CHAPITRE XIII
LE GOUVERNEUR PÉRIER EST RAPPELÉ EN FRANCE. — BIENVILLE EST RENOMMÉ AU GOUVERNEMENT DE LA LOUISIANE.— SALMON, COMMISSAIRE-ORDONNATEUR. —DÉMORALISATION ET DÉSASTRES QUI SONT LE RESULTAT DE L’INTRODUCTION DU SYSTÈME DE PAPIER - MONNAIE DANS LA COLONIE. — QUEL FUI’ LE PREMIER CRÉOLE.
Le roi était convenu de prendre pour son compte toutes les propriétés de la compagnie à la Louisiane. L’inventaire en fut fait sous les yeux de Salmon, le commissaire-ordonnateur, et se monta à la valeur de deux cent soixante trois mille livres. Ces propriétés consistaient en quelques marchandises dans. les magasins, en une briqueterie en face de la ville, sur laquelle il y avait deux cent soixante nègres, quatorze chevaux et huit mille barrils de riz. Les nègres furent évalués, les uns dans les autres, à 700 livres, les chevaux à 57 livres, et le riz à 3 livres le cent.
Le conseil supérieur de la Louisiane fut réorganisé par lettres-patentes du 7 mai, et fut ainsi composé : Périer, gouverneur; Salmon, commissaire - ordonnateur ; Loubois et d’Artaguette, lieutenants de roi ; Bénac, major de la Nouvelle-Orléans ; Fazende, Bruslé, Bru, Lafrénière, Prat et Raguet, conseillers ; Fleuriau, procureur-général. C’était le même qui s’était démis de sa
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. pjace, lorsqu’il avait été censuré pour avoir résisté à 1732. M. de la Chaise. Rossart fut nommé secrétaire du conseil.
Afin de faire revivre le commerce, qui avait été complètement détruit par le privilège exclusif de la compagnie des Indes, le roi accorda plusieurs privilèges èt avantages à tous ceux de ses sujets qui enverraient des navires à la Louisiane. Ainsi, par un arrêt du 13 septembre, il exempta de tous droits d’exportation les marchandises qui y seraient envoyées de France, et de tous droits d’importation, en France, tout produit de la Louisiane.
C’était enfin entrer dans la bonne voie, dans la seule qu’on aurait dû suivre depuis la fondation de la colonie, au lieu de l’écraser par un stupide monopole, accordé à un seul homme ou à une compagnie, qui non-seulement forçait les colons de lui vendre leurs denrées au prix qui leur était imposé, mais encore qui vendait à ces mêmes colons, à 200 pour cent de bénéfice, les marchandises que nul autre qu’elle, en vertu de son privilège, avait le droit d’importer. Mais aussitôt que l’on sut que les ports de la Louisiane étaient ouverts à la concurrence, les marchands de St. Malo, de Bordeaux, de Marseilles et du Cap-Français se préparèrent à y envoyer des navires.
Outre cet arrêt du roi, relatif au commerce, il y en eut un autre qui fixait les forces de la colonie à huit cents hommes de troupes de ligne. L’attention du gouvernement se porta aussi sur les finances, qui avaient toujours été dans un état de flux et de reflux, de hausse et de baisse, et il y eut une ordonnance qui décrétait que, dorénavant, puisque les piastres passaient pour 5 livres, et les demi-piastres pour 2 livres 10 sous, les quarts passeraient pour 25 sous, et les huitièmes pour 12 sous G deniers, lesquels ne passaient auparavant que pour 20 sous et 10 sous.
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, 1733. Bienville avait été renommé gouverneur de la Louisiane, et s’était mis en route pour prendre possession de son gouvernement. S’étant arrêté au Cap-Français, il écrivait de là au ministre, en date du 28 janvier :
“J’ai vu ici, Monseigneur, les chefs des Natchez qui sont esclaves, entr’autres, le nommé St. Côme, auxquels on avait fait espérer qu’ils pourraient retourner avec moi. Ils m’ont assuré qu’il n’y avait eu que leur nation qui était entrée dans la révolte, et que les façons dures avec lesquelles on avait agi à leur égard, les y avait forcés, et qu’ils s’y étaient déterminés sans prendre conseil des autres nations. Si je veux les en croire, mon arrivée dans la colonie y rendra la tranquillité que j’y avais laissée.
