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que ceux qui y étaient opposés, crurent nécessaire de 1769.
le combattre par un mémoire qu'ils firent distribuer, et quiest assez curieux pour être transcrit ici tout entier :
Mémoire contre les Républicains.
“L'on assure dans le public qu’un nombre de particuliers forment le projet, en renvoyant M. Aubry, de changer la forme du gouvernement de cette colonie pour en former une république gouvernée par quarante membres, sous la protection d’un particulier. D’après ce oui-dire, je prends la liberté, quoique petit particulier moi-même, de proposer mes réflexions et mes conjectures sur les affaires de la colonie, sans parler des raisons qui ont engagé la France à céder par indemnité cette colonie à l'Espagne, ni de l'acceptation qui en a été faite sous la promesse de conserver à ses habitants leurs prêtres et leurs magistrats. Les vraïis colons ont vu cette cession avec assez de tranquillité, sur les promesses de Sa Majesté Catholique, réitérées par M. de Ulloa, de favoriser ses nouveaux sujets de sa protection et de sa bienveillance. Je ne parlerai pas non plus des raisons qui ont engagé prudemment le conseil supérieur de cette colonie d’enjoindre à M. de Ulloa de sortir de: la colonie, pour éviter plus grand désordre et conserver le gouvernement français, tel qu'il a toujours existé, jusqu'aux nouveaux ordres de Sa Majesté Très-Chrétienne. Après une pareille décision, ayant envoyé des députés en France, pour déposer aux pieds du trône les plaintes et sujets de craintes des habitants, qui ont paru attendre fort tranquillement, jusqu’à ce moment, la décision et réponse de la cour, il parait fort étrange que quelques particuliers veuillent anéantir l'autorité royale, pour se soumettre à un gouvernement républicain. Ce qui ne s'exécuterait, dit-on, qu'après avoir chassé M. Aubry et ses troupes.
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“Entrons dans le détail, et pesons les moyens d’exé. cution et les suites d’un pareil projet, s’il est possible qu’il ait été enfanté.
“Le caractère distinctif des républiques est l’équité et l’autorité des mœurs en tous genres. Si tôt qu’elles se sont relâchées sur cet article, la tyrannie s’en est emparée, et elles sont tombées sous un affreux despotisme,
“Pour former une république, il faut que l’état qui s'y dispose ait des ressources en lui-même et des alliés intéressés à ce changement, pour pouvoir se soustraire à la domination tyrannique dont il veut se délivrer. Ces projets, d’ailleurs, ne viennent jamais qu'après d’injustes violences, qui semblent justifier l'envie de secouer un joug insupportable. Quels sujets de plaintes peut-on former contre le gouvernement actuel? Peut-on s’y soustraire avant la réponse de la cour, sans se rendre criminel de lèse majesté au premier chef?
“Comment peut-on se persuader que le roi laisserait impuni un pareil attentat, d'autant plus criminel quil paraîtrait que l’on se serait joué de la majesté du trône et du roi, à qui on a recours comme de fidèles sujets, et que l’on réclame par l'arrêt du 29 octobre dernier. Cette action seule déshonorerait cette colonie dans l'esprit de toutes les nations.
“Quels sont les moyens pour l’exécuter ? Cette colonie n’a aucune monnaie ni aucun métal. Quelques-uns disent que l’on fera du papier. Mais peut-on dire sérieusement une pareille absurdité ? Le papier peut valoir, ou pour circuler dans l’intérieur de la colonie, ou pour payer les denrées des étrangers, mais s’il n’y a pas en quelques endroits des fonds numéraires ou du métal pour répondre de la valeur du papier, personne ne l’acceptera.
“La colonie peut-elle se passer de l'étranger? Non certainement, à moins que nous ne voulions suivre les sauvages dans les bois, vivre comme eux et nous vêtir de la peau des bêtes. Car ni Français ni Anglais ne
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OMAP XXVI 283
nous apporteraient aucun des besoins auxquels nous sommes accoutumés, lorsqu'ils sauront qu’il n’y a plus d'argent ici.
“Les productions de la colonie, diront quelques-uns, attireront les étrangers. Mais considérons impartialement les productions de cette colonie.
“Ces productions sont le tabac, le bois, le sucre et le coton. Mais la France ne recevrait plus nos denrées. Les Anglais ont plus que nous et peuvent donner à meilleur compte le tabac, le bois et le coton. Quant au sucre, ilest si nouveau et en si petite quantité, qu’on ne peut le regarder comme une branche de commerce.
