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que le fer espagnol perçait aisément le corps sans défense de l'enfant des forêts. L’artillerie et les arquebuses multipliaient la mort dans leurs rangs, et ces effrayantes détonnations, répétées par des milliers d’échos, portaient la terreur dans leurs cœurs. Ils croyaient
‘que des enchanteurs avaient fait descendre le feu du
ciel pour les dévorer... ; 7
Après avoir surmonté tous les obstacles, Soto pénétra dans les Apalaches, où il résolut de passer l'hiver. Au retour du printemps, Soto s’avança au Nord Ouest, parcourut une partie des Etats actuels de la Georgie, du Tennessee, du Kentucky, et pénétra jusqu'au 37me degré de latitude Nord. De là, il se dirigea Sud Ouest jusqu’à la baie de la Mobile, au travers du territoire des Tuscaloussas, des Mobiliens et des Alabamas. Les Mobiliens firent la plus courageuse résistance à cette invasion étrangère, mais ils furent complètement défaits. Il parait que le carnage fut affreux, car Garcilasso, l'historien de Soto, nous apprend que les Indiens perdirent onze mille hommes, et qu’à la prise de leur ca-
pitale, plus de mille femmes qui s'étaient réfugiées dans
un édifice, y périrent dans les flammes. Soto laissa son armée reposer .un mois parmi ies débris de sætriste victoire, et se rendit ensuite daus le pays des Chickassas, parmi lesquels il passa l’hiver.
Soto courut les plus grands dangers parmi cette nation belliqueuse. Lorsqu'il arriva sur son territoire, il ne vit autour de lui que des figures sombres et farouches et devina aisément les intentions hostiles des Indiens. Aussi, se tint-il sur ses gardes et ce fut à sa prudence qu’il dut sa conservation et celle de ses compagnons. Les Espagnols arrivèrent au principal village des Chickassas, le ler Décembre 1540, et le trouvèrent abandonné. Voulant y établir leurs quartiers d’hiver, ils firent provision de vivres et transportèrent des viliages voisins toute la prie et tout le bois qui leur étaient néces-
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saires pour se construire des cabanes, car celles qui composaient cette bourgade, quoiqu’elles fussent au nombre de deux cents, ne leur étaient pas suffisantes. Ils y passèrent deux mois assez tranquillement et n'étant inquiétés que par des escarmouches de nuit que : leur livraient les Indiens. Toutes ces attaques furent facilement repoussées, mais l'évènement prouva que cette apparente mollesse des Indiens n’était qu’une feinte pour endormir les Espagnols dans une fatale sécurité. #7
Vers la fin de janvier 1541, les Indiens profitèrent d’un vent de Nord qui soufflait avec violence et qui était favorable à leurs desseins. Ils marchèrent dans le plus profond silence, sur trois colonnes, contre le village que les Espagnols occupaient et qu’ils avaient fortifié. Ils arrivèrent à cent pas des sentinelles sans être aperçus. Il était alors une heure. du matin. Ils commencèrent l'attaque en poussant des hurlements : affreux et avec grand bruit de toute espèce d’instruments sauvages. Ils étaient munis de torches faites avec une espèce de jonc tressé, qui croit dans le pays et qui, étant allumé, garde le feu et brule comme une mèche d’arquebuse. Lancées dans l'air, ces torches, au lieu de s’éteindre, ne deviennent que plus ardentes, Au bout de leurs flèches, ils avaient attaché des anneaux faits avec ces mêmes joncs, pour incendier les toits en paille des cabanes espagnoles. Le succès couronna un plan aussi bien concerté et en quelques minutes tout le village était en feu. +
Bien que pris à l’improviste, les Espagnols ne furent pas déconcertés et la promptitude de la défense répondit à celle de l'attaque. Le gouverneur, qui ne manquait jamais de se tenir toujours prêt contre toutes les surprises de ce genre, fut le premier à cheval. L'attaque des Indiens fut si brusque, qu’elle ne lui donna que le temps de se couvrir d’un bouclier, d’un casque
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et d’une cotte d’armes de coton ouaté, de trois pouces 1641. d'épaisseur, que l'expérience a prouvé être la meilleure .
défense contre les flèches. N'ayant d'autre arme of. fensive que sa lance, Soto courut à l'ennemi, parcequ’il n’avait jamais su ce que c'était que d’avoir peur, dit le chroniqueur de ses exploits. Dix ou douze cavaliers le suivirent de près. Je ne puis mieux faire, pour la description de cette bataille, que d'emprunter le style simple et naïf de Garcilasso. Les Espagnols, ditil, accoutumés à la féroce bravoure des Indiens, voulurent courir au secours de leur capitaine, mais entr’eux et les indiens qu’ils voulaient aller combattre, il y avait le feu et la fumée que le vent leur poussait au visage. On voyait les uns se trainer sur les genoux pour passer sous les flammes, afin de joindre l'ennemi ; d’autres couraient à l’hôpital pour arracher les malades au danger qui les menaçait. La violence de l'incendie avait été telle, que les cavaliers n’avaient pas eu le tems de s’armer et de seller leurs chevaux. Il y en avait qui cherchaient à les sauver en les emmenant par la bride ; d’autres fuyaient eux-mêmes ‘devant le feu en abandonnant leurs montures. Il y eut peu de cavaliers qui allèrent soutenir le gouverneur, et cependant, depuis long-temps, il avait à supporter tout le choc des ennemis. Suivant sa coutume de ne jamais souffrir qu’on le devançât en rien, il fut le premier dont la lance abattit un indien dans la mêlée de cette mémorable nuit. Il ne put empêcher néanmoins que deux des colonnes ennemies n’entrassent dans le village et ne missent à mort beaucoupfüle chevaux, et beaucoup d’'Espagnols qui n'avaient pas eu le temps de s’armer.
De cette partie du village qui faisait face au levant,
et où l'incendie s'était déclaré avec le plus de violence, quarante ou cinquante Espagnols sortirent en courant et cherchant leur salut dans la fuite. (Chose honteuse, dit Garcilasso, et que l’on n’avait pas encore vue dans
A UNAVERSITTE DE SHERBROONE