‹ Histoire de la Louisiane [microforme] (volume 2)Chapitre 20 sur 92 · FAT O · texte numérisé non relu

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ministre trouvait fort extraordinaire. Il soupçonnait quelque fraude, et il avait probablement raison.

Le 29 décembre, le ministre présenta au roi le mémoire suivant, qui fut approuvé par Sa Majesté.

Mémoire du Ministre au Roi.

“Sa Majesté a été informée de la manière dont le sieur de Rochemore a entamé et suivi son administration d’ordonnateur à la Louisiane. On vient d’être instruit d’une nouvelle aventure qui suffirait pour le faire rappeler, si Sa Majesté n'avait déjà jugé nécessaire de lui donner un successeur ;.et comme plusieurs autres personnes, tant Officiers qu'employés dans la colonie, ont eu part à ce qui s’est passé, on va en mettre le détail sous les yeux de Sa Majesté.

“Le sieur de Kerlerec ayant été obligé de se rendre à la Mobile, sur les avis qu’il en avait eus d’une entre. prise de la part des Anglais sur cétte partie de la colonie, il a laissé au sieur Simarre de Belle Isle, major de la Nouvelle-Orléans, le commandement pendant son absence, avec des instructions sur la conduite qu’il devait tenir, principalement au cas qu'il se présenterait des navires neutres avec des cargaisons de comestibles,

“A peine le sieur de Kerlerec fut arrivé à la Mobile, qu'il se présenta à la Nouvelle-Orléans deux parlementaires, l’un français, avec un chargement de peu d'importance, l’autre, anglais, avec des comestibles et d’autres marchandises. Le français a fait sa vente sans difficulté. Les sieurs de Rochemore et de Belle Isle, après avoir fait un bon accueil au capitaine anglais, lui ont fait proposer de vendre sa cargaison en gros et à un prix fort bas. Sur le refus du capitaine, ils lui firent proposer de céder à chacun pour quinze mille livées de marchandises au prix de facture. Le

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capitaine y consentit à condition qu'ils en donneraient reçu.

“Cette condition leur ayant déplu, ils n’ont plus pensé qu’à faire confisquer ce parlementaire en vertu des lettres patentes de 1727, qui défendent aux navires étrangers l'entrée des colonies françaises.

“Les habitants, alarmés des suites de cette confiscation qui les aurait privés des secours dont ils avaient un extrême besoin, et qu’ils ne pouvaient avoir que par la voie des étrangers, en ont écrit au sieur de Kerlerec, qui, tout de suite, a donné les ordres les plus précis de laisser une liberté entière au capitaine pour vendre sa cargaison.

“Dans l'intervalle de ces ordres, les sieurs de Rochemore et de Belle-Isle se sont hâtés de faire lever les scellés apposés sur le batiment, et, malgré les cris du public, ils ont fait transporter la plus grande partie des marchandises dans les magasins de Sa Majesté.

“Le sieur de Kerlerec, étant arrivé le surlendemain, a trouvé une si grande fermentation parmi le peuple contre le sieur de Rochemore et le sieur Destréhan, son conseil, trésorier de la colonie, et commis des trésoriers généraux, qu’il leur a donné des sentinelles pour leur sûreté.

“Enfin, après bien des difficultés, le sieur de Kerlerec a été forcé de prendre sur lui d’ordonner, au bas d’une requête du capitaine parlementaire, la vente publique de ses effets, avec les précautions usitées, après avoir ordonné au capitaine de faire a“paravant sa soumission à l’ordonnateur, pour les effeté dont il avait besoin, pour les magasins de Sa Majesté.

“Cette affaire a été terminée de cette manière et à la satisfaction de tous les colons, après avoir presque occasionné une révolte générale. Elle exige que ceux qui y ont donné lieu soient punis. 4

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“Le sieur de Rochemore ayant été révoqué, il n’est plus question de lui.

