‹ Histoire de la Louisiane [microforme] (volume 2)Chapitre 31 sur 92 · DRE · texte numérisé non relu

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ment vif, et il mesemble qu’il n’écoûte pas assez les re- | présentations qu’on Jui fait. Ce qui mécontente ceux h

qui ont affaire à lui. Je lui ai dit que les habitants de di

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153 Louar. xx.

2767. LL mnt étaient comme: ceux du Canada, qu'e en leur

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|: s<ad'après hi prise — PR à bandonnés-

AL \ sent leurs terres pour-eller chec l'Anglais, qui leur en donnera tant qu'ils en voudront, et leur aceordera turite liberté, afin d'engager d’autres à lessuivre, . , . . esta rt te MST GC U à 6i6 ë u68 & EI Le ri à

“Dans le changement de gouvernement de cette colonie, j'autsis bien désiré que celui qu’en a envoyé pour la commander eût l’art de manier les esprits et de gagner les cœurs. Ce n’est point par la hauteur et ia fierté, par les menaces et les châtiments qu'err doit conduire les hommes. Des marques de bonté et de bienveillance, quelques promesses dispersées à propos, étaient nécessc.ires dans une révolution pareille. C’est le seul moyen de parvenir à ses fins et de s'attacher denouveaux sujets qui regrettent beaucoup leur ancien maitre.

“Si les Espagnols n'agissent pas avec douceur et qu'ils veuillent gouverner cette colonie comme un Préside du Mexique, là plupart des habitants quitteront leurs terres pour aller chèz l'Anglais, qui est vis-à-vis et qui ne négligera rien pour se les attirer; et de cgtte façon, la partie espagnole qui s’est beaucoup peuplée depuis quelques:années, deviendra avant peu un désert.

“A mon dernier voyage à la Balise, M. de Uloa me témoigna avoir envie de prendre possession de la colonie. Je lui répondis qu’il en était le maître, et que je la lui remettrais aussitôt qu'il le jugerait à propos. -Il me proposa d’en prendre possession à la Balise même, et en conséquence, de faire amener le pavillon français et de faire hisser le pavillon espagnol ; et, commeilattendait de jour en jour des troupes, il me pria. au nom

eur eur it ; ent, nps dre nûs- ‘en at\te

du roi son maître, de continuer le gouvernement du 1767.

pays jusqu’à leur arrivée. Cette proposition m’étonna et m'embarrassa. Je lui représentai que je eroyais qu'une cérémonie semblable devait se faire dans la capitale, avec toute la dignité convenable, en présence de tous les habitants, qui viendraient lui rendre leurs hommages et l’assurerdient de leur fidélité inviolable pour le service de Sa Majesté Catholique. Je lui dis que les habitants et même les étrangers seraient étonnés qu’une cérémonie aussi éclatante se fit à la Balise. Après quelques difficultés que nous eûmes à ce sujet, pour lui prouver que je cherchais toujours à me concerter avec lui dans tout ce qui regarderait le service de Sa Majesté Catholique, malgré que sa demande me parût singulière, j'y consentis. En conséquence, nous dressâmes, d'un commun ‘accord, un acte signé de lui et de moi, cijoint, par lequel‘vous verrez, Monseigneur, que je lui livrais l& colonie et que je m’en réservais le gouvernement jusqu’à l’arrivée de la troupe espagnole. Cet acte fut rédigé et signé le soir, et, le lendemain au matin, jour où la prise de possession devait avoir lieu, M. de Ulloa me: dit qu'il avait fait ses réflexions pendant la nuit sur l’ouvrage de la veille, et qu’il pensait qu’il valait mieux différer et attendre l’arrivée des troupes ; que cependant; quoique cet arrangement n’eût pas eu lieu, il envèrrait à sa cour ne copie de ce qui s'était fait entre nous, et que si je le jugeais convenable, je n’avais qu'à en envoyer une également à la mienne. Comme je dévais partir le surlendemain pour la ville, où ma présence était nécessaire, et qu’il attend des troupes d’instant en instant, il me pria, avant mon départ, de donner ordre au commandant de la Balise, de faire arborer, aussitôt sa demande, le pavillon: espagnol, et amener le pavillon français, Ce que j'ai fait.

“Je ne négige rien, et je fais tout ce que je peux pour me réunir ei me concerter avec lui dans tout ce

160 Leuar. xx

1767. qui regarde le bien et l'avantage du service de Sa Ma-

jesté Catholique, et il est certainement trop juste pour ne pas se louer de tous mes procédés à son égard. Mais dans un changement tel que celui-ci, et dans la position où est la colonie, comme il est intéressant de gagner les cœurs et de faire aimer un nouveau gouvernement, il me paraît qu'il ne prend pas les mesures les plus convenables pour cela.”

