CHAPITRE XXVIIL
D^ABT D*AimRT.-BA M0RT.-0RGAm8ATI0N DU GOUyERKEMENT EMPAONOL DANS LA CX)LONIE.-OEDONNANGE8 D'ORBIU.T.— EB- CENSEMENT DE LA NOUVELLE-OSLÊANS.— DÉPART D'OEEILLT. — UNZAGA LUI BUCCkDE.— BIOGRAPHIE D*OREILLT ET DE CHAft-
umuL
1769. Pbvdakt que ces événements se passaient à la Lonisiaiie, il parait que le conseil d'état en France s^en était prëoccnpé et avait voulu s'en faire rendre compte. Car on trouve dans les cartims du ministère de la marine un document intitulé :
*^Feu%Ue présentée au conseil du Roi.
s septeabre 1700.
^On a fait par une première feuille le détedl de tout ce qui s'est passé à la Louisiane de la part des habitanls. Il reste à rendre compte de la conduite du conseil supérieur et des motifs qui Tout déterminé.
^M. d'Ulloa n'ayant pas fait enregistrer ses pouvoirs, il ne pouvait strictement être regardé que comme un étranger soumis aux lois du pays qu'il habitait. Les actes d'autorité qu'il s'était permis étaient un attentat i l'autorité légale exercée par Messieurs Foucault et Au* bry. La création d'un conseil particulier non revêtu des formalités prescrites était une infraction aux droits du conseil supérieur qui, suivant la lettre de M. le dac
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de Choiseal, du 21 avril 1764, devait» même après la 1769, prise de possession légale, rendre la justice comme auparavant.
"M. d'Ulloa, regardé comme étranger, ne pouvait rendre aucune ordonnance de police et de conunerce. Celle qu'il s'est permise de proclamer, tendant à la destruction des lois civiles et politiques de la colonie, lois qui devaient être suivies après Tacte de cession, était soumise au jugement du conseil supérieur chargé de veiller aux intérêts des habitants. Par respect pour les ordres du roi, il n'a pas voulu ccksser l'ordonnance de 1766. Il a préféré les voies de conciliation, et il était parvenu à tranquilliser les esprits. Mais les vexations commises depuis par M. de Ulloa avaient tellement aigri les habitants, que la modération aurait peut-être été plus dangereuse que le parti auquel s'est déterminé le conseil supérieur. Mille honunes, armés et disposés à tout entreprendre, attendaient le résultat de l'assemblée du conseil supérieur. Ils ont même député un d'entr'eux pour savoir le jugement, et ils auraient certainement; chassé d'eux mêmes M. d'Ulloa, si le conseil supérieur n'avait eu l'honnêteté de le prier de se retirer de la colonie.
^11 est certain que la source du mal vient des vexa^ tions commises par M. d'Ulloa, et que le défaut d'enregistrement de ses pouvoirs n'a été qu'un prétexte que l'on n'aurait jamais fait valoir, si M. d'Ulloa eût eu une conduite sage et analogue i celle du gouvernement français. Mais on fait observer que si M. d'Ulloa a des torts, le conseil supérieur n'en est pas moins repréhensible. Lorsque leg habitants ont {Hrésenté leur requête, le conseil supérieur a rendu un arrêt qui nonune deu^ rapporteurs et six assesseurs d'office. Le lendemain est intervenu l'arrêt qui renvoie M. d'Ulloa.
''Le jugement précité du conseil supérieiur, sur une
afiaire aussi délicate, décèle son intelligence avec les k5
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1769. habitants. A peine instruit dn contenu en la requête, et avant d'être persuadé de la vérité des faits y énonce le conseil prévoit qu'il sera dans le cas de porter un jngement qui exige un nombre compétent de voix, et il en nomme d'office.
''Le conseil supérieur a excédé ses pouvoirs en nommant des assesseurs d'office. C'est un droit de la royauté, n ùe pouvait l'ignorer, et il devait se servir de ces moyens pour éluder de prononcer sur la requête des habitants.
^uels que soient les torts de part et d'autre, il est certain que les habitants de la Louisiane sont déterminés i ne pas souffirir le joug espagnol, et qu'ils se donneront plutôt à l'Angleterre. En attendant la décision de la cour d'Espagne, il paraît indispensable de procurer des secours en tous genres à cette col<Miie, dont elle est si dépourvue, que les administrateurs actuels sont contraints de recourir à la Nouvelle- Angleterre."
Aubry partit de la Louisiane à bord du brigantin, le Père de Famille^ se rendant à Bordeaux. Ce navire sombra dans la Garonne, près de la tour de Cordouan. Il ne se sauva que le capitaine, un médecin, un sergent et deux matelots. Le roi, pour témoigner sa satisfaction de la conduite et des services d' Aubry, accorda une pension à son frère et à sa sœur. Avant le départ d' Aubry, il lui avait été offert, à la Louisiane, un gnide élevé dans l'armée espagnole, s'il voulait y entrer; mais il avait refusé, préférant consacrer le reste de ses jours au service de son pays.
Après avoir réglé la grande affaire de la révolution, Oreilly s'occupa de l'organisation de ja province. On se rappelle que Louis XV, dans sa lettre à d' Abbadie, avait manifesté le désir que la Louisiane conservât les lois et les usages auxquels elle était accoutumée, et l'espérance que son cousin, le roi d'Espagne, aurait égard à l'expression de ce vœu. Oreilly, nonobstant cette mfuii-
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festation du souhait royal de Sa Majesté Très-Chré* 1760. tienne, annonça aux colons, par une proclamation du 26 novembre, que, vu la part prise par le conseil supérieur dans les derniers troubles, il jugeait convenable d^abolir ce tribunal, et d'établir la forme de gouvernement et le mode d'administration qui avaient toujours maintenu la tranquillité et la subordination dans les domiûnes américains de Sa Majesté Catholique, et qui leur avait assuré une prospérité durable.
Cette proclamation déclarait que le conseil supérieur serait remplacé par un cabildo, composé de six regid^s inamovibles, de deux alcades (Hxlinaires, d'un syndic procureur-^néral, et d'un greffier. Le gouverneur devait être le président de ce cabildo.
Les4>hices de rendors inamovibles et celle de gref» fier devaient être, pour la première fois, vendues à l'enchère, et l'acquéreur devait avoir le droit, moyennant certaines conditions qui lui étaient imposées, de transférer son emploi à toute personne connue et capable de le remplir.
Parmi les regidors inamovibles devaient être distribués les emplois d*alferez real^ ou porte étendard royal, d'un principal alcade provincial, ou alcade extra muroSp dont 1% juridiction ne devait s'appliquer qu'à la campagne, d'un alguazil mayor^ ou shérif, d'un receveur de dépôts et d'un receveur d'amendes.
Les alcades ordinaires et le syndic procureur-général devaient être choisis par le cabildo, le premier janvier de chaque année, et ne pouvaient être réélus qu'aprèà un intervalle de deux ans, à moins qu'ils n'obtinssent le vote unanime dp cabildo. Pour ces élections, les votes étaient donnés de vive voix et enregistrés.