“L'indigo est donc le seul objet sur lequel on puisse compter. Mais que l’on consulte tous les marchands de la colonie, et l’on verra quel fond l’on peut faire là-dessus aujourd’hui. D'ailleurs, quand il serait de la première qualité, et lors même que l’on en ferait quatre fois plus que l’on n’en fait, il ne subviendrait jamais aux besoins de toute la colonie qui ne peut se passer de pain, vin, huile, savon, poudre, armes, fer, acier et vétements en tous genres.
“Il faut d’ailleurs dans une république, comme dans une monarchie, une infinité de dépenses publiques. Car dans l’une comme dans l’autre, il faut que chacun vive de son état et métier. L'on n'y fait rien pour rien. Quel impôt mettra-t-on, n'ayant point de numéraire ? Car il faut abandonner l’idée du papier, s’il n’est appuyé par des fonds proportionnés à ce qu’on mettra sur la place. Cette colonie vient d’en éprouver un triste exemple.
“Quelle alliance protectrice pourrait contracter cette colonie ? Il n’y aurait absolument que l'Angleterre sur qui on pourrait jeter les yeux. Observez que l’on ne forme d’alliance que par quelques vues d'intérêt. Les Anglais ne sont conquérants que pour défendre leur commerce. Nous venons de dire qu’ils ne trouveraient ici qu’un peu d’indigo, dont, jusqu’à présent, ils n’ont
284 [ouar, xxvr.
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pas paru fort jalouxfayant toutes nos productions chez eux à meilleur marché et préférant les denrées des îles d'Amérique.
“Le commerçant anglais n’est venu ici, jusqu’à présent, que sur l’appût de l’argent. L'on dit que les interlopes espagnols apporteraient des piastres. Il faut peu connaître cette nation, pour ajouter foi à ce propos ; et de plus, d’où tirerait-on les marchandises qui leur sont propres, le commerce de France étant interrompu ? Outre que les Anglais seraient nos premiers ennemis si nous pouvions leur enlever cette branche. Leur alliance et protection ne pourraient avoir lieu, qu’autant que cette nation y verrait un avantage. D'ailleurs, quel cas feraient-ils de nous et quel fond pourraient-ils faire sur une colonie naissante, qui, sans raison, aurait si cruellement et si légèrement outragé son roi ? Considérez encore les affaires présentes et l'alliance ou trève qui vient de s’accomplir entre la France, l'Espagne et l'Angleterre. Voudrait-elle se brouiller avec la France, pour soutenir votre système, elle qui n’acquiesce à cette paix, que pour maintenir plus sûrement les peuples de ses colonies, qui paraissent vouloir remuer aussi. Ces trois puissances ne se sont assurées les unes des autres, que pour pouvoir tranquillement réduire leurs colonies à l’obéissance. L’on parle du rétablissement du traité d’Utrecht ; par conséquent, la France et l'Espagne reprendraient les possessions qu'elles avaient avant cette dernière guerre, et c’est ce que nous devons désirer.
“Si on voulait réfléchir sérieusement sur un pareil projet, (la formation d’une république), l’on verrait clairement qu'il serait suivi des plus affreuses disgrâces, pour les chefs mêmes d’une pareille entreprise. Il est bien certain que la cour de France ne souffrirait pas tranquillement que son pavillon füt insulté à ce point, et qu’elle mettrait tout en œuvre pour en tirer une sanglante satisfaction. Non-seulement toute la colonie se
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verrait plongée dans un abime de malheurs, mais même il est impossible qu'aucun particulier puisse y trouver le moindre avantage, supposant que la révolution puisse s’exécuter. Elle ne durerait que peu de mois, et chaque chef sacrifierait son innocente famille à un projet enfanté par un inconcevable aveuglement, sans aucune apparence de le pouvoir soutenir.
“Que si quelques particuliers craignent que la cour ne prenne en mauvaise part l'expulsion d'Ui a et ne les rende responsables, qui les empêche de mettre leurs personnes à couvert, en attendant que M. Aubry puisse obtenir un pardon, qui s’accorderait d’autant plus aisément, que le mal jusqu’à présent n’est pas fort grand, qu'aucun pavillon n’a été insulté, et que tout s’est passé avec tranquillité.
