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nistre, que le ehevalier de Villiers, capitaine aux Illinois, était allé, il ÿ avait deux ans, avec la permission de M. de Macarty, gucrroyer contre les Anglais, pour venger la mort de son frère M. de Jumonville, et s'était emparé du fort Grandville, qu’il avait brûlé. On sait que cet officier avait alors eu lhonneur de faire capi-
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tuler Washington, au fort Nécessité. Il est à remarquer que cet événement eut lieu un 4 de juillet, date qui devait par la suite devenir si célèbre, et auquel le nom de Washington est si glorieusement attaché.
Le 23 d'août, M. de Kerlerec annonça au gouvernement français, qu’il venait de recevoir des secours, av’: un nouveau commissaire ordonnateur, M. de Roc' vore. “Il était temps, dit-il; les Chactas commençaient déjà à se livrer à des actes d’hostilité, et auraient tué, il y a quelques jours, deux français, si ceuxci ne s'étaient réfugiés dans la cabane d’un chef.”
Au mois d'octobre, M. de Kerlerec envoya au gouvernement des renseignements détaillés sur les forces que possédaient encore les nations indiennes, malgré leurs fréquentes guerres entre elles et contre les Français. Il disait que les Chactas avaient cinquante-deux villages, et pouvaient mettre quatre mille hommes sur pied, et que les Alibamons comptaient trois mille guerriers. Il ajoutait que ces deux nations étaient les boulevards de la colonie, et qu’il fallait à tout prix les concilier.
“Les présents, dit-il, sont une coutume dispendieuse, et que peut-être on aurait pu éviter dès le principe, mais qu'il est maintenant impossible de supprimer. D'ailleurs, ces dépenses ne sont pas la dixième partie de la dépense que coûteraient les guerres, que ces présents ont évitées. Les marchandises envoyées après un si long retard sont insuffisantes, surtout à cause des avaries. Cela est fâcheux, car j'aurais pu frapper sur les établissements anglais dans ‘out le Sud, pendant que M. de Vaudreuil les dévastait au Nord. Tel était mon projet, et mes arrangements étaient pris en conséquence, mais j'ai attendu inutilement pendant plus de deux ans les moyens de le mettre à exécution.
“L'empereur des Kaouitas m’avait répondu des nations Kachissas, Tchiapas, Abékas, Talapouches et Alibamons, qui en dépendent. Les Chérokis, les Chaouan-
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nons, voisins de cette partie, se seraient liés avec ces premiers, et peut-être, dans une telle circonstance, aurais-je pu accorder la paix aux Chickassas et Abékouchis, qui la désirent depuis longtemps, et qui enfin, alors liés dumême:ntérêt que nos alliés, auraient formé une chaîne suivie depuis cinquante lieues dans le Nord-Est du poste des Alibamons, cotoyant les établissements anglais, jusqu’à la source de la rivière des Chérokis, qui se décharge dans le Ouabache. J’y aurais ajouté un fort détachement Arkansas, et j'aurais aussi donné des ordres à M. de Macarty pour détacher également les nations de son territoire. Le tout ensembie aurait formé quatre fois plus de sauvages que M. de Vaudreuil n’en a, et je me serais flatté que ces expéditions, bien conduites, auraient ruiné sans ressource cette partie immense de la Nouvelle- Angleterre, en une seule campagne. Par ce moyen, M. de Vaudreuil aurait pu s'occuper utilement ailleurs.
“Voilà, Monseigneur, quel était mon projet depuis trois ans, et qu’on ne m’a pas mis en état d'effectuer. Ce n’est cependant pas faute d’avoir exposé mon projet à découvert et l’avoir bien motivé, sous les yeux de: ministres vos prédécesseurs.”