“Le sieur Bellot, son secrétaire, nourri dans la chicane, a été arrêté à la Louisiane et embarqué pour passer en France.

“Le sieur Simarre de Belle-Isle, major, ayant formellement manqué aux ordres du gouverneur, qu. lui avait surtout recommandé d’admettre les navires étrangers, et qui s'était associé au sieur de Rochemore pour la confiscation du parlementaire, a été interdit par le sieur de Kerlerec. Il est nécessaire, pour l’exemple, de le casser et de le faire repasser en France.

“Le sieur Destréhan, commis des trésoriers généraux, conseil du sieur de Rochemore, et très dangereux, (riche à six cent mille livres) ne peut rester sans risque dans la colonie. -On expédiera un ordre pour le faire revenir en France, et on en préviendra les trésoriers généraux, pour qu’ils y envoient un nouveau sujet.”

“Le sieur Fontenette, médecin et conseiller du conseil supérieur, a été nommé par le sieur de Rochemore commissaire pour la confiscation, et s’est tenu caché à l’arrivée du sieur de Kerlerec, pour ne pas exécuter les ordres qu’il lui avait expédiés pour faire rendre les effets du parlementaire. Il convient de le renvoyer.

“Le sieur d'Herneuville, capitaine des troupes, mérite d’être destitué et d’être rappelé en France. C’est un chef de cabale. Très mauvais sr°st,

“Le sieur Dorville,aide-major, adrede M. de Belle- Isle, le sieur Marigny de Mandeviile, sont aussi entrés dans le complôt du sieur d> Rochemore; et le sieur de Kerlerec marque qu’il souy;çonne les sieurs de Reggio et de Franz, capitaines, de s'être ligués contre lui, à l’instigation du sieur de Rochemore ; mais comme ils n’ont eu aucune.part aux manœuvres qui ont été pratiquées, il suffira d’üne forte réprimande.”

Ce Marigny de Mandeville dont il est ici question,

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venait de faire un travail d’une grande utilité. Voici comment Bossu, capitaine dans les troupes de la marine, qui était dans la colonie à cette époque, et qui a écrit sur la Louisiane, s'exprime à ce sujet :

“En 1759, dit-il, M. Marigny de Mandeville, officier

de distinction, forma le dessein, avec l’agrément du gou-.

verneur de la Louisiane, de faire de nouvelles découvertes vers l’île de Barataria, dont nous ne connaissons que très imparfaitement le gisement des côtes; ce fut dans cette vue qu’il travailla à une carte générale de la colonie. Cet officier a fait, à ses frais, la découverte de ce pays inconnu, avec un zèle infatigable, qui caractérise un digne citoyen, toujours occupé de la gloire de son Prince et de l’agrandissement de ses états.”

Quoique les cannes introduites par les Jésuites eussent parfaitement réussi, on n’avait pas encore songé à en tirer parti pour faire du sucre. Mais cette année, M. Dubreuil, dont l'habitation occupait une partie de l'emplacement où est maintenant située la troisième municipalité de la ville de la Nouvelle-Orléans, fit construire un moulin et établit une sucrerie. Cependant, cette entreprise n’eut pas de suite et fut bientôt abandonnée.

Quoique le commissaire ordonnteur, M. de Rochemore, eut été destitué par une dépêche du 27 d'août de l’année précédente, il parait qu’il en remplissait encore les fonctions, le 2 janvier 1760. Car on trouve son nom attaché à une résolution de cette date, prise par un conseil de guerre tenu à l’hôtel du gouvernement, concernant les fortifications de la Nouvelle-Orléans. Il fut convenu, d’une voix unanime, de procéder sans délai à enceindre cette ville d'un fossé et d’une palissade, conformément au devis qui en serait dressé par M. Devergès, ingénieur,et conformément à un ancien projet, le tout: pour le compte du roi, les habitants n'étant pas en état de eontribuer à la dépense et ne pouvant se charger que de