Les alcades ordinaires avaient juridiction, comme juges, dans toutes les affaires civiles et criminelles qui prenaient naissance dans l'enceinte de la ville, toutes les lois que le défendeur n'avait pas le privilège d'être
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jugé phr un tribunal militaire ou ecclésiastique* en vertu dnfuero militar ou ecclemistico. Ces alcades, dans leur capacité individuelle, prononçaient sommairement, sans procédure écrite, et dans leur propre logis, sur toutes le!» causes où la valeur de l'objet en litige n'excédait pas vingt piastres. Lorsque le sujet de la contestation était plus considérable, ils siégeaient dans une salle, consacrée à leurs séances en eorps, et toutes les procédures étaient tenues et enregistrées par un notaire ou greffier. Leurs décisions étaient sans appel, à moins que le procès ne roulât sur un objet valant plus de qna^* tre-vingt-dix mille maravedis ou 330 piastres 88 sous. Dans ce cas, il y avait lieu de faire appel au cabildo.
Le cabildp n'examinait pas lui-même les jugements ainsi rendus, mais choisissait deux regidors, lesquels, coigointement avec l'alcade qui avait rendu le jugement, prononçaient si Tappel était fondé ; et le jugement était confirmé si l'alcade, après l'avoir examiné de nouveau, refusait de l'annuler ou de l'amender, et si Fun des regidors qui lui étaient adjoints y donnait son approbation.
Le cabildo siégeait tous les vendredis, mais le gouverneur avait le droit de le convoquer quand il le jugeait convenable, et, lorsqu'il ne présidait pa^ cette assemblée, deux regidcnrs se rendaient, immédiatement après l'ajournement, à sa demeure et l'informaient de ce qui s'y était passé.
La place de Alferez Real était purement honorifique, car cet officier n'avait p€is d'autre fonction que celle de porter l'étendard royal dans les cérémonies publiques. Le principcd ahade provtncial prenait connaissance de tous les délits commis hors de la ville, et l'alguazil mayor exécutait personnellement ou par ses députés les ordres des différents tribunaux. Le receveur des dépôts prenait soin de tout l'argent et de tous les efiets qui étaient séquestrés par ordre de la loi. Quant
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au receveur des amendes, son titre indique ses fonc- 1769. tians. Le syndic procureur général, loin d'être un officier de la couronne chargé de poursuivre les délinquants, ainsi que son titre semble le eomperter, devait veiller sur les intérêts du peuple et défendre ses droits dontre les empiétements du pouvoir exécutif.
Dans de certains cas, on pouvait appeler des décisions du tribunal supérieur de la province, en portant rappel pardevant une cour établie à l'ile de Cubcu Enfin, en dernier ressort, on pouvait porter raffaire pardevant le conseil des Indes séant a Madrid. Mais quand œla avait lieu, il était entendu que, de plusieurs générations d'hommes, on ne verrait pas la fin du procès»
Les autres officiers de la province se composaient d'un capitaine général, d'un gouverneur, revêtu de pouvoirs civils et militaires, d'un intendant chargé de l'ad*ministration des revenus et de tout ce qui ococemait les affaires maritimes et commerciales, d'un oontador ou président de la cour des comptes, d'un auditeur de guerre et assesseur du gouvernement, qui était le eon^ seiller d'office du gouverneur sur les points de droit, et d'un auditeur de l'intendance qui remplissait les mêmes fonctions auprès de l'intendant que celles de l'auditeur de guerre auprès du gouverneur. Gomme les hommes de loi étaient alors fort rares i la Louisiane, l'auditeur de guerre était souvent, à la fois, le conseiller du gouverneur, de l'intendant, du Çabildo et de tous les autres fonctionnaires. Il y avait aussi un secrétaire du gouverneur et un secrétaire de l'intendant ; un tréso*rierde la province, un gardemagasin général et un approvisionneur, un arpenteur général, un capitaine de port, un interprête pour les langues française et anglaise^ un interjH^te pour les langues indiennes et trois notaires. Quant à la douane, il y avait un collecteur, un contrôleur, un caissier, un officier garde côte et un notaire spécial.
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1769. ToQB les officiera dont le salaire était aa-dessns de trois cents piastres par an étaient nommés par la coq* ronne. Les autres Tétaient par le gouvemeor et rin* tendant dans leurs départements respectifs.
^Dans chaque paroisse, un capitaine de troupe de ligne ou de milice était stationné comme commandant civil et militaire. Cet officier était chargé de faire la police dans sa paroisse et avait, pour instruction spéciale, d'examiner avec soin les passeports des voyageurs et de ne souffirir qu'aucun étranger s'établit dans les limites de sa paroisse sans une permission du gouverneur. Ce commandant avait le pouvoir de juger en dernier ressort tous les procès dont le montant n'eiLcé* dait pas vingt piastres. Dans les affaires phis importantes il recevait la pétition et la réponse, {Hrenait par écrit les dépositions des témoins et envoyait tous ces do<Hmients au gouverneur qui les soumettait aux tribunaux compétents. Il avait le pouvoir d'infliger aux esclaves les châtiments que dans sa sagesse il jugeait convenables, ainsi que celui d'arrêter et d'emprisonner toute personne libre accusée d'un délit quelconque. Mais il était de son devoir d'en donner avis au gouverneur, qui prononçait ultérieurement sur le sort du détenu. Le capitaine commandant agissait aussi comme notaire, faisait les inventaires et les ventes de snccessicHi, et exécutait dans sa paroine les aiiéts des cours supérieures qui lui étaient adressés.
Les officiers publics étaient tenus de prêter le serment suivant :
^Moi, N nommé (suit la dénomination
de remploi), je jure devant Dieu, sur la croix sainte et sur les évangiles, de soutenir et de défendre le mystère de la conception immaculée de Notre-Dame la Vierge Marie, et la juridiction royale à laquelle je suis attaché par mon emploi. Je jure aussi d'obéir aux ordonnances royales et aux décrets de Sa Migeslé, de
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remplir fidèlement les devoirs de ma place, de juger 1769. conformément à la loi, dans tontes les afiaires qui seront soumises à moh tribunal ; et pour mieux atteindre ce but, je promets de consulter les personnes versées dans la loi, chaque fois que Toccasion s'en présentera dans cette ville ; et enfin, je jure que je n'exigerai jamais d'autres honoraires que ceux fixés par le tarif, et de plus, que je n'en exigerai jamais aucun, de la part du pauvre." •
Tels étaient les principaux rouages du nouveau gouvernement colonial (1).
A part les institutions, dont il serait inutile de discuter le mérite comparatif, la Louisiane, en cessant d'é* tre française n'avait pas entièrement perdu au change, quant aux qualités personnelles du souverain sous la domination duquel elle venait d'être placée. Car Charles m était de beaucoup supérieur au faible et immoral Louis XY. La biographie suivante de ce monarque» empruntée à la source où celle d'UUoc^a été prise, ne peut être dépourvue ici d'intérêt et d'apropos :
''Charles III, roi d'Espagne et des Indes, fils de Philippe y et d'Elisabeth Famèse, sa çeconde épouse, naquît en janvier 1717. Appelé à la succession de Tétat de Toscane, où le dernier Médicis venait de mourir sans laisser d'héritiers de ce nom célèbre, le jeune don Carlos passe en Italie en 1730, et se meta la tête des troupes de son père, le Roi Catholique, envoyées pour accélérer l'exécution du traité de Séville. Quatre ans après, il entre dans le royaume de Naples avec une armée espagnole, et s'établit dans la capitale, qui lui ouvre ses portes. Philippe Y cède à son fils ses droits à la couronne des deux Siciles. Charles remporta sur les impériaux la victoire de Bitonto, qui lui valut un royaume ; et le surnom de diLC de Bitonto fut la récompense
(1) Voyez rAppendiee.