Le 20 décembre, M. de Kerlerec demarida la croix de St.-Louis pour M. Aubry, capitaine d'infanterie, qu’il avait envoyé aux Illinois, et qui venait de faire une action d'éclat au fort Duquesne. “Toutes les lettres, dit-il, qui nous parlent de cette affaire, s’accordent exactement sur la bravoure, la fermeté et le sang-froid avec lequel cet officier a toujours continué, pendant l’action, de donner. des ordres, qui ont été d'autant plus fidèlement exécutés qu’il est aimé par lesoldat, Je vous demande, Monseigneur, avec toute l’instance possible, la croix de St.-Louis pour cet officier d’une valeur peu commune, rempli de mérite, et généralement estimé de tous ceux qui le connaissent. Aubry a été bien secondé par Villiers, Adamwville, Devergès, &c., &c.
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Une dépêche de M. de Macarty, qui commandait aux Illinois et qui avait marché au secours des Français du Canada, rend aussi compte de ce brillant fait d'armes de M. Aubry. En voici quelques extraits :
“Le & juin, les Anglais tentèrent une descente à l’île Royale our en faire le:siège. La défense vigoureuse des Frarzais les a obligés de se retirer avec perte, &c.
“Du fort Carillon, 11 juillet.
“Le général Deane, à la tête de dix-huit milie Anglais, vint attaquer M. de Montcalm dans ses retranchements, où il n'avait que trois mille cinq cents hommes. Le général anglais, se croyant assuré de la victoire, dit aux sauvages : Mes enfants, je ne veux point vous exposer. Soyez seulement spectateurs, et vous allez voir comment je vais donner le fouet à ce chef français. Le combat se livre, M. de Montcalm défait les ennemis, dont il reste cinq mille hommes sur la place. Le général Deane et son état major sont tués, et le reste a pris la fuite, &c.
“Fort Duquesne, 28 septembre.
“Le tort Duquesne a été menacé, une partie de la campagne, par une armée d'environ dix mille hommes, commandée par le général Forbes. La maladie du général Forbes avait, dit-on, retardé l'exécution du projet d'attaque, mais neuf cents hommes de bonne volonté, détachés d’un corps de six mille Anglais retranchés non loin du fort, et commandés par le colonel Greene, se sont présentés, le 14, à six heures du matin, dans les déserts du fort Duquesne. On ne fnt averti de leur arrivée que par le bruit des caisses et le son des instruments. Aussitôt, M. Aubry, capitaine des troupes de la Louisiane, déta. ñé au printemps dernier par les ordres de M. de Kerlerec pour commander le convoi d’approvisionnement destiné au fort Duquesne, court aux armes, sort du fort, suivi de ses officiers et de la plus grande partie de ses troupes. 1l vole dans Îies dé-
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serts, essuie trois violentes décharges, et enfin écrase les ennemis, dont il reste trois cents sur la place, deux cents prisonniers, sans compter beaucoup de noyés, et revient victorieux dans je fort, où commandait M. de Lignerie, capitaine du Canada, qui en était sorti avec une partie de ses troupes pour soutenir M. Aubry. Tous les officiers se sont distingués à cette affaire, et ceux des Illinois et ceux de la Louisiane. Ils ont parfaitement secondé la valeur de M. Aubry. Les plus distingués sont M. de Villiers, capitaine, le même qui, en 1756, prit un fort sur les Anglais à Dambelle, et le sieur Devergès, enseigne. Ce dernier s'est débarrassé de trois Anglais qui le serraient de près. Ilen a tué deux et fait le troisième prisonnier.”
Le fort Duquesne n’en ‘it pas moins pris plus tard par les Anglais. Le général Forbes ayant marché avec toutes ses forces contre ce fort, l’afficier qui y commandait, voyant qu'il ne pouvait s’y défendre, embarqua toute son artillerie et ses munitions, mit le feu aux édifices, et opéra fièrement sa retraite en face de l'ennemi, et le drapeau au vent.{Cette brave garnison se laissa flotter sur l'Ohio et le Mississippi. Le courant l’amena à la Nouvelle-Orléans, où elle fut reçue avec les honneurs qu’elle méritait.
