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ment, parce que, dans ce cas, nous sommes plus sûrs 1754,
des deux.
“Je pense, comme M. de Vaudreuil, qu’il est convenable de conserver le poste de Tombekbé, malgré les or: dres de la cour. C’est un dépôt à portée des villages de l'Est et un point de surveillance sur l'Anglais.
“J'ai relevé le sieur de Pontalba, qui commandait à la Pointe-Coupée, quoiqu'il dût y rester pour le bien de cette localité, mais j'ai cédé aux calomnies d’une cabale qui fait courir le bruit que le sieur de Pontalba ne serait pas relevé, parce qu’il avait jusqu’à présent, pensionné le gouverneur d’une somme de 12,000 livres, et que sans doute j'étais dans le même cas, puisque je le maintenais. Une pétition, signée de plus de quarante habitants des plus notables, m'avait été présentée pour maintenir le sieur de Pontalba, lorsqu'il fut question de la mutation, avant le départ de M. de Vaudreuil, et, sur cela, je voulais le conserver. Mais j'ai dû céder à de perfides insinuations, et j'avoue, Monseigneur, qu’un pareil trait me pénêtre et m’humilie, autant qu'il me donne du mépris et du dégoût pour ce pays ci.
‘“Membrède (1) et les Capucins sont déjà contre moi.
“L'établissement des Allemands ne s’est point refait depuis le malheureux coup que les Chactas y ont fait en 1748 ou environ. Les habitants s’en retirent insensiblement, au point qu’ils diminuent tous les jours. C'était cependant une ressource décidée pour les douceurs de la vie de chef lieu et pour les voyageurs, et en même temps, c'était une augmentation de pays cultivé et de colons pour l'Etat. Rien ne rassure la partie qui y reste, et le dégoût est au point qu'il s’en est déjà présenté plusieurs, pour me demander des terrains ailleurs, si je ne leur accorde pas une augmentation de troupes. Ils désirent même que ce soit des Suisses,
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(1) C'était un des officiers les plus influents du pays.
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avec lesquels ils ont une liaison et une affinité plus particulière, et qui, par la suite, laborieux comme ils sont naturellement, pourront les aider dans leurs travaux, s'y marier et s’y établir, sans comparaison avec plus de succès que nos troupes nationales, qui par les horreurs dont elles sont capables, ont rebuté tous les habitants auxquels il ‘este encore quelque amour propre, d’avoir quelque liaison avec elles.
“J'y ai : av: yé quinze hommes de la compagnie suisse de M. Vélezand. Je demande donc une augmentation de troupes suisses. Les Suisses se comportent parfaitement bien. Il faudrait les porter à trois cents. J’aimerais encore mieux diminuer les troupes françaises pour augmentef les troupes suisses, tant l’avantage est en faveur de celles-ci :
On est tenté de croire, en lisant les dépêches des gouverneurs de la Louisiane, pendant une série de cinquante quatre ans, que le gouvernement français choisissait dans les bagnes les soldats qu’il enrôlait et qu’il envoyait à la Louisiane. M. de Bienville se plaignait de ce qu’on lui infligeait le chagrin de commander à des hommes de quatre pieds et demi, tout rabougris et aussi vicieux que lâches. M. Périer rougissait d’avouer que les soldats fuyaient au moindre coup de fusil tiré par les Indiens. Il disait qu’ils étaient si mauvais, qu’ils semblaient avoir été choisis exprès pour la colonie, et qu'il vaudrait mieux mener des nègres aux combats, s'ils ne roûtaient pas si chers, parceque c’étaient du moins des hommes braves. Chaque gouverneur, néanmoins, rend hommage au courage des colons français et du peu de créoles qu’il y avait alors, tout en flétrissant, sans ménagement, la poltronnerie des troupes, dont les chefs étaient cependant des gens de cœur et souvent desofficiers brillants. Enfin il parait que ces troupes portèrent si loin les excès dont elles se rendaient coupables, que M. de Kerlerec, français lui-même, en était