Quant à la prise de possession que l'on reprochait tant aux Espagnols de ne pas compléter, et, quant aux dépenses de Ja colonie que la France voulait faire payer, à partir de 1763, au gouvernement espagnol, le marquis de Grimaldi, alors ministre en Espagne, écrivait au comte de Fuentes, ambassadeur près de la cour de France, en date du 11 mai :

“Ulloa n'est arrivé à la Nouvelle-Orléans, que le 5 mars 1766. Il ne prit pas alors possession pour les motifs déjà expliqués. M. le duc de Praslin (1) se rappellera qu’il y eut des doutes de notre part à l'égard de l’acceptation. Mais, comme les mêmes raisons qui faisaient croire à la France la nécessité de la, cession, conseillaient à l'Espagne de l’accepter, le roi.la reçut, quoique l’on reconnût parfaitement que nous ne faisions l’acquisition que d’une charge annuelle de deux cent cinquante mille à trois cent mille piastres, en échange d’une utilité négative et éloignée, c’est-à-dire, celle de posséder un pays pour qu'un autre ne le possédât pas.

“D'ailleurs, rien n’a été stipulé sur le temps où l'Espagne devait en prendre possession, et l’on ne doit point s'étonner si elle ne s’est point pressée, parceque si la colonie est utile, nous avons perdu notre profit ; si elle ne l'est point, quelle ‘raison pourrait-il y avoir pour nous faire sortir de notre train ordinaire et pour nous faire courir après un poids onéreux ? Voilà, Monsieur, pour-

(1) Ministre de Ja marine.

uuiAr. XXIL.] 161

La- quoi nous sommes surpris que M. le duc de Praslin nous 1767. our fasse entrevoir que nous serions même obligés de payer ais les dépenses faites depuis 1763, époque de la cession. ion Il n’y a pas plus de raison pour cela que pour nous deles mander toute la dépense faite par la France depuis , il son établissement dans ce pays-là. Cette prétention est >on- d'autant plus singulière que, depuis la cession jusqu’à

l’arrivée d’Ulloa, c’est la France qui a absolument joui des avantages du commerce de la colonie, avantages dont elle continue de jouir même actuellement, quand les dépenses que l’on y fait ne sont pas à sa charge. Pas un seul vaisseau espagnol avec des denrées n’a encore été à la Louisiane. Tous ceux qui y ont été sont des vaisseaux français. Serait-il juste que la France, ayant gardé pour son <ompte l’utilité. du pays, exigeût de l’Espagne les dépenses de la colonie avant d'y avoir mis le pied ?

“Le roi, toujours porté à ne pas causer le moindre préjudice aux intérêts du Roi Très-Chrétien, son cousin, quoiqu'il eût connu, dès le commencement, que la colonie était une charge sans profit, quoique M. de Ulloa n’en ait pas pris possession par les justes motifs de se trouver sans l'appui de la troupe française, sur laquelle on croyait pouvoir compter, et quoique tout le commerce ait été à l'avantage des Français, le roi, dis-je, a déclaré qu’il ferait payer toutes les dépenses faites depuis l’arrivée d’Ulloa.”

RODKE

l'Es- Tel était l’état des choses lorsque Jean Milhet revint point de France, où il avait été envoyé comme délégué. Sa la co- longue absence avait contribué à nourrir les espérances Île ne de ses concitoyens, car ils pensaient qu’il ne l'aurait pas nous ainsi prolongée, s’il n’avait pas vu une probabilité de faire réussite pour sa mission. Mais lorsqu’à son retour, il pour- leur annonça qu'il leur fallait renoncer aux chimères

dont ils s'étaient bercés, l’exaspération fut portée à son P P

comble, et les colons ne craignirent pas de manifester

162 [ouar, xxre.

. à Ulloa toute la haine qu'ils portaient à la domination espagnole dont ils étaient menacés.

Le 20 janvier, M. Foucault écrivait au ministre : “Quelques entretiens que j'ai eus avec M. de Ulloa, dans les premiers instants de son arrivée, m’avaient fait croire que, ne pouvant prendre possession de la colonie, à cause du peu de troupes qu’il y avait amenées et du refus que la garnison française avait fait de passer an service d'Espagne, il en aurait attendu le moment, en ne s’occupant que de la discipline de ses soldats, de l'administration des finances de Sa Majesté Catholique,

t de prendre connaissance de la situation du pays et des endroits les plus propres à y fonder des ‘établissements. Mais il a trouvé tant de facilités dans-M. Aubry que, peu après, il a agi ouvertement comme sil eût été réellement à la tête de la colonie, en sorte que M. Aubry ne représente plus depuis long-temps que le commandant de la troupe, et qu’on a tout sujet de nous regarder l’un et l’autre comme au service d’Espagne, sous les ordres de M. de Ulloa. Je me suis porté avec plaisir à lui donner les éclaircissements dont il a eu et a encore besoin, et au commissaire espagnol aussi. Néanmoins, sentant que sa lenteur à prendre possession, ne pouvait qu'être onéreuse au roi et à ses sujets, mon sentiment sur la plupart de ses mouvements a souvent différé de celui de M. Aubry, et je ne m’y suis rendu que parce qu’il est seul chargé de la colonie.”

