‹ Histoire de la LouisianeChapitre 5 sur 33 · CH AP. I.] H · texte numérisé non relu

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et d’une cotte d’armes de coton ouaté, de trois pouces d’épaisseur, que l’expérience a prouvé être la meilleure défense contre les flèches. N’ayant d’autre arme offensive que sa lance, Soto courut à l’ennemi, parcequ'il n’avait jamais su ce que c’était que d’avoir peur, dit le chroniqueur de ses exploits. Dix ou douze cavaliers le suivirent de près. Je ne puis mieux faire, pour la description de cette bataille, que d’emprunter le style simple et naïf de Garcilasso. Les Espagnols, ditil, accoutumés à la féroce bravoure des Indiens, voulurent courir au secours de leur capitaine, mais entr’eux et les indiens qu’ils voulaient aller combattre, il y avait le feu et la fumée que le vent leur poussait au visage. On voyait les uns se tramer sur les genoux pour passer sous les flammes, afin de joindre l’ennemi ; d’autres couraient à l’hôpital pour arracher les malades au danger qui les menaçait. La violence de l’incendie avait été telle, que les cavaliers n’avaient pas eu le tems de s’armer et de seller leurs chevaux. Il y en avait qui cherchaient à les sauver en les emmenant par la bride ; d’autres fuyaient eux-mêmes devant le feu en abandonnant leurs montures. Il y eut peu de cavaliers qui allèrent soutenir le gouverneur, et cependant, depuis long-temps, il avait à supporter tout le choc des ennemis. Suivant sa coutume de ne jamais souffrir qu’on le devançât en rien, il fut le premier dont la lance abattit un indien dans la mêlée de cette mémorable nuit. Il ne put empêcher néanmoins que deux des colonnes ennemies n’entrassent dans le village et ne missent à mort beaucoup de chevaux, et beaucoup d’Espagnols qui n’avaient pas eu le temps de s’armer.

De cette partie du village qui faisait face au levant, et où l’incendie s’était déclaré avec le plus de violence, quarante ou cinquante Espagnols sortirent en courant et cherchant leur salut dans la fuite. (Chose honteuse, dit Garcilasso, et que l’on n’avait pas encore vue dans

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1541. toute cette campagne de la Floride!) Nuno Tobar, une épée nue à la main, et à peine vêtu d’une cotte de mailles qu’il n’avait pas eu le temps d’agrafer, les suivit,

- en leur criant d’une voix retentissante : “Arrêtez, soldats ! retournez sur vos pas. Où courez-vous ? Ici ne sont ni Séville, ni Cordoue, pour vous recevoir dans leurs murs. Vous n’avez d’autre protection que votre courage, d’autre espérance de salut que dans la vigueur de vos bras. Droit à l’ennemi, compagnons ! droit à l’ennemi ! C’est dans ses rangs qu’il y a pour vous sécurité ! La fuite vous perd, et le combat vous sauve.” Dans ce moment, une trentaine de soldats qui sortaient de la partie sud du village, quartier du capitaine Juan de Guzman, rencontrèrent les fuyards, et leur firent honte de leur lâcheté. Se ralliant à la troupe de Guzman, ils °rent tous ensemble le tour du village, que l’incendie ne leur permettait plus de traverser, et tombèrent sur le flanc de la colonne du centre, contre laquelle le gouverneur combattait de front avec tant de désavantage, à cause du petit nombre des siens et de la multitude de ses adversaires. Lorsque cette manœuvre s’opérait, le capitaine Vasconcellos sortait de la partie ouest du village à la tète de vingt-quatre cavaliers portugais, tous gens d’élite, et qui avaient servi sur les frontières d’Afrique. Nuno Tobar, les apercevant, se joignit à eux, quoiqu'il fût à pied, et ils allèrent attaquer l’autre flanc de la colonne du centre, qui, du côté opposé, était déjà assaillie par la troupe de Guzman. Se voyant ainsi secouru et appuyé, Soto voulut en finir par un coup d'éclat. Il avait remarqué un chef indien qui combattait avec la plus grande valeur, et qui, se portant tantôt d’un côté et tantôt de l’autre, mais toujours au premier rang, soutenait le courage des siens par ses paroles et par ses actions. Saisissant le moment favorable, Soto courut sur lui et le perça de sa lance. Mais il avait fait cette charge avec tant d’élan, que selle et cavalier passèrent

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