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neur envoyé par elle. Ainsi, Aubry, ayant consenti à ce que Ulloa fit toutes les dépenses de la colonie, avait raison d’exécuter toutes ses volontés et d’agir en quelque sorte comme son lieutenant. Il n'était pas raisonnable d’alléguer le défaut de prise de possession, lorsque toute la colonie était approvisionnée par le trésor espagnol, du consentement des habitants et même à leur invitation. L'autorité d’Ulloa ne pouvait être admise partiellement, il fallait la rejeter ou la reconnaitre dans son entier.
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SIGNIFICATION À ULLOA DE L'ARRÊT D'EXPULSION LANCÉ CONTRE LUI PAR LE CONSEIL SUPÉRIEUR.—PROTÊT D'AUBRY.—DÉPART D'ULLOA.—REPRÉSENTATIONS DU CONSEIL SUPÉRIEUR AU ROI DE FRANCE.—MÉMOIRE JUSTIFICATIF DES COLONS.—ILS ENVOIENT DES DÉPUTÉS EN FRANCE.
Ausry, aussitôt qu’il eut connaissance de l'arrêt adopté pour l’expulsion d’Ulloa, protesta immédiatement et en termes énergiques contre l’exécution de cette mesure:
“Je proteste, disait-il, contre l’arrêt du conseil qui renvoie Don Antonio de Ulloa de cette colonie. Leurs Majestés Très-Chrétienne et Catholique seront offensées du traitement que l’on fait éprouver à une personne de son caractère, et, malgré le peu de forces que j'ai sous mes ordres, je m’opposerais de tout mon pouvoir à son départ, si je ne craignais que sa vie ne füt exposée, aussi bien que celle de tous les Espagnols qui se trouvent ici. Délibéré à la chambre du conseil, ce 29 octobre 1768. |
(Signé) Ausry.
On voit que le gouverneur français n’hésite pas à déclarer la seule cause pour laquelle il ne s’opposait pas, par la force, à l'exécution de l’arrêt du conseil, qu’il trouvait par conséquent illégal.
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Peu de jours après que l'arrêt d'expulsion fut prononcé contre Ulloa, les habitants et négociants de la Louisiane qui avaient provoqué cette expulsion, publièrent un mémoire justificatif sur cet évènement. Il était ainsi conçu:
Mémoire des Habitants et Négociants de la Lomisiane sur l'évènement du 29 octobre 1768.
“Témoins oculaires des calamités qui nous affligeaient, les Magistrats du conseil supérieur de la Louisiane, n’ont pu se refuser plus long-temps aux cris plaintifs d’un peuple opprimé. L’arrêt du 29 octobre, qui a suivi nos très humbles représentations, est une preuve locale de l’imminence des dangers qui nous environnaient et de la pesanteur du joug qui commençait à nous accabler. Animés par la conjoncture actuelle à croire que les grands maux demandaient des remèdes prompts et efficaces, nos magistrats n’ont pas balancé un moment, sur la démarche nécessaire de renvoyer le soi-disant gouverneur de Sa Majesté Catholique, pour lui rendre compte de sa conduite. Mais leurs soins diligents ne se sont pas bornés à calmer les inquiétudes d’un peuple gémissant. Ils l’ont encore autorisé à porter sa supplique et ses vœux aux pieds du trône, bien persuadés que le regard compatissant de leur souverain naturel se détournerait sur des sujets aussi dévoués, et que leur amour respectueux pour leur mon’ ‘le ne serait pas rejeté par Sa Majesté bienfaisant. image en terre pour ses peuples de l’être conservateur. Zélés Français, dont les biens et les familles sont établis dans ce continent, vous dont les cœurs épurés n’ont pas besoin que l’œil du souverain les anime, vous dont le zèle pour votre incompärable monarque n’a rien souffert du passage et de la distance des mers, de la fréquentation de l'étranger, de l’activité agissante d'une nation rivale et voisine, calmez vos inquiétudes sur la cession de
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cette province." Notre grand roi, dans sa lettre qui nous 1768.
l'annonce, semblait pressentir nos alarmes. Il se rendait médiateur de notre cause avec Sa Majesté Catholique, nous faisait espérer de sa part les mêmes marques de bienveillance et de protection que celles goûtées sous sa chère domination. Ces sentiments augustes doivent enhardir notre amour. Que les cris d’allégrese, que les vive le roi tant répétés autour de notre pavillon, le jour de la révolution, et pendant les deux qui l'ont suivie, se renouvellent sans inquiétude ! Que notre faible organe apprenne à l'univers et à la postérité même que cette domination chérie sous laquelle nous voulons vivre et mourir, à laquelle nous offrons les débris de nos fortunes, notre sang, nos enfants, et nos familles est la domination de Louis le Bien Aimé.
