‹ Histoire de la Louisiane [microforme] (volume 2)Chapitre 29 sur 92 · chitoches. ‘Il fit procéder à un recensement de la po · texte numérisé non relu

chitoches. ‘Il fit procéder à un recensement de la po

pulation de la colonie, et il paraît qu’on y trouva mille huit cent quatre vingt treize hommes en état de porter les armes, mille quarante quatre femmes mariées ou filles nubiles, mille trois cent soixante quinze enfants mâles et mille deux cent quarante enfants de l’autre sexe : en tout, cinq mille cinq cent soixante deux âmes. La population noire était à peu près aussi nombreuse.

Cette année fut très malsaine, et la colonie fut dévastée par une maladie qui ressemblait beaucoup à celle qui est si connue de nos jours sous le nom de fièvre jaune.

M. Foucault, dans une dépêche du 10 mars, avait annoncé au gouvernentent français l’arrivée d’'Ulloz et avait dit: “L'arrivée de M. de Ulloa dans cette colonie, en dissipant la crainte où l’on était de ne voir que dans plusieurs années une décision certaine sur son sort, y a répandu une consternation générale à l'égard de la perte pour la France d’un pays aussi immense que l’est celui-ci par son étendue, par sa richesse naturelle, par sa fertilité en toutes les productions, par le nombre et les forces de ses habitants, par la douceur enfin de son climat. Elle y a de plus, comme je le craignais, fait une grande sensation au sujet des anciens billets monnaie répandus pour le service. Toutes les personnes, sans exception, qui y sont intéressées, sachant que M. Ulloa n’apportait aucun ordre de les convertir, se sont plaintes amèrement du nombre d’années écoulées depuis que le roi leur doit, du tort que ce retardement leur cause, et de la triste nécessité où elles se trouveraient, à la fin, de succomber, si on différait encore plusieurs mois de les payer, et si, pour comble de malheur, elles ne pouvaient se procurer leurs besoins avec cette monnaie, la seule qu’elles possèdent. Imbu de cette rumeur qui augmentait à mesure que les Pspagnols avançaient dans le fleuve, je m’empressai

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d’en faire part à M. d’Ulloa, le jour même qu’il débarqua à la Nouvelle-Orléans. Il me répondit qu’il sentait parfaitement ce qui‘ärriverait, si on interdisait la circulation de cette monnaie, et que, pour la soutenir jusqu’à ce qu’il eût des ordres de l'arrêter par une conversion, il prendrait sur lui, après qu’il serait en possession de la colonie, d’ordonner qu’elle serait continuée dans toutes les affaires parmi les Espagnols comme parmi les Français, sur le pied du discrédit actuel de 75 pour cent, où différents évènements fâcheux l’ont réduite. Je n’ai pas manqué, conjointement avec M. Aubry, de rendre dans l'instant cette réponse publique, ajoutant que nous ne tarderions pas à recevoir ces ordres. Elle a produit peu d'effet; on demande constamment d’être payé. M. de Ulloa, l'ayant appris, a employé un autre moyen. Il a fait chercher en ville des anciens billets pour des piastres gourdes, à la déduction de 75 pour cent, la piastre à 5 livres 5 sous, pour en donner à sa troupe le tiers de sa solde, mais cette troupe a fait refus de les ‘2cevoir, outre qu’il n’a pu s’en procurer que diffcilement, parceque la plupart des personnes qui en ont, se flattant que le roi les acquittera au pair, continuent de regarder 5 livres en ces billets comme cinq livres en argent, quoique la nécessité les oblige depuis longtemps à dépenser 20 livres en papier monnaie pour 5 livres en espèces.

