et de celle de tous les Espagnols qui étaient ici.
^Le refus que la troupe française a fait d'entrer au service d'Espagne, fondé sur ce que le congé lui était dû depuis plusieurs années, a été la cause que M. UUoa, envoyé au mois de mars 1766, par Sa Mi^esté Catho- Uque, avec cent soldats, pour prendre possession de ce pays, n'a pu exécuter, aussi bien que moi, les ordres que nous avions de nos deux cours ; et dans la crainte que ce retard ne fût préjudiciable aux intérêts de Leurs Majestés Très Chrétienne et Catholique, nous sommes convenus que nous nous concerterions ensemble dans ce qui intéresserait le bien et l'avantage |ia service de Sa M^esté Catholique, et que nous dirigerions les affaires,
29S I^CHAP. XXTI.
1769. autant qu'il serait possible, comme si le pays appartenait au roi d'Espagne.
^M. dlJlloa m'a demandé en conséquences au nom du roi son maître, l'agrément d'établir quelques postes sur le fleuve, qu'il y croyait nécessaires, à cause de l'Anglais qui en établissait également de son côté. Cette opérai lion s'est effectuée avec tranquillité, et, depuis l'embouchure du fleyve jusqu'aux Illinois, les pavillons d'Espagne, de France et d'Angleterre, étaient placés sur le Mississippi ; et, malgré la diversité des nations» dont les intérêts et les caractères sont très différents, tout y était tranquille. Depuis deux ans, Sa Majesté Catholique payait les dépenses de la colonie. Aucun vaisseau ne pouvait venir de France sans être muni de ses passeports. Toute la colonie se regardait comme espagnole, et M. de Ulloa n'attendait plus que l'arrivée de la troupe d'Espagne pour prendre possession, lorsque la révolte du 29 octobre a renversé en un instant l'ouvrage de quatre années, et les dispositions que nous avions prises pour l'avantage de la couronne d'Espagne.
"Messieurs de Masan, chevalier de 6t.-Louis, Lafrénière, procureur-général. Marquis, commandant réformé de la compagnie suisse, entretenue à la Louisiane, Noyan, capitaine réformé de cavalerie, Bienville, son frère, enseigne dans la marine, Villeré, capitaine des milices de la côte des Allemands, tous, les plus riches et les plus distingués du pays, sont les chefs de cette criminelle entreprise. Quoique M. Foucault, commissaireordonnateur, n'ait point été placé dans le même rang, je ne peux cependant me dispenser de prononcer qu'il est très coupable. Il a permis qu'on imprimât la requête des habitants, qui est rebelle aux ordres du roi et outrageante pour la nation espagnole. U a permis qu'on imprimât le Mémoire des habitants, où il y avait des blasphèmes contre la nation espagnole, qu'on a retranchés, à mes fortes instances. Cest chez lui qu'on a travaillé
aax lettres qui étaient adressées à Monseigneur le duo n^ d'Orléans, le prince de Conti, le chancelier, &c. Tandis que je faisais mes efforts pour faire aimer la natjion espagnole et son gouvernement, U ne cessait, avec ces Messieurs, de mettre enjeu toute sorte de ressorts pour d^ruire mon ouvrage et persuader le coptraire, donnant à entendre à tout le monde que, dans les colonies, le^ gouverneurs d'Espagne étaient des tyrans, et le peuple des esclaves. La haine que l'on portait généralement à M. UUoa, et la copie d'un décret de Sa Majesté Catholic^e» qui prive oette colonie du conunerce des iles de la France, ont été en grande partie la cause de la révolte; Les habitants ont appréhendé de ne pouvoir plus avoir le débit de leur indigo ni de leurs bois; les commerçants ont prévu la chute de leur commerce ; le conseil a appréhendé d'être supprimé ; tous ensemble se sont ligujés P9ur renvoyer M. le gouverneur, et se soustraire à la domination espagnole. Le secret de leur conspiration a été si bien gardé, que je proteste, avec sincérité, n'en avoir eu connaissance que le 25 octobre. J'en ai informé aussitôt M. de Ulloa, et j'ai fait (lonner des cartouches ù ma, troupe, qui ne consistait qu'en cent dix hommes. J'ai assemblé chez moi Messieurs les officiers, le 28 après midi. Je leur ai déclaré que je périrais plutôt que de souffrir que l'on fit la moindre violence à M.. de Ulloa, et que je comptais sur leur zèle et leur fidélité. Le même soir, j'ai mandé M. de Lafrénière, qui m'a déclaré que tous les habitants et le peuple avaient signé une requête, adressée à M. Foucault, pour demander un conseil extraordinaire, afin de renvoyer M. de UUoa et les Espagnols qui l'avaient accompagné. Il ajouta que tout le monde prenait les armes, et> qu'on devait arborer un pavillon sur la place de la Nouvelle-Orléans. Je fis tous mes efforts pour le détourner d'une entreprise qui serait la cause de sa perte et celle de la colonie, et, comme il persistait dans son opiniâtreté, je lui dis que je m'y op-
aw [cHAP. xxrc
