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a dit la vérité. Mais le juge Martin, dans son histoire de la Louisiane, raconte différemment la mort de Villeré. Il rapporte qu’à la nouvelle de l’arrestation de ce citoyen distingué, sa femme, qui était petite-fille du commissaire-ordonnateur de Lachaise, venu dans la colonie en
1728, s’empressa d’accourir à la Nouvelle-Orléans, et, se jetant dans un canot, se fit conduire à la frégate où son mari était détenu, mais qu'on lui en défendit l’accès. Villeré, qui était dans la chambre de la frégate, entendant la voix suppliante de sa femme, voulut monter sur le pont. Le factionnaire, obéissant à sa consigne, le repoussa. Il s’en suivit une lutte, et Villeré fut percé de plusieurs coups de bayonnette, dont il mourut. Le juge Martin ajoute qu’on jeta à Madame Villeré la chemise ensanglantée de son mari. Une pareille atrocité n’est point probable, et ce récit porte le cachet de cet amour de l’exagération qui caractérise toutes les traditions populaires.
. Lorsque la nouvelle de cette arrestation se répandit, la terreur fut au comble. Les accusés étaient trop estimés et trop identifiés avec toute la population pour que la désolation ne fût pas générale. Afin de dissiper les craintes qui agitaient le public, Oreilly fit immédiatement placarder partout cette proclamation:
De par le Roi.
“Nous, Alexandre Oreilly, commandeur de Benfayan dans l’ordre d’Alcantara, lieutenant-général et inspecteur-général des armées de Sa Majesté Catholique, capitaine-général et gouverneur de la province de la Louisiane,
“En vertu des ordres et pouvoirs dont nous sommes munis de Sa Majesté Catholique, déclarons à tous les habitants de la province de la Louisiane que, quelque juste sujet que les évènements passés aient donné à Sa
Majesté Catholique de leur faire sentir son indignation,
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elle ne veut écoutsr aujourd’hui que sa clémence envers le public, persuadée qu’il n’a péché que pour s'être laissé séduire par les intrigues de quelques ambitieux, fanatiques et mal intentionnés, qui ont témérairement abusé de son ignorance et de son trop de crédulité. Ceux-ci seuls répondront de leurs crimes, et seront jugés selon les lois.
“Un acte si généreux doit assurer Sa Majesté que ses nouveaux sujets s’efforceront, chaque jour de leur vie, de mériter, par leur fidélité, zèle et obéissance, la grâce qu’elle leur fait et la protection qu’elle leur accorde dès ce moment ” |
Le 24 août, Aubry écrivait à Oreilly : “ En conséquence de la lettre dont votre excellence m’a honoré, en date du 23 de ce mois, j'ai fait arrêter avec la plus grande sûreté et promptitude, Foucault, faisant les fonctions de commissaire-ordonnateur. J’ai vu avec la plus grande douleur la conduite criminelle qu’il a tenue dans un temps où, s’il se fût réuni à moi, nous aurions, selon les apparences, empêché un évènement qui: a offensé grandement Leurs Majestés Très Chrétienne et Catholique, et qui a mis cette colonie à deux doigts de sa perte. Sa permission pour imprimer un Mémoire, qui outrage le gouvernement et la nation espagnols, le repas splendide qu’il a donné à tous les juges, le jour même de la révolte, sont des actions qui ne sont ignorées de personne, qui ont affiché le plus grand scandai: dans la colonie, et contribué à animer et échauffer le peuple contre la nation espagnole. Si je me fusse trouvé dans toute autre circonstance, je pense que le devoir de ma place m’aurait obligé de l'arrêter depuis long-temps.”
Quelques jours plus tard, dans une intéressante dépêche adressée au ministre, en date du ler. septembre, Aubry rend un compte détaillé de l'arrestation, qui eut lieu le 21 août, et de tout se qui se passi. subséquemment.
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Aubry au Ministre.
“Monseigneur, j'ai eu l’honneur de rendre compte à votre grandeur de la prise de possession de la Louisiane, par le général Oreilly, et de toutes les circonstances qui ont amené ce mémorable évènement. Depuis ce temps, M. le général s’est occupé à prendre la connaissance la plus exacte de la cause de la révolte du 29 octobre 1768, et des auteurs d’un attentat qui a mis cette colonie à deux doigts de sa perte. J’ai reçu une lettre de lui, du 19 août, par laquelle il me marque, qu’étant gouverneur de cette province pour Sa Majesté Très Chrétienne, et présent à ce qui s’y est passé, il désirait que je l’instruisisse des causes de la révolte, et des noms de ceux qui ont séduit et excité le peuple à se présenter, les armes à la main, pour expulser, par la violence, don Antonio de Ulloa, élu par Sa Majesté pour gouverner ce pays, et me prie également de marquer les noms des auteurs de tous les excès, dont on a ensuite continué de se rendre coupable envers tous les officiers et la troupe espagnols.