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l'entretien des fortifications. Cette résolution était signée par Kerlerec, gouverneur, Rochemore, commissaire-ordonnateur, Devergès, d'Herneuville, Grand-Pré, Grand-Champ, Maret de la Tour, Bellehot, Favrot, Pontalba, Dorville et Trudeau:

Il y avait plusieurs années que le gouvernement français n’avait expédié de secours à la Louisiane, de sorte qu’on s’y trouvait aux abois. M. de Kerlerec fut réduit à envoyer au commandant du port au Prince un homme de confiance, pour lui exposer verbalement sa position critique et lui demander de la poudre. Mais il n’en put obtenir que six milliers.

Le 21 décembre, M. de Kerlerec écrivait au ministre :

“Monseigneur, l’encein'e fortifiée de cette ville vient d’être finie, mais il nous snanque pour la bien défendre des canons, des hommes et des munitions de guerre. Ayant eu vent que les Anglais devaient faire des incursions à la Louisiane, je prends la liberté de garder la flûte du roi, la Biche, à la grande satisfaction de tous les colons. Je la ferai couler bas avec un chargement de briques à l’entrée du fleuve, dans la passe, en cas d'extrémité. Il ne nous reste que dix mille livres de poudre pour défendre le bas de la colonie, et encore, suis-je obligé d’en envoyer quatre milliers aux Illinois, qui en manquent et qui, comme nous, sont dépourvus de tout.

“Les Chérokis sont dans les meilleures dispositions pour nous et donnent bien de la tablature aux Anglais, mais ils réclament de moi des secours de munitions de guerre que je n'ai pu leur fournir jusqu'à présent qu’en très petite quantité pour se défendre. Ils sont, au total, dépourvus de marchandises, que je leur promets:depuis quatre ans, de sorte que nous serions dans l’état le plus critique, si, de temps à autre, nous ne recevions quelques marchandises par les parlementaires

anglais. Mais ces marchandises coûtent cher au roi par la manière dont M. de Rochemore les fait acheter.

“Sur ce qu'a mandé M. d’Ossun, que le roi d’Espagne avait fait donner ordre à tous les gouverneurs de la Havane, du nouveau et du vieux Mexique, de nous fournir tous nos besoins, j'ai envoyé demander des secours à la Havane. En attendant, j'en ai reçu par un parlementaire.”

On voit par cette lettre que la destitution prononcée contre M. de Rochemore, le 26 août 1759, devait avoir été révoquée ou suspendue, puisqu'il continuait d’être en place, le 21 décembre 1760. En effet, les officiers qui s'étaient ligués avec M. de Rochemore, et que M. de Kerlerec avait fini par faire arrêter et envoyer en France, firent par la suite tant de bruit à la Cour, qu’ils réussirent à blanchir M. de Rochemore et à faire réprimander M. de Kerlerec à qui, d’abord, on avait donné gain de cause. M. de Rochemore fut donc laissé en place, provisoirement.

Voici quel était à cette époque l'emplacement des édifices publics.

L'emplacement des vieilles casernes était entre Royale et Bourbon, Toulouse et St. Louis. L'ancien hôtel du gouvernement occupait le terrain compris maintenant entre les rues Douane, (qui n'existait pas alors) Bienville, Levée et Royale. La rue de Chartres s’arrétait à la rue Bienville et aboutissait à l’hôtel du gouvernement.

Le nouvel hôtel du gouvernement, en 1760, était au coin de St. Louis et Levée, du côté de la rue Toulouse, et prenait environ le tiers de l’ilet. (1) Mais sa façade sur la rue St. Louis prenait la moitié de l’ilet. Au coin opposé, était l’intendance.

(1) On appelle îlet un espace compris entre quatre rues qui, en général, se coupent à angles droits. Toute la Nouvelle-Orléans est divisée en îlets.

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La rue actuelle de l'Hôpital ou du Bayou ne venait vers le fleuve que jusqu’à la rue Royale, où elle aboutissait à l’hôpital des troupes, qui s'étendait jusqu'aux rues du Quartier, Ursulines, Levée et Royale.