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réduit à écrire à un ministre français, de lui envoyer des troupes suisses de préférence aux troupes nationales, parceque les soldats français, comme il le dit dans sa dépêche, par les horreurs dont ils étaient capables, avaient rebuté tous les habitants, qui ne voulaient plus souffrir un contact et des excès, dont ils avaient tant à se plaindre. On se demande avec étonnement ce qu’étaient devenus les soldats de Condé et de Turenne! Ce qu’étaient devenus les vainqueurs de F'ontenoy ! Ce qu’était devenu ce courage français qui, pendant tant de siècles et par tout pays, avait jeté un si vif éclat et enfanté tant de prodiges ! Il y a tant d’ardeur guerrière, tant de sentiments d’héroïsme militaire, jusque dans l’écume de la société française et dans les égouts de ses prisons, qu'on ne comprend pas que ces hommes, même . en les supposant sortis de cette lie impure, aient pu, une fois enrôlés sous une bannière aussi glorieuse que celle de leur pays, mériter uniformément et pendant un demi siècle, les épithètes honteuses dont leurs chefs les flétrissaient si libéralement. On ne comprend pas qu’ils aient forcé un gouverneur français d'écrire, en rendant compte d’une terreur panique, ces mots qu’il a dû tracer avec tant de regret: Je vois avec douleur qu'on est moins Français à la Louisiane que partout ailleurs. Après le départ de M. de Vaudreuil, les troupes furent réduites à treize cent cinquante hommes. Il y avait,en outre, quatre compagnies de milice bourgeoise et une compagnie de gardes côtes, pouvant faire cinq cents hommes en tout. Total de l'effectif: 1850 hommes. Le but évident de cette réduction était de diminuer le budget des dépenses, qui se monta cette année à 887, 205 livres.
Les années s’écoulaient, et la colonie semblait.ne devoir jamais cesser d’être sous la dépendance des sauvages. Car À. de Kerlerec, au commencement de l’année 1754, écrivait au ministre : “je manque de march: n-
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dises pour la traite et surtout pour les présents aux sauvages chactas, avec lesquels je suis en arrière de deux, et même, tout à l’heure, trois présents. Ce qu'ils me reprochent avec véhémence, on peut même dire, avec insolence, et ils viennent pour cela à la Nouvelle- Orléans. Ce quiest un mal, puisqu'ils acquièrent ainsi une connaissance des localités, qu’ils pourraient un jour tourner contre nous. Ils me menacent d'appeler le: Anglais. Je supplie Votre Grandeur de ne pas zr laisser plus long-temps dans une situation si critique.”
Le 4 de juillet, M. de Kerlerec écrivait: “j'ai reçu les familles Lorraines envoyées par la Concorde, ot je les ai établies aux Allemands. Elles travaillent bien. Il en faudrait comme cela beaucoup pour fair: avancer la colonie. Il nous faut des familles habituées aux travaux de la culture et qui redoubleraient d’ardeur dans un pays, où les revenus leur appartiendraient sans être grévés d'impôts.”
Dans une autre dépêche du 9 du même mois, il se plaint beaucoup des machinations des Anglais. “En cas de guerre, dit-il, la süreté de cette colonie serait gravement compromise, car la colonie manque de tout. Ce qui est fort inquiétant pour un gouverneur capable de peser les conséquences de l’abandon dans lequel elle se trouve. J'ai eu l’honneur de vous représenter que les dessous de la Nouvelle-Orléans sont ouverts de toutes parts, l’entrée du fleuve, on ne peut plus libre, point de canons ou beaucoup trop peu, dont la plupart sont défectueux, point de canonniers, un vide de cinq cent soixante hommes dans les troupes, des ordres réitérés d'économie, et des réductions de fonds de plus de moitié sur toutes les parties les plus essentielles et les plus urgentes des réparations, et en même temps les plus intéressantes pour la sûreté de la colonie; enfin des ordres de ne rien prendre sur nous en fait de fortifications nouvelles, sans l’agrément de lacour. De pareilles po-