“Il y a ici plusieurs habitants de la Louisiane qui demandent à y retourner.”
Le 18 mars, une ordonnance du roi fixa le prix du tabac venant de la Louisiane, prix auquel les fermiers-généraux étaient tenus de le recevoir, savoir : pour 1733, 35 livres le quintal; pour 1734 et 1735, 30 livres le quintal ; pour 1736 et 1737, 27 livres, et pour 1738, 25 liv.
Diron d’Artaguette qui avait été faire un voyage en France revint avec Bienville. Il paraît qu’il trouva la colonie dans une triste situation, car il écrivit de la Mobile, le 23 avril : “Je trouve en arrivant dans ce poste, deux sortes de maladies contagieuses, la petite' vérole qui a enlevé et qui enlève encore tous les jours quantité de personnes de tout sexe et de tout âge, avec une disette générale de vivres, dont tout le monde se ressent et qui provient d’un ouragan qui a ravagé la dernière récolte. Nos habitants et nos ouvriers meurent de faim. Ils ont cela de commun avec ceux de la Nouvelle- Orléans. Ceux-ci demandent à passer en France, ceuxlà s’en vont aux Espagnols sans rien dire. La colonie est à la veille de se dépeupler.” Voilà la situation dans laquelle était la colonie, trente-quatre ans après sa fonda-
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tion, dans un pays aussi fertile que la Louisiane. Dès les 1733. premiers jours de son existence, un état de disette avait été et continuait d’être son état normal. Il fallait donc qu’il y eut un vice radical, bien profond, dans l’organisation et dans l’administration de la colonie. Il fallait qu’il y eut un ver rongeur bien actif dans les racines de l’arbre que l’on avait transporté dans un sol si riche, et qui loin de grandir, de se parer de feuilles, de fleurs et de fruits, languissait, et ne pouvait qu’avec peine conserver assez de sève pour végéter. C’était l’air qui lui manquait, l’air de la liberté !
On n’apprendra peut-être pas sans intérêt quel fut le premier Louisianais. Il résulte d’une lettre de Messieurs de Bienville et Salmon, en date du 6 mai, que Claude Jousset fut le premier créole de la colonie. Il était fils d’un Canadien, qui faisait un petit commerce à la Mobile.
Le 12 mai, Bienville et Salmon écrivaient conjointement au ministre :
“L’état misérable où les habitants ont été réduits par l’ouragan qui ravagea la colonie, le 29 août 1732, ne permet pas de penser à la contribution projetée relativement aux ponts.
“A l’égard des concessions, quoiqu’on eut publié l’ordonnance rendue pour obliger les habitants à produire dans trois mois les titres en vertu desquels ils possèdent, il y a encore beaucoup de rétardataires. Quelques-uns ont produit des ordonnances au bas des requêtes qu’ils avaient présentées au conseil supérieur, ordonnances en vertu desquelles ils ont été mis en possession. Nous estimons qu’il convient de retirer toutes ces requêtes, au pied desquelles le conseil supérieur a donné, au nom de la compagnie, toutes ces concessions, et d’en accorder les titres au nom du roi, de même qu’à ceux qui n’ont que la possession.
“Il y a dans le haut du fleuve, à la distance de qua-
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1733. rante lieues de la Nouvelle-Orléans, à l’endroit nommé la" Pointe-Coupée, environ quarante habitants, qui s’étaient établis des deux côtés du fleuve. Mais ceux qui étaient du côté de la Nouvelle-Orléans se sont retirés de l’autre côté, à cause des incursions que firent les Natehez, l’année dernière. Les uns ni les autres n’ont aucun titre et ont pris autant de terrain qu’ils ont voulu, é la compagnie ayant permis verbalement de s’établir à ceux qui en ont fait la demande.
