XVIII
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CHAP. XVIIr| 45
ne pouvons en conséquence assez recommander à tous les citoyens d’être moins faibles à leur égard et de les châtier sans passion, dans toutes les occasions. Nous les avertissons que si nous nous apercevons de leur faiblesse à ce sujet, nous ferons prendre les nègres qu’ils ménagent trop, pour en faire des exemples sévères.
Défendons à tous habitants ou citoyens de souffrir dans leurs habitations, ni ailleurs, aucune assemblée de nègres ni négresses, soit sous prétexte de danses ou autrement, c’est-à-dire, d’autres que ceux et celles qui leur appartiennent; comme aussi de permettre que les leurs aillent dans les habitations étrangères à pareil dessein, Sa Majesté ayant expressément défendu toutes sortes d'assemblées.
Défendons pareillement aux nègres de la ville et de la campagne de s’assembler dans la ville, aux environs, ni ailleurs, sous quelque prétexte que ce soit, à peine de la prison et du fouet, et en outre, à peine contre les maitres de dix livres d’amende pour ct : :un des nègres à qui ils l’auront permis.
Si aucun des habitans et citoyens est coupable de souffrir chez lui une troupe de nègres étrangers et de leur permettre une assembiée sous quelque prétexte que ce soit, il payera cent écus d'amende à la fabrique de l'église, pour la première fois, et devra, pour la récidive, être condamné aux galères perpétuelles.
Tout nègre qui sera rencontré dans les rues et chemins publics, portant une canne, verge ou bâton, sera châtié
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DE SHERBROOKE
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par le premier blanc avec l'instrument dont le nègre sera porteur, et si le nègre était assez osé pour se mettre en défense ou en voie de se sauver, le blanc sera tenu de le dénoncer pour le châtier suivant l'exigence du cas.
Tout nègre, ou autre esclave, allant de jour et encore plus de nuit, dans les rues et chemins, à pied et à cheval, sera arrêté par ceux des blancs qui le rencontreront, pour lui demander sa permission, et si le nègre cherche à s'évader, nous exhortons le citoyen de faire en sorte de le connaître et de le dénoncer pour être puni ainsi qu'il conviendra.
Êt comme les nègres crèvent tous les chevaux de la colonie par leurs courses immodérées, en les enlevant dans les parcs, même jusque dans les écuries, et que cela nuit infiniment aux travaux de la colonie et aux intérêts des particuliers, nous permettons de tirer sur les dits nègres ainsi rencontrés à cheval, et qui ne voudrount pas se faire connaitre.
Etant informés que les nègres de la ville prennent la licence de sortir la nuit des maisons de leurs maîtres, qu’ils laissent abandonnées et ouvertes, aux risques de tout évènement, pour aller s’assembler avec ceux de la campagne qui viennent roder dans la ville, y faire mille brigandages, et boire ensuite ce qu’ils ont volé au public et à leurs maîtres, nous exhortons et même ordonnons à tous les citoyens de veiller exactement à ces sorties nocturnes, sur lesquelles nous allons exercer une stricte police; et si nous pouvons, les uns et les autres,
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ègre : Ne tre faire des découvertes à ce sujet, la justice rigoureuse 1751. tonu qui en sera faite, intimidera ceux qui seront capables du d’un désordre aussi scandaleux. Les habitants de la campagne peuvent contribuer à détruire ce vice, en contenant leurs nègres dans leurs habitations. core ART. 28.
d et : en ec — ue Tout nègre et autre esclave, soit à la ville, soit à la ègre CRPAÈRE, qui n’aura pas les égards et les soumissions SATA qu’il doit aux blancs, c’est-à-dire, qui sera assez insolent puni pour les coudoyer dans les routes en leur disputant le terrain, et qui enfin, oubliant qu’il est esclave, leur manquera en quelque façon que ce soit, sera puni de cinquante coups de fouet et marqué d’une fleur de lys sur 1 la fesse, afin de faire connaître au besoin la qualité de ù de la son crime. \l evant > cela Arr. 29, Ÿ inté- à ; RU “is Tous les nègres et autres esclaves qui vont à l’église, À se entendront dès le matin la première messe. Ceux de la campagne y seront conduits par le commandeur de À chaque atelier, lequel le ramènera tout de suite chez son 4 maitre, et s’il y en a de domestiques qui soient dans l'usage de suivre leurs maîtres aux autres messes, ils se nt la | retireront à la porte de l’église pour les y attendre, le aîtres, ; tout à peine de châtiment.