“La colonie de la Louisiane fut cédée à Sa Majesté Catholique par un acte particulier passé à Fontainebleau, le 3 novembre 1762, et accepté par un autre acte passé à l’Escurial, le treizième jour suivant. Le roi, par sa lettre écrite de Versailles, le 21 avril 1764, à M. d’Abbadie, alors directeur général et commandant pour Sa Majesté à la Louisiane, en lui annonçant cette cession, témoigne qu’il espère en mème temps, pour l'avantage et la tranquillité des habitants de cette colonie.et qu’il se promet, en conséquence de l'amitié et affection de Sa Majesté Catholique, qu’elle voudra bien donner des ordres à son gouverneur et à tous autres offciers employés à son service dans la dite colonie, pour que les ecclésiastiques et les maisons religieuses qui desservent les cures et missions y continuent leurs fonclions . . . . que les juges ordinaires continuent, ainsi que le conseil supérieur, à rendre lu justice suivant les lois, formes et usages de la colonie; que les habitants y soient gardés et maintenus en leurs possessions . . espérant au surplus que Sa Majesté Catholique voudra bien donner à ses nouveaux sujets de la Louisiane les mêmes
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1763. marques de bienveillance et de protection éprouvées sous da domination précédente et dont les seuls malheurs de la guerre les avaient empéchés de ressentir de plus grands effets ; qu’il lui ordonne en outre de faire enrégistrer la présente lettre au conseil supérieur de la Nouvelle-Orléans, afin que les différents états de la colonie soient informés de son contenu, et qu'ils puissent y avoir recours au besoin, la présente n'étant à autres fins. Heureuse et consolante expectative, que faisaient naître dans nos cœurs les promesses du plus auguste et du plus respectable des monarques, par quelle fatalité vous êtes-vous évanouie |!
“M. Ulloa arriva ‘à la Balise, le 28 février 1766, dans une frégate de vingt canons, ayant environ quatrevingts hommes de troupes, t'ois capucins espagnols et des gens de l’administration Il débarqua, le 5 mars, à la ville, et accompagné des magistrats mêmes du conseil qui, malgré la pluie et l'orage, s'étaient transportés à son canot. Il passa entre deux haies bordées par la troupe réglée et la milice bourgeoise, au bruit du canon et des acclamations publiques ! Il répondit d’abord à des témoignages si éclatants par les promesses les plus brillantes. Mais les suites n’en justifièrent point la solidité. Sans entrer dans les détails minutieux et ridicules de la vie privée, retraçons ses démarches relatives à la cause publique. S'il s’est proposé pour but principal de détruire, par les prémices de son administration clandestine, les espérances dont nous nous flattions, il a parfaitement bien réussi.
“Pour rendre plus sensible le premier motif de nos plaintes, il convient d'observer que la traite qui se fait dans les nations sauvages est une des principales branches du commerce, dont l'intérêt est tellement uni ici avec celui du cultivateur, que l’un est le ressort de l’autre. (Cette traite est un débouché fort avantageux pour les productions de plusieurs manufactures et qui
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s’étendra par l’encouragement. C’est une mine abondante dont l’ouverture présente des richesses ; qui même promet des trésors plus estimables que les veines métalliques du Potose, et d’autant plus considérables que l’activité du traiteur les creusera plus avant. De cette source inépuisable découle l'avantage du public et des particuliers. Le négociant y trouve un débit lucratif de ses marchandises; l’homme de travail, employé dans ces voyages et à cette traite, y rencontre les moyens de subsister et d’amasser un pécule. L’affection des naturels s’entretient par la fréquentation des Français, ardents à leur procurer les effets que la connaissance leur a rendus nécessaires. La sûreté publique enfin, que cette traite avec les nations barbares qui nous environnent, a fait naître, est conservée par elle. Mais, ce n’est pas le seul bien qui en résulte pour la colonie en général. (C’est que les navires d'Europe et des îles, attirés par l'espérance d’un retour avantageux, nous apportent les provisions dont nous avons besoin, et trouvant dans nos magasins des pelleteries sur lesquelles ils espèrent bénéficier, ces approvisionnements nous sont distribués à un prix honnête, qui devient excessif lorsqu'il leur faut s’en