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ma part, sous peine d’être traités comme rebelies aux ordres de Sa Majesté.
“Le 25, à minuit, M. l'officier espagnol! est arrivé chez moi avec une lettre de son excellence, qui me marque qu’elle est envoyée par Sa Majesté Catholique pour prendre en son royal nom possession de la Louisiane, et qu’elle me remettra, à notre première entrevue, les ordres relatifs à-cette commission. Le général me marque en même temps qu’il continue sa navigation pour la ville, et me prie d'employer les moyens que je jugerai les plus convenables pour l’objet de sa commission et le service de Leurs Majestés.
“Le 26 juillet, à neuf heures du matin, j’ai assemblé les habitants et le peuple dans la paroisse de la Nouvelle-Orléans. Je leur ai annoncé que M. d'Oreilly était dans le fleuve, à la tête de plusieurs régiments venus d’Espagne avec lui, qu'il était envoyé pour prendre possession de la Louisiane, au nom du roi d'Espagne, en vertu des ordres sacrés de Leurs Majestés Très Chrétienne et Catholique, qu'il devait me remettre à sa première entrevue. Je leur ai dit qu’ils devaient voir combien le roi d'Espagne était irrité, puisqu'il envoyait dans le pays un général d’une si grande distinction, avec autant de troupes; qu’il était prudent pour eux d'ouvrir les yeux sur leur conduite passée, et de prévenir leur perte et celle de leur patrie; qu’une prompte et entière soumission pouvait seule présentement les garantir de tous les malheurs dont ils étaient menacés. J’ai cru que, dans une circonstance aussi délicate, je pouvais prendre sur moi de ies assurer que, s’ils se soumettaient, M. le général les traiterait avec bonté, et qu’ils devaient avoir pleine confiance dans la clémence et la miséricorde de Sa Majesté Catholique. Je leur ordonnai en même temps, au nom du roi, de ne point s’assembler ni de prendre les armes, sans un ordre exprès de ma part, sous peine d’étre traités comme rebelles aux ordres de Sa Majesté.
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“M. de Lafrénière est venu chez moi peu de temps après, et m’a dit qu'ayant toute confiance dans la générosité et la grandeur d’ame de M. le général Oreilly, pourvu que je voulusse lui donner une lettre pour son excellence, il était dans l’intention d'aller lui rendre ses hommages avec les sieurs Marquis et Milhet, afin de l’assurer de la part des habitants et négociants de leur entière soumission, et le supplier d’intercéder pour eux auprès de Sa Majesté Catholique, dont ils imploraient la clémence. Je lui ai répondu que cette démarche me paraissait la seule convenable dans ce moment ; que je leur donnais avec plaisir une lettre pour son excellence et que j'espérais qu’elle les recevrait avec bonté. La crainte qu’ils ne fussent arrêtés avait causé beaucoup d'inquiétude et une grande fermentation. La fermeté avec laquelle M.le général leur a parlé, jointe à la vue des forces qui étaient sous ses ordres, leur a inspiré la crainte qu’il fallait dans une circonstance pareille, et la bonté qu’il leur a témoignée ensuite les a déterminés à se soumettre.
#Le retour de ces députés a tout calmé. Ils ont fait tous leurs efforts pour gagner par leurs discours M. le général espagnol et effacer en quelque façon leur faute passée, en ne cessant d’applaudir au digne choix de Sa Majesté Catholique et en publiant les vertus et les rares qualités de ce digne général, qui ne les a cependant point trompés, car il a répondu à leur harangue qu’il ne connaissait point la province ni les personnes; qu'il prendrait connaissance de tous les évènements dont on parlait ; qu’il ferait avec grand plaisir tout le bien qui dépendrait de lui et ne ferait aucun mal qui ne fût très justifiable et même très nécessaire. Enfin après neuf mois de troubles et de discordes, qui ont mis cette colonie en feu et à deux doigts de sa perte, j'ai eu la consolation d’y voir régner la paix etla tranquillité la plus parfaite.
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“Le 15 d'août, j'ai été rendre mes respects à M. le général et prendre ses ordres par rapport à la prise de possession, qui s’est faite le 18, avec tout l'éclat, la pompe et la grandeur digne du monarque qui l’a envoyé,
“J'avais rendu, le 16, une ordonnance pour enjoindre à tous les habitants de la ville et aux principaux de la campagne d'assister à cette auguste cérémonie et d'être tous prêts à se présenter à son excellence, afin de l’assurer de leur entière soumission et fidélité inviolable à Sa Majesté Catholique.
“Dans la nuit du 17, la frégate où était M. le général a amarré au quai de la ville avec vingt-trois autres vaisseaux. Le 18, à midi, j'ai fait battre la générale, La troupe française et la milice se sont formées sur un des côtés de la place en face des vaisseaux. A cinq heures et demie, la frégate a tiré. M. le général Oreilly a descendu aussitôt à terre, et en même temps trois mille hommes de troupes d’élite ont débouché en colonnes par!tous les ponts des vaisseaux, et se sont formés sur les trois autres faces de la place, avec tousles habitants et le peuple, pour recevoir M. le général, qui est venu à moi et m’a dit: Monsieur, je vous ai communiqué les ordres et les pleins pouvoirs dont je suis muni pour prendre possession de cette colonie au nom de Sa Mujesté Catholique, aussi bien que les ordres de Sa Majesté Tyès-Chrétienne pour la remettre. Je vous prie d'en faire. la lecture. Aussitôt que je les ai eu lus, j'ai dit aux habitants :
“Messieurs, vous venez d'entendre les ordres sacrés de Leurs Majestés-Très-Chrétienne et Catholique, par rapport à la province de la Louisiane, qui est cédée irrévocablement à la couronne d'Espagne. Dès ce moment, vous êtes les sujets de Sa Majesté Catholique, et en vertu des ordres du roi, mon maître, je vous relève du serment de fidélité et d’obéissance que vous deviez à Sa Majesté
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“Aussitôt, les décharges des vaisseaux, celles de la place, et le bruit général de la mousqueterie de toutes les troupes, accompagnés des cris de vive le roi, se sont faits entendre de toutes parts, tous les postes ont été relevés, et on a arboré dans chacun d’eux le drapeau de Sa Majesté Catholique. Nous avons été ensuite à l’église, et, après avoir assisté au Te Deum, cette mémorable journée et auguste cérémonie ont été terminées par la marche de toutes les troupes qui ont défilé devant nous avec un ordre et un appareil redoutables.