“Je suis persuadé que les personnes même les plus prévenues, si elles veulent faire de sérieuses réflexions sur ce projet, qui ne pourrait se commencer sans verser des torrents de sang, conviendraient, si elles sont de vrais citoyens, que le parti le plus sage est d’attendre tranquillement la réponse de la cour, de laquelle on sera toujours à portée, par des représentations respectueuses, d'obtenir pour cette colonie le sort le plus avantageux.”
On a vu plus haut que la cour de France avait fait un accueil défavorable aux réclamations des colons, mais on l’ignorait encore dans la colonie, lorsque ce Mémoire fut publié.
Sur ces entrefaites, on apprit, le 24 juillet au matin, que le général Oreilly était arrivé à la Balise avec des forces tellement considérables, qu’il eût été ridicule d’y vouloir faire la moindre opposition. A cette nouvelle, les officiers espagnols, Loyola, Gayarré et Navarro, que l'arrêt du conseil avait rendus personnellement responsables des bons émis au nom du roi d’Espagne, et qui, en conséquence de cet arrêt, avaient déclaré qu’ils se
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considéraient comme prisonniers des rebelles, se regardant maintenant comme redevenus les maîtres de la colonie, reprirent leurs épées qu’ils avaient cessé de porter. La terreur était devenue si grande, et on croyait tellement à une proscription générale, que c’était à qui se grouperait autour de ces officiers et réclamerait leurs bons offices auprès du général espagnol.
Ce même jour, à onze heures du soir, don Francisco Bouligny, officier espagnol, arriva avec une dépêche d'Oreilly à Aubry. Voici en quels termes cet officier rend compte de sa mission à Oreilly :
“Je débarquai au milieu d’une grande foule qui gardait le plus profond silence. Je fus reçu par don Jose Loyola, don Antonio Estevan Gayarré et don Martin Navarro.qui me conduisirent à la maison du gouverneur. Il était couché, mais il avait donné l’ordre qu’on l’éveillât à mon arrivée. Le gouverneur me reçut avec affabilité et me fit les plus grandes politesses. Je lui remis la lettre de votre excellence, qu’il lut deux fois. Mais ne pouvant pas bien en comprendre le sens, il pria Loyola d'en faire la traduction. J’offris de la faire moimême ; ce qu’il accepta. Après qu’il eut pris connaissance du contenu de cette lettre, il me dit qu’il était prêt à livrer possession de la province à votre excellence, et que si les colons y faisaient la moindre opposition, il était prêt à joindre ses troupes aux notres pour châtier leur audace. Le lendemain, il convoqua le peuple, et, en ma présence, lui tint le même langage qu’il m'avait tenu la veille. La masse des habitants, qui ne paraissait pas être revenue de son premier effroi, l’écouta en silence, mais Marquis, capitaine réformé des Suisses, et Lafrénière, procureur-général, s’avancèrent vers lui et le prièrent de leur accorder une audience particulière. Quelque temps après, le gouverneur vint me trouver chez Loyola, et me dit avec joie que tout était arrangé, que le peuple était disposé à se conformer
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aux ordres de son souverain, et que Marquis, Lafrénière et Milhet descendraient la rivière avec moi, afin d’implorer la clémence de votre excellence pour eux-mêmes et pour les autres coupables.
“Ce même jour, je dinai chez le gouverneur avec Loyola, Gayarré et Navarro. La conversation fut très gaie, roula sur plusieurs sujets, et le gouverneur me témoigna sa satisfaction de ce que le peuple avait enfin écouté les conseils de la prudence, et avait pris la seule résolution qui pût prévenir la ruine entière du pays.
“Le soir, j'allai me promener avec Loyola. Les habitants nous saluèrent avec une bienveillante courtoisie et témoignèrent nous voir avec plaisir.
“Je ne repartis pas le même jour, parce que mes rameurs étaient rendus de fatigue, et parce que je m'étais mis à la disposition de Marquis et de Lafrénière, que je tenais beaucoup à emmener avec moi, pensant que par là j'assurerais la tranquillité publique.
“Le lendemain, je dinai de nouveau chez le gouverneur avec les mêmes officiers espagnols pour convives. Le gouverneur me dit qu’il désirait envoyer avec moi le plus ancien capitaine de la garnison pour complimenter votre excellence, ainsi que le capitaine du port pour servir de pilote à vos vaisseaux et en faciliter l’entrée dans la rivière.”
