‹ Histoire de la LouisianeChapitre 17 sur 33 · CU AP. V · texte numérisé non relu

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parce qu’elles n’ont pu produire ni blé ni légumes. Ils1713* conviennent en effet qu?il vient parfaitement bien en * herbe, mais qu’il en demeure là sans pouvoir former de grains. Ces gens là m’ont assuré qu’ils en avaient semé tous les mois de l’année, toujours inutilement. Il y a un nommé Lavigne qui m’a dit en avoir fait de même aux Natchez, à 150 lieues dans le haut du Mississippi, sans en avoir jamais pu recueillir une poignée, quoique ce soit pourtant en apparence la meilleure terre qu’on puisse jamais voir. M. de Bienville m’a dit, en arrivant ici, qu’il avait semé du blé de la Yera-Cruz qui avait produit environ treize gerbes de beau blé. L’ayant visité, j’ai vu qu’il était tout rouillé, et les grains si minces qu’ils n’avaient que l’écorce.”

Presque au même moment où la France abandonnait ainsi la Louisiane à Crozat, elle signait le traité d’Utreclit, par lequel elle cédait à la Grande Bretagne la Nouvelle Ecosse ou Acadie, avec ses anciennes limites, ainsi que la ville de Port-Royal connue ensuite sous le nom d’Annapolis. C’était le prélude de ces honteux traités qui plus tard devaient la dépouiller de ses plus magnifiques possessions coloniales.

Les nouveaux officiers, arrivés à la Louisiane, se hâtèrent de faire part au gouvernement de leurs vues et de leurs observations. En date du 15 juillet, le commissaire ordonnateur Duclos écrivait au ministre :

“Il a passé dans le baron de la *** douze filles que M. de Clérembault a fait embarquer au Port Louis, mais si laides et mal faites, que les habitants de ce pays-ci, et surtout les Canadiens, ont fort peu d’empressement pour elles. 11 y en a cependant deux de mariées. J’appréhende fort que les autres ne nous restent long-temps sur les bras. Il me paraît que, dans un pareil choix, M. de Clérembault devrait plutôt s’attacher à la figure qu'à la vertu. Les Canadiens, et surtout les voyageurs dont nous avons trouvé ici un grand nombre, qui sont tous

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1713. gens bien faits, ne sont pas fort scrupuleux sur la conduite que les filles ont eue avant qu'ils les prennent ; et s’ils en eussent trouvé de bien faites et à leur gré, il en serait peut-être resté ici quelques-uns pour les épouser et s'établir. Ce qui augmenterait la colonie. Au lieu qu’ils s’en sont tous retournés, en aliinnant qu’ils aimaient encore mieux les sauvagesses, avec lesquelles la plupart d’entr’eux se marient, et surtout aux Illinois, de la main des jésuites qui y sont missionnaires. Nous tâcherons cependant de marier les autres le plus promptement qu’il se pourra. Si tous les voyageurs ou coureurs de bois pouvaient se fixer ici, il serait plus à propos d’envoyer des filles que des garçons, qui sont en bien plus grand nombre que les filles.’”

Le 25 octobre de la même année, il faisait le rapport suivant :“Je ne saurais trop exalter la manière admirable dont M. de Bienville a su s’emparer de l’esprit des sauvages pour les dominer. Il y a réussi par sa générosité, sa loyauté, sa scrupuleuse exactitude à tenir sa parole et toute promesse faite, ainsi que par la manière ferme et équitable dont il rend la justice entre les différentes nations sauvages qui le prennent pour arbitre. Il s’est surtout concilié leur estime en sévissant contre tout vol ou déprédation commis par les Français, qui sont obligés de faire amende honorable chaque fois qu’ils ont fait quelque injure à un sauvage.”

Pour les présents à faire aux sauvages, ce qu’il trouvait indispensable, le commissaire-ordonnateur Duclos affirmait tout crûment au ministre que M. de Lamothe Cadillac les détournerait à son prof t; il recommandait par conséquent d’imposer au gouverneur l’obligation de s’entendre, pour la distribution des présents, avec le chef comptable et M. de Bienville, “ lequel , disait-il, connaît mieux que per sonne, dans la colonie , la force des nations sauvages , et sait toute l'utilité et l'importance des préseîits à faire en conséquence .”

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Ou voit, par ce document, que déjà les nouveaux ad- 1713. niinistrateurs de la Louisiane étaient en mésintelligence. C’était comme une fatalité, à laquelle aucune administration n’avait pu se dérober, et ne pourrait échapper dorénavant.

Le 25 octobre, M. de Lamothe Cadillac envoya au gouvernement un long mémoire, dont l’extrait suivant est la partie la plus intéressante :

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