“Le pays est bon, mais comme tous les pays neufs est sujet à beaucoup de contre-temps dans les saisons. D’ailleurs, les habitants sont encore inexpérimentés et pas assez bien arrangés sur leurs habitations. Ils demandent des cargaisons de nègres et se plaignent de ce que le commerce prend 200 pour cent, pour les marchandises. Ils se plaignent aussi de ce que la compagnie a envoyé des gens inutiles et des vagabonds.”
Parlant des Ursulines, Bicnville ajoute : “Elles sont très laborieuses et nullement intéressées. Elles ont beaucoup d’occupations et vivent de peu.”
Le 15 du même mois, Bicnville envoya un mémoire intéressant sur les dispositions des sauvages envers les Français.
Mémoire de Bienville.
“Depuis la guerre des Natchez, les nations ont conçu pour les Français un mépris souverain, par la mollesse avec laquelle ce coup a été vengé. De là vient que les sauvages ont vendu si cher à M. Périen' les faibles secours qu’il en retira pendant cette guerre. De là vient encore l’insistance avec laquelle ils ont prétendu ériger en tribut les présents que le roi veut bien leur accorder. D’un autre côté, les Anglais ont fait des progrès infinis dans leurs esprits. Les Chickassas sont entièrement à eux, une partie des Chactas chancelle, les nations du haut de la rivière des Alibamons penchent
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plus de leur côté que du nôtre ; et les Illinois ont donné 1733. des preuves de leur mauvais vouloir.
Chactas.
“Les Chactas tuèrent, l'automne dernier, deux Anglais et pillèrent quinze chevaux chargés de munitions qui allaient aux Chickassas. Leur façon de penser pour nous est pourtant bien changée. On a laissé s’introduire de grands abus chez eux : par exemple, la multiplicité des chefs, desquels on compte maintenant cent onze. Le premier inconvénient de cette multiplicité de chefs, c’est que la nation est infiniment plus difficile à gouverner. Chacun de ces chefs, au moyen des présents qu’il reçoit et fait distribuer, se forme un parti dont il dispose sans contrôle, de sorte que le grand chef n’est plus chef que de nom. Donc, pour faire marcher la nation, il faut gagner tous les chefs, qui se font valoir le plus qu’ils peuvent. De là, augmentation de dépenses, puisqu’il faut faire des présents à tous ces chefs. Autrefois, on donnait au grand chef des présents pour le corps de la nation, Il les distribuait par village, ou de la façon qu’il lui plaisait : on avait seulement l’attention de lui donner un présent particulier. On avait soin d’ailleurs de ne point parler d’affaires à d’autres qu’à lui et de ne recevoir de parole que de lui. De cette façon, il y avait économie et prise facile sur la nation. Maintenant tout est bouleversé et il sera bien difficile de revenir aux anciens usages.
Natchez.
“Depuis son arrivée, les Natchez n’ont fait aucune entreprise contre les Français ni contre leurs alliés. Mais ils ne sont point détruits. Seulement on ignore leurs forces. Les Tunicas lui ont assuré qu’ils sont divisés en trois troupes, l/une, la moins forte, est retirée dans
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1733. l’intérieur des terres, un peu au-dessus de leur village, mais dans des pays impraticables ; la seconde, plus considérable, habite les bords du Mississippi, du côté des Ouachitas, vers la rivière Yazoux; la troisième, et la plus nombreuse, est retirée auprès des Chickassas, qui lui ont donné des terres pour faire village.
“Il a envoyé des Affagoulas à la recherche de la première troupe. Ils ont trouvé un Natchez qu’ils ont tué. Ce fragment de la nation des Natchez peut se composer de cinquante guerriers.
“Il a aussi engagé les Tunicas à marcher contre ces Natchez, avant qu’ils ne puissent se fortifier. Ils le lui ont promis et tiendront leur promesse.
“La défaite des deux autres troupes est moins aisée. L’une est soutenue par les Chickassas, et l’autre s’est fortifiée dans un pays inaccessible aux Français. Il les fera inquiéter.
Chickassas.
“Si cette nation ne vient pas d’elle-même à composition, il faudra la contraindre à quitter la colonie. Mais il sait trop combien il est nécessaire de rétablir la réputation des Français parmi les sauvages, pour qu’il n’assure pas le succès des entreprises qu’il fera.
