‹ Histoire de la Louisiane [microforme] (volume 2)Chapitre 60 sur 92 · dr ii · texte numérisé non relu

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Coupée et des Acadiens ont reçu ordre d'envoyer à la ville les principaux habitants, munis du pouvoir de tous les autres, pour prêter le serment de fidélité. A l’égard des postes éloignés, M. le général a chargé de ses pouvoirs les officiers qui y commandent, pour faire prêter le serment aux habitants qui y sont établis.

“La saison ne permettant pas d'envoyer un convoi aux Illinois, M. le général a marqué à M. de St.. Ange, qui y commande et qui y est depuis cinquante ans, qu'ayant confiance dans son expérience et sa probité, il n’a qu’à lui envoyer l’état de ce qu’il pense nécessaire, tant pour les sauvages que pour les habitants, et qu’il aura égard à ses demandes.

“Son intention est de n'établir des nouveautés qu’autant qu’il le sera absolument nécessaire. Il continuera et fera exécuter ensuite tous les réglements sages et utiles que la faiblesse du gouvernement n’a pas permis de faire observer depuis plusieurs années. Il suivra le Code Noir, qui lui a paru rempli d'ordonnances sages et utiles, tant pour la discipline des nègres que pour modérer la trop grande düreté des maïtres. (Ce qui a flatté infiniment les habitants.”

“J'ai l'honneur de vous adresser l'ordonnance que M. le général a rendue à ce sujet. Enfin, après tant de troubles et de désordres qui ont désolé si long-temps cette colonie, il est surprenant que la présence d’une seule personne y rétablisse en si peu de temps le bon ordre, la paix etlatranquillité. Si, pour le bonheur de ce pays, M. le général y fut arrivé plus tôt, nous n’aurions jamais été témoins de toutes les calamités dont il a été affligé. A cela près du petit nombre de familles qui sont dans la consternation, pour la juste disgrâce de leurs parents qui ont été arrêtés, tout le reste de la colonie est tranquille et content.

“Tous les habitants sont flattés de ce que Sa Majesté leur a envoyé un général qui écoute avec bonté les per-

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sonnes qui ont affaire à lui, étant craint, respecté et aimé pour sa générosité, sa bonté et sa justice envers tout le monde. Il fera le bonheur de cette colonie. ”

Il résulte de l'examen de plusieurs documents, notamment de la correspondance d’Oreilly et d’Aubry, que ce dernier avait été chargé par Oreilly de procéder nonseulement à l’arrestation mais aussi à l’interrogatoire de Foucault, et, qu’en effet, cet accusé fut interrogé le 5 octobre. Mais il répondit que, n'ayant pas vu d'ordre du roi de France concernant son arrestation, il protestait contre sa détention, et refusait de répondre aux questions qui lui étaient posées, vu qu’il déclinait la compétence des tribunaux espagnols pour des faits accomplis sous la domination française, alléguant en même temps que, dans tout ce qu’il avait fait, il n’avait agi que comme commissaire-ordonnateur, et par les ordres de Sa Majesté Très Chrétienne, à laquelle il était prêt à rendre compte de sa conduite. En effet, il garda un silence obstiné, chaque fois qu’on voulut lui faire subir un interrogatoire. Sur sa demande, mainte fois réitérée, il fut embarqué pour France, le 14 octobre, et, à son arrivée, il fut mis à la Bastille.

Parlant de Foucault, dans une lettre écrite au marquis de Grimaldi, Oreilly dit : “C’est un personnage vain, borné, qui a dupé beaucoup de monde, ainsi qu’il est aisé d’en juger par l’état des dettes qu’il laisse. Je suis persuadé que la crainte de ne pouvoir jamais les payer a été la principale cause de ses délits.”

En effet, il paraît, d’après le bilan de Foucault, que ses dettes surpassaient ses biens d’environ vingt-sept mille et quelques piastres, somme considérable pour l’époque et pour le pays. Le tableau de ses dettes fait voir qu’il avaif même eu le talent de duper ceux qu’il avait failli faire égorger ou chasser de la colonie, car le contador espagnol, don Antonio Estevan Gayarré, figu-

rait sur la liste de ses créanciers pour la somme de 8780.

314 [onar. xxvr.

169. Parmi les témoignages qui avaient le plus chargé Foucault, on remarquait surtout celui de Garic, greffier du conseil supérieur. Voici sa déposition, en date du 6 octobre : | “Je soussigné, avocat au parlement, ci-devant greffier du conseil supérieur de la province de la Louisiane, commissionné par Sa Majesté Très Chrétienne, certifie à tous ceux à qui il appartiendra, que, le 27 octobre 1768, sur les quatre heures du soir, M. Foucault, faisant alors les fonctions d’ordonnateur et de premier juge au dit conseil, convoqua l’assemblée des conseillers pour le lendemain, 28 du même mois, laquelle assemblée fut uniquement composée de M. Fouczult, de Messieurs Kernion et de Launay, conseillers titulaires, de M. de Laplace, conseiller assesseur, du procureur-général Lafrénière, et du sieur Garderat, greflier-commis au dit conseil, qui y tint le plumitif, nonobstant que j'y fusse présent ; qu’à ce conseil il fut homologué quelques testaments et autres actes juridiques, pendant lequel temps entra, autant que je puis me le rappeler, le sieur Caresse, qui présenta un cahier contenant les représentations des habitants et négociants de cette colonie ; que les dites représentations, sans étre lues, furent remises à Messieurs de Kernion et de Launay, nommés par le dit conseil pour les examiner et en faire leur rapport le lendemain, jour également fixé pour y être dit droit ; que dans le même moment le procureur-général représenta qu’eu égard à l’absence des autres conseillers détenus par la maladie, il convenait, à cause de l’importance de l’affaire, de nommer des conseillers d’office, et qu’au même instant, M. Foucault, conjointement avec M. de Lafrénière, proposa MM. Hardy de Boisblanc, Thomassin, Fleuriau, Bobé, Ducros et de Labarre. Sur quoi intervint arrêt qui priait ces Messieurs d’augmenter le nombre des juges, et d’assister le lendemain, 29 du même mois, à la séance du conseil; que le lende-