l^M pkMerais les anneB à la main, et qu'il y aorait bien du sang répandu. Je détachai en diligence le sieur Judice, commandant des Acadiens, qui se trouyait alors i la ville, afin d^aller leur ordonner de ma part, au nom dti roi» de ne point prendre les armes, sous peine d'être traités comme rebelles aux ordres de Sa M^esté. Je mandai M. Foucault, à qui je demandai quel parti il prenait Gomme IL me répondit avec ambiguïté, je lui dis qu'il se perdrait sans ressource, s'il ne s'opposait pas, conjointement avec moi, à une lébelBon pareille. Le 2T, M. Ulloa me témoigna que, puisqu'on n'était point en forée pour faire respecter l'autorité de Leurs Majestés Très Chrétienne et Catholique, afin d'éviter l'efiusion àa sang français et espagnol, il jugeait convenable de se conformer à d9 que le conseil déciderait à son égard. H me pria de communiquer ses intentions aux coqjtirés. Je fis venii' chez moi M. de Lafrénière et plusieurs ofilciers de milice des plus déterminés^ Je leur répétai les paroles de M. de Ulloa, et leur dis que tout le monde avait droit de faire des représentations, mais que si elles se faisaient les armes i la main, il y aurait bien du sang répandu* Ils me promirent qu'ils allaient tout contremander, et qu'il viendrait seulement des députés de chaque corps pour faire des représentations au conseiL Le 28, au matin, j'appris que les pièces de canon qui étaient à la porte des Tehonpitouhts avaient été enclouées, dans la crainte que je ne fisse feu sur les habitants qui devaient venir par ce côté. Je fis venir le même jour M. de Lafrénière chez moi ; je lui représentai qu'il au* rait i se reprocher d'être la cause de la perte de sa patrie. Je lui dis en même temps que les che& decoi\juration avaient toigoUrs fini tragiquement
^Le 36, au soir, voyant que malgré mes ordres et mes représentations, le sieur Yilleré était entré dans la viDe à la tête de quatre cents Allemands, Acadiens et autres miliciens conduits par leurs officiers ; que les miliciens
OQAP. XXVI.]
pkboés au-dessoiu de la NoHYelk-Orféaiis étaient < également et que tout était en combnstion dans la viHe, je jugeai que le danger était grand po«ur M« de Ultea. CTest pourquoi, dès le soir même, je l'engageai i se ffr^ tirer dans la frégate de Sa Majesté Catholiiiue, oà Je raccompagnai arec Madame son épouse. J'jn en^iijii aussitôt un officier et vingt soldats. Le 299Joard« eonseil, il s*est trouvé sur la place près dte nrille peivdnnes en armes avec un pavillon blanc, eriant tous géaé ralement vive le roi d$ France, et ne voulaot peint d'a«* tre roi. Comme le quartier de la troupe était pi^cfte da la frégate» j'y fis rester mes soldats sous les armes av«t Messieurs les officiers, pour, au premier signal, être à métne de faire feu sur les révoltés, s*il8 «Assent été assea téméraires pouf insulter la frégate» Je fis tous mes ef» forts pour calmer le peuple et le faire rentrer daas k devoir. Mais voyant qu'on ne m'éooutait ^lus, j'ai cm que, peur sauver la vie à M. de Ulloa et éviter mi eav* nage général, il convenait de ne pas aigrir les esprits qui déjà n'étaient que trop envenimés* J'allai enaaîle au conseil pour tâcher de faire comprendre aux juges les suites et les conséquences de l'aflUre qu'ils pM« naient sur eux de juger. Je leur dis qu'elle n^étak pomt de leur compétence, que M. de Ulioa était renv<qFé d'mi grand roi, que son caractère était sacré, et que Leurs Majestés TVès-Chrétienne et Catholique seraient imtées, A on le renvoyait de la colonie. Voyant q«e les prières ni les menaces ne les touchaient point, et q«'à l'exception de deux ou trois, qui m'ont paru modérés, le reste se laissait entraîner par les* sentiments de M. 4e Lafi^ère, j'ai protesté contre leur arrêt, qui eivîoimt à M. de Ulloa de s'embarquer sous trois fois vingt-quatre heures pour aller rendre compte de sa conduite à 8a Majesté Catholique. Le même jour qu'il est parti, le rieur Marquis avait commandé un déta^ement de milie# de cinquante hommes pour accompagner M. le gouvemeur
Ml [eu AT* XXVL.
Vf9ê. jasfft'à la B^ise, el y restrr en garnison pour sVqpposer aux Espagnols qui pourraient venir. Comme ils étaient déjà embarqués, j'allai aussitôt au sieur Marqoisi et je lui ordonnai, aussi bien qu'aux miliciens de se rstifMT, si non que je ferais feu sur eux, et je fus obéi dans es moment, pour la premiàre fois depuis la réveils, ice. éce.
^Je ne saurai exprimer à votre excellence à quel psirt la fureur et la jQrénésie ont été portées contre la nation.espagnole et son gouvernement, depuis le départ d» IL de UUoa jusqu'i Fheureux moment de votre s^livée* L'ecqpritde vertige et d'aveuglement a toujours été en augmentant &c. d&c. Mille projets insensés se • sent succédés les uns aux autres ; on a eu dessein d'ériger ee pays en république ; on a présenté au ec»stil «ne requête pour y établir une banque à l'imitation de celle d'Amsterdam et de Venise, car ce sont les propies termes dont ils se sont servis. M. de Lafrénière est auteur de la requête. Le sieur Doucet avait composé le mémoire des habitants.