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aux sitions, dans un éloignement si considérable, demandent 1754. e de de sérieuses réflexions, surtout si on veut se rappeler qu’ils la demande que firent Messieurs de Vaudreuil et Ledire, normant d'établir un fort à quinze lieues dans le elle- Ouachitas, et à laquelle la cour ne répondit que deux ainsi ans après, en le permettant s'il était indispensable. jour Mais il n’était plus temps, puisque les Chaouannons qui r lex s'y étaient rendus pour s’y établir et couvrir le fort, s mnt s’ennuyèrent d'attendre et décampèrent pour n’y plus ue.” revenir. Si cependant le fort avait été construit alors, reçu les Anglais, les Chérokis, les Chickassas, nos ennemis, ot je ne seraient pas dans le cas de pouvoir entreprendre en. Il aucune communication par eau avec le fleuve par la ancer belle rivière, (Cüio), par la rivière Blanche, et encore y xtra- moins par celle de Ouabache, où est maintenant le fort ly À dans Vincennes. Notez qu’alors on aurait fait l'ouvrage à 1] ë s être près de cent pour cent meilleur marché, et qu’à l'avenir ca on ne pourra y procéder qu'avec des forces considérables, À à , il se j qui augmenteront encore les frais. Cependant, à la ) & “En manière dont les Anglais se remuent, on ne peut guère " serait î se dispenser d’en venir là, sans quoi ils finiront par in- à tout. à terrompre nos communications avec les Illinois.” y pable Il y avait à cette époque, à l’île aux Chats, une petite .\ el elle : garnison commandée par un officier nommé Roux ou L er que ë Duroux. (Cet homme était d’une extrême avarice et ts de 1 d’une cruauté égale à son avarice. Il employait ses libre, $ soldats à faire du charbon de bois, dont il trafiquait, lupart « ct, pour les plus petites fautes, il les faisait attacher nus e cinq | 4 à des arbres, au milieu des marécages, où il les laissait réité- | exposés des nuits entières aux piqûres des moustics. Ces lus de | * malheureux, exaspérés par les tourments que leur infiietles | 1 geait ce monstre, le massacrèrent, s’enfuirent à la Moesplus | à bile, et, se joignant à quelques traiteurs anglais, cherles or- |A chèrent à gagner la Georgie en traversant le territoire ations À des nations indiennes. Où cnvoya un parti de Chactas Les po- courir aprés les fugitifs. Ils furent atteints et arrêtés.
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L'un d’eux se donna la mort, les autres furent ramenés à la Nouvelle-Orléans, où on leur fit leur procès. Deux d’entre eux subirent le supplice de la roue, et un troisième, qui appartenait aux troupes suisses, fut, en vertu des réglements de discipline et de pénalité qu’observent les Suisses au service de la France, placé dans une espèce de cercueil, où son corps fut exactement emboité, et deux sergents le scièrent en deux. On ne peut lire sans frémir le récit de pareilles horreurs. Si l’on jugea prudent de décider que les soldats n'avaient pas éprouvé une provocation suffisante pour justifier le meurtre de leur chef, il fallait au moins commuer la peine horrible que la loi leur infligeait. Les Indiens, qui ne laissaient jamais échapper l’occasion de faire quelques réclamations en présents ou indemnités, prétendirent que leur territoire avait été souillé par le suicide du soldat, qui avait cherché ainsi à échapper au sort qui l’attendait. En conséquence, ils demandaient un présent qu’ils recevraient comme ‘une expiation de cet acte. OC’étaient les Alibamons qui faisaient cette demande, et, comme M. de Kerlerec tenait à conserver leur bon vouloir, il leur fit réparation pour ce suicide.