Don Francisco Rouligny arriva à la Balise, après quarante heures de navigation, et présenta au général Oreilly les députés qui l’avaient accompagné. Ces messieurs furent tellement troublés, qu’ils restèrent court en présence du général, mais Lafrénière, s'étant un peu remis, fit la harangue suivante, dont, (dit Bouligny, qui relate ces faits), je pris note, par ordre du général :
“ExCELLENCE,
“Monsieur Marquis, ancien commandant de la com- “pagnie suisse, M. Milhet, lieutenant de milice et né-
288 [ouar. xxvr
“gociant, et moi, Lafrénière, procureur-général du roi et “habitant, avons été choisis comme délégués, et nriés de “venir assurer votre excellence de la soumission de la “colonie aux ordres de Leurs Majestés Catholique et “Très Chrétienne, et de sa vénération pour les vertus et “les talents militaires qui vous ont élevé aux dignités “éminentes dont vous êtes revêtu. Nous sommes char. “gés de vous caractériser le respectsprofond de la co- “lonie pour Sa Majesté Catholique, son amour pour Sa “Majesté Très Chrétienne et pour toute l’auguste mai- “son de Bourbon. La colonie n’a jamais eu l'intention “de déroger en rien au profond respect qu’elle porte au “grand monarque que vous représentez. La dureté du “caractère de M. Ulloa, et la subversion des priviléges “garantis par l’acte de cession, ont été la seule cause “des révolutions arrivées dans cette colonie. Votre “excellence est suppliée de ne point la regarder comme “un pays à conquérir. Les ordres dont vous êtes porteur “suffisent pour vous en mettre en possession, et font plus “d'impression sur les cœurs que les armes que vous “avez à la main. Le Français est docile et accoutumé “à être gouverné avec douceur. Vous trouverez à votre ‘arrivée tout le monde soumis aux ordres des deux Ma- “jestés. La colonie réclame de votre bienveillance des “priviléges, et, de votre équité, des délais suflisants pour “ceux qui désireront émigrer.” Le général Creilly répondit :
“Messreurs,
“Il n’est pas possible aux hommes de bien juger des “choses, sans être suffisamment instruits de leurs anté- ‘“cédents. Dès que je serai arrivé dans votre ville, je “donnerai tous mes soins à savoir à fond la vérité, à ap- “précier les faits et à examiner vos raisons. Vous pou- “vez être persuadés que personne n’aimera tant à faire “le bien que moi et que je serai au désespoir de faire le
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u roi et priés de n de la ique et ertus et dignités es char- > la copour Sa ste maintention porte au areté du riviléges ile cause . Votre r comme s porteur font plus que vous coutumé z à votre deux Malance des ants pour
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CIFAP. XXVI.] 289
“moindre mal à qui que ce soit. Je serai le premier à “vous procurer toutes les facilités possibles pour vous “justifier. Soyez donc tranquilles, et assurez tout le peu- “ple des bonnes dispositions où je suis à son égard. J'y “suis porté par mon caractère, et je vois avec plaisir le ‘parti que vous avez pris. Car soyez persuadés que j'au- “rais fait respecter le pavillon de mon roi, et que rien “n’aurait été capable de m’arrêter. Telle était ma réso- “lution, et j'aurais remonté le fleuve jusqu'aux Illinois, “gil l’eût fallu.: Des moments de vertige éblouissent “souvent les hommes. Comment vous, qui n’êtes qu’une “poignée d'hommes, vous êtes vous crus capables de “tenir tête à un des plus puissants rois de l’Europe! “Comment avez-vous pu penser que votre roi, uni par “les liens du sang et par la plus étroite amitié au roi “mon maître, ait jamais pu vous appuyer ni prêter l’o- “reille aux cris d’un peuple séditieux !”
“A ce mot de séditieux, Marquis l’interrompit et donna quelques raisons pour expliquer la conduite des colons.
“Le général lui répondit avec douceur : “Soyez tran- “quilles, Messieurs ; je vous écouterai avec plaisir quand “il en sera temps. Je suis persuadé d’avance que sou- “vent les choses qui paraissent noires au loin, paraissent “blanches lorsqu'on les voit de près.”
Le général les retint à diner avec lui, les traitàa avec toute la politesse possible, et les renvoya pleins d'admiration pour ses talents, et avec de bonnes espérances pour l'oubli de leurs fautes passées. Telles sont les propres expressions de Bouligny, qui assista à l’entrevue.