Le même jour que le commissaire ordonnateur envoyait cette dépêche, le gouverneur Aubry en rédigeait une de son côté, dans laquelle il disait :

“Je me trouve forcé d’attendre l’arrivée de la troupe espagnole, sans laquelle la prise de possession ne peut pas absolument se faire. En attendant, les affaires se dirigent autant que possible, comme si elle y était déjà.

“Ma position est des plus extraordinaires. Je com-

cHAr, XXI] 163

mande pour le roi de France, et en même temps, je gouverne la colonie comme si elle appartenait au roi d’Espagne. Un commandant français forme des Français à la domination espagnole. Le gouverneur d’Espagne me prie instemment de rendre des ordonnances touchant la police et le commerce, qui surprennent tout le monde, attendu qu’on n’est point accoutumé à toutes ces nouveautés. (C’est un instrument qu’il faut démonter entièrement pour l’accorder sur le ton espagnol. Le pavillon d'Espagne est présentément aux extrémités de la colonie. Il est à la Balise, au Missouri, à la rivière d’Iberville, et vis-à-vis les Natchez, M. de Ulloa vient c’établir ces quatre nouveaux postes, et y a dispersé les quatre vingt dix hommes qu’il a amenés avec lui. Cette opération s'est exécutée avec tranquillité, sans aucun accident, et n’a causé aucun dérangement aux nôtres qui subsistent toujours également ; de sorte que dans tous ceux qui sont sur le fleuve depuis la Balise jusqu'aux Illinois, le pavillon français y est tout comme auparavant.

“Il n’est pas flatteur de gouverner une colonie qui éprouve tant de révolutions, qui ne sait depuis trois ans, si elle est espagnole ou française, et qui, jusqu’au moment de la prise de possession, se trouve, à proprement parler, sans maitre. Lorsqu'elle se fera, je pourrai dire à M. de Ulloa que je lui remets une colonie espagnole, attendu les changements et les nouveautés que j'y ai introduits de concert avec lui, du temps qu’elle appartenait à la France.

“[l me paraît que M. de Ulloa est quelquefois trop pointilleux et fait souvent des difficultés sur des choses qui n’en valent pas la peine. Îl nous faut quelquefois disputer sur les choses les plus justes, et sur lesquelles il n’y aurait aucun débat entre de pauvres particuliers.”

Le 17 et le 18 janvier, il avait fait le froid le plus vif qu’on eût jamais éprouvé à la Louisiane. Les oran-

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gers eurent le même sort qu’en 1748, et périrent pour la seconde fois dans toute l’étendue de la province, En face de la Nouvelle-Orléans, le fleuvu fit giacé des deux côtés jusqu’à trente et quarante pieds de ses bords.

Le calme était loin de se rétablir à la Louisiane, malgré les efforts d’Aubry. Tout n'était qu’agitation et qu'intrigues d’un bout de la province à l’autre. Des assemblées fréquentes avaient lieu à la Nouvelle- Orléans et dans les campagnes, et ne faisaient qu'échauffer davantage les esprits Un missionnaire capucin, curé de la Côte des Allemands, prit une part très active à toutes ces menées, et fut un de ceux qui contribuèrent le plus au soulèvement de cette partie de la province. Enfin, tous les habitants du pays furent invités à envoyer des délégués à une grande assemblée qui devait se tenir à la Nouvelle-Orléans. Lafrénière y joua le principal rôle et harangua l’assemblée, Tlfut vivement soutenu par Jean et Joseph Milhet, et par l’avocat Doucet. On y vota une adresse au conseil supérieur, demandant l’expulsion d’Ulloa. Cette adresse fut couverte de plus de cinq cents signatures et présentée au conseil, le 28 octobre. Elle énumérait les raisons pour lesquelles les pétitionnaires pensaient que la domination espagnole devait être fatale au pays. Elle exposait que de nombreux actes de rigueur avaient été exercés contre de paisibles citoyens par un étranger qui, quoique se présentant sous un caractère officiel, n'avait satisfait à aucune des formalités, ni à aucun des devoirs prescrits par l’acte de cession.

“On citera, était-il dit dans cette requête, un ancien capitaine qui a été détenu aux arrêts par ses ordres, et son navire dans le port, pendant l’espace de huit à dix mois, pour n’avoir pas su lire dans les décrets de la Providence que le bateau, dans lequel il avait envoyé des paquets qu'on lui avait confiés, ferait naufrage.

“Une semblable tyrannie a été exercée par le dépo-

oHAP, XXUI. | 165

sitaire de cette même autorité informe et illégale envers deux capitaines de la Martinique, qui n'avaient commis d’autres crimes que celui de n'avoir pas deviné que le conseil de la Louisiane avait rendu un arrêt qui interdisait l’entrée des nègres créolisés des îles du vent et sous le vent.