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du doo de Mortemar, général des troapes de Sa Bfa^ jeeté Catholique. Après avoir assuré sou autorité dans toutes les provinces napolitaines, Charles passe en SicUet et soumet cette ile en moins d'une année. Louis XY s'empresse de le reconnaître en qualité de roi des Deux SicileSyCt reçoit son ambassadeur (1785). La paix de Vienne assure la couronne sur la tète de ce jeune souverain en 1738. Charles avait payé de sa personne ; il était digne de sa fortune ; au milieu de sa gloire, il naérita l'estime de ses nouveaux sujets par une sage modération, qui ne se démentit dans aucune circonstance de sa longue vie. La guerre s'était rallumée ; l'Italie était foulée par les armées françaises, espagnoles, au* triohiennes et piémontaises. Charles devait naturellement joindre ses forces à celles du roi son père. L'ami* rai anglais, Martin, se présenta devant Naples, et menaça de bombarder cette capitale, si Charles ne souscrivait sur le champ à rester neutre dans une guerre à laquelle il était àfi son devoir de n'être point étranger. Martin tira sa montre, et ne donna qu'une heure de temps au roi des deux Siciles pour se déterminer à abandonner la cause de son père et de sa famille, ou à voir incendier sa capitale; il fallut céder. Charles n'oublia jamais cet affront; il s'occupa du soin de mettre les côtes de son royaume en état de repousser désormais une semblable insulte ; et bientôt, assuré qu'il n'a plus a craindre de voir un capitaine anglais lui dic^ ter des ordres dans son palais, il marche avec ses troupes au-devant de celles de son père, dont il est nommé généralissime, conjointement avec le duc de Modène. Après quelques succès, l'armée espagnole et napolitaine est surprise dans Yilletri, pax le prince de Lobkowitz, général de l'armée impériale. Charles fut sur le point d'être fait prisonnier ; mais les Espagnols parvinrent à se rallier, et chargèrent à leur tour l'ennemi, qui ne sut pas profiter de ses avantages. La négligence fut répa-
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rée par des prodiges de yaleor, et les impériaux, pour- 1769. suivis pendant quelques lieues, laissèrent des canons et des drapeaux au pouvoir de ceux qu'ils avaient d'abord mis dans le plus grand désordre. Apre» cette campagne, Charles jouit, pendant quinze années, de sa fortune «t de ses travaux ; il gouverna le royaume de Naples avec beaucoup de douceur et de sagesse jusqu'au 10 août 1750. A cette époque, il fut appelé au trône d'Espagne, vacant par la mort de son frère Ferdinand, sixième du nom, et il laissa le royaume de Naples à Ferdinand, son troisième fils. Dès que Charles se vit a la tète d'une nation puissante, il conclut avec Louis XY le pacte de famille (1761) qui assurait les droits et réunissait toutes les forces des différentes branches de la maison de Bourbon, et ne laissa échapper aucune occasion de faire voir aux Anglais qu'il n'avait point oublié la conduite de l'amiral Martin. 11 se joignit à la France dans les deux guerres qu'elle eut à soutenir contre l'Angleterre. Celle de 1762 ne fut pas heureuse pour les deux puissances alliées : l'Espagne perdit la Havane, douze vaisseaux de ligne, des trésors immenses, les Hes Philippines, et fit une campagne peu glorieuse contre le Portugal, secouru par les Anglais. Charles dut renoncer à la Floride pour obtenir la paix. La guerre de 1778 eut des résultats plus favorables. Le duc de Crillon, général de l'armée de Sa Majesté Catholique, s'empara de Mahon (1781), et l'île de Minorque fut restituée à l'Espagne, ainsi que la Floride, qu'elle avait perdue quelques années auparavant Charles, débarrassé de cette dernière guerre, voulut aussi punir l'insolence des pirates d'Alger. Le comte Oreilly fut chargé de l'expédition. Cet officier avait du zèle et des talents militaires que ses ennemis même ne lui contestaient point ; mais la fierté castillane voyait à regret ce général, irlandais de naissance, obtenir la préférence du souverain. La mort du marquis de
la Romana, qui périt dans une escarmouche, victime de
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1760. sa fougueuse imprudence, servit de prétexte a des clameurs séditieuses; on fut obligé de se rembarquer avec précipitation, et Charles III, dans cette funeste entreprise, aussi malheureux que Charles Quint, n'eut que la faible satisfaction de dire qu'il ne s'y était psLS trouvé en personne. Tel est l'abrégé des événements militaires qui marquent la carrière de Charles III ; elle n'est pas sans gloire ; mais, sous le rapport de l'administration de son royaume, ce prince doit exciter un plus vif intérêt* Il mit beaucoup de persévérance dans l'exécution des plans d'administration et de réformes utiles qu'il se proposa dès son avènement à la couronne d'Espagne. Il eut la noble pensée de réveiller l'énergie de cette vieille nation, et de rallumer le flambeau des arts, que les derniers princes autrichiens avaient laissé éteindre. Ses premières opérations firent naître des murmures; on pourrait à peine se faire une idée de l'attachement du peuple espagnol à ses usages, à ses préjugés, et surtout à son costume particulier. Les Castillans, de toutes les classes, étaient vêtus de noir, et portaient en outre, dans toutes les saisons, un manteau dans lequel ils s'enveloppaient jusqu'aux yeux ; un large chapeau, rabattu de tous côtés, achevaient de cacher leur figure. Ce costume mystérieux et sombre choquait les yeux et compromettait la vigilance de la police; les ordres les plus positifs furent insuffisants pour changer cette mode, et furent le prétexte, ou plutôt la cause immédiate du terrible soulèvement de Madrid (en 1765), au milieu duquel les seules compagnies de gardes walonnes, qui étaient de service au palais, firent leur devoir ; elles furent massacrées par la populace ; mais elles donnèrent le temps au roi de se sauver à Aranjuez, où de nouvelles troupes vinrent se ranger autour de lui. Le comte d'Aranda fut nommé président de Castille et rétablit le bon ordre ; les grands chapeaux disparurent pour toiyours ; l'usage des manteaux revint peu à peu, nmis les formes furent