''Le sieur Marquis, à qui j'avais refusé le commandement de la milice <iu'il m'avait fait demander par tous les officiers de ce corps, n'en a pas moins été regardé par eux comme leur commandant
'^Le sieur Yilleré avait a ses ordres les Allemands, auxquels j'ai fait défendre plusieurs fois de prendie les armes. Le sieur de Masan, malgré mes défenses, a tenu chez lui plusieurs assemblées d'habitants, dan9 lesquelles il invectivait continuellement contre la nation espagnole e^ son gouvernement
''Les séditions, les mouvements les plus inquiétants, les écrits les plus audacieux, les jHropos les plus rebelles, toutes sortes de ressorts ont été mis en jeu pour échauffer le peuple et lui donner horreur du gouvernement espagnol. Plusieurs iSois le parti des rebelles et celui des Espagnols, qui n'était certainement pas le plus fort, ont
été sur le point d'6n venir aux mains. Si ce malheur llVS. fut arrivé, votre excellence eût mar<^ tmr les cendres de la Nouvelle-Orléans* Dans une circonstance ausâ déplorable, sans troupes» sans argent, sans secours, saM ressource, ayant contre moi le conseil et la pl«s grande partie de la colonie, j^ai cru que, pour ne pas perdre ee pays, il convenait d'agir avec bien de la réserve. J'ai cru qu'il était de mon devoir de jfiûre tous mea eibrts pour empêcher l'effusion du sang espagnol et ftançaii, afin de tâcher de conserver cette^ colonie en scm entier, jusqu'à ce qu'on fût à même de pouvoir faire respecter les ordres sacrés de Leurs Majestés TrèsOhrétienne et Catholique. La providence a eu pitié de la colonie et de moi. Au milieu des orages et des tempêtes, qui menaçaient de nous submerger, elle a envc^é un libérateur qui a rétabli le calme et la tranquillité. La prise de possession qui a été faite le 18 de ce mois par votre excelle;ice, avec la sol€|pnité, l'éclat et la grandeur dî-. gnee du monarque qui Vous a envoyé, est l'époque du bonheur de cette colonie. Dès ce moment, le trouble et la discorde cessent, la justice et la paix oubliées depuis si long-temps reparaissent, les fanatiques les plvs furieux ont enfin ouvert les yeux et reconnaissent la grandeur de leur faute. Tous les habitants se soumettent avec joie, et remercient Dieu du digne choix que Sa Majesté Catholique a fait en vous envoyant ici.
^Je communiquerai à votre excellence, les arrêts, les mémoires et toutes les pièces d'iniquités qui ont été £ir briqués dans ces temps de trouble et de désordre. Je kû remettrai les protestations que j'ai faites contre ces i»* "justices. Ma conduite sera exposée devant le jsge le plus équitable et le plus éclairé. Son sufilîage, que j'ose me flatter de mérite^ , sera l'honneur le plus grand et là plus belle récompense que je puisse jamais recevcHr."
Le 21, il y avait grande réception chez Oreilly. Tous les chefs de la réfielutiea y étaient, et y ftirmt anétés.
SM [OIIAP. XXVI.
1M9. Bb firent ihrràs à iineoompagiiie de grenadiers changée de les déposer dans leurs priscms req>eetives. Noyau fat conduit à sa propre maisoD, où il fiit établi iim piquet ée soldats pour le garder. Boisblane fiit traité de la mèmi» MMiiàce. Quant aux autres, ils furent enfernés dans la principale oaseme, à l'exception de Yilleré ifoi futfDÎs i bord d'une frégate, mouillée en faee de la vàk^ patroe qu'il ne se trouva pa^ d^ place pour lui dans la easitiie#
Quant i l'arrestation et la mort de Yilleré, il y a ptusiems rieits cofatradktoires. Il paraîtrait d'après «me lettre d'Aubry, en date du 1er septembre, que tous les«oqJuréB furent arrêtés en même temps chez OreiUy. Mais Bossu, officier françcùs, qui avait d^à servi dans la eelonie et qui y revint en 1770, donne la venion flairante sur cet évôneofeent :
^M. de yiUeré,dit^il, écrivain du roi pour le départe- UM^nt de la Louisiane, s'était en^barqué dans une pirogue sur le Mississippi, avec ses esclaves, afin de gagner les possessions anglaises, aussitôt qu'on eut annoncé l'arrivée des Espagnols, commandés par M. OreiUy. Mais ayant reçu une lettre dans laquelle M. Aubry, ^après les assurances que lui avait données ce gêné* rai, lui n;iarquait qu'il pouvait revenir en toute sûreté, M. de Yilleré, dans cette confiance, descendit le fleuve, pour se rendre i la Nouvelle-QrléaBS. Quelle fiit aa «urprise, lorsqu'on se présentant i la barrière, il se vit arrêté I Sensible i cet outrage, il ne put modérer son indignation. Dans un premier transport, il donna un eoup de poing dans l'estomac de l'officier eq>agnol qui eonmismdait le corps de garde. Ses soldats s'élancèrent aossitàt sur lui, et le percèrent de coups de bayonnettes. Il Alt emporté dans une frégate qui était au porl^où il mourut quelques jours après."
n est probable que Bossu, qui a dû obtenir des renseigneoHitséB la brâche des témoins Uiémes de ce diame.