“Un autre inconvénient auquel on aurait pu s’attendre, c’est que la garnison de cette colonie, toute composée de soldats qu’on n’a retenus au service, après la réforme de 1763, que parce qu’on les a flattés de voir arriver au premier jour les hommes de recrue que feu M. d’Abbadie a eu l'honneur de vous demander, ou les Espagnols qu’on nous annonçait de toutes parts, refuse d’entrer au service de l'Espagne. M. de Ulloa a fait observer à ces soldats, ainsi que M. Aubry et moi, qu’il attendait d’autres troupes, et qu'après qu’elles seraient

142 [onar. xxur.

arrivées, il leur serait loisible de quitter. Ils ont répon du qu’ils ne pourraient faire ce sacrifice que pour leur roi. Le corps des officiers s’est ässemblé pour délibérer sur ce qu’il y aurait à faire à ce sujet, et, réfléchissant qu’une contrainte serait déplacée et pourrait entrainer quelque chose de fücheux, il a été unanimement décidé qu’on les laisserait les maitres d’accepter ou de refuser. S'ils persistent dans leur résolution, il sera impossible à M. de Ulloa de prendre possession de cette colonie, n’y ayant amené que quatre vingt dix hommes, et je juge, d’après les entretiens que j'ai eus avec lui, que, ne comptant pas qu’ils changent, son dessein est de loger ces quatre vingt dix hommes, séparément des Français, dans quelques maisons qu’il louera à une des extrémités de la ville, et que, dans cette situation, il attendra les ordres de sa cour qu’il a demandés. Cette conjoncture nous oblige, M. Aubry et moi, à continuer le gouvernement et l’administration sur le pied où elle est encore.”

On voit par cette dépêche, que Ulloa arrivait dans la colonie avec les meilleures intentions. Il en fit preuve en offrant de prendre, afin de rassurer les habitants, le papier monnaie du pays au prix courant imposé par le gouvernement français, c’est-à-dire à 75 pour cent de perte, et de donner des piastres en échange. (C'était une grande libéralité de sa part que la proposition qu’il faisait, de donner aux habitants, les piastres qu’il avait portées avec lui et de payer sa propre troupe avec le papier monnaie qu'il aurait reçu en échange, au prix courant. Mais les habitants qui, pour un objet qu’ils pouvaient avoir à 6 livres en argent, étaient obligés de donner 20 livres en papier monnaie, c’est-à-dire qui perdaient 300 pour cent, quand ils faisaient usage de billets pour acheter, et qui ne pouvaient pas espérer que le gouvernement français les ferait rentrer à un taux au-dessus de leur dépréciation légale de 75 pour

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cent, ce: qui était leur taux de circulation forcée pour l’acquittement des dettes et obligations, n’en refusaient pas moins de les Jivrer à Ulloa, à moins qu'il ne les prit au pair. Ils alléguaient pour prétexte que le gouvernement français les acquitterait en plein, tandis que cela. ne s'était jamais vu, depuis la fondation de la colonie, même lorsque la circulation en papier était beaucoup moins forte que celle de 1766, qui se montait à sept millions de livres.

Les prétentions injustes et absurdes par lesquelles on répondait aux offres libérales et obligeantes d'Ulloa, furent sans doute la première cause de lirritation qu’il manifesta par la suite.

Comme l'Espagne n’avait nullement désiré la cession de la Louisiane, et qu’elle ne l’avait acceptée que pour plaire à la France, elle ne s'attendait pas à ce que la domination, qu’on la forçait presque d'assumer, serait regardée à la Louisiane comme un fléau. Loin de là, elle avait compté sur le bon vouloir des colons et sur la coopération des troupes françaises pour lui faciliter la prise de possession. Mais à peine Ulloa fut-il débarqué, qu'il s’aperçût qu’on le traitait en ennemi ; il apprit avec étonnement que les soldats français refusaient de passer, même momentanément, au service du roi d'Espagne et de lui obéir, quoiqu’ils .y fûssent invités et autorisés par leur souverain légitime. Ce fut là sans doute une seconde cause d’irritation pour la fierté espagnole.