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moins amples ; le ministre favori de Charles III (raar- 17C9. qnis de Squilace), fut éloigné : il était odieux à la multitude et à la noblesse. On a soupçonné une compagnie célèbre, qui ne fut étrangère à aucune des intrigues de son temps, d'avoir eu part à ce mouvement populaire ; mais la haine que Ton portait à ce ministre, italien d'origine, était inspirée par d'autres motifs. La marquise, femme de Squilace, était belle, et n'excitait pas moins d'envie que son époux. L'Espagne doit encore aux soins de Charles DI tout ce qu'elle peut montrer au voyageur, en fait d'établissements utiles et de monuments publics. Les grands chemins, l'hôtel des douanes et celui des postes à Madrid, les embellissements et l'assainissement de cette capitale ; le cabinet d'histoire naturelle, le jardin botanique, les académies de peinture et de dessin, le canal de Tudela, celui de Madrid, (abandonné après la mort de ce prince), etc.; tout a été créé ou perfectionné sous son règne. Il aimait la justice, et choisit, avec un rare discernement, les magistrats et les fonctionnaires publics parmi les citoyens les plus vertueux. Il ne retira jamais sa confiance sur une délation, ou sur des accusations vagues, à ceux qu'il avait déjà éprouvés. L^s comtes de Florida Blanca, et de Campomanès, furent élevés du sein de l'obscurité aux premières places de l'état; ils possédèrent en même temps l'estime de leur souverain, quoiqu'ils fussent ennemis et rivaux l'un de l'autre. Charles eut l'excellent esprit d'employer les lumières de ces deux hommes distingués, chacun dans la partie qui lui était convenable, et il ne fut jamais entraîné par leurs passions particulières. C'est avec une conduite aussi sage que ce prince parvint à retirer l'Espagne de la léthargie où elle languissait depuis Philippe III. Certes, le mérite d'avoir redonné le mouvement à une nation engourdie et concentrée en elle-même doit être attribué à la volonté positive du souverain. Il fallut vaincre des obstacles de toute nature, et Charles ne se
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1769. rebnta point On cite de lui denx mots qui peignent exactement l'état de FEspagne, l'injustice de l'opinion, et le genre d'esprit de ce monarque : "^Mes sujets sont ^comme les enfants qui pleurent quand on les nettoie." Lorsqu'on lui rendait compte d'une intrigue d*afiaire ou d'amour, de quelque dissension élevée dans une famille, la première question que faisait Charles était celle-ci : ^uel moine y a-t-il dans cette affaire?" Il aimait à parler de ses fatigues et des dangers qu'il avait courus i la guerre, et conservait fidèlement le souvenir du moindre service qui lui avait été rendu. Le corps des carabiniers royaux s'était distingué dans les campagnes d'Italie. A la journée de Yelletri, Charles fut sur le point d'être fait prisonnier; les carabiniers le sauvèrent. Longtemps après, le ministre de la guerre lui proposant des réformes dans les dépenses de sa maison militaire, employait toute son éloquence pour faire entendre que le corps des carabiniers avait une constitution vicieuse, et qu'il était plus onéreux qu'utile. Charles faisait semblant de ne pas écouter. Le ministre revint à la charge, et s'expliqua d'une manière plus positive. Le prince alors ne put retenir sa colère, et lui dit d'un ton foudroyant : ^Si quelqu'un me parle encore une fois contre mes •♦carabiniers, je le fais pendre."
"Lorsqu'il vint, en 1769, prendre possession du trône d'Espagne, il fut surpris de voir un grand d'Espagne se présenter à lui pour exercer les fonctions de grand chambellan, que le seigneur de Losada remplissait auprès de sa personne depuis long-temps. Charles demanda pourquoi Losada ne venait point: "Sire, lui dit "alors le grand chambellan, le seigneur de Losada n'est "point grand d'Espagne ; l'étiquette de la cour exige "que celui qui a l'honneur de vous servir en qualité de "grand chambellan, soit revêtu de cette dignité, et j'ai "cru devoir me présenter à sa place. — ^"Eh bien, lui dit "Charles, je le fais duc, et qu^il vienne me donner ma
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chemise." — ^11 avait cependant par bonté conservé la 1769, plus grande partie des serviteurs de l'ancienne cour, et, entre autres, un valet de chambre qui continua à le servir pendant dix-sept années. On vint un jour annoncer sa mort à Charles 111: **Que Dieu lui fasse paix, dit-il, c'était UQ homme de bien ; mais il est certain que, depuis le premier jour que je le vis à Barcelonne, je n'ai jamais pu le souffrir." — Charles mettait une grande régularité dans ses actions ; c'était Thomme le plus méthodique dans son royaume. On pouvait prédire, dès le premier janvier, l'heure, le genre de ses occupations et de ses voyages pendant toute l'année. Il ne reçut point de la nature ces dons brillants qui caractérisent les héros ; mais on ne peut s'empêcher de lui accorder un bon jugement, une sage fermeté, de l'esprit naturel et surtout les qualités qui constituent un homme de bien. Le souvenir de son administration paternelle et de ses vertus privées est encore cher à ses peuples. 11 mourut à Madrid, le 14 décembre 1788, à l'âge de soixante douze ans, non sans avoir prévu les orages qui menaçaient l'Europe, et ses dernières paroles furent de sages avis à son successeur. L'ordre de St.-Janvier a Naples, et celui de ï Immaculée Conception^ ou de Charles m, ont été fondés par ce prince."
Conformément à un ordre du roi, un régiment fut levé dans la province sous le nom de Régiment de la Louisiane^ et don J. Estecheria en fut nommé colonel. Comme cet officier n'était pas encore arrivé, Unzaga qui devait être revêtu du gouvernement de la province après le départ d'Oreilly, se chargea d'organiser le régiment et en prit le commandement provisoire. Oreilly envoya des brevets d'officiers à tous ceux qu'UlIoa avait désignés comme s'étant montrés favorables à la cause espagnole. Ces brevets furent acceptés avec joie. On s'estimait heureux de ceindre l'épée du commandement sous un gouvernement qui accordait tant d'avantages
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1769. et de privilèges aux porteurs d'épanlettes. La solde espagnole donnée aux troupes étant plus forte que la solde française, beaucoup d'anciens soldats français s'enrôlèrent, et le Régiment de la Louisiane fut bientôt au complet.
L'arrivée des vivres qui étaient destinés pour les troupes espagnoles envoyées à la Louisiane fut tellement retardée qu'il s'en suivit, à la Nouvelle-Orléans, une disette excessive. Les provisions de toute espèce devinrent extrêmement rares et la farine monta jusqu'à vingt piastres le baril. Heureusement qu'il arriva de Baltimore un brick, avec une cargaison «de' ferine appartenant à Olivier Pollock, qui la mit à la disposition d'Oreilly, au prix qu*il lui plairait à lui-même de fixer. Oreilly i'efusa de profiter de cette offre libérale, et finit par prendre la farine à quinze piastres le baril. Il fut si content de la conduite de Pollock en cette occasion, qa'il lui dit qu'il en ferait son rapport au roi, et il lui donna en outre l'assurance qu'il aurait, sa vie durant, la libre entrée de la colonie pour son brick et ses marchandises.
Le cabildo fut inauguré et ouvrit ses séances, le 1er décembre, sous la présidence d'Oreilly. Il était composé de Francisco Maria Reggio, Pedro Francisco Olivier de Vezin, Carlos Juan Bautista Fleuriau, Antonio Bienvenu, José Ducros, Dyonisio Braud. Juan Bautista Garic avait acheté la charge de greffier du Cabildo.
Reggio était alferez real ; Olivier de Vezin, principal alcade extra muros, Fleuriau, alguazil mayor, Ducros, receveur des dépots, et Bienvenu, receveur des amendes.
On voit que le gouvernement espagnol se montrait très libéral et qu'il choisissait presque tous ses employés parmi l'ancienne population.
11 a déjà été dit que don Luis de Unzaga avait été nommé gouverneur de la Louisiane, mais qu'il ne devait entrer dans l'exercice de ses fonctions qu'après le
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départ d'Oreilly, Aussitôt après l'installation du Cabildo, Oreilly en céda la présidence à Unzaga et n'y reparut plus.