retourner sur leur lest. (Ces vérités, ces s0lides avantages ont été envisagés par nos respectables ministres, toutes les fois que leurs ordres précis ont encouragé lestraiteurs en recommandant la liberté de ce commerce. La vérité en a bien été reconnue et expressément déclarée par Monseigneur le duc de Choiseul dans sa lettre à M. d’Abbadie, en date du 9 février 1765. Tout le Nord du Mississippi et tout le Nord- Ouest du Missouri étaient alors offerts à notre activité. Des nations innombrables et riches en rares pelleteries, qui habitent ces contrées inconnues, seraient conquises en peu de temps à no8 seules manufactures. Les découvertes à faire dans ces beaux pays seraient réservées à nos efforts, et nos yeux perceraient pour la pre-
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mière fois, au profit de l’univers, cette partie de son globe qu’il lui reste à connaître. Quel encouragement pour nous que les intentions de ce sage ministre ! Nous le voyons, avec des transports de reconnaissance, non-seulement se prêter au rétablissement de nos fortunes renversées par les malheurs de la guerre, et à l'agrandissement de nos ressources presque anéanties par les conditions mêmes de la paix, mais encore étendre ses vues à des découvertes géographiques, et nous tracer dans le même tableau la route de la fortune et de la gloire; projet éclatant que M. Ulloa a dérangé et qu’il eût renversé sans doute ! Ne cherchons pas à pénétrer ses motifs et bornons nous à retracer la persévérance de ses tentatives sur la liberté de la traite. Elles se sont manifestées d'abord sur les lieux mêmes par une prohibition générale. Les habitants et négociants des Illinois se sont récriés. Ils ont fait envisager, dans leurs représentations à M. St.- Ange, commandant français au dit lieu, la certitude de leur ruine et le danger inévitable d’être pillés et peutêtre égorgés par les sauvages qui, n’entrant pas dans les considérations politiques, veulent être fournis de nos marchandises et traiter constamment de leurs pelleteteries. Malgré la répugnance du sieur Rici, capitaine espagnol envoyé par M. Ulloa aux Illinois en qualité de commandant, les traiteurs sont encore allés cette année dans les villages, avec cette différence, qu’ils ont été réduits à un certain nombre ; mais c’étaient les derniers efforts de leurs privilèges expirants, et M. Ulloa, environ dans le même temps, accordait à cinq ou six particuliers une traite exclusive dans ces pays, recommandés par nos ministres à l’émulation générale.
“L'exploitation des bois est un autre objet qui occupe ici le commerçant, que nous venons d’unir si étroitement d'intérêt avec le cultivateür. Dans les représentations faites au conseil supérieur de cette province, il a été exposé que cet article pour le pays était d’un dé-
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CHAP XXIv.] 185
bit excédant cinq cent mille livres chaque année, et cette vérité n’a éprouvé aucune contradiction. Cette exploitation, que la nature du pays présente à chacun avec un bénéfice proportionné aux forces qu’il peut y employer, mais toujours certain dans ce dégré de proportion, est le premier effort de l'habitant qui commence, et l’objet de l’application de celui qui s’est fortifié. Otez dans la Louisiane la liberté de la traite ; fermes les débouchés au débit de ses bois, et dès cet instant vous réduisez le commerçant et le colon au désœuvrement et à la disette. L’ordonnance publiée, le 6 septembre 1766, n’était que comminatoire de ce malheur. Sa Majesté Catholique, nous disait-on, informée par M. Ulloa de tout ce qui concernait en ce pays l'approvisionnement et l’exploitation, voulait encore favoriser les habitants au point de permettre l'exploitation de leurs bois sur les bâtiments venant de St. Domingue et de la Martinique, jusqu’à ce qu’on eût trouvé en Espagne le moyende faire ce commerce. Mais quelle vraisemblance que le commerce de nos bois fût jamais adopté en Espagne! C'était enfoncer par dégrés le poignard, et le grand coup a été porté par le décret. Dans le premier article, il est dit que les chargements se feront seulement dans les ports de Séville et d’Alicante, Carthagène, Malaga, Barcelone, la Corogne, &c. Dans le huitième, que les retours se feront dans les mêmes ports. Dans l’article troisième, les bâtiments qui s’expédient pour la Louisiane seront de con: ::rction espagnole, et les capitaines et équipages seront espagnols ou naturalisés. Enfin, dans les articles 4ème et Sème, les relâches volontaires dans aucun port de l’Amérique, même de la domination espagnole, sont prohibées, et les relâches forcées sont sounises à des vérifications et à des impositions onéreuses. Nous restaitil donc, pour le commerce de nos bois dans les colonies