Le 2 avril, M. Foucault confirmait les nouvelles qu’il avait données précédemment et disait: “Il n’y a maintenant plus à espérer que les soldats en garnison ici se déterminent à y servir le roi d'Espagne. M. Aubry s'y est pris de toutes les façons pour les faire changer de détermination, mais ses efforts ont été vains, de manière que M. de Ulloa, qui n’est pas fort envieux de les garder depuis leur premier refus, paraît plus que Ja-

144 [ouar.. xxux.

mais décidé à ne prendre possession de cette colonie qu'après avoir reçu des ordres en conséquence de sa cour, à laquelle il demande une augmentation aux quatre vingt dix hommes qu'il a amenés.” |

‘Le 28 du même rois, M. Aubry rappelait au ministre que la colonie la Louisiane ayant été cédée aux Espagnols, il avait té signifié au commandant français de laisser à la disposition du gouverneur espagnol la garnison française, composée de trois cents hommes, si toutefois il l’exigeait, parcequ’on était convenu avec la cour d'Espagne de mettre cette garnison à son service, avec ses officiers, autant de temps qu’elle le juge. rait à propos. Mais M. Aubry ajoutait :

“Cette garnison, dont le soldat est réduit à sept livres par mois au lieu de trente ‘€inq livres dont le soldat espagnol jouit à la Havane, n’est pas disposée à rester sous la nouvelle domination, d'autant plus que presque tous les soldats sont dans le cas d’avoir leur congé*absolu par l'ancienneté de leurs services., Au lieu d’augmenter les soldats français et de porter leur paie de sept livres à trente cinq, M. de Ulloa a diminué la paie de ses propres soldats, et de trente cing livres qu’ils avaient à la Havane, les a mis à sept livres. Ce qui a produit un mauvais effet sur les deux troupes.”

Cette dépêche d’Aubry explique pourquoi Ulloa était arrivé avec si peu de troupes. Il est évident que, d’après les conventions faites, la cour d’Espagne avait compté sur les trois cents hommes de troupes françaises qui avaient été mis à sa disposition. La cour de France avait eu tort de ne s'être pas assurée que ces troupes avaient droit à leur congé, et elle avait par là induit la cour d’Espagne en erreur. Ainsi donc, la faute en était à la France et non à l'Espagne, si la prise de possession ne se faisait pas.

Quant à la paie de sept livres par mois offerte aux troupes françaises par Ulloa, il est bon de faire obser-

ie

ver que c'était la même qu’elles recevaient du gouvernement français. Les troupes françaises, du reste, devaient y trouver un grand avantage, puisqu’au lieu d’être payées en papier de presque nulle valeur, comme sous le gouvernement français, elles auraient été soldées par Ulloa, en argent, ou en bons ou effets équivalents. Car il n’aurait pas même pu se procurer les billets dépréciés de la colonie, parce qu’on s'était entendu pour ne les lui vendre qu’au pair. Sous ce rapport, on ne pouvait donc se plaindre. Quant à la réduction de la paye des troupes espagnoles au niveau de celle dés troupes françaises, c’était évidemment pour mieux les confondre les unes avec les autres, pour les mettre sur un pied d'égalité et pour éviter toute cause de jalousie ; d’ailleurs, ce ne pouvait être un sujei de piainte que pour les Espagnols et non pour les Français.

Quaiqu’il en soit, il y avait une fermentation sourde et un mal-aise général dans la colonie: voilà quels

étaient les préludes du drame qui devait bientôt l’ensanglanter.

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RÉGLEMENTS DE COMMERCE ÉTABLIS PAR ULLOA.—REPRÉSENT'A- TIONS DES MARCHANDS.—MARIAGE ROMANESQUE D'ULLOA.— INUTILES EFFORTS DE KERLEREC POUR SORTIR DE LA BAS- TILLE.—RETOUR DU DÉLÉGUÉ MILHET.—EXASPÉRATION DES COLONS.—ASSEMBLÉES POPULAIRES.—REQUÊTE DES COLONS AU CONSEIL SUPÉRIEUR.—\ÉQUISITOIRE DU PROCUREUR GÉNÉRAL LAFRÉNIÈRE.—AVIS RAISONNÉ DU COMMISSAIRE-ORDONNATEUR FOUCAULT.