A peine le nouveau commissaire-ordonnateur, M. de Rochemore, était-il arrivé à la Louisiane, qu’une mésintelligence s'élevait entre lui et M. de Kerlerec, et qu’il se permettait des actes qui attiraient sur lui le blame du gouvernement français, comme on le verra par l'extrait suivant d’une lettre du ministre Berryer à M. de Keérxlerec et à M. de Rochemore, en date du 19 janvier :
“M. de Rochemore à jugé à propos, à son arrivée dans la colonie, de se faire rapporter tous les billets de caisse qui se sonttrouvés répandus dans la colonie, montant à un million huit cent mille livres, de les annuler, et
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d'en faire fabriquer de nouveaux, visés de lui, après avoir converti les premiers en lettres de change sur les trésoriers en France. (C'était cependant une opération contraire à ses instructions, qui portaient qu’il fallait examiner soigneusement la situation des finances, et surtout éloigner le plus possible les échéances des lettres de change. Loin de là, son premier soin a été de charger les exercices de 1758 et 1759 d’un million huit cent mille livres, au-delà des dépenses ordinaires,
“Encore s’il s'était contenté de retirer les anciens billets et de:les convertir en lettres de change, je ne serais pas dans le cas de lui reprocher sa précipitation, qui jettera la caisse de France dans le plus grand embarras ; mais il a ajouté la fabrication nouvelle de la même quantité de billets, sous prétexte, dit-il, de séparer son administration de celle de son prédécesseur. C’est une faute énorme qu’il n'avait même pas le droit de commettre.
“Il aurait dû réfléchir que ses prédécesseurs avaient été blamés en 1750, pour une émission de cette nature, et qu’ils avaient dû faire rentrer immédiatement ce papier.
“Ainsi, il faudra immédiatement faire rétirer tous les billets qui se trouveront répandus dans le public, contre des lettres de change tirées au plus long terme possible, et que tous ces billets soient brûlés, ainsi que ceux qui seront encore dans les mains des trésoriers.”
Le 6 mai, M. de Kerlerec, qui avait fait un voyage à la Mobile, afin de déjouer les manœuvres des Anglais pour gagner les nations sauvages, écrivait au ministre :
“Monseigneur, le voyage que je viens de faire ne fut
jamais plus nécessaire. Le projet des Anglais était
de s'emparer de la nation des Chactas, en la comblant de présents, de faire égorger le poste de Tombekbé et les Français qui se seraient trouvés dans la nation,
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officiers, missionnairés et autres. Après quoi, ils devaient venir prendre la Mobile, soutenus par les €Chactas, et ensuite attaquer la Nouvelle-Orléans par mer, tandis que les Chactas l’attaqueraient par terre, en venant par les derrières des lacs Tout cela a été au moment d’éclôre ; mais j'ose me flatter, par les deux mois de séjour que j'ai fait à la Mobile avec cette nation, et par la distribution des présents, d’avoir ramené les choses dans l’état de tranquillité que nous pouvons désirer dans la circonstance présente. Il s'agit seulement de né pas manquer de marchandises pour la traite et pour les présents. Elle est de toute conséquence. Au reste, Monseigneur, voilà tout ce qu’on peut se promettre de la part des‘sauvages, sur lesquels on ne peut compter sagement que du jour au lendemain, si on les laisse manquer de leurs besoins.”
M. de Rochemore qui, aussitôt après son arrivée, s’était en quelque sorte brouillé avec M. de Kerlerec, et qui ne paraissait guère avoir été intimidé par la lettre de blame que le ministre lui avait adressée sur son administration, en date du 19 janvier, n’en agissait pas avec plus de circonspection. Il ne donnait pas de répit à M. de Kerlérec et l’attaquait avec une infatigable activité. Ainsi, dans une dépêche du 13 octobre, il exposait que M. de Kerlérec l’avait empêché de faire exécuter les ordonnances sur les batiments étrangers, venant dans la colonie. “Quant à un autre batiment, dit-il, nommé les Trois Frères du Rhode-Island, il l’a fait saisir et condamner, puis il l’a fait mettre en liberté, comme pour prouver que tout, même la justice, devait s’effacer devant sa volonté. J'apprends que le capitaine de ce batiment a été forcé de laisser dix mille livres en dépôt, pour garantir qu’il reviendrait apporter ce dont on a besoin dans la colonie, et qu’à son retour, on refusa au bas du fleuve de le laisser monter.” Deux jours après, le 15, il ajoutait : “Si les dépenses
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