Le ler mars 1761, M. de Kerlerec écrivait au ministre : “Plus que jamais nous devons aider les Chérokis qui, sur mes instigations, se sont rendus maîtres du fort Loudoun, placé au haut de la rivière des Chérokis et terminant les établissements de ces Indiens. Ce fort des Anglais n’était à d’autres fins que de communiquer aussi librement dans le Ouabache que dans notre fleuve, pour y faire telles incursions qu’ils auraient voulu.

“Les Chérokis ont donc pris et rasé ce fort, fait cent cinquante prisonniers, tué et massacré cinquante autres, inclus le commandant et quatre officiers. Après quoi, ils ont emporté dans leur village douze pièces de canons, deux mortiers et deux pierriers. Ils m’ont demandé des canonniers pour les servir, mais ignorant à quels termes d’accommodement nous en sommes avec l’Angleterre, j'ai éludé de répondre. J'en manque d’ailleurs pour moi-même.”

Cette année, il y eut encore de nouvelles plaintes portées contre M. de Rochemore. Il parait qu’il avait défendu à l'huissier du conseil de faire aucune signification aux parties intéressées, sans la lui avoir communiquée au préalable, et qu'il en avait gardé plusieurs en sa possession, ne voulant pas qu’elles füssent remises à qui de droit. (Cette étrange conduite fit murmurer le public, non sans raison, et, sur plainte portée au conseil, il fut ordonné que l'huissier ferait les significations sans{les communiquer à M. de Rochemore, lequel pourrait en connaître en venant au conseil. Ce qu’il avait cessé de faire depuis dix-huit mois.

M. Foucault, qui avait été nommé pour remplacer M. de Rochemore, arriva au mois de juin. Dans la dépêche où il rend compte de son arrivée, il dit : “J’ai

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trouvé les magasins entièrement démunis, les marchandises à des prix excessifs, les papiers et régistres dispersés et confiés à des employés, dont quelques uns ont quitté le service de la colonie. Il y a sur place pour plus de sept millions de billets, formant papier monnaie. Les traites sont escomptées à 400 et 500: pour cent.”

On voit qu'il est difficile d'imaginer une situation plus pénible que celle où se trouvait alors la colonie. Pour compléter le tableau présenté par le commissaire ordonnateur, M. de Kerlerec écrivait, de son côté, en date du 12 juillet : “Les Chactas et les Alibamons me harcellent journellement pour avoir des secours et des marchandises de traite. Ils menacent de passer à l’ennemi, si cela continue, et nous dévorent, en attendant, par leurs visites, le peu de vivres et de marchandises qui rous restent. Nous pouvons craindre de les avoir pour ennemis. Aussi, la situation n’est-elle pas tenable. Toute la population est dans l'inquiétude.”

Pendant que M. de Kerlerec exposait ainsi le triste état de la colonie, l'ambassadeur de France, près de la Cour de Madrid, présentait, le 31 octobre, au gouvernement Espagnol, un mémoire dans lequel il faisait l’humiliant aveu de la faiblesse de son gouvernement et implorait l'appui et la protection de l'Espagne, pour aider la France à conserver la Louisiane, en lui représentant qu’elle servait de barrière entre les colonies anglaises et les colonies espagnoles Ce mémoire es. assez important pour être transcrit tout au long.

Mémoire de l Ambassadeur de France, à la Cour de Madrid.

“Il y a près de quatre ans que la culonie française de la Louisiane n’a reçu aucun secours.

“Le ministère, rebuté par le mauvais succès des premières mesures qu’il avait prises à cet égard, et voyant

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que toutes les expéditions que l’on faisait d'Europe, étaient enlevées par les Anglais, crût devoir les discontinuer.