Le 6 mai, le gouvernement espagnol lança un décret, par lequel il permettait, par grâce spéciale, un commerce direct entre quelques-unes de ses possessions d’Amérique et les colonies françaises. En conséquence, il'était permis, en remplissant certaines formalités, de tirer des possessions espagnoles, des bestiaux et des grains, pourvu que le transport s’effectuât dans des bâtiments espagnols de Caracas. Pour éviter la contrebande et toute autre fraude, il devait être indiqué un port dans chaque province où résideraient deux commissaires français, chargés de faire les achats. Le droit d’exportation était fixé à 5 pourcent. De la Louisiane il était permis d'exporter des bois, du riz, du mais et d’autres productions du sol. Messieurs Favre d’Aunoy et Villars furent nommés commissaires français à la Nouvelle-Orléans, aux appointements de 4,000 livres.

Cet acte devait faire voir aux colons que la cour de Madrid prenait au séricux le traité de cession et que la

CHAr, XX11,] 147

France avait renoncé de bonne foi à la Louisiane, qu'elle reconnaissait dorénavant comme une province espagnole,

“Le 6 septembre, M. Aubry publia l'ordonnance suivante, comme réglement de commerce:

“Sa Majesté Catholique, ne désirant que le bien et l'avantage de ses sujets établis à la Louisiane, étant informée par M. de Ulloa, capitaine de vaisseau, envoyé par elle pour en prendre possession, de tout ce qui concerne l’approvisionnement de vivres de cette colonie et de l'exportation des denrées et autres productions qui en sortent, a bien voulu, pour‘favoriser les habitants de ce pays, permettre que les bâtiments des colonies françaises de St.-Domingue et de la Martinique qui apporteront ici des vins, farines et autres vivres, et qui, en échange, tireront de la colonie des bois et des denrées, soient reçus, en attendant que d’Espagne on trouve le moyen de faire ce commerce. On a bien voulu aussi accorder des passeports aux armateurs de France qui apporteront de ce royaume les provisions et autres marchandises nécessaires pour cette colonie. Mais comme ces permissions n’ont été accordées qu’autant qu’elles seraient avantageuses pour les habitants de la Louisiane, et que depuis ,quelque temps les négociants ont fait monter les marchandises, les vins principalement, à un prix extraordinaire, et qu’ils ne veulent que des piastres gourdes, ce qui porte un grand préjudice aux habitants ; en conséquence des ordres que

. Sa Majesté Catholique a adressés à M. de Ulloa et qu'il

nous a communiqués, il est ordonné à tous les capitaines venant de St.-Domingue, aussi bien qu’à ceux qui viennent de France, munis d’un passeport de Son Excellence le secrétaire d'Etat de Sa Majesté Catholique, car autrement ils ne seront pas reçus, de se présenter à M. de Ulloa avec leurs passeports, aussitôt leur arrivée, etavec Ja facture de leurs cargaisons. Il est défendu

148 Louar. xxin.

1766. de rien décharger jusqu’à ce qu'ils aient permission de Jui au bas de leurs passeports ou de leurs factures. Et il est ordonné aux commissionnaires, de se présenter également à M. de Ulloa, en donnant la note du prix auquel ils voudront vendre leurs marchandises, pour les faire examiner par des personnes justes et intelligentes de cette colonie, et, si les prix sont excessifs, on ne leur permettra pas de les vendre, et ils seront obligés d'aller vendre ailleurs.

“Les dits négociants seront obligés de recevoir la monnaie courante du pays en paiement de leurs marchandises. Ils tireront au moins le tiers de leur cargaison en bois et autres effets de la colonie.”

Le reste de l'ordonnance détermine la quotité des produits de la colonie qu’ils devront emporter comme eargaison de retour, et cette quotité d'exportation est basée sur la quotité d'importation des marchandises étrangères introduites dans la colonie.