Lorsque les soldats qui étaient en garnison à l’île aux Chats, s'étant révoliés, massacrèrent leur commandant, il s’y trouvait en état d’arrestation, par ordre de ce commandant, et pour n'avoir pas voulu participer à ses méfaits, un habitant nommé Baudrot. Cet homme avait été employé plusieurs fois avec succès par les différents gouverneurs, dans des négociations importantes auprès des sauvages, qui avaient pour lui beaucoup de considération. Il parlait parfaitement leur langue, et connaissait leur pays dans toute son étendue, aussi bien qu'eux mêmes. Il avait de plus une force de corps extraordinaire. Toutes ces qualités lui avaient si bien concilié l’estime et l’amitié des Chactas, dit Bossu dans son ouvrage sur la Louisiane, qu’ils avaient adopté et
à lui avaient accordé tous les privilèges d’un homme de 1751, ux leur nation. Les soldats révoltés avaient forcé ce maloi- heureux de leur servir de guide jusqu’à une certaine tu distance chez les Indiens, et l’avaient renvoyé en lui er- donnant un certificat qui témoignait de la violence dont ne on avait fait usage à son égard. Cela n’empêcha pas oi- de lui faire son procès comme complice des fugitifs. Il eut fut rompu vif, et son corps jeté dans le fleuve. ‘on Cet acte de barbarie étonna même les sauvages et pas leur inspira une vive indignation, qu’ils ne craignirent le pas de manifester hautement, surtout les Chactas, r la Le 20 septembre, M. de Kerlerec et le commissaire j ns ordonnateur, d’Auberville, envoyaient conjointement aire cette dépêche: “Les terres de l’entrée du fleuve qui ne u pré- | sont formées que par les dépôts des eaux du fleuve, ont y À sui- si peu de consistance qu’il n’est pas possible, sans des “ au | dépenses considérables, d’y former d'établissement ni ws sl ient de fortifications solides. in à de ÿ “Ceux que la compagnie des Indes y avait fait faire, S\ &
ette \ et qui étaient considérables, sont détruits. 1l n’en reste rver ; aujourd'hui que quelques vestiges, que les vases achè- À ide. i vent d’ensevelir, malgré les réparations qu'on y a fuites ; l'ile à en 1741 et 1742, lesquelles se trouvent présentement \ han- ë sous l’eau à toutes les marées. Le” e de i “Il est cependant de conséquence d’y avoir un asile
î pour y placer une garnison, les pilotes d’entrée et leur
à équipage, ainsi que pour les secours dont les vaisseaux,
qui entrent et qui sortent, ont besoin.
“Un vaisseau de cinquante canons, dont les fonds seraient bons, le haut bord bien calfeutré, les rablures d’étrave et d'étambhot, tribord et babord, du haut en bas, garnies d’une bande de plomb, de quatre pouces de large, doublé de bois de cypre rouge et mailleté, pour les garantir des vers, durerait au moins trente années dans le fleuve. Cela tiendrait lieu d’un fort que la nature du terrain rend impossible.”
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68 Lonar. x1x. cit.
17%. Dans cette même dépêche, ils disaient : “L'ile de la ; pr Balise qui était, il y a vingt ans, à une demi lieue au lie: large, est maintenant à une lieue et demie en arrière rai sur le côté, et se joint à cette langue de terre que pro- mo jette le fleuve en se déversant dans le golfe, et elle est que par conséquent éloignée des vaisseaux qui viennent du je sea large. Ce qui rend d'autant plus nécessaire l’établisse- à l
ment d’un poste flottant.” Cette dépêche, qui parait peut-être exagérée dans , “ssertion du fait qu’elle avance, n’en constate pas moins une chose importante : c’est la rapidité presque incroyable avec laquelle le fleuve gagne sur la mer en prolongeant dans le golfe, par son limon, cette langue de terre dont elle fait son lit et ses bords. Au mois de décembre, il y eut à la Mobile une grande cérémonie, à l’occasion de la distribution des présents à faire aux nations indiennes. Les Chactas, contents de i ceux que leur fit M. de Kerlerec, lui décernèrent le titre ts de : Père des Chactas.
“J'ai dû, dit M. de Kerlerec, dans une dépêche du 18 + décembre, montrer beaucoup de confiance dans leurs | promesses, mais au demeurant, je les connais assez pour | les juger fourbes, menteurs et très intéressés. Aussi, | suis-je sur mes gardes, sans qu’il y paraisse. | “Les Chickassas se recrutent journellement des Ché- L rokis et des Chaouannons, qui vont chez eux prendre | femme. Sans cela, ils seraient réduits maintenant à presque rien, par la quantité de chevelures que font sur eux les Chactas. Cette guerre, d’ailleurs, a le mérite d'occuper les Chactas.”