“Il est néanmoins de la plus grande importance de mettre présentement la Louisiane en état de se souteniriet de se défendre en cas d'attaque. On ne parlera point de l'intérêt particulier qu’a l'Espagne d'empêcher que les Anglais ne s’en rendent les maîtres, surtout depuis qu’ils ont conquis tout ce que la France possédait dans l'Amérique septentrionale, et qu'ils sont à portée de disposer, sans aucune contradiction, des nations indiennes, dénommées los indios bravos. On dira simplement que cette seule circonstance mériterait l’attention de l'Espagne, si Sa Majesté Catholique n’était pas inclinée, comme elle l’est, à donner à la France tous les secours praticables.

“M. le duc de Choiseul se propose de faire passer, le plustôt'possible, à la Louisiane, ce qfi est le plus nécessaire à cette colonie, mais comme, indépendamment des risques auxquels de pareils envois seront exposés, et de ce qu’il est indispensable de les renouveler souvent, ce ministre ne saurait, dans le moment présent, y expédier des troupes, des munitions de guerre et de bouche, et comme il convient également de multiplier les mesurès relatives à un objet aussi pressé et aussi important, M. le duc de Choiseul demande que, (outre les ordres qui ont déjà été donnés par M. le bailli d'Arriaga aux gouverneurs et commandants de la Havane, de fournir tous les sécours qui dépendront d'eux, soit en munitions de guerre, soit en munitions de bouche, aux bâtiments qui seront envoyés à cette fin par le gouverneur de la Louisiane.) il plaise à Sa Majesté Catholique de faire passer sans aucun délai à M. le gouverneur de la Havane, ainsi qu'aux officiers des douanes et autres qui peuvent concourir à l’objet dont il s’agit, les ordres les plus pressés et les plus dé-

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taillés de rassembler une certaine quantité de munitions de guerre et de bouche, de première qualité, comme fusils, poudre à canon, pierres à fusils, mêches, pelles et pioches, balles .de fusil, fer, &c. &c., farines, viandes salées, huiles, &e. &c., afin que les bâtiments qu’expédiera le commandant de la Louisiane trotvent plus promptement à leur arrivée ce dont ils auront besoin.

“Ce sera le moyen d’abréger les risques de la mer, à cause de la proximité de la Havane. Ils seraient augmentés, si ces bâtiments étaient obligés d’aller chercher les mêmes secours dans les colonies espagnoles les plus reculées.

“Au reste, comme il est certain que la France ne peut conserver la Louisiane, vû le mauvais état où se trouve cette colonie, qu’en tirant les secours les plus prompts de la Havane, indépendamment de ceux qui seront envoyés de France, aussitôt qu’il sera possible;-il paraît qu’il y aurait des moyens plus simples et plus sûrs que celui dont on a parlé ci-dessus, pour secourir cette colonie.

“Ce serait, par exemple, que M. le bailli d’Arriaga voulut bien joindre aux envois qu’il fait en ce moment aux Indes Espagnoles, un assortiment de münitions de guerre et de munitions de bouche destiné pour la Louisiane, et ordonner à M. le gouverneur de la Havane de le faire passer sur le champ à cette colonie française, parun bâtiment espagnoläL’assortiment le plus étendu seraitle meilleur. Cependänt on ne croit pas que la colonie contienne plus de quatre à cinq mille habitants.

“M. le bailli d’Arriaga pourrait aussi ordonner à M. le gouverneur de la Havane de faire passer à la Louisiane les secours dont il #agit, sans attendre l’arrivée des bâtiments que devra expédier le commissaire de cette colonie, parceque ceux-ci, dont la navigation sera nécessairement retardée par les vents contraires qui rè-

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gnent constamment dans ces parages, pourraient difiérer plus qu’il ne faudrait pour que la dite colonie reçût à temps les secours qui lui sont indispensablement nécessaires ; au lieu que les bâtiments qui seront expédiés de la Havane à la Nouvelle-Orléans, feront infailliblement ce trajet en peu de jours, à cause des vents d’Est qui règnent constamment dans le golfe.