On voit que, bien qu’il n’y eut pas encore de prise de possession de la part d’Ulloa, le gouverneur français, Aubry, considérait la province comme espagnole et ne faisait usage des pouvoirs dont il était revêtu, que pour faire exécuter les volontés du roi d'Espagne. Il servait d’intermédiaire entre la population française et Ulloa, qui n'avait pas les forces nécessaires pour se faire obéir directement. Ainsi, Ulloa ordonnait, et Aubry exécutait.

Le 8, les négociants de la Nouvelle-Orléans présentèrent aux r'embres du conseil supérieur, une requête pour les prier de ne pas consentir à la mise à exécution de l'ordonnance précitée, avant qu’ils n’eüssent eu le temps d’être entendus à ce sujet. Cette requête était conçue et signée ainsi que suit :

Requéte des Négociants.

A Nos Seigneurs du conseil supérieur de la province

de la Louisiane :

cHAP. XXUI. | 149

de “Les négociants en corps, Nos Seigneurs, n’ignorent il point assez les lois, ils s’y sont trop soumis pour ne pas le- se croire en droit de réclamer votre autorité, et demanel dent à se pourvoir contre une ordonnance publiée le 6 ire de ce mois, au nom de Sa Majesté Catholique, signée de Aubry, défendant à tout capitaine et négociant d’aborer- der dans ce pays pour y faire leur vente, qu’au préaler lable ils n'aient fait estimer et mettre un prix à leurs marchandises par-devant M. de Ulloa.

la “Un corps aussi utile à tous égards et que les rois ont ar- toujours honoré de leur confiance, accablé par des conar- ditions onéreuses, ne craint point qu’on lui refuse, à la réquisition d’un procureur général aussi zélé que celui des du Roi Très-Chrétien en cette province, le temps de me faire ses représentations avant l'exécution de la dite est ordonnance, et de démontrer que l’extension et la liberises té du commerce, loin de nuire aux états et aux colonies, en sont au contraire la force et le soutien.

de “Signé : Joseph Milhet, Roze, Cantrelle, D. Braud, J. ais, Mercier, L. Ducrest, Petit, Duforest, Toutant Beaurene gard, L. Boisdoré, B. Duplessy, Braquier, P. Caresse, J. our Vienne, P. Segond, Voix, Durel, Blache, M. Poupet jr, ser- P. Poupet, Estèbe, Rodrigue fils aîné, J. Sauvestre, G. + et Gardelle, Ducarpe, F. Durand, J. et N. Boudet, Rivoire, aire Macuenara, F. Denis, J. Arnoult, A. Reynard, P. Sebry nilh, À. Bodaille, Laulhé, Dubourg, Durand cadet, Festas, Frigière, L. Ranson, Fournier et St.-Pé, Détour et sen- Villefranche, Salomon, Delassize, Blaignat, Langlois, ête Fortier, J. Lafitte cadet, Hénard, L. Estardy, Astier et tion Brunet, J. Bienvenu, Sarpy, Doraison, Cavelier frères, le Papion, Gaurrège, Revoil, Guezille, Guignan, St. Anne, tait Moullineau, P. Héry, A. Ollivier et Broussard.” Les représentations mentionnées dans cette requête etque le corps des négociants demandaient le temps nce de rédiger, furent présentées au conseil s' :érieur, le 12

du même mois, et en addition aux noms précédents,

150 [onar, xx, (

1766, portaient les suivants : Dumas et Grieumard, Chateau,

P, Simon, E. Hugues, J. Sarrou, B. Gaillardi, Raguet, r J. Nicolet, Brion, Betrémieux l’ainé, Blandin Dutertre, r Bijon, L. d'Haubeck, M. Duralde, Bonnemaison, Joli, À Forstall, B. l'Enfant. I Les capitaines de navires présentèrent une supplique n de la même nature. se Les colons, en dépit de l'évidence, se berçaient toujours fl

