‹ Histoire de la Louisiane [microforme] (volume 2)Chapitre 15 sur 92 · FN · texte numérisé non relu

FN

AE

PR NS DZ

LE a ns

*ette yait,

sont andsont p de is de urné les à était marmme I. de algré

aver- | que t par r des traitérêt nnes i oC-

ique, st de je le utres quera poste l-Pré, sé de er les coup

Hé

À RTE PE On ER SEA

RÉ enter ne EE a

fs

GAP, XIXe] 53

de soin. On a envoyé des farines suivant l’usage à Tombekbé pour la troupe. Mais on l’a vendue aussi suivant l'usage, et l’on a fait manger du maïs aux soldats, dont huit ont déserté.

“A peu près dans le même temps, M. Delino, enseigne, parent de M. de Vaudreuil, et commandant aux Arkansas, ayant appris qu’il y avait de nouvelles troupes arrivées et que tous les officiers devaient tirer les postes au sort, pour s'assurer du sien qui est un des meilleurs de la colonie, est parti, sans congé ni permission, de son poste, où il a laissé un caporal pour commandant. Il est arrivé ici au grand étonnement de tout le monde. M. de Vaudreuil, qui en a senti la conséquence, l’a fait repartir sous deux fois vingt quatre heures, mais sans aucun châtiment. A son arrivée à son poste, M. Delino a trouvé maison nette, le caporal et le reste de la garnison ayant déserté. Ils avaient enlevé tout ce qu’ils avaient pu emporter. Voilà ce qui augmente les dépenses, sans que l’ordonnateur y puisse rien.

“Il n’y a point de discipline. On passe tout au soldat, pourvu qu’il boive son argent à la cantine, où on lui donne des drogues qui ruinent sa santé. Depuis quelques mois, il n’y a pas moins de cent malades à l'hôpital.

“[l y a ici au moins soixante officiers qui montent à peine une garde tous les cinquante jours. Pas un n’est destiné ou désigné pour faire la visite des casernes, où règne la malpropreté la plus dégaûtante. Les soldats y font d’ailleurs ce qu’ils veulent. .On leur passe tout, dis-je, pourvu qu'ils aillent boire à la cantine. Malgré les réglements, ils en sortent le vin et les spiritueux, qu’ils survendent aux nègres et aux sauvages. Cela a été prouvé dix fois. Tout le monde l’a vu, et on n’y met aucun ordre. J’en ai parlé plusieurs fois à M. de Vaudreuil; mais au lieu de diminuer, cela ne fait qu’augmenter. C’est M. de Belle Isle, aide-major, qui afferme la cantine, la fait régir et donne une somme au major,

LUZ DE SHERBROOKE

LC! :-

dure

54 [ouar, xix,

d’autres disent aussi à Mme la gouvernante. Ce qui est sûr, c’est que M. de Vaudreuil a tiré sur le trésor, en faveur de M. de Belle Isle, un billet de dix mille livres Sur ses appointements, ce qui a servi à acheter le vin qui se boit à la cantine.

“D'ailleurs, Mme de Vaudreuil est capable d’un commerce plus bas. Elle a ici affaire à tout le monde et elle force les marchands et les particuliers de se charger de ses marchandises, pour les vendre au prix qu’elle taxe. Elle a un magasin chez elle de toutes sortes de drogues, que son maître d’hotel vend, et, lorsqu'il n’y est pas, elle prend bien l’aune et la mesure. Le mari ne l'ignore pas. Il en retire un bon revenu, et c’est le motif de tous ses désirs et de ses occupations.

“Le premier usage qu’on a fait de l’ordre donné par vous, monseigneur, de mettre un cadet dans chaque compagnie, a été d’y placer des enfants qui viennent de naître. Il y en a de quinze mois à six ans, qui comptent pour la distribution des vivres.”

M. Michel continue d’entrer dans les détails des abus d'autorité commis par les officiers, qu’il prétend être tout puissants par l'appui de M. de Vaudreuil, ainsi que par celui du conseil. Il ajoute que beaucoup d'habitants sont obligés d'abandonner la colonie pour éviter des vexations. Il se plaint de la mauvaise conduite de M. Fleuriau, procureur général, qu’il taxe de suflisance, d’ignorance «1 de passion. On voit que M. Michel de la Rouvillière en voulait à peu près à tout le monde. Si la moitié de ce qu'il dit est vraie, la colonie devait être dans une situation morale bien déplorable. Car la plus honteuse vénalité y régnait, et l'exemple de la corruption venait d’en haut. C'était un reflet de ce qui se passait alors en France.