“Au reste, quelle que soit la tournure qui sera adoptée par M. le bailli d’Arriaga, la France paiera avec la plus grande ponctualité les avances qui seront faites à cette occasion.”

Le 15 décembre, M. de Kerlerec, qui ne se lassait pas de se plaindre, et qui n’en manquait pas de raisons, renouvelait, avec plus de force que jamais, ses représentations sur le dénûment où on le laissait, “lequel dénûment, disait-il, menaçait non-seulement l’existence de la colonie, mais la vie de tous les habitants.”

Nous avons vu, par le mémoire précité de l’ambassadeur de France, que le gouvernement français avouait son impuissance à envoyer aucun secours à la Louisiane. M. de Kerlerec, par conséquent, perdait son temps en demandes inutiles.

Cependant, M. de Kerlerec ne se rebutait pas, et le 10 février, il écrivait encore :

“Je reçois courrier sur courrier des Chérokis, qui demandent que je me décide à les abandonner, ou à leur fournir les secours que je leur ai promis pour se défendre. Je les engage à prendre patience, mais la patience est une vertu inconfüe. à ces gens là, et ils ne peuvent que faire incessamment la paix avec les Anglais et tourner leurs armes contre nous, ne pouvant seulement pas leur donner de la poudre pour se défendre ; car nous mêmes nous serons incessamment dans le cas d’en manquer pour repousser leurs incursions. Les Chactas et les Alibamons sont dans le même cas, ainsi

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que toutes les autres nations. Voilà un précis de la situation de la Louisiane.”

Sur ces entrefaites, M. de Kerlerec, s’il ne reçut pas des secours effectifs, reçut du moins des promesses. Ladessus, il écrivait au ministre en dete du 25 avril, “je viens d’expédier des courriers aux Chactas, aux Alibamons et aux Chérokis, pour leur annoncer les secours que vous promettez. Cette nouvelle réveillera leur patience, apaisera leurs murmures, et ralentira leur projet de recourir à l'Anglais.

“Je mande aussi mon fidèle chef de guerre,le Loup,qui est mon egent depuis quatre ans, et auquel nous devons en bonne partie l'alliance des Chérokis. Je lui enÿjoins de faire son possible pour amener ici six chefs chérokis et autant de considérés et gens de valeur, pour pouvoir raisonner avec eux sur les opérations à entreprendre, une fois les secours arrivés J'en userai de même pour les autres sauvages.

“J'ai prévenu les sauvages que les Espagnols feraient dorénavant cause commune avec nous contre les Anglais, et d'agir en conséquence. :

“J'ai beaucoup fait pour les Espagnols. auprès des sauvages. Le vice-roi du Mexique m'en a fait des remerciments, de même que le gouvérneur de Pensacola.”

Le 19 juin, M. de Kerlerec annonçait au ministre qu’en cassant M. de Belle-lsle, pour l'appui qu’il avait donné à M. de Rochemore contre lui, lors de la saisie du navire, les Trois-Frères de Rhode-Island, il avait donné la place de major de la Nouvelle-Orléans à M. de la Houssaye, en remplacement de M. de Belle-Isle, et la place de major de la Mobile à M. de Grand-Pré. M. de Kerlerec y ajoutait l'éloge de M. Foucault, le nouveau commissaire-ordonnatéur, dont il vantait les talents, l'intelligence et la capacité.

On a vu que, depuis quatre ans, M. de Kerlerec demandait des secours sur tous les tons,et qu'après un long

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1762. silence, on lui eff avait promis. En effet, au mois de juin, il arriva plusieurs bâtiments. Mais, écrivit-il, en date du 24 juin, au sujet de ces bâtiments: “Il se trouve qu'ils contiennent à peu près rien de ce qui est porté sur les factures, de sorte que j'ai eu l’humiliation de ne point pouvoir tenir les proinesses que j'avais faites aux sauvages. Ces navires n’ont point apporté, les choses les plus essentielles ; et les choses qui y sont, ou sont peu goûtées des sauvages, ou sont d’une qualité tellement mauvaise et inférieure, qu’elles sont sans valeur. Que faire maintenant en présence des sauvages que je m'étais hâté de convoquer pour accélérer nos affaires ? Comment prendront-ils tout cela? Comment les contenir? C'est une situation affreuse pour moi. Faut-il donc que la province de la Louisiane soit le jouet de la cupidité et de l’avarice!”