de la même illusion et espéraient que le traité de ces-

sion n'était pas définitif. Cependant, l’aliénation de la

moitié de la Louisiane en faveur des Anglais, qui en

avaient pris possession, était un fait accompli et de-

vait leur dessiller les yeux. Un autre fait, entre bien

d’autres, qui aurait dû les éclairer, c’est que le gouver- NT nement français avait suspendu le paiement des lettres Lu de change de la colonie pour les exercices de 1763, #i ds 2 1764 et 1765, en prétendant que c'était aux Espagnols ne à supporter les dépenses de la colonie depuis cette époque. Donc, l'acte de cession était bien réel, donc la France, en attendant que la prise de possession eût lieu, ne se considérait que comme le dépositaire et le gardien d’un bien qui ne lui appartenait plus.

M. Foucault réclama contre cet arrêt du conseil d'état portant ainsi suspension du paiement des lettres de change. “Cette suspension, disait-il, en date du 29 septembre, a été à la veille de produire un fort mauvais effet. L'alarme répandue à ce sujet pouvait anéantir le commerce de cette colonie. Je manquais de tout, ne pouvant plus offrir de lettres de change en paiefa ment. Il m'était impossible de rien acheter, ni de nourrir | et entretenir les troupes.

“Si M. de Ulloa avait pris possession de cette colonie aussitôt après son arrivée, comme il le devait, il nous aurait évité tout cela. Je n’aurais été assujetti qu'aux embarras qu’aurait causé le défaut des ordres que j'ai eu l'honneur de vous demander. Il n’a reçu de sa cour

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rien de ce qu’il en attendait, et il ignore si quelquus mois 1

ne s’écouleront pas encore, avant qu’il soit en état de rien opérer. Ily a quelque temps qu’il engagea M. Aubry à rendre l’ordonnance dont copie est ci-jointe. Elle a été rendue sans ma participation, le 6 de ce mois, publiée en ville le même jour et le lendemain, à son de tambour, sous l’escorte de quelques fusiliers français, la bayonnette au bout du fusil. La colonie, à peine revenue du trouble qu'avait occasionné l’acte de suspension, se trouve dans de nouvelles peines. Le début de M. de Ulloa fait que chacun craint pour sa liberté, après la prise de possession. Les négociants et les autres domiciliés de la ville m'ont présenté ensomble, à des jours diflérents, deux requêtes adressées au conseil supérieur. Les capitaines de bâtiments qui se sont trouvés à portée m’en ont présenté une autre. Les habitants de la campagne se sont seu}1 abstcnus d’er faire autant, quoiqu’ils ne craignent pas moins. Il speut que les uns et les autres interprètent mal le sens de la lettre qu’ils citent du roi à feu M. d’Abh::1ie pour la remise de cette colonie. Mais il'est certain que, outre que la possession n’est pas encore prise, beaucoup de raisons, sans parler du vice d’irrégularité, mettent cette ordonnance hors d'état d’être exécutée en tous ses points; et Sa Majesté n’a pas entendu dépcuiller ses sujets, en faveur de l'Espagne, des privilèges et exemptions dont ils ont toujours joui, lorsqu'elle a fait cette cession. Néanmoins, M. Aubry ayant assuré verbalement à plusieurs personnes que, réflexions faites, on n’exigeait plus l'exécution de cett: ordonnance, j'ai refusé de faire droit à ces requêtes. Jù me borne à vous en adresser les copies ci-jointes, vous suppliant, Monseigneur, de faire passer ici jromptement des ordres qui confirment les sujets du roi dans la croyance où ils sont, qu’il n’est rien diminué des avantages qui leur étaient accordés par Sa Majesté.

152 CILAP. XXII. }

“La révocation de l'ordonnance n’ayant pas été faite dans les formes, on n’est pas plus rassuré. Plusieurs personnes ont écrit dans les autres colonies d’y suspendre les armements pour celle-ci. Depuis quelques mois il ne nous vient que fort peu de bâtiments français, et point d’anglais, qui nous ont toujours été d’un grand secours par les farines dont étaient composées leurs cargaisons, et, comme il ne me reste plus que cinquante quarts de vivres, je vais me trouver réduit à donner du riz à la garnison et aux autres rationnaires.”

