‹ Histoire de la Louisiane [microforme] (volume 2)Chapitre 36 sur 92 · XXIV: CAP XXIV · texte numérisé non relu

XXIV: CAP XXIV

supé- | coup les immeubles et nègres perdirent la moitié de leur 1768. Ulloa, valeur, le découragement devint général ; le numé- Mais, raire manqua ; les billets de la colonie, d’une grande rente- ressource, quoique discrédités, furent convertis en récéir, du pissés ; onze mois s’écoulèrent sans qu’il arriva une dans | piastre. Les Espagnols étaient les seuls payés de leurs naison appointements, gages et salaires. L’ordonnance du 6 et a septembre 1766, parvenu à St.-Domingue et dans les S non autres îles, avait dégoûté le commerçant navigateur. ir ja- Le quai se trouva dégarni ; il n’y restait que deux vaisnt fu- | seaux. La misère devint si grande ‘que la moitié de ige, et la colonie se trouva réduite au riz et au mais, et, sans libres. les sages précautions de M. Foucault qui en fit descenps du dre de la Côte des Allemands, les pères et mères n’auurs de raient eu que des larmes à offrir aux cris plaintifs de Pérou, leurs enfants affamés. Dans la plus profonde paix, les riisiane, gueurs de l’affreuse famine se firent sentir en cette codu Es lonie seule, dans le temps où l’Europe entière et toutes ai sont les autres colonies jouissaient de l'abondance. Votre -corder conseil supérieur, Sire, doit-il dire à Votre Majesté que fajesté votre peuple est persuadé, que M. Ulloa se réjouissait colonie À d’avoir si bien réussi et qu’il était décidé à réduire vos hâta de sujets à la nourriture de la Tortille ? Le désespoir de- Tavane vint général. M. Ulloa, l’homme le plus fin et le plus aucune dûr de son siècle, travailla à gagner les esprits et fit ncipes ! courir le bruit que la colonie pourrait bien retourner à Votre Majesté; que l'Espagne ne pouvait pas en Maxent faire le commerce; que les tabacs rapés étaient prohiu com- | bés en Espagne ; que Guatimala fournissait plus d’indigo qu’il n’en fallait à ses manufactures, et que le Pé- Jus sur rou fournissait du coton. Le désir et l’espérance assouavenir pirent les cris vifs de la misère et du mécontentement ; il était quelques bâtiments arrivèrent chargés de comestibles. Les Anglais :pprovisionnèrent de quantité de farines, ants les et cent trois mille piastres furent débarquées à la Con- T'out-à- tadorie. Les appointements, gages et salaires furent

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payés jusques à la fin de juin dernier. On n’acquitta que la moitié des dettes contractées par les Espagnols, et ils devaient, au ler octobre, plus de quatre cent mille livres, en y comprenant les dépenses de 1767. Le numéraire s’éclipsa, on perdit toute confiance sur un papier dont il n’y avait que la moitié de payée après onze mois d'attente. Dans ces momenis de perplexité, plusieurs copies du décret royal parvirirent des différents ports de l'Europe. La voix générale rendit M. Ulloa responsable de ce coup de trahison. Il avait promis dix ans de liberté de commerce ; il annonçait qu’il avait tout crédit à la cour ; il n’y avait que trente et un mois qu’il était arrivé ; il avait prouvé l'impossibilité du commerce de l'Espagne avec la Louisiane ; il connaissait l'espèce d’aisance des habitants, et savait qu’il était beaucoup dû au commerce de France et à plusieurs colons retirés et domiciliés dans votre ruyaume. Les habitants et négociants entrevirent leur rain, des chaînes, et la plus cruelle misère. Votre conseil supérieur. a l'honneur d’annexer à ses très humbles représentations un commentaire qui constate l'impossibilité de l’exécution du décret royal publié à Madrid, et prouve jusqu'a quel point de misère M. Ulloa avait entrepris de réduire des sujets, pour lesquels Votre Majesté espérait de Sa Majesté Catholique, protection, faveur et bienveillance.

“Vos sujets, Sire, devant être privés de leurs aliments ordinaires, étaient condamnés à fournir leurs substances à des vampires, et tout moyen avantageux leur était ôté d’acquitter leurs dettes avec le commerce de France et les anciens colons retirés de la éôlonie et domiciliés dans votre royaume. Tous les cœurs furent livrés au désespoir. M. Ulloa fut unanimement déclaré l'ennemi implacable de tous les Français ; tous les anciens mécontentements se réveillèrent; les habitants, négociants, artisans et ouvriers s’unirent pour faire des représen-

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