françaises de St. Domingue et de la Martinique, seuls
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. endroits où ils aient quelque valeur, nous restait-il, disje, la lueur de la plus faible espérance ? Censeurs imprudents, dont les réflexions peu solides pourraient s’étendre sur notre conduite dans la présente révolution, tâchez, j'y consens, par vos combinaisons problématiques, de recomposer l'harmonie interrompue, en l'acoordant avecle décret. Mais songez d’abord ä nous enseigner les moyens de subsister::
“D'ailleurs, quelle apparence de ressource pourrait suspendre à moins nos justes inquiétudes ? Le produit de nos terres et notre commerce consistent en bois, indigo, pelleteries, tabac, coton, sucre, bray et goudron. Les pelleteries ont d'autant moins de valeur en Æspagre qu’elles y sont employées à très peu d'usage et que l’apprêt même de celles qui s’y emploient se fait à l’étranger. La Havane et le Pérou lui fournissent des sucres et des bois bien préférables aux nôtres: Guatimala, un indigo supérieur et en plus grande quantité que ses fabriques n’en consomment ; le Pérou, la Havane et Campêche, du coton; l’île de Pin, des brays et goudron ; la Havane et la partie espagnole de St. Domingue, du tabac. Les denrées de notre erû, inférieures à celles que ses vastes possessions produisent, inutiles d’ailleurs, et surabondantes dans ses ports, y sont rebutées, ou réduites à très peu de valeur. Quel faible produit devonsnous donc attendre de l'exportation qui en sera faite dans les ports-où le décret nous adresse ! D’un autre côté, le peu de manufactures établies en Espagne, joint au peu de secours que les villes maritimes y ressentent
de l’agriculture interne; :forcent les sujets de Sa Majesté Catholique qui y sont établis, de recourir à l’étranger pour leurs provisions de toute espèce. Marseille fournit des blés dans ces ports qui ne pourraient s'approvisionner des productions du pays même, sans les frais excessifs d’une exportation pénible à travers d’un pays montagneux. La nation entière est tribu-
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taire d’ailleurs de tous le3 pays manufacturiers de l'Eu- 1768. rope, et la faveur la plus insigne que lui ait faite la providence, est de la rendre maîtresse du Pérou et du Mexique, pour acheter ses premiers besoins. Riches par notre seule industrie, pouvons nous espérer que l’Espagne nous fournira les nôtres suffisamment, et à bon compte, lorsqu'elle est obligée elle-même de se procurer les siens à prix d'argent et à grands frais ? Malgré l'exemption momentanéé peut-être que nous annonce le décret, de tous les droits à percevoir sur les effets qui seront chargés pour la Louisiane, ces tristes vérités connues de l’univers entier, jointes au discrédit certain de nes denrées dans les ports d’Espagne, nous.ont fait craindre à juste titre que nos récoltes, quoiqu’abondantes, loin de récompenser comme ci-devant notre application et notre industrie, en nous donnant souvent le superflu, cessent de nous produire même le pur et simple nécessaire. "ait
“D’après ces observations, quoique superficielles encore aux certitudes dont elles sont déduites, peut-on douter un instant que cette colonie, quant à ses productions, ne soit inutile à l'Espagne, et que les vues politiques dans le traité de cession n'aient été restreintes au seul but d’en faire un boulevard du Mexique. Mais la misère des colons ajoute-t-elle de nouvelles forces à ce boulevard ? Et par quelle manie saper nos fortunes renaissantes. en détruisant la liberté de notre commerce, lorsque ces mêmes vues politiques ne semblent pas exiger ce sacrifice ? Tout nous dogne lieu de penser que Sa Majesté Catholique désirait de s’instruire d’abord, par les rapports de son envoyé, des causes productives et des moyens conservateurs de notre bien être. Les assu rances de notre roi: nous assuraient de la bienveillance du nouveau souverain, et des douceurs de la domination future. Les officiers de Sa Majesté Catholique nous annoncaient, à leur arrivée, la continuation de notfe com-
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