“J'ai l'honneur de vous adresser copie de la traduction de cette lettre, et de ma réponse, en date du 20 août, que j'ai cru que le devoir de mon état m'obligeait de faire à M. le général, et dans laquelle je lui expose, avec tout l'honneur et la vérité dont je suis capable, toutes les connaissances que j'ai sur les causes de ce malheureux évènement, et sur les principaux auteurs de tous ces excès.
“Le 21, à huit heures du matin, M. le général me communiqua, pour la première fois, les ordres de Sa Majesté pour faire arrêter et juger, selon les lois, les chefs de cette conspiration, ce dont je n’avais aucune connaissance auparavant. Il les fit tous assembler chez lui, sous diflérents prétextes, et, en ma présence, il leur dit :
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“Messieurs, la nation espagnole est respectée et vé- “nérée par toute la terre. La Louisiane est donc le “seul pays de l'univers où on l’ignore et où on manque “aux égards qui lui sont dûs! Sa Majesté Catholique “est très offensée de la violence qui a été exercée et de “attentat qui a été commis envers son gouverneur, ses “officiers et ses troupes. Elle a été très offensée de tous “les écrits qu’on a imprimés, et qui outragent son gou- “yvernement et la nation espagnole. Elle m’ordonne de “faire arrêter et juger, selon les lois, les auteurs de tous “ces excès et de toutes ces violences.
“Après leur avoir lu les ordres de Sa Majesté, à ce sujet, M. le général ajouta : “Messieurs, vous êtes accu- “sés d’être les chefs de cette révolte. Je vous arrête au “nom du roi. Je scuhaïite que vous puissiez prouver “votre innocence, et que je puisse être bientôt à même “de vous rendre les épées que je viens de vous ôter. “Vous produirez toutes vos défenses devant les juges “équitables qui sont devant vous. Ce sont eux qui ins- “truiront votre procès et qui vous jugeront.
“Il ajcnta : “On a coutume en Espagne de séquestrer “les biens et les fortunes des prisonniers d’état. Les “votres le seront par conséar"nt. Mais vous devez être “certains que vous serez traités avec tout le soin possi- “ble, dans l'endroit qui vous est destiné ; et, à l'égard de “vos femmes et de vos enfants, soyez persuadés que je “leur ferai donner tous les secours dont ils pourront avoir “besoin.” Aussitôt, plusieurs officiers, accompagnés d’un détachement de grenadiers, les ont conduits dans les endroits qui leur étaient destinés, savoir au Quartier et dans les vaisseaux de Sa Majesté Catholique.
“J’ai l'honneur de vous adresser les noms du petit nombre de ceux que M. le général a été obligé indispensablement de faire arrêter. Ce qui prouve sa générosité et sa bonté, y en ayant bien d’autres que leur conduite criminelle mettrait dans le cas d’éprouver le
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aussitôt, au nom du roi, un pardon général pour tout «se qui s'était passé, à l'exception de ceux qui omt séduit le peuple à commettre cet attentat, lesquels seront jugés suivant les lois. Cette ordonnance affichée et publiée dans les quatre coins de la ville, au son des tambours et de différents instruments, accompagnés de toutes les compagnies de grenadiers, a produit un très bon effet et causé une satisfaction générale.