Oreilly avait fait rédiger par don José de Urrustîa et don Félix del Rey et publier une espèce de code, pour servir de guide aux juges dans les affaires civiles et criminelles, suivant l'esprit des lois de Castille et des Indes, en attendant que ces lois elles-mêmes fussent connues et comprises. On a lieu de croire que depuis cette époque ce fut sur les lois d'Espagne seulement que furent basées les décisions des tribunaux. Heureusement la jurisprudence espagnole et la jurisprudence française ayant une origine commune, puisqu'elles avaient été puisées toutes deux à la même source, la sagesse de Rome, se trouvaient avoir une grande similitude dans les principes sur lesquels elles étaient fondées. Cette circonstance diminua les inconvénients qu'aurait pu occasioner ce changement subit dans la législation de la colonie.
Il fut décrété que tous les hauts fonctionnaires publics emploieraient la langue espagnole pour la rédaction de leurs actes. Cependant on toléra l'usage de la langue française pour les actes judiciaires et notariés des commandants de paroisses.
Vers le milieu de décembre, Oreilly se mit en route pour visiter les établissements de la côte des Allemands, la côte des Acadiens, Iberville et la Pointe- Coupée.
Le 1er de janvier 1770, le cabildo nomma alcades 177a, ordinaires St-Denis et de la Chaise ; ce dernier était petit-fîls de l'ancien commissaire ordonnateur, et beau- Irère de ce Villeré qui était mort sous les bayonnettes espagnoles.
Don Cecilio Odoardo arrivant avec la commission d'auditeur de guerre et assesseur du gouvernement, don José de Urrustia et don Félix del Rey, pensant que
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1770. leur présence n'était plus nécessaire, partirent pour la Havane.
D'après Tordre qu'en avait donné Oreilly, on fit un recensement de la population de la Nouvelle-Orléans, et Ton trouva qu'elle était de 3,187 âmes. Dans ce nombre il y avait 1,902 personnes libres dont 31 étaient de sang africain pur, et 68 de sang mêlé, 1,225 esclaves, et 60 Indiens qui vivaient dans un état de domesticité.
Bobé Desclozeaux, qui, à la mort de Michel de Larôuvillîère en 1759, avait agi pendant quelque temps comme commissaire ordonnateur par intérim, resta à la Nouvelle-Orléans par ordre du roi de France, avec la permission du roi d'Espagne, pour faire rentrer les billets émis par les différentes administrations françaises qui s'étaient succédées à la Louisiane. II restait encore sur place une grande quantité de ces billets.
On se rappelle que le dernier commissaire ordonna^ teur Foucault avait été mis à la Bastille, en arrivant en France. On trouve à son égard dans les cartons du ministère de la marine cette lettre du lieutenant de police, en date du 19 janvier:
M. DS Sartines a m. le duo de Prasljn.
"Monsieur, j'ai eu l'honneur de vous rendre compte de l'arrivée à la Bastille du sieur Foucault, ci-devant faisant fonctions d'ordonnateur à la Louisiane, qui y a été transféré, le 1 1 de ce mois, par ordre du roi, de l'hôpital des Frères de la Charité à la Hochelle, où il était détenu. Je vous supplie de me marquer si vos intendons sont de faire interroger ce prisonnier. Dans ce cas là, j'attendrai que vous ayez la bonté de m'adresser des matériaux ou des notes sur les demandes que je pourrais lui faire. Je voudrais savoir aussi, Monsieur, si le sieur Foucault doit être resserré étroitement, ou si on peut lui accorder des douceurs, comme la promenade, du papier, des Ëvres et la p^mission de voir quelqaea-ons
CHAP. xxvilU] 369
de ses parents ou amis^ J'attéii4rai vos ordres sur ces 177< objets poui^ m'y conformer."
On ne sait pas quelle fut la réponse du ministre, mais on sait que, quelque temps après, Foucault fut envoyé à rile Bourbon comme commissaire* (Hxloniiateur.
Le 6 avril, le conseil d'état en France rendit le dernier de ses arrêts concernant la Louisiane. Par cet arrêt, il était ordonné que les habitants de la Louisiane, qui étaient en instance ou qui avaient formé des demandes pardevant les différents conseils de Sa Majesté Très-Chrétienne, seraient tenus de se pourvoir pardevant le conseil du roi d'Espagne, suivant ce qu'ils en aviseraient, encore que les dites instances eussent été commencées ou les dites demandes formées avant la cession de la colonie, et encore que les dites demandes eussent poUr «objet la cassation d'arrêts rendus parle conseil supérieur, lorsqu'il administrait la justice au nom de Sa Majesté Très-Chrétienne.
Les motifs de Tarrét portaient qti'il avait été présenté, en différents conseils du conseil d'état, plusieurs requêtes ct>ntre des arrêts du conseil supérieur de la Louisiane^ sur lesquels il n'avait point été statué a l'époque de la <^s8ion ; que d'ailleurs il subsistait différentes instances entre des habitants du dit pays, lesquelles étaient restées indécises jusqu'au moment actuel, mais que Sa Map jesté Très-Chrétienne n'en pouvait plus prendre connaissance, parce qu'en cédant le pays, elle avail; cédé aussi le prenUer et le plus glorieux de ses droits, celui de rendre la justice.
Oreilly, dans toutes les paroisses qu'il visita, réunit les habitants et les invita à faire connaître firanchement leurs besoins et leurs désirs. Mais pas une voix ne s'éleva. On le reçut partout avec un silence respectueux et avec une aouflodssion qui ressemblait beaucoup à de la crainte.
A son vetour a la Nouvelle^riéans, OffeiHy ^publia
Googte
970 |ctup. xxviii«
|.y^Q nne série de règlements concernant leCf concessions de terres vacantes.
A chaque famille qai Tiendrait s'établir dans la pro« rince, il devait être concédé un morceati de terre de six arpents de face au fleuve Mississippi, sur quarante de profondeur, à condition que les concessionnaires, dans l'espace de trois ans, feraient une levée et un chemin de quarante pieds de largeur, en arrière de la levée, avec deux fossés courant parallèlement à la levée, ainsi que d'autres fossés avec ponts placés à des distances régulières et perpendiculairement à la levée. Il était aussi imposé aux concessionnaires Tobligation de défricher, dans trois ans, toute la façade de leurs six arpents jusqu'à la profondeur au moins de deux arpents. Autrement la concession devenait nulle.
Les concessionnaires ne pouvaient vendre leurs terres avant que les améliorations ci-dessus stipulées n'eussent été faites.
Dans le district des Attakapas, des Opeloussas et des Natchitoches, dont les habitants s'occupaient plutôt i élever des bestiaux qu'à cultiver la terre, les concessions furent beaucoup plus étendues que celles qui furent faites sur le fleuve. Oreilly décréta qu'elles pourraient être d'une lieue carrée. Lorsque la situaticm de la terre que l'on voulait concéder était telle qu'elle n'avait pas une profondeur d'une lieué, il était concédé deux lieues de face sur une demie de profondeur. Mais pour obtenir une concession de quarante-deux arpents de face sur la mtéme profondeur, il fallait être propriétaire de deux nègres, de eent têtes de bêtes à cornes non épaves, de quelques chevaux et moutons.