Le 30 novembre, il y eut un arrêt du conseil d'état qui prorogeait pour dix ans l’exemption des droits d’entrée et de sortie sur les denrées et marchandises que les né-

XIXe

qui sor,

eter

ome et arelle s de est ne t le

par que it de mp-

bus être que ants des

nce, 1 de nde.

être plus rup-

i se

qui trée né-

gociants français feraient transporter dans la colonie de la Louisiane, ainsi que l’exemnption, pendant le même laps de temps, de tous droits d'entrée en France, sur les marchandises et denrées du crû et du commerce de la dite colonie.

On se rappelle que la première exemption avait été accordée en 1732 pour dix ans, et prorogée pour dix autres années en 1741. La même prorogation était donc encore, cette année, décrétée pour dix ans, c’est-àdire, jusqu’en 1762. C'était persévérer dans la bonne voie. Mais il ne suffisait pas, pour faire prospérer la colonie, de l’adoption d’une mesure libérale; il aurait fallu savoir coordonner tout un système de colonisation,

et veiller à ce qu’il fut mis en opération d’une manière

franche et vigoureuse.

Au mois d'avril, deux cents hommes de troupes étaient arrivés de France. Les navires, qui les transportaient, ayant touché à Hispaniola, les jésuites de cette île demandèrent et obtinrent la permission d'envoyer aux jésuites de la Louisiane des cannes à sucre et des nègres accoutumés à les cultiver. Les cannes furent plantées sur l'habitation des révérends pères, à l’endroit où est maintenant la Seconde Municipalité, immédiatement après Ja rue du Canal. Mais il paraît que l’on ne sut pas en tirer parti, car ce ne fut que long-temps après, en 1796, que l’on s’en servit pour faire du sucre, d’une manière suivie et lucrative. Ainsi, c’est à l’active industrie des jésuites que la Louisiane doit la naturalisation de ces roseaux qui ont été pour elle, plus tard, une source de richesses immenses.

À bord de ces mêmes navires, il y avait soixante jeunes filles qui étaient transportées à la Louisiane aux frais du roi. Ce fut le dernier envoi de ce £ re. Ces filles furent données en mariage à des soldats, de bonne conduite, à qui on accorda leur congé. On leur fit des concessions de terre, et on donna à chaque couple une

DE SHERBROOKE

r RIRE ICS ! IE GLE

56 Lenar, xix,

vache et son veau, un coq et cinq poules, un fusil, une hâche et une bêche. Pendant les trois premières années de leur établissement, on leur distribua des rations de vivres, une petite quantité de poudre, de plomb, de grains et graines de toute espèce.

C’est de cette humble origine que sont sorties plusieurs de nos familles les plus riches et les plus respectables, Traversant plusieurs générations d’ancêtres laborieux et honnêtes, elles sont arrivées aujourd’hui à la fortune et à une position honorable. Il n’y a rien là dont elles ne puissent s'énorgueillir. Car elles ne doivent rien à la faveur du sort, mais tout à leur propre industrie et à leur mérite, tandis que d’autres familles, autrefois privilégiées, oubliant que la vraie noblesse du citoyen, la garantie de son bonheur et de sa prospérité gissent dans le travail, dans la sévérité des mœurs, dans l'ambition d’être utile, dans les services réels, rendus à la patrie, sont tombées par leur faute bien au-dessous du rang qu’elles auraient toujours dû garder.

En 1752, les Chickassas ayant renouvelé leurs déprédations à l’instigation des Anglais, M. de Vaudreuil se mit à la tête de sept cents hommes de troupes et d’un grand nombre d’Indiens, et avec ces forces considérables, il entreprit une campagne qui ne fut pas plus heureuse que les précédentes. Il trouva les Chickassas renfermés dans plusieurs forts que les Anglais les avaient aidés à bâtir. Chaque cabane de leurs villages était même fortifiée et entourée d’un large fosse. N’ayant aucune artillerie dé siège, le marquis se contenta de dévaster le pays, et après avoir laissé une forte garnison dans le fort de Tombekbé qu’il agrandit, revint à la Nouvelle-Orléans.