“Le 28 au matin, j'ai recu une lettre de M. le général, dont j'ai l'honneur de vous envoyer la traduction exacte, par laquelle il me marque qu’on lui a remis l'original d’un papier qui a pour titre: Mémoire des habitants et négociants sur l'évènement du 29 octobre, qui s’est trouvé chez l’imprimeur Braud, avec l’ordre signé de M. Foucault, faisant fonction d’ordonnateur, pour qu’il soit imprimé ; et qu’attendu que ce libelle est offensant au plus haut degré à l'autorité et au respect dû à Sa Majesté Catholique, et est diffamatoire pour toute la nation espagnole, et que le crime de M. Foucault est pleinement justifié par sa signature, il ne reste aucun doute qu’il n’ait été un des chefs et principaux moteurs du soulèvement et de l’excès commis contre den Antonio de Ulloa et le gouvernement de Sa Majesté Catholique : M. le général me prie en conséquence de faire saisir avec la plus grande sûreté et promptitude la personne de M. Foucault, afin que justification faite de sa conduite très infidèle et criminelle, nous pussions l'un et l’autre en rendre compte à nos souverains respectifs, avec la remise du procès même. J’ai l’honneur de vous adresser la réponse que j'ai cru que le devoir de mon état m'obligeait de faire à M. le général. Quoique avec bien de la douleur, je n’ai pu me refuser à une demande aussi juste. En conséquence, j'ai ordonné à M. de Grand-Maison, ci-devant major, d’aller avec M. de La-
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mazeliére, le plus ancien capitaine, et Aubert, aide-major, arrêter au nom du roi, M. Foucault dans sa maison, où j'ai envoyé aussitôt, avec l'agrément de M. le général, un détachement français et deux officiers, qui sont relevés tous les jours, lesquels j'ai rendus responsables de sa personne. J'ai aussi ordonné à M. de Grand- Maison de mettre les scellés sur les papiers, assisté de Messieurs de Lamazelière et Aubert, en présence de M. Bobé, faisant fonction de contrôleur de la marine, lequel j'ai chargé du soin de la comptabilité, le rendant responsable du mal qu’il pourrait faire, quoique je ne l'en croie nullement capable, attendu qu’il est honnête homme et a toujours désapprouvé la conduite de son chef.
“Le 26 d'août, tous les principaux habitants de la campagne et ceux de la ville ont prêté solennellement serment d’obéissance et de fidélité à Sa Majesté Catholique entre les mains de M. le général. Cette cérémo-
"nie s’est faite avec beaucoup d'ordre et de dignité. Je
lui ai présenté tous les corps, chacun suivant son rang. M. le général leur a prononcé à haute voix toutes les obligations auxquelles ce serment les soumettait. Il leur a dit qu’ils avaient une pleine et entière liberté pour le faire ou pour le refuser ; que ceux qui ne voulaient point s’y engager, étaient les maitres, et qu'il leur donnerait tout le temps et toutes les facilités nécessaires pour arranger leurs affaires et se retirer dans leur patrie. Presque tous généralement l’ont prêté avec zèle, et j'ose assurer qu’ils seront dorénavant aussi fidéles sujets de Sa Majesté Catholique, qu’ils l'ont été du Roi Très-Chrétien. Après que tout le monde a eu prêté serment, j'ai été avec tous les ofliciers au-devant de M. le général et lui ai dit que nous étions très flattés et honorés de servir sous les ordres d’un général aussi recommandable que lui; que nous étions prêts à répandre notre sang pour le service du roi d'Espagne, comme
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pour celui du roi de France, et qu’en agissant ainsi, nous exécuterions la volonté du roi notre maître, ce qui était la seule chose que nous désirions. Ila été entièrement satisfait de cette démarche et nous a fait la réponse la plus obligeante.
“La fête de St.-Louis, celle du dimanche, et les occupations que nous avons eues le jour qu’on a prêté le serment de fidélité, ne m'ont permis de faire lever les scellés qu’on avait apposés sur les papiers de M. Foucault, que le 28. Ce jour là, j'ordonnai à M. de Grand-Maison, ci-devant major, Messieurs de Lamazelière et Trudeau, capitaines, assistés du sieur Garic, notaire de cette ville, de se transporter dans la maisou de M. Foucault, pour, en présence de M. Bobé, contrôleur de la marine, céder à la reconnaissance et levée des scellés apposu: 1: 23 du présent mois sur les bureaux et cabinets con: nant les papiers, comptes de finances et autres con:; bilités pour être ensuite remis à M. Bobé, à l’exception des papiers qui pourront avoir rapport à l’'évènement du 29 octobre, lesquels doivent m'être remis par M. de
Grand-Ma ison.
“J'ai également ordonné le même jour à M. de Grand- Maison et aux mêmes officiers, assistés du dit notaire, de faire faire à M. Foucault une aéclaration par serment de tous les biens, meubles et immeubles qu’il peut avoir dans cette colonie. Il a déclaré très peu de biens et beaucoup de dettes en France et dans cette colonie.
“J'ai l'honneur de vous adresser, Monseigneur, la copie des actes qui ont été faits à ce sujet. Malgré que toutes les opérations précédentes aient donné considérablement d'occupation à M. le général, il n’a pas négligé les soins du gouvernement, auxquels il s’est donné tout entier. Des voitures ont été expédiées dans tous les postes pour annoncer la nouvelle de son arrivée et de la prise de possession. Les commandants de la Pointe-
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