Toutes les bêtes à cornes et tous les chevaux devaient
être marqués avant d'atteindre l'âge de dix-huit mens,
sous peine, pour le propriétaire, de ne pouvoir plus les
réclamer comme lui appartenant. Il était accordé jus-
. qu'au mois de juin 1771 pour ramener les animaux
épavAs à l'état de domesticité. Après ce laps de. temps iiTa. il était permis de les tuer comme des bétes sauvages.
Toutes les concessions de terres devaient être faites au nom du roi, par le gouverneur de la province» qui devait en ordonner de suite Tarpentage et en faire fixer les bornes, en présence du juge de la paroisse où était située la terre concédée, et des deux habitants les plus voisins, lesquels devaient signer le procès-verbal d'ar« pentage dont Tarpenteur était tenu de faire trois copies. L'une devait être remise au greffier du cabildo de la Nouvelle*Orléans, l'autre au gouverneur, et la troisième au concessionnaire.
Par une proclamation du 22 février, Oreilly assigna un revenu à la ville de la Nouvelle-Orléans. Ce revenu consistait en une taxe annuelle de quarante piastres sur chaque taverne, café et billard ; en une taxe de vingt piastres sur chaque hôtel, auberge ou pension bourgeoise; en une taxe d'une piastre sur chaque baril d'eau-de-vie ou liqueur spiritueuse importé à la Nouvelle-Orléans. Le corps des bouchers, ayant été consulté sur la taxe qu'il pouvait supporter, s'engagea volontairement à payer à la ville, annuellement, une somme de trois cent soixante-dix piastre^ et à ne pas augmenter pour cela le prix de la viande, à moins d'une nécessité absolue.
Afin de fournir à la ville les moyens d'entretenir sa levée, il lui fut permis de prélever un impôt de six piastres sur chaque navire de deux cents tonneaux et audessus, et de trois piastres sur chaque navire d'un tonnage moins fort, qui mouillerait ou jetterait l'ancre dans ses limites.
Oreilly concéda ensuite à la ville, au nom du roi, certains terrains vacants qui se trouvaient situés autour de la place d'Armes, entre les rues de la Levée, Chartres et Condé. Quelque temps après, la ville vendit ces ter-
373 [chat. xxYiu.
Vito. rafns à rente perpétuelle, et don André Almonaster m devint Pacquéreor.
Par une proclamation spéciale, le Code Noir, donné par Louis XV à la colonie, fut déclaré en vig-aeur et avoir force de loi comme ^*il émanait du roi d*£spagne.
Afln d^empécher les nations sauvages de mettre lean prisonniers à tnort, au milieu de tourments cruels et prolongés, le gouvernement français avait autorisé les colons à traiter avec ces nations pour leurs prisonniers, eX h les acheter comme esclaves. Il y en avait à cette époque un nombre considérable qui étaient assimilés slux nègres et vivaient dans l'esclavage. Oreilly lança nne proclamation dans laquelle il déclarait que les sag-es et pieuses lois d'Espagne ne permettaient pas de réduire les Indiens à l'état d'esclavage, mais que, cependant, les propriétaires de ce genre d'esclaves pourraient les conserver jusqu'à ce que le bon plaisir du roi d'£spa^iie fût connu à ce sujet.
Comme mesure de police, il était défendu à toute personne de recevoir, ou d'héberger tout étranger qui ne serait pas muni d'un passeport signé par le gouverne or, et de lui fournir un cheval ou aucun moyen de transport par terre ou par eau.
Il était expressément défendu de rien acheter d*aacune personne naviguant sur le Mississippi sans passeport. Ceci concernait les Anglais qui remontaient sans cesse le fleuve de la Balise à leurs établissements de Manchac, Bàton-Rouge et Natchez. Les habitants pouvaient cependant vendre des provisions aux navires et embarcations non pourvus de passeports espagnols, i condition que ces provisions fussent livrées sur le bordée TcaUf et qu'elles fussent payées en argent et non en marchandises ou autrement. Pour toute contravention à ce règlement, il y avait une amende de cent piastres, dont le tiers allait au dénonciateur.
XI ne fut fait, pour le moment, aucun changement i
il cifAP. xxvni.] 878
Ak Forganisatioa ecclésiastiqne de la province. Le çopérieur 1770.
des capucins, le père Dagobert, continua d'exercer ses
fonctions de curé de la Nouvelle-Orléans et de vicaire
général de Tévéque de Québec pour cette partie du dio«
cèse dans laquelle la Louisiane était comprise.
On se rappelle que les Ursulines, par le traité qu'elles avaient passé avec la compagnie des Indes» s'étaient engagées à faire le service de gardes-malades à l'hôpital. Plus tard, elles trouvèrent ce service incommode, et elles obtinrent du pape une bulle qui les en dispensait. Du reste, depuis long-temps, ce service de leur part était devenu purement nominal. Car elles se bornaient à envoyer deux membres de leur congrégation assister à la \âsite que faisait tous les jours à Fhôpital le médecin du roi. Après avoir pris note de ses prescriptions, elles envoyaient de l'infirmerie du couvent tous les remèdes qui avaient été ordonnés. Sa Majesté Catholique, en prenant possession de la colonie, voulut traiter les Ursulines avec faveur et ordonna que deux d'entr'elies toucheraient chacune une pension de seize piastres par mois.
L'été fut malsain cette année. Le commissaire de guerre et Mn tendant^ don José Loyola, qui était venu avec Uiloa, mourut, et don Juan Antonio Gayarré, fils du contador, fut chargé de remplir ces importantes fonctions, bien qu'il ne fut âgé que de dix huit ans.
Oreilly, ayant achevé d'exécuter la mission spéciale pour laquelle il avait été envoyé à la Louisiane, remit ses pouvoirs à don Luis Unzaga y Amezaga, qui le remplaça comme gouverneur, et partit le 29 octobre, en laissant dans la colonie douze cents hommes de troupes de ligne.