Quoique le gouvernement français eut recommandé | la plus stricte économie et eut retréci de beaucoup le :} f cadre des troupes, le budget des dépenses ne s’en éleva
pas moins cette année, à la somme de 963,124 livres. | 1725, On crut, en 1755, que les Anglais méditaient une attaque contre la Louisiane, et M. de Kerlerec fit tous les
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la ° préparatifs nécessaires pour la repousser, si elle avait 1765. au lieu. Le 26 juin, il annonçait au ministre qu’il enverre rait à l’île aux Chats douze hommes pour observer les 'O- mouvements des Anglais, qui, en cas d’uttaque, ne manest queraient pas, disait-il, de venir atterrer à l’île aux Vaisdu vi seaux. Ce détachement devait lui renvoyer six hommes se- à l’arrivée de la flotte anglaise, et les six autres devaient venir le trouver, lorsque les Anglais auraient ans pris un parti.
pas Le 18 octobre, continuent ses préparatifs, il écrivait : que Le rétablissement de la plate-forme des quatre batteen ries au détour à l'Anglais est bien avancé, et l’on pourra ; gue bientôt y monter les vingt neuf pièces de canons, de dix-huit de calibre, qui y sont déjà. Je vais faire finir y nde les parties qui étaient restées à faire, depuis le premier Ly À ts à projet approuvé, pour établir les quatre petites batte- 3 À s de ries de quatre canons, de dix-huit chacun, que j'ai pro- ty à titre posé de faire dans le détour audessus des premières, d à afin qu’elles soient toutes en état de recevoir les qua- NS ES 18 rante-trois pièces de canons du mêmeé calibre, que j'ai à eurs À demandées et que je vous demande encore avec ins- È pour j tance, pour pouvoir réunir les unes et les autres dès Y ussi, [4 leur arrivée. Il faudrait cinq cents hommes de recrues.” rw : A cette époque, les Anglais faisaient aux Français j Ché- | une guerre très vive dans le Canada, dont ils devaient j ndre À bientôt s'emparer, et M. de Kerlerec craignait avec nt à 1 raison pour la Louisiane, qui avait toujours été pour les t sur : Anglais un objet de convoitise. C’est pour cela qu’il deérite À mandait des secours avec tant d'instance. Mais c'é- | FL tait au faible Louis XV qu’il s’adressait, et la France, andé | À sous ce rêgne corrompu et pusillanime, était déjà loin ple :| | de l’époque, où sous Louis XIV, elle avait été accusée éleva | d’aspirer à une domination universelle. Elle se débats. j î tait avec peine contre les rivaux puissants qui l’entouat. | raient et n'avait guère assez d'énergie et de puissance 18 les 1 de reste, pour défendre ses possessions lointaines.
70 [ouar, x1x,
M. de Kerlerec et M. d’'Auberville furent, l'un, le premier gouverneur, et l’autre, le premier cu:nmiissaireordonnateur qui vécurent en parfaite intelligence. Mais, comme si la colonie ne devait jamais être sans un sujet de discorde intestine, il s’éleva une espèce de petite guerre entre les Capucins et les Jésuites, et, comme il n’y a rien de plus envenimé que les dissentions religieuses, il en résulta une assez grande perturbation pour la province. Il y avait le parti des Capucins et le parti des Jésuites. Les femmes surtout prenaient à cette lutte une part très active. Voici quelle était l’origine de cette querelle.
La compagnie des Indes, en vertu des lettres patentes du roi, du mois d'août 1717, avait déclaré et statué que toutes les cures et missions qui étaient et qui seraient ci-après établies à la Louisiane, dans toute l’étendue de pays, comprise depuis l'embouchure du fleuve Mississippi en le remontant, jusques et y compris la rivière Ouabache et toutes les autres rivières qui affluent à la mer, seraient remplies, sous l’autorité de l’évèque de Québec ou de celle de son coadjuteur, par les pères capucins de la province de Champagne, sans qu'il pût y être établi aucun autre religieux et prêtre séculier, si ce n’était de leur consentement, et cela, à condition de fournir par an tous les prêtres qui leur seraient demandés, soit pour les cures, soit pour les missions que l’on jugerait à propos d'établir dans la dite étendue de pays. La compagnie avait donc décrété en conséquence que les dits pères capucins seraient mis en possess'on des églises, presbytères ct chapelles, pour missions établies et à établir dans la dite étendue de pays, afin d’en jouir sans aucun trouble ni empêchement.