On voit que les habitants de la Louisiane attachaient à la lettre du roi de France à d’Abbadie une importance qu’elle ne devait pas avoir. Le roi, annonçant aux colons qu’il les avait placés sous la domination de l’Espagne, ne cherchait évidemment qu’à les consoler en leur disant, qu’ii espérait que le roi d’Espagne les maintiendrait dans la jouissance de tous leurs droits et privilèges et ne changerait rien à l’ordre de choses auquel ils étaient accoutumés, ainsi qu'aux lois qui les avaient toujours régis. Les colons avaient d’ailleurs eu connaissance des actes de donation et d'acceptation, et avaient pu ge convaincre que la cession était sans rései ve aucune et sans condition imposée au roi d'Espagne. La lettre même sur laquelle ils appuyaient leurs prétentions n’était adressée, qu'après la cession, par le roi de France à un de ses officiers. Le roi d'Espagne n’y était nullement partie et devait être censé n’en point avoir connaissance. Après tout, le roi de France se bornait à exprimer des désirs que le roi d'Espagne pouvait, à sa guise, prendre ou ne pas prendre en considération. Les désirs ou les vœux du roi de France ne ponvaient donc imposer aucune obligation au gouvernement espagnol, et par conséquent ne pouvaient constituer aucun droit dont les colons pûssent se prévaloir. Seulement, en dehors de la question de droit, ies colons auraient pu s’étayer de la lettre du roi de France, comme appui

cuArP xxu, | 153

moral, pour faire un appel à la générosité du roi d’Es- 1766. pagne. |

Pendant que les colons étaient dans cet état d’exaltation, Ulloa descendait le fleuve, au mois de septembre, et allait fort tranquillement attendre à la Balise l’arrivée de la marquise d’Abrado, l’une des plus riches héritières du Pérou, dont la beauté égalait l’opulence, et qui venait épouser le nouveau gouverneur que l’'Espagne avait donné à la Louisiane. La bonne fortune d’Ulloa était d'autant plus remarquable, qu’il était alors dans sa cinquantième année. C'était une aventure romanesque qui se terminait, au moment où une révolution allait commencer.

M. de Kerlerec, qui était à la Bastille depuis 1763, voyant qu'on l'y laissait sans plus s'occuper de lui, fit cette année de grands efforts pout en sortir. Il soumit au gouvernement une lettre d’adieux que lui avait présentée le corps des négociants, lorsqu'il quitta la Louisiane, et dans laquelle on lui disait que l’on considérait son départ comme un malheur public ! “Jamais, lui disaient les négociants dans cet écrit, un gouverneur ne fut mieux instruit des justes bornes qu’on doit mettre à l'autorité. Vous n’avez jamais usé de votre pouvoir que pour nous faire du bien, et tout ce qui était injuste vous a toujours paru impossiblé.”

M. de Kerlerec appelait aussi l'attention du gouvernement sur une communication du conseil supérieur, qui lui donnait beaucoup de témoignages d’estime et de reconnaissance.

Pensant que c'était par les accusations et par l'influence de M. de Rochemore qu’il était ainsi détenu, il ajoutait aux pièces déjà citées le certificat suivant qui lui avait été donné, én 1760, par les personnes les plus recommandables de la colonie :

“Nous soussignés, déclarons et attestons qu’il est à notre connaissance que depuis que M. de Rochemore

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154 Lonar. xxttr.

est dans cette colonie, il n’a cessé de baïrrer et traverser toutes les opérations de M. de Kerlerec, gouverneur, et les sages précautions qu’il est à notre connaissance qu’il a voulu prendre, pour sauver la colonie de la disette où elle se trouve aujourd’hui, et enfin, pour être paré à tout évènement d’incursion de la part des ennemis, en portant dans toutes les parties de son administration une lenteur marquée et affectée, quand il n’a pas pu refuser d'exécuter les orüres donnés par le dit sieur de Kerlerec, gouverneur, dont il a publiquement dit ne pas reconnaître les ordres. Ce qui est arrivé très souvent à notre connaissance, Nous ajoutons cette déclaratiun, &c., &c.