“Il se concertera avec M. de Beauharnais, gouverneur du Canada, pour attaquer en même temps.
Illinois.
“Le commandant de ce poste lui mande qu’il n’est pas certain de la fidélité des Illinois, et qu’ils lui donnent souvent des alarmes. C’est pourquoi il y envoie M. d’Artaguette, comme l’oflicier le plus convenable pour un pareil commandement. Car un soulèvement de cette nation ruinerait la colonie.
Cil A P. XHJ.]
OüABACHE.
“Cette nation est dans les mêmes dispositions que les Illinois.
Arkansas.
“Onze chasseurs qui étaient dans la rivière des Arkansas ont été tués par les Osages, nation très-nombreuse qui habite entre l’Arkansas et le Missouri.
Natchitoches.
“Le commandant du fort lui écrit que ces sauvages ont voulu se révolter, et l’ont forcé de se tenir enfermé pendant six mois. Il ajoute que, quoiqu’ils paraissent assez tranquilles, il est toujours en garde contre eux.
“Enfin, il paraît que la colonie est menacée de tous côtés, et c’est en effet la coutume des sauvages de se révolter tous à l’exemple les uns des autres. Il espère pourtant ramener la tranquillité dans laquelle il avait laissé la colonie en 1725, lorsqu'il la quitta.”
Ainsi, M. de Bienville, aussitôt après son arrivée, avait tourné son attention vers les sauvages, dont toutes les tribus avaient été mécontées par M. Périer. Il fallait combattre les unes et apaiser les autres. Sur ce sujet, Bienville écrivait le 26 juillet : “Il faut harceler les Chickassas, dont l’esprit turbulent a besoin d’être retenu par la crainte. D’ailleurs, il vaudrait mieux qu’ils émigrassent aux Abékas, qui les en sollicitent. Ils seraient ainsi suffisamment éloignés du Mississippi pour ne pas molester nos voyageurs. Sur mon invitation, un parti de Chactas va courir sur les Chickassas. Je leur ai donné Lesueur, avec dix hommes, pour les faire reconnaître dès nations du Canada, en cas de rencontre.
“Il eut été bon d’envoyer un corps de Français un peu fort, et d’aller attaquer les forts des Chickassas, pour
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1733. faire enfin une action d’éclat, chose indispensable pour relever le moral de la colonie, mais 1$, colonie est trop dénuée de forces et trop pauvre, et il ne faut pas nous compromettre encore une fois. On a vécu l’an dernier pendant plus de trois mois de grains de roseaux, et je suis forcé de rester dans l’inaction, quelque douleur que j’en aie.” Il est difficile, pour ceux qui connaissent le pays, de comprendre comment la misère pouvait être poussée aussi loin.
Bienville écrivit ensuite, en date du 10 août: “J’ai envoyé un autre parti contre les Natchez des bords du fleuve. On a tué trois hommes, pris une femme et une fille. Les Natchez, se voyant ainsi traqués, se rendent tous chez les Chickassas. Ce qui laisse le Mississippi libre. Si l’on avait fait ainsi l’an passé, l’habitation de Mme. de Mézières n’aurait pas été détruite, notre établissement à la Pointe-Coupée n’aurait point été insulté et il n’y aurait plus de Natchez aux environs du Mississippi.”
Le 16 octobre, il fut rendu un arrêt qui évoquait au conseil du roi toutes les contestations nées et à naître relativement à ce qui était dû à la compagnie des Indes par différents particuliers de la Louisiane, et qui commettait le sieur Salmon, commissaire-ordonnateur, pour juger définitivement ces contestations.
Cet arrêt était motivé sur ce que tous les membres du conseil supérieur de la colonie étaient parties intéressées, étant débiteurs de la compagnie.
1734. Le 28 avril 1734, M. de Bienville écrivait au ministre : “Nous avons eu l’honneur, M. Salmon et moi, de vous écrire en faveur de M. Livaudais que le roi emploie comme pilote à la Louisiane. Il conviendrait de le faire capitaine de port.”