“Quel traitement un ancien citoyen n’a-t-il pas éprouvé, à l’occasion d’un paquet qui avait été remis au capitaine de son navire, et qui ayant été contrarié par les vents, n’a pu le remettre à la Havane |

“Comment décrira-t-on l’inhumanité avec laquelle ont été menés les Acadiens ! Ce peuple, si long-temps le jouet des évènements, s’est déterminé par un esprit patriotique d'abandonner tout ce qu’il pouvait posséder sur les terres anglaises pour venir vivre sous les heureuses lois de leur ancien maître. Ils sont arrivés à grands frais dans cette colonie. A peine sont-ils parvenus à défricher l'emplacement nécessaire à une pauvre chaumière que, sur quelques représentations qu’ils ont voulu faire à M. de Ulloa, il les a menacés de les chasser de la colonie et de les faire vendre comme des esclaves, pour payer les rations que le roi leur avait données, en enjoignant aux Allemands de leur refuser retraite. On laisse à décider si'cette conduite ne tient pas de la barbarie. Mais on croit pouvoir conclure, sans rien avancer, qu'elle est diamétralement opposée à la prudence politique qui veut que l’on favorise tou-

tes les branches de la population.

“Ceux qui se plaignent, (et quel homme assez anéanti sous le joug peut essuyer sans murmure de telles inhumanités !) oui, on ose le dire, ceux qui se plaignent sont menacés d’être emprisonnés, exilés à la Balise et envoyés aux mines.

“Si M. de Ulloa a été revêtu de quelque autorité, son prince ne lui a jamais ordonné de la rendre tyrannique, ni de l'exercer avant d’avoir fait connaitre ses titres et

166 [uuar, xxur.

. pouvoirs. : De telles vexations ne sont pas l'ouvrage des cœurs des rois. Elles s'accordent peu avec l’humanité qui fait leur caractère et qui dirige leurs actions,

“On ne finirait point si on entreprenait le détail de toutes les humiliations que les Français de la Nouvelle- Orléans ont éprouvées. Il est à désirer, pour l'honneur de la nation, que ce qui a pu en transpirer puisse être effacé par les précieux effets de la protection du conseil supérieur que l’on réclame aujourd’hui. (Car, pour mettre le comble à tant de tribulations, on lui prédit, qu'avec le temps, on réduira les colons de la Louisiane à la simple nourriture de la Tortilla, tandis que l'aliment le plus sobre ne fera jamais leur peine.

“Cependant la conservation de leurs jours, leurs obligatior: envers leurs créanciers, leur honneur émanant du patriotisme et de leur devoir, leurs fortunes enfin se trouvant attaqués par le dit décret, les portent à offrir leurs biens et leur sang pour conserver à jamais le doux et inviolable titre de citoyen français.

“Tout cet exposé les conduit naturellement à des conclusions, auxquelles le zèle de la cour supérieure pour

e bien public, sa fermeté pour le maintien des lois dont Sa Majesté Très-Chrétienne l’a établie dépositaire, les assurent qu’elle fera l’accueil le plus favorable.

“Mais avant d'entrer dans ces conclusions, les sau.: signés doivent rendre hommage aux bontés de M. Aubry. Les vœux du public se sont toujours accordés avec le choix du prince à lui donner le commandement en chef de la Louisiane. Ses vertus lui cc fait décerner le titre d’honnète homme et de gouverneur équitatable (1). Il n’a jamais usé de ses pouvoirs que pour faire le bien, et tout ce qui a été injuste lui a toujours paru impossible. TÎls ne craignent point qu’on leur reproche que la reconnaissance les ait fait exagérer en quelque

(M) Ce sont à peu près les mêmes expressions du certificat donné à M. de Kerlerec. (Voyez page 193.)

onAPr, XXTII.] 167

chose. Négliger des louanges méritées, c’est voler une dette légitime.

“Enfin les soussignés concluent en suppliant la cour:

19°. “D’obtenir que les privilèges et exemptions, dont la colonie a joui depuis la rétrocession que la Compè gnie des Indes en a faite à Sa Majesté Très-Chrétienne, soiént maintenus, sans qu’aucune innovation puisse en arrêter le cours et troubler la sûreté des citoyens.

29, “Qu'il soit accordé des passeports, congés et permissions émanants de Messieurs les gouverneur et commissaire de Sa Majesté Très-Chrétienne aux capitaines de navires qui s’expédieront de cette colonie pour tel port de France et de l'Amérique que ce puisse être.

8°. “Que tout bâtiment expédié de tel port de France et de l'Amérique que ce puisse être, aura l’entrée libre du fleuve, soit qu’il vienne directement pour cette colonie, ou qu’il y aborde de relâche, ainsi que cela s’est toujours pratiqué.

49, “Que la iiberté du commerce avec toutes les nations du continent qui sont sous la domination de Sa Majesté Très-Chrétienne soit accordée à tous les citoyens, en conformité des ordres du roi à feu M. d’Abbadie, enrégistrés au greffe de cétte ville, et conformément aussi à la lettre de Monseigneur le duc de Choiseul ar même M. d’Abbadie, en date du 9 février 1765.