CHAP. XXVI.l
a dit la vérité. Mais le jnge Maitin, dans son hiitoire no9. de la Louisiane, raconte différemment la mort de Villeré, n rapporte qu'à la nouvelle de l'arrestation de oe oitt^en distingué, sa femme, qui était petite-fille du commissaire-ordonnateur de Lachaise, venu dans la c<4oiiie en 1728, s'empressa d'accourir à la Nouvelle-Orléans, et, se jetant dans un canot, se fit conduire à la frégate où son mari était détenu, mais qu'on lui en défendit l'accès. YiUeré, qui était dans la chambre de la frégate, entendant la voiK suppliante de sa femme, voulut monter sur le pont. Le factionnaire, obéissant à sa consigne, le repoussa. Il s'en suivit une lutte, et Villeré fut peroé de plusieurs coups de bayonnette, dont il mourut Le juge Martin ajoute qu'on jeta à Madame Villeré la chemise ensanglantée de son mari. Une pareille atrocité n'est point probable, et ce récit perte le cachet de cet amour de l'exagération qui caractérise toutes les traditiens populaires.
Lorsque la nouvelle de cette arrestation se répandit, la terreur fut au comble. Les accusés étaient trop estimés et trop identifiés avec toute la population pour que la désolation ne f&t pas générale. Afin de dissiper les craintes qui agitaient le public, Oreilly fit immédiatement placarder partout cette proclamation :
De par le RoL
''Noos, Alexandre Oreilly, commandeur de B^nfàyan dans l'ordre d'Alcantara, Ueutenant-général et inqpecteur-général des armées de Sa Majesté CathoUque, capitaine-fénéral et gouverneur de la province de la Louisiane,
^£n vertu des ordres et pouvoirs dont nous som<nes
munis de Sa Msyesté Catholique, déclarons a tous les
habitants de la province de la Louisiane que, quelque
juste 8i\jet que les événements passés aient donné à Sa
Molesté Catholique de leur faire sentir son indignation»
dÊiê (CIIAP. XXTI.
VML ella ne veut écoater aujourd'hui que sa clémence envers le public, persuadée qu'il n'a péché que pour s'être laissé séduire par les intrigues de quelques ambitieux, fanatiques et mal intentionnés, qui ont témérairement abusé de son ignorance et de son trop de crédulité. Ceux-<» seuls répondront de leurs crimes, et seront jugés selon les lois.
^Un acte si généreux doit assurer Sa Majesté que ses nouYeaux sujets s'efforceront, chaque jour de leur vie, de mériter, par leur fidélité, zèle et obéissance, la grâce qu'elle leur fait et la protection qu'elle leur accorde dès ce moment."
Le 24 août, Aubry écrivait à Oreilly : ^' En conséquence de la lettre dont votre excellence m'a honoré, en date du 23 de ce mois, j'ai fiût arrêter avec la plus grande sûreté et promptitude, Foucault, faisant les fonctions de commissaire-ordonnateur. J'ai vu avec la plus grande douleur la conduite criminelle qu'il a tenue dans un temps où, s'il se fût réuni à moi, nous aurions, selon les apparences, empêché un événement qui a offensé grandement Leurs Majestés Très Chrétienne et Catholique, et qui a mis cette colonie a deux doigts de sa perte. Sa permission pour imprimer un Mémoire, qui outrage le gouvernement et la nation espagnols, le repas splendide qu'il a donné à tous les juges, le jour même de la révolte, sont des actions qui ne sont ignorées de personne, qui ont affiché le plus grand scandale dans la colonie, et contribué a animer et échauffer le peuple contre la nation espagnole. Si je me fusse trouvé dans toute autre circonstance, je pense que le devoir de ma place m'aurait obligé de l'arrêter depuis long-temps."
Quelques jours plus tard, dans une intéressante dépêche adressée au ministre, en date du 1er. septembre, Aubry rend un compte détaillé de l'arrestation, qui eut lieu le 21 août, et de tout se qui se passa subséquem* ment.
OlIA?. XXVI.J 8W
Aubry au Ministre,
^MoDseignenr, j'ai eu rhonnenr de rendre compte à votre grandeur de la prise de possession de la Louisiane» par le général Oreilly, et de toutes les circonstances qui ont amené ce mémorable événement. Depuis ce temps, M. le général s'est occupé à prendre la conncdssance la plus exacte de la cause de la révolte du 29 octobre 1706, et des auteurs d'un attentat qui a mis cette colonie à deux doigts de sa perte. J'ai reçu une lettre de lui, du 19 août, par laquelle il me marque, qu'étant gouverneur de cette province pour Sa Majesté Très Chrétienne, et présenta ce* qui s'y est passé, il désirait que je l'instniisisse des causes de la révolte, et des noms de ceux qui ont séduit et excité le peuple à se présenter, les armes i la main, pour expulser, par la violence, don Antonio «le UUoa, élu par Sa Majesté pour gouverner ce pays, et me prie également de marquer les noms des auteurs de tous les excès, dont on a ensuite continué de se rendre coupable envers tous les officiers et la troupe espe^ gnols.