Mais les Capucins avaient compté sans les Jésuites qui, en 1726, avaient obtenu aussi la permission de s’établir dans la colonie. Cependant, afin d'éviter tout conflit, on leur avait assigné une juridiction différente de celle
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des Capucins, dans la partie haute et la plus reculée de la colonie. Mais par l’article 24 du traité conclu entre la compagnie des Indes et les Jésuites, il était dit: Le supérieur de la dite mission pourra résider à la Nouvelle- Orléans, à condition qu'il n'y remplira aucune fonction ecclésiastique, sans le consentement du supérieur des Capucins. Il n’en fallait pas davantage pour des hommes aussi fins et aussi entreprenants que les Jésuites. Ainsi, ils obtinrent de l’évêque de Québec une commission de grand vicaire, dont l'exercice devait avoir lieu dans les limites de la mission des Capucins, où ils n’avaient aucun droit de s’immiscer, d’après les traités conclus. C’est pourquoi le conseil supérieur de la province avait refusé avec raison d’enrégistrer les provisions de grand vicaire, obtenues par les Jésuites. Malgré cela, les Jésuites avaient peu à peu usurpé toutes les fonctions curiales en dépit des Capucins, et avaient poussé l’audace jusqu’à menacer d'interdire ces derniers. Les pauvres Capucins, qui n'étaient pas de force à lutter avec des adversaires aussi habiles, se plaignaient hautement et demandaient protection au gouvernement, mais ils avaient eu le tort d'agir avec trop de bonhommie envers leurs rivaux. Ainsi, le 9 mars 1752, le révérend père Dagobert, supérieur des Capucins, avait eu l’imprudente courtoisie d'inviter le père Beaudoin, supérieur des Jésuites, à bénir la chapelle de l'Hôpital des pauvres de la paroisse. Ce que le père Beaudoin s'était empressé de faire d'autant plus volontiers, que le père Dagobert eut la politesse d'agir dans cette cérémonie comme assistant. Le père Beaudoin se servit de cette circonstance comme d’une arme contre les Capucins. Il disait qu’il avait publié ses lettres de grand-vicaire aussitôt après les avoir reçues ; que bien qu’il se fût annoncé comme tel, on n’avait fait aucune objection à ce qu’il fit publier, en cette capacité, le jubilé, à la paroisse de la Nouvelle-Orléans, le 26 février 1752; qu’ensuite, il avait béni, en la
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même capacité, au mois de mars, la chapelle de l'Hôpital, et qu'ayant été de cette manière reconnu par les Capucins comme vicaire-général du bas de la province, il était trop tard pour qu’ils püssent être fondés à lui contester ce titre et les prérogatives qui y étaient attachées.
Telle était la question qui agitait la colonie et qui restait indécise.
Il ne se passa rien d’intéressant dans la colonie en 1756. À part quelques tiraillements intérieurs, tout était tranquille. Cependant, le ler d'avril, M. de Kerlerec écrivait au ministre : “J'ai déjà dit que les Anglais des provinces de New-York, de Pennsylvanie, de la Virginie et de 4 Caroline ne négligent rien pour s’attirer les nations sauvages qui nous sont alliées. Leurs démarches à cet égard sont devenues sans bornes et sont toujours soutenues par des présents qui, indépendamment qu’ils sont fort considérables, sont encore étudiés de manière à satisfaire leur goût. Ces mêmes présents sont d’ailleurs accompagnés de différentes menées secrètes, soutenues par des harangues toujours dirigées contre nous.
“Les gouverneurs de la Virginie et de la Caroline ont mis nos têtes à prix. Je crois que le gouvernement anglais l’ignore, car s’il le savait et l’autorisait, ce serait abominable. Nos sauvages m'ont souvent offert de m'apporter leurs chevelures, mais j'ai toujours repoussé ces offres avec indignation.”