5°, “Que M. Ulloa scit déclaré infractaire et usurpateur, en plusieurs points, de l’autorité dévolue au gouvernement et au conseil, puisque toutes les lois, ordonnances et coutumes veulent que cette autorité ne soit exercée par aucun officier qu'après qu’il aura rempli toutes les formalités prescrites, et c’est à quoi M. Ulloa n’a point satisfait. Il doit donc être déclaré infractaire et usurpateur pour lés raisons suivanies :

“Pour avoir fait srborer le pavillon espagnol en plusieurs endroits de la colonie, sans avoir préalablement

DE SHERBROOKE

168 [umar. xxur.

montré et fait enrégistrer au conseil les titres et pouvoirs dout il a pu être muni, et sans que les citoyens assemblés en aient pu être informés.

Pour avoir de son chef et autorité privée, exigé que des capitaines de navires füssent détenus, et leurs bâtiments dans le port, sans aucun fondement, et pour avoir fait mettre aux arrêts à bord d’une frégate espagnole des citoyens français.

“Pour avoir fait tenir des conseils par des officiers espagnols, dans lesquels il a été rendu des arrêts concernant les citoyens de la Louisiane.

“Les soussignés demandent qu’en vertu de tous ces griefs, et tant d’agtres de notoriété publiqre, et aussi pour la tranquillité des citoyens qui réclament la protection du conseil, ils soient affranchis désormais de la crainte d’une autorité tyrannique et des conditions portées par le dit décret, au moyen de l'éloignement de M. de Ulloa, auquel il doit être enjoint de s’embarquer dans le premier bâtiment qui partira, pour se rendre où bon lui semblera, hors de la dépendance de cette province.

“Enfin qu’il soit ordonné à tous les officiers espagnols qui sont dans cette ville, ou répandus dans les postes dépendants de la colonie, d’en sortir pour se rendre également là où ils jugeront à propos, hors de la dépendance de la dite province, et qu’il plaise à 17 <our d’ordonner que l’arrêt à intervenir sera lu, publié et affiché dans tous les lieux et endroits accoutumés de cette ville, et copies collationnées envoyées dans tous les postes de la dite colonie.”

On voit que cette adresse qui, dit-on, uvait été rédigée par Lafrénière, ne brillait pas par le style.

Après qu'elle fut lue au conseil, sur demande du procureur général Lafrénière, elle fut renvoyée à Messieurs Huchet de Kernion et Piot de Launay, conseillers titulaires, pour être par eux examinée et communiquée à

Messieurs les gens du roi.

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Lu prossieurs rs tituquée à

CHAP Xxut. | 169

‘ Séance tenante, le procureur général soumit au conseil le réquisitoire suivant, qu’il avait eu soin de tenir tout prêt :

“Le premier point, le plus intéressant à examiner, est la démarche de tous les habitants et négociants réunis qui, dans leur servitude préparée et leurs malheurs démontrés, s'adressent à votre tribunal et vous demandent

astice des infractions faites à l’acte solennel de cession « cette colonie.

Votre tribunal est-il compétent? Sont-ils fondés ?

“Je vais prouver l'étendue de l’autorité royale déférée au conseil supérieur. Les parlements et les conseils supérieurs sont les dépositaires des lois à l’abri desquels les peuples vivent heureux, sont protecteurs nés, par état, des vertueux citoyens, et sont établis pour faire exécuter les ordonnances, édits et déclarations des rois, après leur enrégistrement. Telle a été la volonté de Louis le Bien Aimé, Votre Seigneur et Roi, et au nom duquel tous vos arrêts jusqu’à ce jour ont été rendus et mis à exécution. L’acte de cession, seul titre dont le commissaire de Sa Majesté Catholique puisse se prévaloir pour réclamer autorité et propriété, fut adressé à défunt M. d’Abbadie, avec ordre de le faire enrégistrer au conseil supérieur de la colonïe, afin que les différents Etats de la colonie, soient informés de son contenu et puissent y avoir æecours au besoin, la présente n’étant

à autres fins.

“La lettre de M. Ulloa, datée de la Havane, du 10 juillet 1765, qui caractérise ses désirs de rendre à Messieurs les habitants tous les services qu’ils pourront souhaiter, vous fut adressée, avec prière de faire savoir aux dits habitants qu’en cela il ne ferait que remplir son devoir et flaiter son inclination.

“La dite lettre fut, par votre arrêt de délibérés, pu-

bliée, affichée et enrégistrée, comme un garant que les

NNLE DA?

Roi

Ë su

170 [ouar. xxur.

habitants auraient de leur bonheur et de leur tranquillité.

“Une autre lettre du mois d’octobre dernier, écrite à M. Aubry, constate que la justice se rend toujours dans la colonie au nom du roi Louis le Bien Aimé.

“Il résu:ce du puissant point d'appui de l’acte solennel de cession et des actes accessoires, que Messieurs les habitants et négociants sont bien fondés à vous représenter leurs très humbles représentations, et vous, Messieurs, très autorisés à prononcer.

“Examinons maintenant avec scrupule l'acte de cession, et la lettre de M. Ulloa écrite au conseil supérieur.