^J'ai Vhonneur de vous adresser copie de la traduction de cette lettre, et de ma réponse, en date du 20 août, que j'ai cru que le devoir de mon état m'obligeait de faire à M. le général, et dans laquelle je lui expose, avec tout l'honneur et la vérité dont je suis capable, toutes les connaissances que j'ai sur les causes de ^se malheureux événement, et sur les principaux auteurs de tous ces excès.
"Le 21, à huit heures du matin, M. le général^ me communiqua, pour la première fois, les ordres de Sa Majesté pour faire arrêter et juger, selon les lois, les chefs de cette conspiration, ce dont je n'avais aucune connaissance auparavant. Il les fit tous assembler chez lui, sous diâérents prétextes, et, en ma (Nrésence, il leur dit:
ITiO.
|cnAP. xxYr«
IW^. ''Messieurs^ la nation espagnole est respectée et vé- '^érée par toute la terre. La Louisiane est donc le ^^ul pays de Funiyers où on l'ignore et où on manque ^aux égards qui loi sont dûs I Sa Majesté Catholique ^st très (Censée de la violence qui a été exercée et de '^Fattentnt qui a été commis envers son gonvemeur, ses «'offieiers et ses troupes. Elle a été très offensée de tons ^les émts qu'on a imprimés, et qui outragent son goU'» ^vMmement et la nation espagnole. Elle m'ordonne de ^ire arrêter et juger, selon les lois, les auteurs de tons ^ees excès et de toutes ces violences.
^Après leur avoir lu les ordres de Sa MajestTé, à ce sqjet, M. le général ajouta : ^Messieiffs, vous êtes acea- ^'sés d'être les chefs de cette révolte. Je vous arrête an ^om du roL Je souhaite que vous puissiez prouver ^w>tre innocence, et que je puisse être bientôt à même ^de vous rendre les épées que je viens de vous ôter. ^Vous produirez toutes vos défenses devant les juges '^nitables qui sont devant vous. Ce sont eux qui ina- ^truiront votre procès et qui vous jugeront
^'11 ajouta : '*0n a coutume en Espagne de séquestrer ^les biens et les fortunes des prisonniers d'état Les ^vôtres le seront par conséquent. Mais vous devez être '^certains que vous serez traités avec tout le soin possi- ^ble, dans l'endroit qui vous est destiné ; et, à l'égard de ''vos femmes et de vos enfants, soyez persuadés que je ''ieur ferai donner tous les secours dont ils pourront avoir ^besoin." Aussitôt, plusieurs officiers» accompagnés d'un détachement de grenadiers, les ont conduits dans les* endroits qui leur étaient destinés, savoir au Quartier et dans les vaisseaux de Sa Majesté Catholique.
"J'ai l'honneur de vous adresser le& noms du petit nombre de ceux que M. le général a été obligé indispensablement de faire arrêter. Ce qui prouve sa gêné* rosité et sa bonté, y en ayant bien d'autres que leur conduite criminelle mettrait dans le cas d'éprouver le
CHAF XXVI. 99§
même sort; et afin de tranquilliser le penjt^e et les ha* Vtm. bitants qui étaient alarmés, M. le général a fait publier aussitôt, au nom du roi, un pardon général pour tout œ qui s'était passé, i Texception de ceux qui ont séduit le peuple à commettre cet attentat, lesquels seront jugés^ suivant les lois. Cette ordonnance affichée et publiée dans les quatre coins de la ville, au son des tambours et de différents instruments, accompagnés de toutes le» compagnies de grenadiers, a produit un très bon effet et causé une satisfeuîtion générale.
^Le 2S au matin, j'ai reçu une lettre de M. le gêné* rai, dont j'ai l'honneur de vous envoyer la traduction exacte, par laquelle il me marque qu'on lui a remi» l'original d'un papier qui a pour titre : Mémoire des ha^ hkant9 et négociants sur f événement du 20 octcbre^ qui s'est trouvé chez l'imprimeur Braud, avec l'ordre signé de M. Foucault, faisant fonction d'ordonnateur, pour qu'il soit iivprimé ; et qu'attendu que ce libelle est o& fensant an plus haut degré à l'autorité et au roq>eet dû à Sa Majesté Catholique, et est diffamatoire pour toute la nation espagnole, et que le crime de M. Foucault est pleinement justifié par sa signature, il ne reste a«eua doute qu'il n'ait été un des chefs et principaux moteurs du soulèvement et de l'excès commis contre don Antonio de Ulloa et le gouvernement de Sa Majesté Catholique : M. le général me prie en conséquence de faire saisir avec la plus grande sûreté et promptitude la personne de M. Foucault, afin que justification faite de sa conduite très infidèle et criminelle, nous pussions l'un et l'autre en rendre compte à nos souverains respectifs, avec la remise du procès même. J'ai l'honneur de vous adresser la réponse que j'ai cru que le devoir de mon état m'dbligeait de faire à M. le général. Quoique avec bien de la douleur, je n'ai pu me refiiser à une deman de aussi ju8le« En conséquence, j'ai ordonné à M. 4e Gnuid*Maison, oi^evant major, d'aller avec M. de La-
. W^ [CHAP« XXVf.