Voici ce qu'on trouve dans la Biographie Universelle sur le compte de cet Oreilly, dont le passage à la Louisiane y a imprimé des traces si profondes :
**Le comte Alexandre Oreilly, général espagnol, né en
374 fcHAf. XXYIIL
Irlande» vers 1785, de parents catholiques, entra fort jeune dans le régiment d'Hibernie. Il fit, en Italie, une partie de la gaerre de la succession d'Autriche, et reçut une blessure dont il resta un peu boiteux le reste de sa vie. En 1757, il alla servir en Autriche, et fît deux campagnes contre les Prussiens, sous les ordres de Lascy, son compatriote. Il passa, en 1759, dans l'armée française, et s^y distingua tellement, que le maréchal de Broglie le recommanda au roi d'Espagne, son souverain, lorsqu'il retourna dans ce royaume. Cette recommandation lui valut le grade de lieutenant coloneL Il servit, en cette qualité, dans la guerre peu glorieuse du Portugal, défendu par les Anglais. Il trouva néanmoins des occasions de se distinguer à la tête d'un corps de troupes légères, qui lui fut confié. Déjà Oreilly avait acquis la réputation de l'un des meilleurs officiers de l'armée espagnole. On le nomma brigadier des armées du roi, et l'on créa pour lui la place d'aide m^'or de Texercice. Ce fut dans ces fonctions qu'il forma l'infanterie espagnole aux exercices des troupes allemandes. A la paix, il fut créé maréchal de camp, et nommé commandant en second de la Havane, qui ve> nait d'être rendue à l'Espagne par le traité de Fontainebleau. Il rétablit les fortifications de cette colonie et revint en Espagne, où le roi le nomma inspecteur général de son infanterie, et voulut assister aux manceuvres d'un camp dont il lui donna le commandement, il l'envoya ensuite à la Nouvelle-Orléans, dont les habitants avaient peine à s'accoutumer au joug espagnol. Les moyens rigoureux qu'Oreilly employa pour les y soumettre, lui suscitèrent beaucoup d'ennemis. Il revint bientôt en Espagne, et y fut constamment soutenu par la faveur de Charles III, qui connaissait toute sa capacité, et ne pouvait pas oublier que ce général lui avait sauvé la vie dans la sédition de Madrid en 1765. Son crédit parvint ainsi au plus haut degré ; et il avait
CHAr. xxviu-l 373
bailleurs donné à l'armée espagnole, qui était restée iTtO, depuis long-temps en arrière des autres nations de l'Europe, une nouvelle impulsion. On le chargea en 1774, du commandement de Texpédition contre Alger* De grands moyens d'attaque lui furent confiés ; et il partit avec une escadre de quarante vaisseaux de ligne et trois cent cinquante bâtiments de transport, qui portaient une armée de trente mille hommes ; mais cet immense convoi n'arriva pas à temps ; et ne recevant pas les bateaux plats préparés pour une descente simultanée, Oreilly fut obligé, après quinze jours d'attente, et de peur de voir sa flotte s'échouer, de débarquer un corps de dix mille hommes commandés par le marquis de la Romana. Ce corps avait ordre de s'établir sur le rivage pour protéger le débarquement de l'armée ; mais entraîné par l'ardeur des troupes, il s'avança jusqu'à ce qu'il eût rencontré l'ennemi, devenu très nombreux, et qui s'était retranché derrière des haies de no- ' pals et de figuiers. Les troupes espagnoles se battirent avec beaucoup de courage : elles perdirent quatre mille hommes ; et leur chef la Romana fut tué. Pendant ce temps, le reste de l'armée débarquait ; mais ce premier échec ne permettait p\\is de former les entreprises que roiis'éiait proposées. 11 fallut se rembarquer; et le général Oreilly qui avait conçu un plan que tous les gens de l'art approuvèrent, mais qu'on ne mit point à exécution; qui ^s'était mon tn'î partout avec une extrême bravoure, (son cheval avait reçu deux coups de feu) fut réduit à revenir tristement en Espagne, avec son arméç^ qui rentra, le 24 août de la même année, à Barcelonne- Ce coatre-temps nuisit beaucoup à sa réputation, mais n'ôia rien à sa faveur auprès du roi. Ce prince le mit à la tète d'une école militaire, qui fut établie à Avjla, puis au port Sainte Marie. Lorsqu'Oreilly eut été nommé commandant général de l'Andalousie et gouverneur de Cadix, ildéploya dans cet em-
^'ïô [ciiAP. XXVlfl.
1T70. ploi les talents d'an bon institutenr et d'un administrateur habile ; hiais il essuya une disgrâce complète à la mort de Charles III (14 décembre 1788), et vécut depuis dans la retraite en Catalogne. Cependant, malgré ses revers, il avait conservé une grande réputation dans l'armée espagnole ; et après la mort du général Ricardos, en 1 794, on ne vit personne qui pût mieux que lui diriger la guerre contre les Français. Il fut nommé au commandement de l'armée des Pyrénées Orientales, et il s'était mis en chemin pour s'y rendre, lorsqu'il mourutp resque subitement dans un âge àVancé. Les malheurs qu'éprouva ensuite le comte de la Union, le firent regretter. Cependant il est peu probable qu'Oreilly eût été plus heureux. Sqn âge ne lui permettait plus de supporter le fardeau d'une guerre aussi active ; et quoiqu'il fût le maître et l'instituteur des meilleurs officiers de l'armée espagnole, il avait beaucoup d'annemis et d'envieux, dont toiuc son Uabiicté t^t la Jiexibilité de son caractèrr tloux H insinuant n'avaient pu le garantir, auprès d'une nation vaine et toi^ours ombrageuse à l'égard df.s étrangers.'*
On voit que les deux premier» gouverneurs envoyés par l'Espagne à la Louisiane n'étaient pas des hommes d'une mince valeur.
Oreilly a laissé à la Loiiisîane la réputation d'un homme sanguinaire, qui commît un crime m envoyant à la mort plusieurs des principaux cito}Tns du pays dont il était venu prendre possession. Mnlheurrtue* ment pour sa renommée, eette réputation ne parait pas être entièrement sans^ fondement. Car en admettant que les accusés aient pu être jugés f^uîvant les loi» d'Espagne et qu'ils aient pu être légalement condamnés à mort suivant ^ces mêmes lois, il est presque démon* tré qu'Oreilly a outre- passé ses pouvoirs en faisant cJté* cuter la sentence. Cardans la lettre du marquis de Grimaldi adressée en n66 au comte de Fuentes^ am-
CMAP. xxviii.'l 377
bassadeur d'Espagne près de la cour de France, et dans ITTO. laquelle ce ministre lui fait part des pouvoirs et des instructions donnés à Oreilly chargé d'aller prendre possession de la Louisiane et de sévir contre les rebelles, on se souviendra qu'il y est dit : "Il parut convenable de "donner à M. Oreilly des instructions de cette étendue, "à cause de la distance et de Téloignement du pays; **mais comme le roi, dont le caractère est bien connu, "est toujours porté à la douceur et à la clémence, il or- "donna de prévenir M. d'Oreilly qu'il serait conforme à "la volonté de Sa Majesté d'agir avec la plus grande "douceur, et de se contenter d'expulser de la colonie ceux "qui mériteraient un plus grand châtiment.** Cette lettre du ministre est une puissante pièce de conviction, à l'appui de l'accusation portée contre Oreilly. Tout ce que pourrait faire le défenseur le plus ardent de sa mémoire, serait de supposer que son départ pour la Louisiane, ayant été précipité, et des instructions lai ayant été données à plusieurs reprises, les unes de vive voix et les autres par écrit, il ne reçut que celles qui lui ordonnaient de punir suivant toute la rigueur des lois, et non celles qui lui prescrivaient de commuer la peine qu'elles infligeraient. Si Oreilly reçut ces dernières instructions, il est inconcevable qu'ii ait eu l'audace d'y désobéir et de faire mourir ceux qu'il ne pouvait qu'exiZer, lui, surtout, qui avait traité les accusés avec tant de bonté et de courtoisie, lorsqu'il les avait fait arrêter, et qui n'avait cessé de leur répéter qu'il regrettait la dure nécessité où il était de les faire juger, mais qu'il espérait ne trouver en eux que des innocents. La tradition veut qu'à l'arrivée d'Oreilly à Cadix, il reçut un ordre du roi qui blâmait sa conduite et qui lui défendait de paraître à la cour. Mais il a été impossible de rien découvrir d'authentique à ce sujet. Il n'est même pas probable qu'il en ait été ainsi, puisqu'en 1774, Oreilly était tellement
en faveur, qu'on le chargeait de la grande expédition
378 [OUAF. XXVllI.