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Eat ; N ous venons d’expliquer toutes les déférences et obli- De 4 gations des nègres envers les blancs et particulièrement ue : envers les maitres. | î est bon d’instruire le public que pese À cela ne s'étend pas indifféremment pour tout le monde. aan # Un particulier, soldat, ou tout autre, n’a pas le pouvoir
de maltraiter un nègre qui ne lui dit rien et qui ne lui
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manque point. Il peut l'arrêter en certains cas et en demander justice, attendu que le nègre n’est sujet qu'à la justice de son maître et à celle de la police. En conséquence, et suivant les ordres de Sa Majesté, nous défendons à qui que ce soit de se donner cette licence de maltraiter les esclaves, et cela, sous des peines arbiraires, telles que les cas l’exigeront.”
Ces ordonnances caractérisent, d’une façon énergique, l'esprit qui présidait à la législation de l’époque. On voit qu’elles infligeaient les galères à perpétuité pour des délits qui, de nos jours, entraineraient à peine quelques heures de prison.
Il parait du reste, par une dépêche de M. de Vaudreuil, que la Louisiane servait quelquefois de geôle de police, de prison ou de Bastille au gouvernement français, et que l’on y envoyait par lettre de cachet des gens que l’on voulait punir, ou dont on voulait se débarrasser. Dans cette dépêche, en date du 15 mai, il disait : “La situation où se trouve la dame Ste.-Hermine, qui est venue en cette colonie par lettre de cachet, il y a plus de trente ans, m’oblige à vous représenter que cette dame est hors d'état de s’y soutenir plus longtemps, par la misère ou l’a réduite la mort de M. de Loubois, avec lequel elle avait toujours vécu. Je demande la permission de la fairé repasser gratis en France sur les vaisseaux du roi. D'ailleurs, la lettre de cachet est prescrite, et la dame est fort âgée.”
Jamais la colonie n’avait été mieux protégée depuis sa fondation, car jamais elle n’avait eu autant de troupes pour la défendre que cette année. Cela prouve le crédit du marquis de Vaudreuil à la cour. Ilest évident que l'on fit plus pour lai qu’on n’avait jamais fait pour aucun de ses prédécesseurs. En effet, par les envois successifs qui avaient été faits, il se trouvait avoir deux mille hommes de troupes de ligne à ses ordres. Voici comment elles étaient distribuées en avril 1751.
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District de la Nlle.-Orléans, 900 Fran. 75 Suisses, 975 1
Do. de la Mobile . . 400 Fran. 75 Suisses, 475 Do. des Illinois . . . . . . . . . . . 300 Do. des Arkansas . , . . . . . . . . 50 Do. des Natchez . . . . . . . . . . 50 Do. des Natchitoches . . . . . . . . . 50 A la Pointe Coupée . . . . . . . .:. . 50 Aux Allemands . . . . . . . . . . ,. . 50 Total , . . . ,. , , « « 9000
D’après cette augmentation de troupes et l’accroissement de dépenses que le gouvernement français se décidait ainsi à faire, il est clair qu’il voulait reprendre avec plus de vigueur l’œuvre de la colonisation qui,
jusqu'à présent, avait été si stérile en résultats avanta-
geux. Mais la suite fera voir que ces nouveaux efforts ne furent pas plus heureux que les précédents.
DE SHERBROOKE
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MÉSINTELLIGENCE ENTRE MESSIEURS DE VAUDREUIL ET MICHEL DE LA ROUVILLIÈRE.—ÉTAT MORAL, MILITAIRE, COMMERCIAL ET AGRICOLE DE LA COLONIE.—MORT DE M. MICHEL DE LA ROU- VILLIÈRE.—M. D'AUBERVILLE EST NOMMÉ À SA PLACE.—LE MAR QUIS DE VAUDREUIL EST ENVOYÉ AU CANADA.—M. DE KERLEREC LUI SUCCÈDE.—QUERELLE ENTRE LES CAPUCINS ET LES JÉSUI- TES-—MORT DE D'AUBERVILLE.—IL EST REMPLACÉ PAR ROCIE- MORE.—QUERELLE ENTRE KERLEREC ET ROCHEMORE.
Le marquis de Vaudreuil et M. Michel de la Rouvillière s'étaient, dans le commencement de leur administration, assez bien entendus. Ils étaient surtout parfaitement tombés d'accord sur la création du papiermonnaie, que le gouvernement français avait ensuite désapprouvé. Mais c’eut été une chose trop rare que de voir un gouverneuretun commissaire-ordonnateur continuer de vivre en bonne intelligence #t s'occuper ensemble des intérêts du pays. Depuis plus d’un demi siècle d'existence, la colonie n'avait pas encore vu une pareille merveille ; aussi l'harmonie qui régnait entre M. de Vaudreuil et M. Michel de la Rouvillière ne devait-elle pas être de longue durée, comme on le verra par cette dépêche du 15 mai, écrite par M. Michel.