On se rappelle.que M. de Rochemore «vait été remplacé, au mois din de l’année précédente, par M. Foucault. Il n’en avait pas moins prolongé son séjour dans la colonie, et ne partit qu’au mois de juillet de cette année. Au sujet de ce départ, M. de Kerlerec écri vit au ministre :

“M. de Rochemore est parti sur la Médée avec un portefeuille rempli de lettres de change qui sont tirées sous un autre nom que le sien, et qui, à son arrivée en France, lui assureront une fortune brillante. Cette substitution de nom empêchera Monseigneur d’être instruit au juste de sa situation.”

M. de Kerlerec y ajoutait des plaintes contre -Messieurs de Belle-Isle, Grondel, Grand- Champ, d'Haüterive, Marigny de Mandeville, Rocheblave, Broutin, et envoyait un certificat contre M. de Rochemore, signé par soixante citoyens notablés, y compris les membres du conseil supérieur.

On a vu que M. de Kerlerec avait fait le plus grand éloge de M. Foucault, dans sa dépêche du mois de

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e E juin, mais Foucault fut loin d'écrire sur le même ton 1762. n 1 au sujet de M. de Kerlerec, qu’il représenta comme un re 1 malversateur. Cette accusation est contenue dans une Lé dépêche du 20 juillet, qui est remplie de détails inté- 1e ressants. Ces détails donnent une idée de ce qui se 1x passait dars la Louisiane à cette époque, Ainsi, M. es Foucault demandait que l’on fixât la quantité de bois nt de chauffage à accorder au gouverneur, qui se plaile- L gnait de n’en point avoir une provision suffisante, quoiar’. l qu'il eût les moyens d’en acheter avec le traitemént de je quarante mille livres par an qu’il recevait. M. Fous ? k cault exposait qu’en 1761, il avait été fourni au goun- verneur deux cent vingt sept cordes de bois et trois t-il cent quarante livres de bougie verte, à l’ordonnateur, la Li M. de Rochemore, deux cent vingt-et-une cordes de bois F et quatre cent cinquante livres de bougie, au garde mamM- | gasin général et au garde magasin particulier quaran- M. | te cordes de bois et deux cents livres de bougie, chaour cun. Il faisait observer que les loyers du gouverneur de et de l’ordonnateur, se montaient à quinze mille Livres. cri “Un seul déménagement de M. de Kerlereé, disait-il, avait occasionné une dépense de vingt mille livres” Il un ajoutait que de 1759 à 1762, on avait tiré, pour les ées dépenses de la colonie, jusqu’à Ja concurrence d’une » en | somme de quatre millions cent soixante sept mille cent ette vingt cinq livres, en lettres de change. Ces dépenses ins- étaient d'autant plus onéreuses pour la France, qu’elle succombait sous le poids de la guerre malheureuse Les- qu'elle soutenait contre l'Angleterre, qui Pavait déüte- pouillée de presque toutes ses possessions américaines. h, et La conquête du Canade par les Anglais avait causé igné uve émotion pénible à la Louisiane, qui lui était bres unie par tant de liens, et qui, pendant longtemps, en avait formé une dépendance. Un pressentiment vague, rand et qui fut bientôt vérifié, faisait craindre aux colons un s de changement de domination. En effet, le 13 novem-

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bre, le roi d’Espagne acceptait, sous sceau privé, le don que le roi de France lui faisait de la Louisiane. Voici en quels termes était conçu l’acte d'acceptation :

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