“Ce même acte solennel de cession qui donne ‘titre de propriété à Sa Majesté Catholique, statue pour les colons des privilèges anciens et connus, et la parole royale de Notre Seigneur Roi en promet et en fait espérer d’autres, dont les malheurs de la guerre l’ont’privé de faire jouir ses sujets. Les privilèges anciens étant supprimés par l'autorité du commissaire de Sa Majesté Catholique, la propriété devient caduque. L'acte de cession, par pure, simple'et bonne amitié, s'est fait avec les réserves qui confirment les privilèges et libertés, et qui promettent aux habitants une vie tranquille à l’abri de leurs lois canoniques et civiles#. La propriété résultant d’une cession par don gratuit, ne pouvant se répéter et être obtenu, qu'en satisfaisant pendant toute la propriété aux réserves contenues dans le dit acte de cession; Notre Seigneur Roi espère et promet, en conséquence de l’amitié et affection de Sa Majesté Catholique, qu’elle voudra bien donner des ordres à son gouverneur, et à tous autres officiers employés à son service dans cette colonie, pour l'avantage et la tranquillité des habitants de cette même colonie, et qu’ils soient jugés et leurs biens régis suivant les .lois, formes et usages de la colonie. :

“Les titres de M, Ulloa peuvent-ils faire prévaloir des

{f. CHAP, XXI. | 171

n- ordonnances et des ordres infractaires au respect dû à 1768. l’acte de cession? Les privilèges anciens, la tranquilsè lité des citoyens étant rendus tous sacrés par une prons messe royale, par un enrégistrement ordonné au conseil supérieur, par une publication notoire et prescrite, ne et i: recours à l’acte de cession par les différents Etats — de ir colonie, étant l’unique fin de ia lettre de Notre | re- Seigneur et Roi, rien de mieux fordé et de plus légal us, que le droit de représentations acquis par autorité royale aux habitants et citoyens de la colonie. our “Passons à l’examen de la lettre de M. Ulloa, écrite ur, au conseil supérieur de la Nouvelle-Orléans, en date itre du 10 juillet 1765, Je rapporterai mot à mot l’article les concernant le conseil supérieur et Messieurs les habi- fa role tauis. eù es- “Je me flatte d'avance, dit Ulloa, qu’elle (la cession) Fr pri pourra me fournir des occasions favorables, de vous reniens dre tous les services que vous et Messieurs les habitants ; Sa \ pourront souhaiter. De quoi, je vous prie de les assurer ëj eue. de ma part, et qu’en cela, je ne ferai que remplir mes des'est voire et flatter mon inclination.

Lt li- “M. Ulloa a prouvé par là les ordres qu’il avait reran- çus de Sa Majesté Catholique, conformément à l'acte } La solennel de cession, et il annonçait un sentiment indis- PEN, , ne | pensable à tout gouverneur qui veut bien servir son roi sant dans ses colonies. Sans habitants, point de commerce, dans sans commerce peu d'habitants. Le rapport des deux inpro- dustries à la masse de l’état étaye les trônes. La liberté Ma- et la concurrence sont mères nourrices des deux Etat:. dres (h) L’exelusion en est le tyran et la marâtre. Sans liés à berté plus de vertus. Du despotisme naît la pusillani- + la mité et l’abime des vices.

», et “Où est 1 liberté des négociants et des habitants ? lois, Les marques de protection et de bienveillance sont con-

r des (1) Sans doute, le commerce et l'agriculture.

172 [ouar. xx.

. verties en despotisme. Une seule autorité vient tout anéantir. Tous les Etats sans distinction ne doivent plus, sans courir risque d’être taxés de crime, que trembler et être asservis à ramper ! Le conseil supérieur, boulevard de la tranquillité des citoyens vertueux, ne s’est soutenu que par la probité, le désintéressement des magistrats et la confiance réunis des citoyens entr'eux. Sans prise de possession, sans l’enrégistrement indispensable au conseil supérieur des titres et patentes suivant les lois, formes et usages de la colonie, et sans la présentation de l'acte de cession, M. de Ulloa a fait juger par un président, trois conseillers et un greffier, nommés d'office, des faits de la compétence du conseil supérieur et concernant des citoyens français.

“Vingt fois les mécontentements et désagréments semblaient vous forcer à vous émettre de vos places, mais vous avez toujours regardé annexé à votre état.de conseillers du Roi Très-Chrétien, d’adoucir et de calmer les murmures des citoyens vexés. L'amour de la patrie, et la justice dûe à tout citoyen qui la réclame ont nourri votre zèle. Elle s’est rendue avec la même exactitude. Vous n'avez jamais voulu faire vos représentations aux infractions faites à l’acte de cession, vous avez toujours craint d'autoriser la levée en masse d’une colonie mécontente et menacée des plus grands mal. heurs, vous avez préféré la tranquillité publique. Mais la masse des habitants et négociants vous dernande justice.

“Passons à l'examen exact et serupuleux des griefs, plaintes et imputations contenus dans les représentations es h:hitants et négociants.