Oreilly, afin de faire préparer des logements convenables pour ses troupes, à la Nouvelle-Orléans, y renvoya Bouligny, qui partit accompagné de deux autres officiers nommés Karbonary et Bordenave.
La prise de possession eut lieu, le 18 août. Voici la
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290 [cuar. xxvr.
relation qu’en fait Aubry, dans une dépèche adressée à son gouvernement :
“J'ai eu l'honneur d'informer votre grandeur de tous les évènements qui se sont passés à la Nouvelle-Orléans, depuis la révolte du 29 octobre 1768, jusqu’au 29 mai 1769. Depuis ce temps là, la fureur et la frénésie contre la nation espagnole et son gouvernement ont toujours été en augmentant. J’ai eu la douleur de voir, pendant neuf mois, cette colonie à deux doigts de sa perte. Les séditions continuelles, les mouvements les plus dangereux et les plus inquiétants, les écrits les plus séditieux, les discours les plus rebelles, tout a été mis en usage par les chefs de la révolte, pour tromper le peuple, et lui donner horreur de la nation espagnole et de son gouvernement. Vingt fois le parti des rebelles et celui des Espagnols, qui n’était pas certainement le plus fort, ont été sur le point de s’égorger. Des lettres, écrites par les députés, qui donnaient à entendre que leurs démarches étaient approuvées à la cour, et que le pays resterait à la France, ont achevé de tout perdre et d’ébranler le reste de la colonie.
“Dans une circonstance aussi déplorable, sans troupes, sans argent, sans secours, sans ressources, ayant contre moi le conseil et la plus grande partie des habi-' tants, jai cru que, pour ne pas perdre cette colonie, il était de mon devoir d’agir avec la plus grande réserve. J'ai cru que je devais faire tous mes efforts pour empécher l’effusion du sang français et espagnol, et tâcher de conserver ce malheureux pays en son entier, jusqu’à ce qu’on fût à même de pouvoir y fuire respecter les ordres sacrés de Leurs Majestés Cathol que et Très Chrétienne, déterminé cependant à périr avec le peu d'officiers et de soldats qui sont sous mes ordres, lorsque la fureur et la violence des rebelles me pousseraient à bout, et me mettraient dans l'indispensable nécessité de les combattre.
“Dans le moment que tout paraissait perdu, la Pro-
Pr. XXVI.
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cuAr. XXvL. | 291
vidence a eu pitié de nos malheurs, et, lorsque nous étions sur le point d'être submergés par la tempête, elle nous a envoyé un libérateur qui, par sa présence et sa sagesse, a rétabli en un instant le calme et la tranquillité dans un pays, qui était depuis long-temps dans un désordre et une confusion inexprimable.
“Le 24 de juillet, à sept heures du matin. j'ai reçu une lettre du commandant de la Balise, qui m’a annoncé que M. d'Oreilly, lieutenant-général et inspecteur-géné.ral des armées de Sa Majesté Catholique, était à l’entrée du fleuve avec un grand nombre de vaisseaux et de troupes, et qu’il m'avait détaché un officier pour me faire part de son arrivée. Cette nouvelle, qui a été répandue en un instant dans la ville et la campagne, m'a causé la plus grande joie, et aux séditieux les plus vives alarmes. Des hommes qui, un instant auparavant, se flattaient que la colonie resterait à la France, et que leurs crimes seraient impunis, ont été grandement cone£ternés d'apprendre l’arrivée d’un général d’une aussi grande distinction et réputation, à la Balise. Le désespoir en avait engagé une centaine à mettre des cocardes blanches. Les chefs de la conjuration sont venus chez moi, effrayés. J'ai fait usage de ce que j'ai pu, dans ce moment, pour les rassurer et les tranquilliser. Je lenr ai dit que M. le général Oreilly ne venait point pour perdre ce pays, et que, comme il n’y avait point eu de sang répandu, j'espérais, qu’en se soumettant promptement, ils avaient tout lieu d’avoir confiance dans la bonté et la clémence de Sa Majesté Catholique. Je leur dis qu’aussitôt que j'aurais reçu des nouvelles de son excellence, je leur ferais part de ses intentions, et je leur ai ordonné en même temps d’être tranquilles; ce qu’ils m'ont promis. J’ai détaché aussitôt un officier pour aller jusqu'aux Allemands, afin de tranquilliser les habitants, et de leur ordonner, au nom du roi, de ne point remuer, et de ne point prendre les armes, sans un ordre exprès de
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