‹ Histoire de la Louisiane [microforme] (volume 2)Chapitre 7 sur 92 · CHAP · texte numérisé non relu

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Des Indiens avaient eu l’audace de venir attaquer et tuer des chasseurs dans le voisinage même de la Nouvelle-Orléans, et le quartier de la Mobile avait été tellement inquiété que, pour rassurer les habitants, M. de Vaudreuil s'était décidé à s’y transporter. Il fit entourer les maisons de palissades et fit venir toutes les petites nations des environs, pour garder les avenues du poste et prévenir les surprises.

Dès qu’on fut informé de l’attentat commis aux environs de la Nouvelle-Orléans, M. de Noyan, liente-

nant de roi, qui y commandait en l'absence de M. de.

Vaudreuil, détacha M. Tixerant, lieutenant, avec cinquante hommes de troupes régulières et de milices, pour courir après les sauvages. Ce détachement ayant dans sa route rencontré des Chactas qui étaient en chasse, et qu’il prit pour les auteurs de l'attentat que l'on voulait punir, le commandant Tixerant envoya deux hommes pour les reconnaître. Ceux-ci furent bientôt aperçus par trois de ces sauvages, lesquels firent leurs cris ordinaires pour avertir leurs gens de la présence d'étrangers. Mais les deux Français ayant pris la fuite et rejoint le détachement, M. Tixerant, dont la troupe était à terre, la fit rembarquer pour traverser un bayou qu’il mit entre elle et les sauvages, ct derrière lequel il se retrancha. Les sauvages, voyant le détachement français battre en retraite, lui tirérent quelques coups de fusil, tuèrent un soldat et en blessèrent deux autres.

Le chef sauvage ayant ensuite demandé à parlementer, Tixerant lui reprocha d’avoir tiré sur les Français. Ce chef prétendit que ce n’était ni lui ni ses gens qui avaient tiré, mais bien des esclaves, déserteurs de chez les français, qu’il offrait de rendre, si on voulait les lui

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payer. ÎIllui témoigna même beaucoup de chagrin de cette aventure.

M. de Vaudreuil, qui rend compte de cet événement, dit que le peu de fermeté du lieutenant Tixerant serait de la plus dangereuse conséquence, si le roi la laissait impunie, et que d’ailleurs cet oflicier s'adonnait à la boisson. Il ajoutait qu'il fallait le casser. En effet, suivant la recommandation de M. de Vaudreuil, Tixerant fut cassé.

Jamais les Français n'avaient été plus harcelés par les Indiens que cette année. M.de Vaudreuil, le 16 novembre, donnait encore de nouveaux détails sur des attaques faites contre les colons par leurs infatigables ennemis. “Le 9 courant, dit-il, un exprès de la Côte des Allemands me rapporta qu'un parti de sauvages était venu sur lhabitation de feu Cheval, où ayant aperçu quelques français et nègres qui béchaient, les sauvages se saisirent des armes de ces habitants, ce qui les obligea de fuir et de traverser de l’autre côté du fleuve pour s’armer, mais qu’aussitôt, ils avaient repassé le fleuve pour s'opposer aux entreprises de l’ennemi. Je pensais que le sieur d’Arensbourg serait instruit à temps de ce qui se passait et enverrait promptement au secours, mais je ne sais par quelle fatalité ce commandant ne s'était pas encore rendu à son poste.

“Tandis que ces habitants traversaient le fleuve, les nommés Bouchereau et Rousseau fils, avec deux de leurs nègres, entreprirent d’amuser les ennemis, en at. tendant du renfort, et furent autour d’une maison, pour en chasser quelques sauvages qui s’y étaient retirés. Ceux-ci, qui les guettaient, tuèrent les deux Français et vinrent pour leur enlever la chevelure, mais les deux nègres s’y opposérent et se battirent si vigoureusement, qu’ils tuèrent deux sauvages, et obligérent les autres de se tenir enfe;més dans la maison, d’où tirant de temps

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en temps quelques coups de fusil, ils blessèrent un de 1748.

ces nègres à mort, et contraignirent l’autre, qui avait

déjà plusieurs balles dans les chairs, de se jeter à la : nage dans le fleuve, qu’il avait à demi passé, lorsqu'on accourut de l’autre côté pour l’en tirer.

“Les sauvages ne voyant plus de résistance et parcourant quelques habitations pour les piller, rencontrèrent un nommé Baby, maître de danse de la Nouvelle- Orléans, qui était monté sur un assez mauvais cheval, et sans autre défense qu’un couteau de chasse qu’il avait à la main. Ils voulaient le prendre en vie, mais il fit si bien qu’il se débarrassa d’eux et se jeta dans une maison, où était un jeune homme nommé Guillaume, qui avait retiré chez lui dix à douze négrillons et négrites. Comme cette maison est assez bonne, quoique ce jeune homme n’eût qu’un seul fusil et peu de munitions, il entreprit d'empêcher les sauvages d’y entrer, et fit si bonne contenance qu’il blessa dangereusement un ennemi et écarta les autres. Mais le sieur Baby, qui s'était retiré dans cette maison, y reçut un coup de fusil au travers du cou, dont il mourut.

“Je fis partir le lendemain un nouveau détachement

de vingt-deux hommes, pour renforcer le premier que là j'avais envoyé par le bayou St.-Jean, ne doutant pas 15 ï qu’ils ne rencontrâssent les sauvages lorsqu'ils voudraient s’en retourner, et le même jour, le nommé Flamant, habitant de cette ville, qui venait des Allemands, me remit une lettre du sieur d’Arensbourg, qui m’apprit qu'il n'avait pu se rendre chez lui que le 10, à sept heures du matin, et qu'ayant voulu aussitôt traverser li du côté attaqué avec un détachement, il n'avait pu le faire, faute de voitures ; que d’ailleurs, nos ennemis étant en plus grand nombre qu'on ne pensait, les habitants avaient appréhendé que, s'ils se fussent mis en devoir d'aller chasser les sauvages, ceux-ci n’eussent traversé de l’autre côté, où,ne trouvant que peu de forces, ils

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