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main, le conseil fut assemblé à huit heures du matin, et 1769.

on lut les dites représentations tendantes à l’expulsion non-seulement de M. Ulloa, mais encore de tous les Espagnols, officiers et autres. On lut aussi le rapport qu’avaient fait, sur les dites représentations, les conseillers nommés à cet effet. Suivit ensuite le réquisitoire du procureur-général avec ses conclusions. Après quoi, on vint aux opinions. Comme il était d'usage que Messieurs les assesseurs ou conseillers d’office donnâssent leurs avis avant les titulaires, ils commencèrent en effet, et chacun d’eux sortit son avis de sa poche et le lut, à l'exception de M. de Lalande d’Apremont, conseiller titulaire et doyen du conseil, de M. de Laplace, conseiller-assesseur, et de M. de Labarre, l’un des six nommés d'office, qui dirent que, n’ayant point examiné l'affaire, ils n'avaient‘ pu travailler leurs avis, et le firent sur le bureau, où il leur fut fourni de l'encre et du papier. J’atteste en outre que le conseil finit vers midi, et qu’on me chargea de travailler à rediger l’arrêt, sans perdre de temps comme la veille. Messieurs les rapporteurs m’avaient déposé leur rapport avec les dites représentations, et sur la connaissance que je pris de l’importance de l’affaire, n’ayant coutume, pour former les dis-

positifs des arrêts, que de prendre la substance des re.

quêtes, mémoires ou représentations, et autres pièces de

procès, je me trouvai embarrassé par la crainte qu’on

ne m'imputàt quelque faute ; et, pour éviter cette impu-

tation, je pris le parti de copier, mot pour mot, les dites

représentations, et, le conseil fini, j'entrai avec mon com-

mis dans la chambre de M. Foucault, où nous ache-

vâmes le dit arrêt.

“J’atteste en outre que M. Foucault nous retint tous à diner, qu'on se mit à table vers les deux heures, qu’on en sortit à cinq, que pendant que l’on était au dessert, M. de Noyan et auelques autres vinrent prier le conseil, en s'adressant à M. Foucault et à M. de Lafrénière de

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passer au Quartier où étaient assemblés les habitants, colons et négociants; qu’en effet, après le café, ces deux Messieurs nous sollicitèrent d'y passer en corps, en disant qu’ensuite nous irions chez M. Aubry. Nous les suivimes tous, à l'exception de Messieurs de Lalande d’Apremont et de Kernion, qui s'étaient retirés pour cause de maladie; qu’à peine fut-on arrivé au dit Quartier, et près du pavillon qu’on avait arboré depuis que l'expulsion de M. de Ulloa avait été décidée, c’est-à-dire depuis midi, que l’air retentit de mille acclamations de # Vive le roi! qui furent souvent répétées et rendues par le conseil en corps; qu’ensuite on se rendit chez M. Aubry, d’où on s'était écarté pour se rendre au dit Quartier ; que le conseil fut suivi de plusieurs notables, et, qu’arrivés chez M. Aubry, Messieurs Foucault et Lafrénière furent les porteurs de parole et prièrent instamment M. Aubry, de la part de la colonie, de prendre les rênes du gouvernement. ”

Il est curieux de remarquer la maladie épidémique qui s'empara, lorsqu'il fut question de l’expulsion d’Ulloa, de la moitié des membres du conseil, et qui nécessita la nomination de six conseillers surnuméraires.

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it Quarables, et, lt et Larent ins- > prendre

idémique n d'Ulloa, cessita la

PROCÈS DES CHEFS DE LA RÉVOLUTION.—LEUR CONDAMNATION. EXÉCUTION DE LA SENTENCE.—LETTRE D'OREILLY AU MAR- QUIS DE GRIMALDI SUR CE SUJET.

BrauD avait été arrêté pour avoir imprimé le mémoire des habitants, négociants et artisans de la Louisiane sur l'évènement du 29 octobre. Il plaida, en justification, qu’il était imprimeur du roi, qu'en vertu de son brevet, il était obligé d'imprimer tout ce que le commissaire-ordonnateur lui envoyait, et il montra la signature de Foucault au bas du mémoire manuscrit qui lui avait été livré pour l'impression. On trouva sa défense bonne, et il fut relâché.

Le procès des autres accusés fut instruit jusqu’au bout. Voici un résumé de l’acte d'accusation rédigé au nom du roi par le procureur fiscal :

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