Le 12 décembre, il renouvelait ses observations sur le dénûment de la colonie, au moment où il était le plus nécessaire qu’il en fût autrement, pour neutraliser les efforts des Anglais “Les sauvages, disait-il, murmurent, et, si nous ne leur faisons pas les présents ac. coutumés, si nous ne fournissons pas à leurs besoins, ils accepteront les propositions avantageuses des Anglais,”
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ji : Le budget des dépenses fut encore très élevé cette | es 4 année, et se monta à 829,398 livres. | ce, Le Le commissaire ordonnateur, d’Auberville, mourut le (| lui À 14 mars, et M. Bobé Desclozeaux ke remplaça par in- 1767. | | ta- 4 térim. | x M. de Kerlerec se trouva tellement dépourvu de mu- il qui . nitions, qu'il envoya à la Vera-Cruz. demander de la | | L poudre, du salpêtre et du souffre, mais il n’en obtint que | en à vingt-et-un mille pi phsbi ss livres, de très mau- | tait vaise qualité.
rec 4 Une dépêche de M. de Kerlerec, du 21 octobre. fait des | voir jusqu’à quel point cette belle colonie de la Loui- . ! rgi- L siane était alors délaissée par la France, qui souter ait les À une guerre difficile contre l'Angleterre. y nar- | L Q ve R KERLEREC AU MINISTRE. tal & | sent k “Monseigneur, je n’ai. aucune nouvelle de la Cour, Ex È ‘| ma- | depuis vos dépêches du 17 février et 15 juillet 1755. 1 à sont Aucun des secours que je vous ai demandés par les ) à êtes, | miennes, dont voici la quinzième en chiffres, ne nous d | ntre | est parvenu, et par surcroît de malheurs, les moyens | que M. Desclozeaux et moi avons mis en usage, pour | e ont nous procurer de quoi satisfaire nos plus. pressants | tan- besoins, n’ont encore eu aucun bon succès. ll erait “Les magasins du roi. sont épuisés. Ceux des partit de culiers le sont aussi depuis Jongtemps. Nous sommes )ussé journellement harcelés par les Chactas, qui sont dans la disette de tout. Ils nous menacent plus que jamais s sur d’avoir recours, aux Anglais et d’introduire leurs traiit le teurs chez eux. Les nations Alibamons parlent sur le liser même ton ; toutes les autres sont également mécontenmur- tes. La partie des Illinois n’est pas mieux pourvue. s ac: Nous n'avons pu y envoyer par le dernier convoi que s, ils les plus faibles objets de ses besoins. Les Anglais tra- An- vaillent fortement à traverser et rompre mes négocia-
tions pour la paix projetée avec les Chérokis. Ils pren-
74 Lenar, x1x, CH 1757. nent des mesures fort justes pour s'emparer de tous les tu batiments qui peuvent nous venir. Ils ont établi une } qu croisière fixe au Cap St. Antoine de Cuba, ou ils ont ac- | va tuellement une frégate, avec un bateau de dix canons; j de et leurs corsaires, qui désolent nos caboteurs, viennent les chercher jusqu'aux approches de la Balise. Enfin, me nous nmranquons de tout, et le mécontentement des sau- av vages laisse tout à craindre. c “Jusqu'à présent, j'ai su les apaiser ; mais je n’y suis me parvenu qu'avec bien des dépenses, et sans quelques rail dernières ressources er. marchandises, que ...us ont pro- cir curées quelques petits batiments échappés à la vigi- 1
lance de nos epnemis, nous aurions déjà éprouvé quel-
que fâcheuse révolution de leur part.
“Cet exposé, Monseigneur, qui vous remettra sous les
yeux notre situation, nos dangers et nos besoins, vous
fera juger en même temps combien il est essentiel, pour
maintenir ces nations dans notre parti, que les secours,
qué je n’ai cessé de vous demander, nous parviennent
promptement.
2 “Cette colonie est d’ailleurs ouverte de toutes parts.
1] serait impossible de résister longtemps en cas d’atta-
que. Nous serions perdus, si les sauvages alliés ve-
naient à nous tourner easaque.” M. de Kerlerec, pendant toute l’année, écrivit lettres
sur lettres sur le mêmé ton, ou plutôt elles enchéris-
saient les unes sur les autres et démonträient quelle
était son anxiété relativement aux dangers qui mena-
çaient la colonie. Mais il n’obtint aucune rép :nse. Le 23 janvier 1758, M. de Kerlerec informait le mi-