Cette année, un Chactas et un Colapissas s'étant querellés, le premier dit au second que les Colapissas n’étaient que les humbles chiens des Français, qui s’en faisaient obéir au moindre signe. Irrité de cet affront, le

SRE M LR RE MISE Ge à

RER Re LC

Colapissas tua le Chactas d’un coup de feu, et s'enfuit à la Nouvelle-Orléans. Les parents du mort s'adressèrent à M. de Vaudreuil pour qu’il leur livrât le coupable, Le marquis, ayant fait de vains efforts pour leur inspirer d’autres sentiments que celui de la vengeance, finit par donner l'ordre d'arrêter l'assassin. Mais il échappa à toutes les recherches. Dans cet intervalle, le père de celui dont on demandait le sang, se rendit chez les Chactas et leur offrit de mourir pour son fils Sa proposition ayant été acceptée, le vieillard s’étendit sur le tronc d’un arbre et présenta sa tête, qui fut tranchée d’un seul coup. Ce trait, dont le cœur seul d’un père était capable, devint le sujet d’une tragédie composée par un officier de la colonie nommé Leblanc de Villeneuve.

Le 23 septembre, M. Michel de la Rouvillière fit un exposé favorable de l’état de l’agriculture dans la colc:nie. “Les plantations de ciriers, dit-il, ont é‘»nnamment réussi. Le sieur Dubreuil, à lui seul, #. fait au moins six milliers de cette cire. D’autres particuliers en ont fait en proportion, et plusieurs ont été dans les bois, du côté de la mer, en faire sur les arbres sauvages de même espèce. Le public n’use point ici d’antre matière pour s’éclairer, et le commerce en a profité d'une partie, tant pour France que pour l'Amérique. Il faudrait envoyer des cultivateurs et des nègres. La colonie augmente rapidement d’elle même. Il ne s’agit que de l’aiguillonner. Depuis trois = ns, il s’est fait quarante belles maisons en briques à là “ouvelle Orléans; plusieurs belles habitations se sont formées, &c.”

Peu de temps après avoir rédigé cette dépêche, M. Michel de la Rouvillière mourut, et fut remplacé par M. d’Auberville.

Sous l'administration du marquis de Vaudreuil, les dépenses de la colonie avaient toujours suivi une marche ascendante et se montérent cette année à 930 767 Liv.

—— sense

58 [cHar. xx.

Issu d’une famille assez haut placée dans la hiérarchie nobiliaire, il était resté dix ans gouverneur de la Louisiane, qu’il avait régie en grand seigneur, qui y était venu pour y faire ses affaires, s’il faut en croire les accusations du commissaire ordonnateur. Il n’en sortit que pour être promu au gouvernement du Canada, que son père avait déjà eu avant lui, et où il se distingua par l’habile et courageuse résistance qu’il opposa aux Anglais en 1756. M. de Kerlerec, capitaine dans

‘la marine royale, fut appelé à ie remplacer et arriva à

la Balise, le 24 janvier. Parvenu à la Nouvelle Orléans le 3 février, il prit, le 9, possession du gouvernement.

C'était un officier de mérite qui, dans ses états de service, comptait vingt cinq campagnes sur mer, et quatre actions où il s'était distingué et avait reçu plusieurs blessures.

Le 11 juin; il fut convoqué un conseil de guerre, pour prendre en considération des représentations faites par les Chactas. Ils demandaient la mise en liberté de trois déserteurs français arrêtés par eux, d’après d'anciennes conventioris, et livrés aux Français, qui les tenaient emprisonnés contrairement à ces mêmes conventions, lesquelles portaient : d’un côté, obligation pour les sauvages d'arrêter les déserteurs français, et de l’autre, obligation de la part des Français de leur faire grace. Les Chactas menaçaiïezt de ne plus arrêter les déserteurs, si l’on ne tenait pas la promesse donnée à cet égard. Le conseil de guerre fut composé de M. de Kerlerec, gouverneur, de M. de Beauchamp, lieutenant de roi à la Mobile, Bobé Desclozeaux, commissaire ordonnateur de la Mobile, de messieurs de Bonnelle, de Favrot, de Grand-Champ, capitaines français, de Grondel, capitaine suisse, Aubert, aide-major de la Nouvelle-Orléans, de Livois, lieutenant, l'Abbé et Doriocourt, enseignes en pied, Ourlas, enseigne en second, Deville, major. Ce conseil de guerre fit droit à la réclamation des Cuactas