I'î70. contre Alger. Cependant, si ijêellement il oatre-passa ses pouvoirs» il est hors de doute qu'il se rendit coupable d'un assassinat; et ce n'était pas une défense de paraître à la cour, ou toute autre légère disgrâce qu'il aurait dû encourir» mais c'est un châtiment beaucoup plus sévère qu'il aurait dû subir, et qu'il n'aurait eu que trop mérité. En admettant que» conformément à la tradition, Oreilly fut blâmé, ce blâme ne put être que bien léger et bien fugitif, et n'aurait probablement été manifesté que pour donner une espèce de satisfaction à la France» Car on verra plus tard, que le roi d'Espagne, en date du 28 janvier 1771, fît une communication à son conseil des Indes, par laquelle il soumettait à son examen tou» les actes de l'administration d'Oreilly à la Louisiane, et déclarait que ces actes étaient pleinement approuvé» par lui. On verra aussi que le conseil des Indes répondit: qu*ayant soigneusement examiné les documents sur lesquels le roi avait appelé son attention, il ne pouvait, dans tout ce qu'avait fait Oreilly. rien découvrir qui ne méritât les plus grands élogns, 4:1 f^ni iwfût la pr^uv^ de T immensité et de la sublimité da srétiie de cet ofBcier général. Il est évident, pour quiconque connaît Tatmo»* phère d,es cours, qu'on ne sa ttrait pas servi d'expn ssions d'une adulation aussi outrée, envers un bommequi aurait eu le malheur de ^'attirer in moindre hlàme hé*, rieux de la part du mnTtj o.
Quoiqu'il en soit, il paraît que le gouvernement français S'émut de la sanglante exécution qui Avait eu livu à la Louisiane, et prit àes ju format ions a ce sujf*L La lettre suivante de M. Depuyabre, ngent français a Cadî^ adressée au ministre, in date du 9 mars 1770, ea J&lfl foi:
"Monseigneur, j'ai reçu la lettre que vous m'awz fait l'honneur de m'écrire, le \2 du mois dernier, 11 est ^T3l{ que je n ai pas eu celui de vous faire part des relations qu'on envoya de la Havane touchant l'expédition de
CHAI». XX Vil I."] 3TO
M. d'Oreilly à la Nouvelle-Orléans, par la raison que ITTO. j'ai eu rhonnetnr de vous dire alors. Mais puisque, par votre dernière lettre, îl parait que vous l'auriez souhaité, j'ai donc celui de vous dire que toutes les relations que l'on envoya de la Louisiane s'accordaient toutes à blâmer la rigueur avec laquelle M. d'Oreilly avait sévi contre les chefs de la Louisiane. Les Espagnols d'ici, ainsi que les hommes de toutes les autres nations, en ont témoigné de l'horreur. On a écrit de la Havane que M. d'Oreilly avait servi d'interprète dans les interrogatoires qu'avaient subi les coupables. Voilà, Monseigneur, en quoi consiste ce qu'on a marqué de la Havane au sujet de l'expédition de M. d'Oreilly à la Nouvelle-Orléans. Vous savez, mieux que personne, les ordres dont cet officier général était porteur, et vous verrez par là s'il les a dépassés ou s'il s'y est conformé."
Masan et ses compagnons d'infortune avaient été enfermés au fort Moro de la Havane. Le fils de Masan partit pour Madrid, parvint à se jeter aux pieds du roi, demanda la grâce de son père et ofirit de prendre sa place, si une victime était indispensable. L'ambassadeur de France appuya la prière du jeune homme. Le " roi fut touché et fit grâce entière aux six prisonniers; mais aucun d'eux ne retourna à la Louisiane : ils se fixèrent presque tous au Cap Français.
La Louisiane avait cessé, de jure, d'être française depuis 1763, mais elle ne Ait espagnole, de facto, que depuis la prise de possession par Oreilly, et depuis la nouvelle organisation qu'il lui donna. Ainsi on peut dire que la domination française y dura soixante-dix ans. Malheureusement, la France ne sut jamais tirer aucun parti avantageux de cette belle colonie, où environ quatre-vingts millions furent inutilement versés, si on y comprend les dépenses faites par Crozat et par la compagnie des Indes. On sait cependant avec quel chagrin les colons avaient vu disparaître la domination fran-
380 [CHAP. XXVIU.
1770. çaise- Mais le nom français est si glorieux, que Ton conçoit les efforts que firent les colons pour ne pas cesser d'appartenir à cette grande nation qui, depuis plus de mille ans, occupe une si large place dans l'histoire du monde. Les Français de la Louisiane aimaient à remonter à la source de leur origine. Leur patriotisme aimait à contempler le chemin que la nation française avait tracé dans sa marche au travers de Tobscurité des siècles, chemin étincelant comme cette voie lactée qui embellit la voûte céleste. Il était cruel de laisser tomber le rideau sur ce spectacle magnifique, de rompre avec ce passé sublime, et de n'être plus Français. H • était douloureux de dire un éternel adieu à ces nobles souvenirs, et de renoncer à ce vieux patrimoine de gloire dont toutes les générations françaises ont hérité, et auquel elles ont successivement apporté leur contribution, depuis que les forêts de la Gaule ont vu briller Forifiamme. II était humiliant de mériter, par un oubli politique, d'être récompensé ou protégé par un maître nouveau.
Cependant, si la Louisiane avait cessé d'être française, du moins la nation à laquelle elle était annexée, était encore au rang des premières puissances de la terre. Cette nation avait aussi une illustration antique, et le sceptre qu'elle étendait sur sa nouvelle possession était décoré de plus d'une feuille de lauriers. Le nom espagnol réveille toutes ces idées de gloire et de chevalerie qui pl€Lisent tant à l'imagination. Pélasge, Le Cid, Gonzalve, Cortez, Pizarre, Ferdinand et Isabelle, Charles Quint et tant d'autres héros ont légué des noms qui ne peuvent être prononcés sans faire palpiter tout cœur généreux. Les colons pouvaient ne pas avoir de sympathie pour les Espagnols, mais ils ne pouvaient se défendre d'un sentiment de respect et d'estime pour des hommes qui marchaient entourés de tant de glorieux souvenirs. Us pouvaient adopter avec plaisir cette belle langue qui.
ouAP. XXV1II.1 881
par l'harmonie et la magnificence de ses périodes, rap- i'^<>pelle celle des anciens dominateurs du monde» et qui ne semble faite que pour exprimer les sentiments les plus élevés du cœur humain. Ils ne pouvaient rougir d'appartenir à un peuple qui disait, avec une orgueilleuse vérité, que le soleil ne se couchait pas dans ses domaines.
Mais ce n'était ni sous le drapeau de la France ni sous celui de l'Espagne que la Louisiane devait prospérer, ^t devait voir se développer ces immenses ressources dont s'enorgueillissent les états souverains qui sont sortis de son sein : ce devait être sous une bannière qui n'existait pas encore, qui devait être le labarum de la liberté, et dont l'apparition dans le monde, signal précurseur de la régénération des peuples, devait devenir an événement si important dans l'histoire des droits de l'homme.