Quei triste et notoire tableau vous exposent les dites représentations | Les fléaux de la dernière guerre, une suspension jusqu’a ce jour du paiement de sept millions de papier du roi mis sur la place pour les besoins. du service, et reçus avec confiance par les négociants et

cHAP. XXI. ] 173

habitants, avaient reculé l’aisance et les facilités de la circulation, mais l’activité et l’industrie du cultivateur et négociant français avaient presque surmonté ces échecs. Les coins les plus reculés des populations sauvages avaient été découverts, le commerce des pelleteries était poussé à son plus haut point, la nouvelle culture du coton jointe aux indigos et tabacs assuraient des chargements aux armateurs. Le commissaire de Sa Majesté Catholique avait annoncé et promis dix ans de liberté de commerce. Ce temps suffisait pour tout citoyen français, attaché à Son Seigneur Roi. Les tabacs de cette colonie, prohibés en Espagne, où ceux de la Havane sont les seuls permis, les bois, (branche considérable du revenu des habitants) inutiles à l'Espagne qui est fournie dans cet objet par ses possessions, et enfin l’indigo, inférieur à celui. de Guatimala qui en fournit plus qu’il n’en faut aux manufactures d'Espagne, rendaient ruineux les retours des denrées des habitants en Espagne et livraient les dits habitants à la plus grande misère. Le commissaire de Sa Majesté Cathokique avait constaté publiquement l'impossibilité du commerce de ce pays avec l'Espagne. Toute protection, faveur, encouragement étaient formellement promis à l'habitant. Le titre de protecteur fut donné à M. Ulloa. La bonne foi et la confiance nourrissaient l’espérance et l’activité nécessaire. au cultivateur. Mais par quelle fatalité minante et imperceptible a-t-on vu une maison de 20,000 livres vendue 6,000 livres, et les habitations tout-à-coup perdre sur leur valeur intrinsèque la moitié et les deux tiers? Les fortunes s’écroulent et le numéraire est plus bas que jamais. La confiance est perdue, et le découragement est général, tout retentit du cri lugubre de la misère, le premier titre de citoyen français se voit éclipser, et le fatal décret concernant le commerce de la Louisiane porte le dernier coup de massue à l’anéantissement total de la

(4) de

174 Lonar. xx.

« colonie. Le pavillon espagnol est arboré à Ja Balise, aux Illinois et aux autres lieux; aucun titre, aucune patente n’ont été présentés au conseil supérieur, le temps-fuit, les délais fixés pour la liberté de l’'émigration se trouveront expirés, la force tyrannisera, il nous faudra vivre asservis, chargés de chaînes, ou abandonner précipitamment des établissements transportés du grand père au petit fils. Tous les habitants et négociants vous demandent leur Seigneur Roi, Louis-le Bien Aimé. Leurs fortunes et leur sang sont offerts pour vivre et mourir Français.

“Passons au résumé des.points de charge, griefs et imputations. ‘

“M. Ulloa a fait juger, par des conseillers par lui nommés d'office, des faits de la compétence du conseil supérieur, concernant les citoyens français. Les sentences ont été signifiées et mises à exécution contre les sieurs Cadis et Leblanc. M. Ulloa a soutenu les nègres mécontents de leurs maitres. M. le commissaire de Sa Majesté Catholique n’a présenté au conseil supérieur aucun de ses titres, pouvoirs et provisions ; n’@ point exhibé sa capie de l’acte de cession pour en demauder acte ; a, sans les dites formalités indispensables, arboré le pavillon espagnol à la Balise, aux Illinois et autres lieux; a, sans autorité légale, puni, châtié et vexé les citoyens français ; en a même envoyé aux arrêts dans la frégate de Sa Majesté Catholique ; a usurpé, de sa seule autorité, le quart des communes des habitants de la ville, se l’est approprié, et l’a fait entourer pour y faire paitre ses chevaux.

“Le tout märement examiné,. je requiers pour le-roi 4

“Que les sentences rendues par les conseillers nommés d'office et mises à exécution contre les sieurs Cadis.et Leblane, citoyens françaisygoient déclarés attentatoires & l’autorité de Notre Seigneur Roi, et destructives du respect dû à ia justice souveraine séauie en

uiHAP. XXII] 175

son conseil supérieur, en ce qu’elles violent les lois, formes et usages de la colonie, confirmés et garantis par l’acte solennel de cession.

“Que M. Ulloa soit déclaré infractaire à nos lois, formes et usages, et aux ordres de Sa Majesté Catholique en vertu de l’acte de cession, ainsi qu’il est certifié par sa lettre datée de la Havane du 10 juillet 1765.

“Qu'il seit déclaré usurpateur d’une autorité illégale en faisant châtier et vexer des citoyens français, sans avoir au préalable, satisfait aux lois, formes et usages de faire enrégistrer au conseil supérieur ses pouvoirs, titres et provisions et la copie de l’acte de cession pour en demander acte.