l*rt9. mazeliére, le plus ancien capitaine, et Anbert^aide-ma* jor, arrêter au nom du roi, M. Foucault dans sa mMson, où j'ai envoyé aussitôt, avec l'agrément de M. le général, un détachement français et deux officiers, qm sont relevés tous les jours, lesquels j'ai rendus responsables de sa personne. J'ai aussi ordonné i M. de Grand- Maison de mettre les scellés sur les papiers, assisté de Messieurs de Lamazelière et Aubert, en présence de M. Bobé, faisant fonction de contrôleur de la marine, lequel j'ai chargé du soin de la comptabilité, le rendant responsable du mal qu'il pourrait faire, quoique je ne l*en croie nullement capable, attendu qu'il est honnête homme et a toiyours désapprouvé la conduite de son chef.
^Le 26 d'août, tous les principaux habitants de la campagne et ceux de la ville ont prêté solennellement serment d'obéissance et de fidélité à Sa Majesté Catho- Uque entre les mains de M. le général. Ce(^ cérémonie s'est faite avec beaucoup d'ordre et de dignité. Je lui ai présenté tous les corps, chacun suivant son rang« M. le général leur a prononcé à haute voix toutes les obligations auxquelles ce serment les soumettait II leur a dit qu'ils avaient une pleine et entière liberté pour le faire ou pour le refhser ; que ceux qui ne voulaient point s'y engager, étaient les maîtres, et qu'il leur donnerait tout le temps et toutes les facilités nécessaires pour arranger leurs afiaires et se retirer dans leur patrie. Presque tous généralement l'ont prêté avec zèle, et j'ose assurer qu'ils seront dorénavant aussi fidèles si\|ets de Sa Msgesté Catholique, qu'ils l'ont été du Roi Très-Chrétien. Après que tout le monde a eu prêté serment, j!ai été avec tous les officiers au-devant de M. le général et lui ai dit que nous étions très flattés et heiKH^ de «ervir sous les ordres d'un général aussi reoemmandable que lui ; que nous étions prêts à répandre notre sang pour le service du roi d'Espegne, comme
0UAP..XXV1.1 311
pour oelai du roi de France» et qu^en agissant ainsi, 1769. nous exécuterions la volonté du roi notre maître, ce qcn était la seule chose que nous désirions. 11 a été entié* rement satisfait de cette démarche et nous a fait la ré* ponse la plus obligeante.
^La fôte de St.-Louis, celle du dimanche, et les occupations que nous avons eues le jour qu'on a prêté le serment de fidélité, ne m'ont permis de faire lever les scellés qu'on avait apposés sur les papiers de M. Foucauk, que le 28. Ce jour là, j'ordonnai à M. de Ghrand-Maison, ci-devant major, Messieurs de Lamaaelière et Trudeau, capitaines, assistés du sieur Garic, notaire de cette ville, de se transporter dans la maison de M. Foucault, pour, en présence de M. Bobé» contrôleur de la marine, procéder i la reconnaissance et levée des scellés apposés le
28 du présent mois sur les bureaux et cabinets contenant les papiers, comptes de finances et autres comptabilités pour être ensuite renûs à M. Bobé, à l'exception des papiers qui pourront avoir rapport à l'événement du
29 octobre, lesquels doivent m'être remis par M% d« Grand-Maison.
^J'ai également ordonné le même jour à M. de Grand- Maison et aux mêmes officiers, assistés du dit notaire, de faire faire à M. Foucault une déclaration par serment de tous les biens, meubles et immeubles qu'il peut avoir dans cette colonie. 11 a déclaré très peu de biens et beaucoup de dettes en France et dans cette colonie.
^J'ai rfionneur de vous adresser, Monseigneur, la co* pie des actes qui ont été faits à ce sujet Malgré que toutes les opérations précédentes aient donné considérablement d'occupation à M. le général, il n'a pas négligé les soins du gouvernement, auxquels il s'est donné tout entier. Des voitures ont été expédiées dans tous les postes pour annoncer la nouvelle de son arrivée et de la prise de possession. Les commandants de laPointe^
Sis [oHAP. xxn.
Coupée et des Acàdieiis ont reçu ordre d'envoyer à la ville les principaux habitants, munis da pouvoir de tous les autres, pour prêter le serment de fidélités A Fé* gard dès postes éloignés, M. le général a chargé de ses pouvoirs les officiers qui y commandent, pour foive prêter le serment aux habitants qui y sont étàhha.
^La saison ne peimettant pas d'envoyer un convoi aux Illinois, M. le général a marqué à M. de St.* Ange, qui y commande et qui y est depuis cinquante ans, qu'ayant confiance dans son expérience et sa pro- Uté, il n'a qu'à lui envoyer l'état de ce qu'il pense nécessaire, tant pour les sauvages que pour les habitants, 0t qu'il aura égard à ses demandes.