“Au poste du détour, dit-il, M. de Vaudreuil a placé le sieur Duplessy, enseigne de nouvelle recrue, sans capacité ni expérience. Cet officier, étant ivre, y a maltraité le garde magasin Carrière. Mais le gouverneur a pris le parti de l'officier, car qui dit oficicr dit tout. Quand on prononce ce nom d'officier, il faut que tout
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le monde tremble! Aussi, dès qu’un de ces Messieurs a un démélé avec un particulier, il ne manque pas de lui dire aussitôt: savez-vous bien que vous parlez à un officier?. Et si, par hasard, l'affaire vient devant moi, le plus grand motif de défense est de me dire : comment, Monsieur, ose parler ainsi ou agir ainsi avec un ofjicier !/ Et quoique l'officier ait tort, la partie adverse est toujours condamnée, parceque les militaires dominent au conseil par le gouverneur, le major, et ses flatteurs.
“Il n’y a aucune justice à attendre de M. de Vaudreuil. Il est trop paresseux, trop nonchalant. Sa femme est trop maligne, trop passionnée, et a de trop forts intérêts dans tous les postes et dans la ville, pour que le gouverneur re soit pas obligé de ménager servilement le corps des officiers et bien d’autres.
“Il devait détruire les abus du temps de la compagnie, mais il s’en est bien gardé. Ils flattent sa vanité, puisqu’il se trouve le maître absolu de tout, et favorisent ses entreprises. Les troupes et les anciens conseillers y trouvent aussi leur avantage, puisqu'ils vexent le public impunément, comme ils l'ont toujours fait, au moyen d’une cour servile qu’ils font au gouverneur.”
M. de Vaudreuil n’était pas en reste avec M. Michel sous le rapport des récriminations, et, le 20 juillet, il écrivit pour se plaindre de la mauvaise volonté de M. Michel à fournir les postes de ce dont ils avaient besoin. Ce qui produisait, prétendait-il, le plus mauvais effet et provoquait trop souvent la désertion des soldats.
“Les Chactas, dit-il, s’impatientent de ne pas recevoir leurs présents. Ce retard est très fâcheux et peut avoir les plus funestes conséquences. Je sis même qu'il y a déjà eu quelques pourparlers avec l'Anglais. M. Michel ne cherche qu’à contenter son amour propre et son penchant au despotisine.”
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1751. Le même jour que M. de Vaudreuil écrivait cette de:
dépêche, c’est-à-dire, le 20 juillet, M. Michel envoyait, bel
à son tour, l’exposé suivant : vai
“Les Chactas qu'on veut à tout prix ménager sont dor
une dépense énorme pour le roi. Messieurs de Grand- se
Pré, commandant de ce poste, et Desilets, traiteur, sont gne
venus ici comme plénipotentiaires, laissant beaucoup de Arl
marchandises au poste de Tombekbé et M. Populus de arr
St.-Protais commandant par intérim. Ils ont séjourné au
ici dix mois sous divers prétextes, et lorsqu'on les a de]
priés de s’en retourner, sur l’avis que leur présence était pos
nécessaire, ils ont demandé un lot considérable de mar- est
chandi: 2s, qui sont très chères et qu’ils prennent comme M.
d'usage au prix de France. J’ai refusé, mais M. de rep
Vaudreuil a donné un ordre pour un lot double, malgré auc
mes observations. atr
“Il n’y a point à douter, Monseigneur, que le gouver- ; nisc
l neur n’ait un tiers dans ce poste, à son profit, ainsi que ! ava We dans tous les autres. Personne n’en doute ici. M. Le- Le pen £ normant a dû vous le prouver par ses mémoires et par i “ re le cautionnement de M. de Vaudreuil en faveur des l pou | précédents commandants de postes et fermiers de trai- ; don |: tes. Il est trop haut pour en avoir servi, si son intérêt 1 moi ne l’y eut forcé. Ce sont toutes créatures canadiennes s #]
et ses parents ou alliés, de lui ou de sa femme, qui oc-
cupent tous les postes.
“M. de Pontalba, le seul qui n’est pas de cette clique, ne possède la Pointe Coupée que parce qu'il est de moitié avec Mme la gouvernante. C’est de lui que je le
tiens, et il ne tirera pas sûrement au sort avec les autres pour la distribution des compagnies. On ne manquera pas de trouver des prétextes aussi spécieux pour le poste de Tombekbé, où le commandant, M. de Grand-Pré, ne tirera pas non plus au sort, tandis qu'on a refusé de placer M. de la Houssaye au Détour pour y fixer les nouveaux habitants, pour lesquels il se donne beaucoup