Qu'il soit enjoint à M. Ulloa, commissaire de Sa Majesté Catholique, de sortir de la colonie dans la frégate sur laquelle il est venu, sous le plus court délai, pour éviter des accidents ou de nouvelles rumeurs, et d’aller rendre compte de sa conduite à Sa Majesté Catholique ; et quunt aux différents postes établis par le dit sieur Ulloa, qu’il soit dit qu’il laissera les ordres par écrit, qu’il jugera convenables ; qu’il soit déclaré responsable de tous les évènements qu’il aurait pu prévoir ; que Messieurs Aubry et Foucault soient priés et même sommés, au nom de Notre Seigneur Roi, de continuer à commander et régir la colonie comme ils faisaient ci-devant.

: “Que tout bâtiment sortant de cette colonie ne pourra être expédié que sous des passeports signés de M. Foucault, faisant fonction d’ordonnateur.

“Que la prise de possession ne pourra être proposée ni tentée par aucuns moyens, sans de nouveaux erdres de Sa Majesté Très-Chrétienne.

“Que Messieurs Loyola, Gayarré et Navarro soient déclarés être garantsdé leur signature dans les bons qu'ils ont mis sur place, s'ils ne font apparoir les ordres de

Sa Majesté Catholique, qui les aient autorisés à mettre les

176 [cuar. xxim,

1768. dits bons et papiers sur la place ; qu’il leur soit accordé les délais nécessaires pour donner l’ordre qu'ils jugerunt

convenable à leur comptabilité,

“Que les habitants et négociants soient autorisés à choisir des députés pour aller porter leurs suppliques au Seigneur Roi.

“Qu'il soit fixé et arrêté que le conseil supérieur adressera des représentations à Notre Seigneur Roi ; que arrêt à intervenir soit lu, publié, affiché et enrégistré. G

“Que copies collationnées en soient envoyées à M. le duc de Praslin avec une lettre du conseil supérieur, et aussi dans tous les postes de la colonie, pour y être publiées, affichées et enrégistrées.”

On voit que le réquisitoire du procureur général, qui passait cependant pour un homme à talents, ne valait pas mieux en fait de style que l'adresse des habitants.

Dans une séance du lendemain, le conseil déclara que, oui le rapport de Messieurs Huchet de Kernion et Piot de Launay, conseillers titulaires, commissaires en cette partie, le tout mûrement examiné et la matière mise en délibération, le procureur général oui et retiré, il adoptait toates les conclusions du dit procureur général; et l'arrêt fut rendu conformément à ces conclusions, le 29 octobre.

On observera que Lafrénière assumait dans son réquisitoire, comme un fait notoire, ce qui était contraire à la vérité : c’est que de certaines obligations avaient été imposées au roi d'Espagne, et étaient inhérentes au traité de cession. Au contraire, ce traité était absolu et sans condition aucune. La chose était tellement évidente que Foucault qui, par-dessous main, fomentait,

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toutes ces agitations, n’osa pas nier ce qui était si clair,

et opina ainsi que suit dans le conseil : | “L’intention du roi, notre maître, étant que la colonie

de la Touisiene appartienne en pleine propriété à Sa

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Majesté Catholique, en vertu de la cession qui lui a été faite, mon avis estqu’on ne peut renvoyer de cette co- Jonie aucun des officiers espagnols qui y sont venus par ordre de la cour ; qu’attendu les sujets de mécontentement énoncés aux représentations des citoyens de la même colonie et le défaut par M. Ulloa d’avoir observé les formalités usitées, et pris formellement possession, mon dit sieur Ulloa soit tenu de ne s'immiscer en rien, à l'égard des français, tant colons qu'autres qui pourraient y venir, de ce qui pourra concerner la place de gouverneur; et que ce qui a rapport à la navigation

des Français et étranger pratiqué comme avant son arrivée ; que cepend les officiers d’administration de Sa Majesté C: ntinuent leurs fonc-

tions respectives pour l’a, ,:vvisionnement de la capitale et des postes, pour le paiement des appointements et solde de la troupe française qui continuera son service, et des travaux qui seront jugés nécessaires ; le tout, jusqu’à la décision des cours de France et d’Espagne, sauf aux représentants à faire auprès de Sa Ma. jesté Catholique, la démarche la plus respectueuse et la plus lieite pour l'obtention des privilèges qu’ils réclament. Délibéré en la chambre du conseil, le 29 octobre 1768. ’ (Signé) Foucauzr.

Il y avait une étrange incohérence dans lopinion émise par Foucault. Reconnaître à Ulloa le droit de payer les fonctionnaires publics et les troupes françaises à la Louisiane, enfin, lui permettre d'assumer toutes les dépenses de la colonie, c'était admettre, de fait, qu'il en était le gouverneur. Les fonctionnaires publies, du moment qu’ils étaient payés par l'Espagne, cessaient d’être Français et devenaient Espagnols. Les troupes françaises, du moment qu’elles recevaient leur solde du trésor espagnol, étaient virtuellement passées

au service d'Espagne et devaient obéissance au gouver-

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