Nouvelle-Orléans, 25 avril 1760.

Signé: Devergès, chevalier de St.-Louis, ingénieur en chef, Chabrillard, capitaine d'infanterie, d’Arensbourg, capitaine commandant les Allemands, Coppin, capitaine d'infanterie, Volant, commandant des Suisses, Lessassier, capitaine de milice, Favrot, capitaine d’in-

fanterie, de Chermont, ingénieur du roi, Raguet, procureur général du conseil, le chevalier de Lanoue, lieutenant d'infanterie, L. Milhet, officier de milice, Braquier, officier de milice et négociant, Trudeau, lieutenant aide-major, de Lalande, commissaire au conseil, P. Marquis, lieutenant des Suisses, Huchet de Kernion, commissaire au conseil, P. Caresse, officier de milice et négociant, Pradel, ancien capitaine d’infanterie, Desmazelières, capitaine d'infanterie, Duverger, Toubadon, officier d'infanterie, Delassize, négociant, Descoudreau, lieutenant d'artillerie, Pontalëis, capitaine d'infanterie, le chevaliér de Macarty, capitaine d'infanterie, le chevalier de Masan, chevalier de St.- Louis, ancien capitaine retiré, Raguet fils, négociant, Cantrelle, marguillier, habitant, Leblanc, officier d’infanterie, Voisin, capitaine d'infanterie, L. Ollivier, négociant, Devergès, fils aîné, officier d'infanterie, Bien-

et Mie De M M, PM mm PA, nn M Ob M.

venu, aide-major de milice garde-côte, Faubenheim, 1766. officier suisse, Ducros, aide-major de milice, Rivière, négociant, Laperlière, lieutenant d'infanterie, Belair, capitaine de milice garde côte, Dreux, officier de milice, Adamville, enseigne en pied d'infanterie, Boissan, oflicier d'infanterie, Lavergne, capitaine d'infanterie, le chevalier de Glapion, enseigne d'infanterie, Grévemberg, habitant, de Labarre, capitaine de milice garde côte, L. Ranson, habitant, officier de milice, Chabert, capitaine d'infanterie, de la Gautray, capitaine d’infanterie, Laclède, négociant, officier de milice, Bachemin, enseigne d'infanterie, Roullin, enseigne d'infanterie, Latouche Verbin, enseigne d'infanterie, ce. &c.

Tous ces documents étaient accompagnés d’un mémoire justificatif dans lequel M. de Kerlerec passait en revue et défendait tous les actes de son administration. Mais en dépit de toutes ses démarches et de tous ses efforts, les portes de la Bastille restèrent impitoyablement fermées.

Le 20 janvier, le commissaire ordonnateur Foucault écrivait au ministre :

“M. de Ulloa, voyant combien était grand l'embarras dans lequel j'étais, pour J’acquittement des dépenses à faire dans la colonie, par le discrédit des anciens billets et celui des lettres de change causé par l’arrét du conseil d'état du roi, du 4 mai 1766, et voulant me mettre à mon aise de ce côté là,me proposu par écrit, le 9 décembre dernier, de la Balise, où il était depuis le mois de septembre précédent, de me faire fournir des deniers du. roi d'Bspagne, a titre d'emprunt, les piastres qui me seraient nécessaires pour cet objet, et, comme il me marqua que:toutes les dépenses depuis l’arrivée des Espugnols ici, étaient pour le compte de Sa Majesté Catholique, j'acceptai.”

On voit par cette dépêche, que Ulloa faisait preuve d'une extrême libéralité, lorsqu'il offrait à titre de prêt,

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