“Après avoir éprouvé les alarmes et les disgrâces les plus terribles dans le gouvernement d’une colonie que j'ai plusieurs fois vue au moment de sa ruine et de sæ destruction, Dieu m’a fait la grâce de la remettre en son entier à un général, qui, par sa présence, sa fermeté et sa sagesse y a rétabli en un instant le bon ordre et la tranquillité Ecoutant avec une grande bonté tous ceux qui ont affaire à lui, il remplit d'espérance et de satisfaction tous leshabitants qui, après tant de troubles et de désordres, voient enfin parmi eux régner la justice et la paix.
“L’approbation et le remerciment que le général a bien voulu me rendre devant tout le peuple et à la tête de ma troupe, par rapport à la conduite que j'ai tenue dans ces temps malheureux, m’est un sûr garant que j'aurai celui de votre grandeur.”
La prise de possession avait eu lieu, ainsi qu’on l’a vu par la dépêche d’Aubry. Le lendemain, le général reçut les compliments des différents corps de la colonie, et ensuite alla avec un brillant état major, faire une visite officielle au gouverneur français. Le même jour, Oreilly écrivit à Aubry:
“Monsieur, ayant été présent à ce qui arriva dans
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cette colonie, quand don Antonio Ulloa, gouverneur nommé par Sa Majesté Catholique, en fut expulsé, je vous supplie de m'instruire et de me metti au fait de cet évènement et de ses véritables causes, avec les noms des personnes qui ont séduit le peuple à commettre l’attentat de se présenter les armes à la main en cette place, pour soutenir la violente expulsion de don Antonio de Ulloa, excès qu’on a ensuite renouvelé contre tous les officiers et troupes espagnols qu’il y avait dans la colonie.
“Comme gouverneur de cette colonie pour Sa Majesté Très-Chrétienne, et commandant de la troupe française, vous avez reconnu en don Antonio Ulloa la personne destinée par Sa Majesté Catholique pour prendre en son royal nom possession et commandement de cette colonie. En conséquence, vous avez donné à don Antonio Ulloa, possession de la Balise et d’autres postes, et ne différâtes la reddition totale, à la sollicitation de don Antonio Ulloa lui-même, que jusqu’à l’arrivée de la troupe espagnole qu’il attendait, confiance que commandait l’étroite union des deux couronnes.
“Il serait nécessaire et utile que vous eussiez la bonté de m’informer, avec la plus grande promptitude possible, de tout ce que vous savez de la dite commotion, sans omettre la citation littérale de tous les ordres, protestations et documents publics et secrets que vous avez mis en usage, pour contenir et réduire à leur devoir les chefs et agents de la conspiration.
Il est très essentiel que je sache la personne qui écrivit, imprima, et avecquelle autorité furent imprimés et répandus dans le public, le document ayant pour titre : arrêt du conseil sous la date du 29 octobre 1768, et l’autre ayant pour titre: Mémoire des habitants de la Louisiane sur l'évènement du 29 octobre 1768, attendu que toutes les clauses des deux documents exigent mes sains. J'ai entière confiance en vos informations et je vous price
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Le 20 d'août, Aubry adressa la lettre suivante à Oreilly, en réponse à celle qu'il lui avait fait remettre la veille,
Aubry à Oreilly.
“Monsieur, pour répondre à la lettre dont votre excellence m’a honoré, en date du 19 août 1769, je vais lui exposer, avec tout l’honneur et la vérité dont je suis capable, le détail de la révolte qui a éclaté à la Nouvelle-Orléans, le 29 octobre 1768, contre M. Antonio de Ulloa et la nation espagnole. Attendu que votre excellence me le demande pour demain matin, je ne peux lui donner dans ce moment qu'un extrait fidèle et exact des principaux évènements qui ont accompagné la fatale révolution, aussi bien que de la conduite que j'ai cru être obligé de tenir dans une circonstance aussi déplorable. Je supplie votre excellence d’être persuadée que je me serais sacrifié avec zèle pour m'opposer à un pareil attentat, si je n’eusse été presque certain qu’une pareille démarche de ma part aurait entrainé la perte de M. Ulloa, et de celle de tous les Espagnols qui étaient ici.
“Le refus que la troupe française a fait d'entrer au service d'Espagne, fondé sur ce que le congé lui était dû depuis plusieurs années, a été la cause que M. Ulloa, envoyé au mois de mars 1766, par Sa Majesté Catholique, avec cent soldats, pour prendre possession de ce pays, n’a pu exécuter, aussi bien que moi, les ordres que nous avions de nos deux cours; et dans la crainte que ce retard ne fût préjudiciable aux intérêts de Leurs Majestés Très Chrétienne et Catholique, nous sommes convenus que nous nous concerterions ensemble dans ce qui intéresserait le bien et l'avantage du service de Sa
Majesté Catholique, et que nous dirigerions les affaires, Hs)
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