'*Son intention est de n'établir des nouveautés qu'an* tani qu'il le sera absolument nécessaire. U continuera et fera exécuter ensuite tous les règlements sages et utiles que la faiblesse du gouvememei^ n'a pas permis de faire observer depuis plusieurs années. Il miivra le Code Noir, qui lui a paru rempli d'ordonnances sages et utiles, tant pour la discipline des nègres que pour modérer la trop grande dureté des maîtres. Ce qui a flatté infiniment les habitants."
"^J'ai l'honneur de vous adresser l'ordonnance que M. le général a rendue à ce sqjet Enfin, après tant de troubles et de désordres qui ont désolé si long-temps eette colonie, il est surprenant que la présence d'une seule personne y rétablisse en si peu de temps le bon ordre, la paix et la tranquillité. Si, pour le bonheur de oe pays, M. le général y fut arrivé plus t6t, nous n'aurions jamais été témoins de toutes les calamités dont il a été affligé. A cela près du petit nombre de familles qui sont dans la consternation, pour la juste disgrâce de leurs parents qui ont été arrêtés, tout le reste de la co^ lonie est tranquille et content.
^Tous les habitants sont flattés de ce que Sa Majesté leur a envoyé un général qtd écoute avec bonté ksper-
Mnnet qui ont affaire i loi, étant craint, respecté et llir. aimé pour sa générosité, sa bmité et sa justice enrers tout le monde. Il fera le bonheur de cette colonie. "
n résulte de Texamen de plusieurs documents, nctaibment de la correspondance d'Oreilly et d^Aubrj, que ce dernier avait été chargé par Oreilly de procéder non* seulement i Tarrestation mais aurâi à Tinterrogalofre de Foucault^ et, qu'en effet, cet accusé fut mterrogé le 5 octid^re. Mais il répondit que, n'ayant pas wt^^féée du roi de France concernant son arrestation, il prolestait contre sa détention, et refhsait de répondre aux ques^ tions qui lui étaient posées, Vu qu'il déclinait la compé* tenoe des tribunaux espagnols pour des fhits aooomplbi sous la domination française, alléguant en même temps que^ dans tout ce qi/ii avait fait, 11 n'avait agi que comme emnmissaire-otdonnateûr, et par les ordt^ de Sa Majesté Très Chrétienne^ i laquelle il était prêt à rendre compte de sa conduite. En eSeU il garda un silenoe obstiné, chaque fois qu'on voultit lui faire sub^ un interrogatoire. Sur sa demande, mainte fois réitérée, il fat embarqué pour France, le 14 octobre, et, i son arrivée, il ftit mis à la Bastille.
Parlant de Foucault, dans une lettre écrite au marquis de GrimMdi, Oreilty dit : Kl/'est un personnage vain, berné, qui a 4iipé beaucoup de monde, ainsi qu'il est aisé d'en juger par l'état des dettes qu'il laisse. Je suis per^ suadé que la crainte de ne pouroit jamais les payer a été la principale cause de ses délits.'^
Eoï effet, il parait, d'après le bilan de Foucault, que ses dettes surpassaient ses biens d'environ vingt-sept mine et quelques piastreiii, somme considérable pour l'époque et pour le pays. Le tableau de ses dettes fait Toir qt/il avait même eu le talent de duper ceux qti^il avait failli faire égorger ou chasser de la colonie, car le eontador espagnol, don Antonio Estevan Gayarré, figurait sur la liste de ses créanciers pour la somme de tT80.
ym. IPmnm laf témoigoAg^ qm avaient le plus dmrgé Foucaalt, on remarquait wrtout celai de Gario^ greffier du eoDiett Bapériear. Voici sa déposition» en date dn 6 oetdbre:
^'Je soiiâ9igaéy avocat axiparlei]TOat, cif devant greffier du oonaeil supérieur de la provinee de la LouisiaDet oomoûssiqiuié par Sa MaietUà Très Chrétiennet certifie à tous ceux à qui il appartiendra» que, le 27 ootdbre 1T«% sur les. qualare heures du soifi M..Foucault, faisant akara les fonctions d'ordonnateur et de premier juge aa> djt conseil, convoqua rassemblée des comeillevs pour le leudemaiut 38 du miime jnois» la^pielle assemblée fat iwqMment composée de M* Foucauk, de Messieiiffs Kemion et d^e Launay, conseillers titulaires» de M. de Laplace, conseiller assesseur» du piroo«reur»géBéral LafrénièDe» et. du sieur Gecdeffat» gnefidiHsoaunis an ék opna^y qui y tint le plumitif, nonobstant que j'y finse pcésentfqu'à.^e.ciHiseil ilfut homologué quelques teataments et auitres.aotes juridiques, pendant leqii^ tceapa ei^ra* autant que je pui^ ra^ le rappeler, le sieur Ca« resse» qui. présenta, un cahier contienant les reparéseata^ tiens des habitants et négociants de cette colonie ; que le^ dites représentations, sans être lues, fuieat remises à Messieurs de Kermon et de. Lsjunaj, noMmés pa» le dit conseil pour les examiner et en àâf^ lear ragjpait le Ijsndemain, jour également £q^é pour y être dit droit; que dans le mémfi moment le procupeuivgéaéral représenta qu'eu égard à l'absence des autiies conseillers détenus par la maladie^ U opnveiaait, à omise de l'impurtwce de l'affaire» de nommer des conseillers d'offiœ, et qu'au même instant;, M^ Pouçault, coivjointement areo M. de La&énière» p^posa MM. Hardy de Boisblaac, Thoma^n, Fleuriau, Bdï>é,Duçro8 et de Labarre. Sur quoi intervint arrêt qui priait ces Messieurs d'augmenter le nombre des juges, .et d'assister le lendemain, 29 dn.mème mois» à la séance du conseil ; que le leude-