En RAA NE GS EEE

ss

ot

et remit en liberté les trois soldats détenus pour déser- 1753. tion. On voit que, dans cette occasion, le beau rôle pe était pour les sauvages, qui savaient observer eux-

fu mêmes la foi des traités, et, en même temps, forcer les ea Français à les exécuter strictement.

da, Le 20 août, le nouveau gouverneur, M. de Kerlerec, Hiar rendit compte au ministre de l’état de la colonie, par la ee dépêche suivante:

eue “Je suis satisfait de la nation des Chactas. Il m'a mA paru qu’ils tenaient leurs promesses. Mais il faut aussi cie que nous tenions les nôtres envers eux.

| “Ce sont des hommes réfléchis, et qui ont plus de jus- . de tesse et de précision qu’on ne pense dans leur raisonneet ment. Je leur ai fait des reproches réitérés sur la faciplu- lité avec laquelle ils recevaient les traiteurs anglais. Ë x Mais je leur ai parlé avec bonté, en leur faisant com- N à our prendre que, tant qu’ils tiendront à eux d’une main et à nl ë par nous, de l’autre, ils doivent s'attendre tous les jours à de ÿ à rois nouvelles divisions, puisqu'ils ne doivent pas avoir :) & ner oublié que c’est par les traiteurs anglais qu’on leur a J em- Ù porté, en tant de différentes occasions, des paroles qui à pns, les avaient brouillés avec nous et avec leurs propres a frères. Ils en sont convenus avec moi, en ajoutant que, bli- de notre côté, nous avions les premiers torts, puisqu’étant Les les premiers Européens qu'ils aient connus et qui les urs, aient assujettis aux différents besoins dont aujourd’hui ard. ‘ ils ne peuvent plus se passer, nous ne sommes pas plus rec, j attentifs, ou pour le moins, aussi attentifs que l'Anglais oi à gs à leur procurer abondamment tout ce qui leur ést devenu eur nécessaire pour la traite; ajoutant encore que si nous , de ‘ avons un article de traite, nous manquons de plusieurs Line î choses qu’ils trouvent chez l'Anglais et conformes à leur de 1 goût; (ce que nous n'avons jamais étudié avec la même en . attention que l'Anglais); mais qu’au surplus, leurs cœurs Ce î étaient à nous, quoique leurs nécessités les obligeñssent tas à de traiter avec une nation, à laquelle ils renonceraient

60 [cnar. x1x.

volontiers pour toujours, s’ils pouvaient trouver chez nous les mêmes ressources qu’elle leur procure.

“Je demande en conséquence qu’il soit envoyé des marchandises en assez grande quantité pour n’en manquer jeïhais ; qu’elles soient d’un assortiment convenable et conformes aux échantillons envoyés. Ces dépenses ne sont pas à comparer à celles qu’occasionnent les guerres, et ces dépenses de traite préviennent la guerre.

“M'étant aperçu que les Arkansas mollissaient, j'ai fait venir le chef à médaille et dix-sept chefs ou considérés, et les ai fort caressés, amusés et hébergés. Ils s’en sont retournés enchantés. Je leur ai recommandé de courir le fleuve, l’espace de quarante lieues en dessus et en dessous, contre les Chickassas, les Chérokis et Chaouannons. J'ai remplacé le sieur de la Houssaye, qui y commandait, par le sieur de Reggio.

“L'hiver dernier, les Chickassas ont tué les hommes d’un convoi allant aux Illinois, sous la conduite du sieur Bouligny. Une fille de dix ans, la seule qui ait été épargnée, a été emmenée prisonnière et envoyée à la Caroline.

“Nous avons encore trois prisonniers chez les Chickassas, savoir : Beauvais, Poirier, et la fille du nommé Androny, âgée de douze ans, qui avait été prise un mois avant cetteaventure. J'ai racheté les deux hommes pour cent livres de peaux de chevreuil chacun, et donné des ordres pour ravoir cette jeune fille, qui est dans le village, et sous la garde du grand chef, avec plus de décence peut-être qu’on n’en observerait en pareil cas dans notre nation. Je compte la ravoir incessamment.

“Il se passe de temps à autre quelques légers actes d’hostilité, sous prétexte de méprise, entre les Chactas de l'Ouest et ceux de l'Est. Comme ce sont des actes isolés d'homme rouge à homme rouge, je ferme les yeux, d'autant qu’il est un peu de notre intérêt que ces deux fractions de la nation se voient avec un certain éloigne-

Page 1