‹ Histoire de la Louisiane [microforme] (volume 2)Chapitre 37 sur 92 · XIV · texte numérisé non relu

XIV

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tations à votre conseil supérieur. Elles furent présentées à M. Foucault. Votre conseil supérieur fut convoqué le 28 octobre, à huit heures du matin, et, par arrêt de délibéré, il fut ordonné que deux conseillers titulaires examineraient les dites représentations ; qu’elles seraient communiquées au ministère public et rapportées le lendemain sur le bureau pour y être dit droit; six colons

- notables furent nommés conseillers d'office. Votre

conseil supérieur, composé de treize membres, s’assembla le 29, à neuf heures du matin. Avant de recueillir les opinions, le doyen de votre conseil supérieur demanda à M. Aubry si M. Ulloa lui avait communiqué ses titres et pouvoirs. M. Aubry répondit qu’il ne lui avait été communiqué aucun titre décisif sur la mission de M. Ulloa. Les opinions furent données par écrit, et l'arrêt fut prononcé à onze heures ‘trois quarts. Le dispositif de J’arrêt étant, comme il est de règle, enrégistré et copié, il {ut signifié à deux heures un quart à M. Ulloa, à bord de la frégate de Sa Majesté Catholique. M. Aubry protesta contre l'arrêt. La protestation fut mise sur le bureau, le 381 octobre. L'arrêt intervint le dit jour, qui déclara nulle et caduque la dite protestation, et ordonna que l’arrêt du 29 sortirait son entier et plein effet. Quatre députés des habitants et négociants demandèrent, le ler. novembre, à deux heures et demie, l'exécution de l'arrêt. Votre conseil supérieur s’assembla, et l'huissier vint rendre compte, à quatre heures, que M. Ulloa ttait embarqué dans le bâtiment qu’il avait choisi. Il est resté onze heures dans le fleuve, et y a joui de la plus grande tranquillité. Votre conseil supérieur, Sire, a l'honneur de représenter à Votre Majesté qu'il ne fut accordé à M. Ulloa que trois jours de délai, parce que, lo. la fermentatiôn était si grande et le mécontentement si général, qu’il crut faire acte de pru-

dence en limitant le départ sous un court délaï; 20. parce

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que dans les meubles qui servaient à M. Ulloa, les quatre cinquièmes arpartenaient au propriétaire de la maison et à différents particuliers. Votre conseil supérieur, Sire, croit devoir rendre compte à Votre Majesté des évènements qui précédèrent et suivirent les séances du 29 octobre. Le bruit courut que les habitants et négociants devaient faire des représentations à M. Ulloa; il en fut informé. Il fulmina, et promit l'exemple le plus sévère, les châtiments les plus rigoureux pour les principaux et notables soussignés. Il employa tous les moyens pour fomenter une émeute et irriter vos sujets. Douze cents livres de poudre, cent cinquante sabres furent embarqués dans la frégate ; elle mouilla un peu au large, après avoir démoli le pont qui communiquait à la levée. L’alarme se répandit dans la ville et à la campagne. Les, habitants arrivèrent en ville avec leurs fusils. M. Aubry fut au devant d’eux, leur promit que votre conseil supérieur jugerait librement, et leur ordonna la tranquillité. Les armes furent mises bas et déposées. M. Ulloa, pendant que votre conseil supérieur siégeait, fit demander à haute voix deux canonniers de plus. Aucun Français ne s’en émut, et la tranquillité, le silence et la décence continuèrent à être observées. Cinquante habitants et négociants notables se chargèrent des patrouilles. Pendant quatre jours, les cabarets et billards furent fermés, et malgré l’affluence et le concours de sept à huit cents personnes, (de l’aveu des étrangers et des Espagnols mêmes), il ne s’est jamais vu autant de tranquillité, et plus d'ordre. Quatre députés des habitants et négociants vinrent, le 29, à-deux heures et un quart, supplier de ‘leur faire part du prononcé de l'arrêt. Ils furent introduits, et, audience tenante, le greffier leur lut le prononcé. Ils furent en rendre compte aux habitants, négociants, ouvriers et artisans, qui s’assemblèrent autour d’un mât de pavillon.

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Le précieux pavillon français fut arboré. Les femmes, 1768.

les enfants couraient le baiser; l’air retentissait de mille vive le roi! vive Louis le Bien Aimé! Qurl glorieux moment, Sire, pour un aussi graud monarque! Vos bienfaits, vos bontés paterneilles, vos termes tendres et compatissants, exprimés oans le d'1loureux acte de cession de cette colonie, ont gravé dans tous les cœurs de la Louisiane la reconnaissance et le plus vif amour. Votre Majesté trouvera dans tous les citoyens des soldats qui offrent de verser leur sang, sacrifier leurs fortunes, pour couvrir le Mexique et soutenir vos alliés, pourvu qu’ils n’appartiennent qu'à vous, Sire, leur très honoré Seigneur et Roi, Louis le Bien Aimé. Grand Roi, le meilleur des rois, père et protecteur de vos sujets, daigr.ez, Sire, recevoir dans votre sein royal et paternel des enfants qui n’ont d’autres désirs que de mourir vos sujets. C’est le vœu de cette colonie. Votre conseil su- -périeur a cru devoir en rendre compte à Votre Majesté. Daignez, Sire, préserver vos sujets de nouveaux malheurs. Leurs cœurs sont tous ulcérés des plaies de la tyrannie et du despotisme. Les bienfaits du meilleur des rois peuvent seuls, Sire, rendre votre peuple heureux. Les Français, accoutumés aux douceurs d’un gouvernement désiré par tous les étrangers, ne pourront jamais s’assujettir à l'exclusion et au despotisme pratiqués dans tous les gouvernements espagnols. L'homme n: ‘t soumis à des lois. Il les connaît en grandissant, et y de-

.meure attaché dans un âge mûr. La refonte du carac-

tère, du cœur et des mœurs honnêtes, ne pent jamais se faire librement par des hommes qui ont vr:apli la moitié de leur carrière ; la force seule peut les assujettir. Quelle vie ! quel combat pour des citoyens, Sire, nés sujets du roi Louis le Bien Aimé ! Daignez encore, Sire, être favorable au vœu général de la colonie et aux très humbles représentations de votre conseil supérieur.

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“Votre conseil supérieur, Sire, croit avec certitude pouvoir assurer Votre Majesté que, depuis la paix jusqu'à l’arrivée de M. Ulloa, la colonie avait augmenté d’un tiers, et que depuis l’arrivée de M. Ulloa, jusqu'au 29 octobre, elle était retombée dans son premier état; que dix ans de liberté de commerce avec toutes les nations, qu’un fonds de cent mille écus, Sire, accordés de vos bienfaits pour les dépenses des troupes, les présents des sauvages, et l'entretien des bâtiments, donneraient à Votre Majesté, au bout de dix ans, un demi-million pris dans la colonie, vous fourniraient, Sire, huit à dix mille citoyens bons soldats, et feraient encore subsister et encourageraient les mantfactures de votre royaume, en couvertes, lainages, &c., &c. Cette colonie est la seule partie septentrionale de l'Amérique qui puisse donner un débouché aux dites manufactures.

“Telles sont les très humbles et très respectueuses représentations qu'ont cru devoir présenter à Votre Majesté,

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