.dhlP. XXVI.] ^XB
.flMiBt le conéeil fat awemblé à huit bciores-du axatiu, et i769* xm lut les dites représentations tendantes à Teipulsioa «on^seulement de M. Ulloa, mais encore de tous les Espagnols^ officiers et autres. On lut aussi le rapport qu'avaient fait, sur lès dites représentations, .les conseillers -noRunés a ce* elSet. Suivit ensuite le séquisitoire du prooureur^néral arec ses conclusions. Après quoi» on vint anx opinions. Comme il était d'usage que Meaaieuw les assesseurs ou conseillers d'office donnassent leurs ayis avant les titulaires* ils commencèrent^en eSet» et chacun d'eux sortit son avis de sa poche et le lut, à l'atcaptioa de M. de Lalande d'Apremont, conseiller titulaire et doyen du conseil, de M. de Laplaoe, conseil Jbr-assesaeur, et de M« de Labarre^l'on des six nommés d'office, qui dirent que, n'ayant point examiné l'affaire» ils n'avaient pu travailler leurs avis, el le firent ew 1^ bureau, où il leur fut fourni de l'enei» et du papier* J'atteste en outre que le conseil finit vers nûdi, et qu'on nobe ohcurgea de ti^availkr à jrediger l'arrêt, sans perdre de temps oonune la veille* Messieurs les rap}>orteurs m'avaient déposé leur rapport avec les dites représen^ tations, et sur la connaissance que je pris de l'imporr* tance de l'afiaire, n'ayant coutume, pour former les dispositifs des arrêts, que de prendre la substance des requêtes, mémoires ou représentations, et autres pièces de procès, je me trouvai embarrassé par la crainte qu'on ne m'imputât quelque faute ; et, pour éviter cette imputation, je pris le parti de copier, mot pour mot, les dites représentations, et, le conseil fini, j'entrai avec mon commis dans la chambre de M. Foucault, où nous achevâmes le dit arrêt.
^J'atteste en outre que M. Foucault nous retint tous à dîner, qu'on se mit à table vers les deux heures, qu'on en sortit à cinq, que pendant que l'on était au dessert, M. de Noyan et quelques autres vinrent prier le conseil, en s'adressant â M. Foucault et à M. de Lafrénière de
Si6 fcHAP XXVf.
itBè. ipem&e «a Quartier où étaient asMinblés les habitaati, eotons et négociants; qu'en effet, après le ealé, ces deux Mesnenni nous sollicitèrent d'y passer en corps, en disant qu'ensuite no«s irions chez M. Aubry; Nous les suiTimes tous, i l'exception de Messieurs de Lalande #Apr6mont et de Kemion, qui s'étaient retirés pour cause de maladie; qu'à peine fiit-on arrivé an dit Quartier, et près du pavillon qu'on avait arboré depuis que l'expukion de M. de UUoa avait été décidée, c'est-à-dire depuis midi, que l'air retentit de mille acclamations de ^Vivê le roi! qui furent souvent répétées et rendues par le conseil en corps; qu'ensuite on se rendit chea M. Aubry, d'où on s'était écarté pour se rendre au dit Quartier; que le conseil fut suivi de plusieurs notables, et, qu'arrivés chex M- Aubry, Messieurs Foucault et La^ flrénière forent les porteurs de pande et prièrent instamment M. Aubry, de la part de la colonie, de pieadre les rênes du gouvernement "
Il est oturieux de remiurquer la maladie épidémique qui s'empara, lorsqu'il fut question de l'expulsion d'Ulloa, de la moitié des membres du conseil, et qui nécessita la ncMuination de six conseillers surnuméraires.
procIes des chefs de la RÊvoLtmoN.— leur condamnation.
EXtCUTBÔN DE LA SENTENCE.— LETTRE D^OREOLLT AU MABouïs DE GRIMALDI SUR CE SUJET.
Sraud avait été lurrété pour avoir in^mmé le mémoife des habitant négoeâants et artûsaiis de la Loinmmiie ««r révénement du 29 octobre. 11 plaida, «q JQ*tifloalioii» qa'il était ia^>riRMiir dia roi, qu'ea verta de sen brevet, il était obligé dlmprimer tout ee que le cemmnamire-ordoanateiir loi envoyait, et il montra la ngnature de Fooeanlt au bas du mémoire mnaw^iit qai kii avait été livré pour rimpfeHÛVL Otai trouva m défeme bonne, et il fut relâoké*
Le procès des autres aocusés fiit instruit jusqu'au boQà Voici un résumé de raoted'acoueationrédifé au noK du roi par le procureur fiscal :