Dans la lettre à laquelle M. de Bienville fait allusion, il disait que M. Livaudais était un sujet qu’il recommandait tout particulièrement de conserver. En
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marge de cette dépêche, il y a cette note sur M. Livaudais : Neveu de Lavigne Voisin , fameux corsaire de St. Malo. On verra plus tard d'intéressantes communications faites par ce M. Livaudais sur les différentes passes du Mississippi à son embouchure.
Le 12 juillet, M. de Bienville et M. Salmon décrétèrent que des casernes seraient construites des deux côtés de la place d’armes. Jusqu’alors, les troupes avaient manqué de logement convenable et il était temps d’y pourvoir. Il lut décrété aussi qu’il serait accordé des concessions aux soldats français et suisses qui, ayant fini le temps de leurs engagements, s’établiraient à la Louisiane.
Toute l’année 1734 se passa en négociations sans résultat avec les Chactas pour les engager à donner sur les Chickassas, et les dépêches de cette époque font souvent mention d’un chef nommé le Soulier Rouge, qui joue un grand rôle dans toutes ces transactions, et qui est tantôt pour les Français et tantôt pour les Anglais, dont il se servait comme de cartes qu’il jouait les unes contre les autres.
“A ce sujet, Diron d’Artaguette écrivait en date du 15 juillet : “J’appréhende que les Chactas n’exécutent pas le projet qu’ils avaient formé d’aller en grand nombre harceler encore les Chickassas le mois prochain. Leurs dispositions sont fort équivoques, tant à cause du refus de vivres qu’on leur a fait, qu’à cause des ordres de M. de Bienville de ne leur payer les chevelures, qu’à proportion de leur grandeur, voulant réformer les abus qu’ils commettaient en les divisant et diminuer les dépenses par suite. J’ai fait des objections contre ces décisions fort bonnes en elles-mêmes, puis qu’il s’agit de réprimer des abus et de ramener plus d’économie dans les dépenses, mais dangereuses par le penchant des Chactas pour les Anglais, à cause de notre dénuement, et j’ai été autorisé en réponse à satisfaire les parties
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1734. indirectement, au moyen de gratifications. Malheureusement, je crains qu’il ne soit trop tard. Les Anglais ont profité du mécontentement des sauvages pour leur envoyer des traiteurs avec douze chevaux chargés de marchandises. Le Soulier Rouge a été engagé par eux à aller visiter les établissements de la Caroline et leurs magasins. Ce qu’il a fait. Jusqu’au retour de ce chef, tout préparatif de guerre est suspendu, comme si les Chactas attendaient son retour pour savoir s’il fallait prendre ou quitter les armes. C’est cependant ce chef, le Soulier Rouge, que le père Baudoin, jésuite, a toujours dépeint à M. de Bienville comme un mutin sans crédit parmi la nation et auquel on a préféré pour les présents, sur la foi de ces renseignements, d’autres sujets n’ayant ni nom ni autorité. Ce qui l’a fortement indisposé. Les manières de l’officier qui réside parmi les Chactas l’ont également indisposé. On n’a même pas essayé de le retenir lorsqu’il est allé aux Anglais. Il est probable que Soulier Rouge reviendra tout Anglais, et entraînera la nation.”
En effet, le 4 octobre suivant, Bienville apprit le retour de Soulier Rouge avec le pavillon Anglais, des présents et une médaille.
Le 23 août, M. de Bienville écrivit au ministre :
“J’ai demandé l’an passé à M. Diron d’Artaguette de me faire savoir dans quelle disposition étaient les Chactas au sujet de la guerre des Cfiickassas. Il me répondit qu’ils étaient disposés à faire un mouvement consi-
dérable contre eux, si je pouvais leur donner les munitions nécessaires. J’envoyai en conséquence par le sieur de Lavcrgne, enseigne, un millier de poudre, deux milliers de balles, vingt fusils, Ac.
“Cette première proposition acceptée, M. Diron d’Artaguette m’en fit une seconde, qui fut de faire marcher à la tète des Chactas cent Français et de lui en donner le commandement. Si j’avais été en position de